‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 28 sur 55 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Résume des différentes opinions sur le siège de l’engorgement ou réseau vasculaire inflammatoire. Boerhaave , Morgagni, Portai, Cullen , Benjamin Bell , Jacques Latta , Sauvages, Jean Hunter, Wilson Philip, Parry, Tomson, Dictionnaire abrégé des Sciences Médicales, Andral , Abereombrie, Rolando.

1 0 Boerhaave , après avoir examiné précisément le réseau capillaire de la conjonctive enflammée ,

dont nous avons déjà parlé , le regarda comme

entièrement formé par les artères , et n’émit pas à ce sujet le moindre doute. C’est ainsi qu’en le décrivant il affirma que ces petits vaisseaux montraient évidemment toute l’apparence et les caractères de petites artères de différent calibre, et il ne dit mot des veines , comme s’il était inutile de penser qu’il pût y en avoir. Nous ne rapporterons

pas ici les expériences faites par Boerhaave sur les petits vaisseaux : il nous suffit de noter le fait comme point historique pour le but que nous nous proposons.

2° En parcourant le grand ouvrage deMorgagni, et surtout les fréquens passages oîi il est question de l’inflammation , on lit souvent petits vaisseaux sanguins capillaires, etc., plus ou moins engorgés de sang dans les parties enflammées ; mais on ne trouve pas un mot sur la distinction que nous cherchons. Certes , il faut croire qu’il n’a pas songé a la nécessité d’une semblable recherche , car différemment,

avec la grande pénétration dont il était doué , il

serait parvenu promptement a connaître la vérité. Cependant, comme il n’avait pas pour but dans ses recherches la théorie de l’inflammation , il ne faut point lui reprocher de ne pas avoir poussé plus loin cet examen. On pourrait croire néanmoins , a en juger par la dénomination collective de vaisseaux capillaires sanguins , qu’il fût d’opinion que l’engorgement vasculaire appartienne indistinctement aux deux, espèces de capillaires sanguins. Ce serait peine perdue de chercher quelque chose sur cette

matière dans les livres d’anatomie pathologique antérieurs au grand ouvrage De Causis et Sedibus .

3° Un demi-siècle après Morgagni, Portai, qui a tant fait aussi pour l’anatomie pathologique, en parlant de l’inflammation , ne nous donne aucune notion plus distincte que celle de l’engorgement des vaisseaux capillaires ; nous ferons seulement remarquer qu’au sujet de l’inflammation de la peau, il s’explique en ces termes : V inflammation la rend extrêmement rouge, soit que le sang remplisse ses ramifications artérielles , soit qu il pénètre même dans les vaisseaux lymphatiques . D’où l’on comprend qu’il plaçait le siège principal de l’engorgement inflammatoire dans les capillaires artériels ; et tandis qu’il parle de l’engorgement du tissu cellulaire et du sang qui pénètre même dans les lymphatiques , il ne fait pas mention des veines.

4° Cullen aussi paraît , dans ses théories , partager l’opinion de l’engorgement des capillaires artériels seulement. La distension, la douleur, la rougeur et la tuméfaction qui accompagnent Vinf animation ne sauraient être expliquées quen supposant que les extrémités des artères ne livrent point

passage à la trop grande quantité de sang qui est poussée dans ces mêmes vaisseaux par lJ augmentation de leur for ce.

5° Benjamin Bell suit l’école d’Edimbourg de son temps, et pense, lui aussi, que V action augmentée d’une artère, lorsqu’elle chasse et pousse jusqu aux dernières ramifications les globules rouges et autres parties épaisses du sang auxquelles ces mêmes ramifications ne peuvent pas facilement livrer passage , explique suffsamment la rougeur, la tuméfaction , la tension et la douleur pulsative qui accompagnent

toujours V inflammation .Et ici également l’engorgement sanguin est placé dans les capillaires artériels.

0° Dans cette même école d’Edimbourg , un autre chirurgien célèbre , Jacques Latta , combattit la théorie de Cullen , lorsqu’elle était généralement reçue, et avança, au contraire, que l’engorgement inflammatoire devait être attribué a la faiblesse et non au spasme ou a la contraction augmentée des vaisseaux. Si nous nous figurons un nombre in fini de petites artères chacune dilatée au point de produire de la douleur , nous aurons une juste idée de V inflammation , qui , dans ce sens , dépend plutôt

d’une paralysie que d’un spasme des vaisseaux capillaires immédiatement affectes. Maintenant , quoi qu’il en soit des différences théoriques, on aperçoit clairement que Cullen , ainsi que Latta , s’accordent tous les deux dans ce qu’ils croient être de fait, c’est-a-dire en plaçant le siège de l’inflammation, pour ce qui regarde l’engorgement, dans les capillaires artériels.

