‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 16 sur 55 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Application des raisoimemens précédens. — Inductions ultérieures pour déterminer le mode de consolidation de la fibrine. — Demande qui se fait à la manière de Bacon : prudens interrogatio.

Il s’agit maintenant d’appliquer a notre sujet cette doctrine des causes concomitantes propres a varier les effets; et en démontrant qu’il y a ici concours de ces causes , comme dans les exemples que nous venons de citer, nous détruirons toute espèce de contradiction apparente. Le simple accroissement d’action des deux agens , mouvement et calorique , ne peut par lui même qu’augmenter la quantité. de mouvement, le momentum imprimé aux élémens hétérogènes de la masse du sang, et par cela même les pousser encore plus a se mêler sans

cesse; ce qui, sans rien autre , n’amènerait aucun nouvel effet. Mais ces deux agens, en augmentant de force , exercent sur la fibrine meme une autre action particulière , et c’est d’en déterminer la consolidation; ce qu’ils ne font point, ni sur le sérum (qui ne peut être transformé en albumine par aucun mouvement mécanique, mais seulement par une chaleur beaucoup plus forte que celle des corps vivans), ni sur le cruor, qui n’est point coagulable; et voila comment la fibrine commence déjà à se trouver sous l’influence d’une cause concomitante , outre l’augmentation de la cause première, de sorte qu’il n’est point étonnant qu’il y ait production d’un nouvel effet. Que si l’on veut aller plus loin encore et chercher comment il se fait que l’augmentation du mouvement et du calorique rende la fibrine de plus en plus propre à la consolidation , on peut , ce me semble , sans s’écarter de la vérité , en attribuer la cause à la diminution et même à la destruction complète de l’adhérence , ou forte ou faible , qui existe entre le sérum et la fibrine ; diminution et destruction opérées par le surcroît d’action des deux agens, mouvement et calorique. On

peut arriver de celte manière a avancer cpie le mouvement et le calorique, a un certain degré, se bornent a conserver une agitation intestine dans les élémens immédiats du sang et a empêcher leur séparation ; tandis que parvenus a un plus haut degré, ils favorisent la séparation du sérum et de la fibrine, diminuent et enlèvent enfin l’obstacle qui s’oppose a la tendance naturelle qu’a la fibrine a se consolider. La contradiction apparente des effets dans les deux cas se résume donc en .ceci, que l’augmentation dç force des deux agens parvient a vaincre un obstacle qu’une moindre force n’avait pu surmonter. Il s’en suit que l’accroissement de ces deux causes , mouvement et calorique , favorise et détermine un effet qu’on obtient également par la cessation complète de ces deux causes. Ce double effet, dont l’un e§t opposé a l’autre, peut être produit a volonté dans le sang par le seul mouvement, selon qu’il sera modéré ou fort. Et en effet , si l’on agite violemment le sang qu’on vient d’extraire du corps , on détermine promptement la consolidation de la fibrine , ainsi que nous l’avons tantôt remarqué. Si, au contraire, on agile le sang modérément, au lieu de se

consolider, il reste fluide plus long-temps que si on l’eut laissé en repos, ce que nous avons également remarqué (*).

Au reste, que la consolidation de la fibrine ait lieu d’une manière ou de l’autre, cela n’infirme point notre induction de la dépendance de l’effet a la cause; induction basée sur des faits clairs et incontestables, e’est-a-dire l’augmentation de force des deux agens sus-indiqués dans l’inflammation , et les effets certains et bien évidens qu’ils opèrent sur la fibrine. Mais on pourrait se demander : supposé que la cause et l’effet soient réellement tels qu’on vient de les déclarer, ne s’ensuit-il pas que cette séparation du sang dans ses élémens, et principalement la coagulation de la fibrine, doit parfois avoir lieu dans le corps vivant et dans les vaisseaux sanguins même pendant la vie , sous l’influence de l’inflammation, et quand précisément le mouvement et le calorique agissent sur le sang avec plus de force ? Une pareille demande , si d’autres nous l’adressaient, est vraiment du nombre de

(1) Chap. v.

celles que Bacon a appelées prudens inlerrogatio . Nous y répondrons quand il s’agira d’étudier les effets morbides opérés par l’inflammation dans le corps vivant ; et par la même occasion nous pourrons confirmer de nouveau l’opinion émise sur la séparation du sang en tant que produite par les causes que nous venons de mentionner.

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