7° En France également , du temps de Sauvages , cette opinion était généralement admise , et luimême blâme les médecins ses contemporains qui , dit-il, in omnimorbo inflammalorio mettent le sang in minimis arteriolis impaclum. Il ne faut pas croire cependant que ce blâme regarde en aucune manière leur opinion relative aux petits vai^àux artériels engorgés , opinion que Sauvages admet aussi ; il entend parler seulement de la manière par laquelle ils voulaient expliquer la formation de l’engorgement, et leur prouve avec raison combien ils ignoraient les lois hydro-dynamiques , sur lesquelles cependant ils prétendaient appuyer leurs explications.

8° Jean Hunter, malgré sa réputation justement

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acquise de grand observateur, ne surpassa point , ni ceux qui l’avaient devancé , ni ses contemporains, pour ce qui est relatif a l’engorgement vasculaire ; c’était cependant un sujet de sa compétence , par cela même qu’il était grand anatomiste , et qu’il traita tout particulièrement de l’inflammation. C’est ainsi que , quant au siège de l’engorgement capillaire, il l’examina avec peu d’exactitude, et s’en tint à l’opinion de ceux qui le placent il la fois dans les vaisseaux capillaires artériels et veineux. Lorsqu’il en est ensuite a l’étude des causes de ce phénomène , il paraît avoir été un des premiers, en Angleterre, à penser que dans les parties enflammées il y a faiblesse et non augmentation^ force. Afin même de donner plus de valeur à son opinion et de trouver la cause de la grande dilatation des capillaires, il imagina qu’il y avait dans ces petits vaisseaux enflammés une certaine faculté toute particulière produisant une dilatation ; de sorte que cette dilatation bien évidente, cpii a lieu dans ce cas, est, d’après lui, un phénomène très important qui n’a pas été suffisamment compris; et en cela il n’avait pas tort.

Mais ceci ne nous intéresse devant noter seulement l’histoire vaisseaux artériels et veineux ( dit Hunter ) sont dilatés dans la partie enflammée > et cette ?nême partie devient sensiblement plus vasculaire; d’où Von pourrait conclure que , au lieu d’ augmentation dans leur contractilité j il y a eu , au contraire > un certain relâchement dans leurs forces musculaires , comme si elles avaient été entièrement abandonnées ci leur élasticité.

9° Le docteur Wilson Philip se proposa de pousser ces recherches un peu plus loin et de faire quelques expériences a ce sujet, au lieu de se contenter de simples observations. Il tâcha donc de produire des inflammations , que nous nommerons artificielles, dans des animaux a sang froid , tels que les grenouilles et les lamproies , et dans d’autres a sang chaud , tels que les lapins , et il examina successivement au microscope l’état des capillaires. Quoique son but fût bien louable , il y aurait cependant beaucoup a redire ici sur l’idée de produire une inflammation bien évidente dans des animaux a sang froid , comme aussi sur les

, , produire celte inflamma-

moyens enriplov*»'* * i

. , et enfin sur la manière avec laquelle ces

expériences furent faites, et sur le jugcinent porté sur leurs effets ; autant de circonstances qui peuvent occasionner des illusions et des difficultés a celui qui expérimente. Mais cet examen nous conduirait trop loin, et nous ferait dépasser les bornes que nous nous sommes proposées. Il nous suffît de savoir que l’auteur, avec tout son appareil expérimental , fait regretter qu’il n’ait pas vu plus que les autres n’avaient pü déduire théoriquement ou a l’aide d’observations ordinaires; car, en résumé, la principale question qu’il croit

être parvenu a résoudre , c’est que, dans les artères enflammées le sang court plus lentement que dans celles qui ne sont point enflammées . D’où chacun peut voir que la stase du sang dans la partie enflammée doit, d’après cet auteur, appartenir aux capillaires artériels.

10° Le docteur Parry, en exposant dans ses Èlèmens de Pathologie et de Thérapeutique , sa théorie sur l’inflammation, est d’un avis tout opposé a, celui de l’auteur que nous venons de

citer, et prétend cjue l’inflammation consiste dans une augmentation de force ( momentnm ) du sang dans la partie enflammée , force qui provient a la fois et de la quantité de sang qui s’introduit dans les vaisseaux, et du surcroît d’action du cœur. 11 paraîtrait de la qu’il entend parler des vaisseaux capillaires artériels , car ce sont eux qui doivent sentir principalement la force impulsive du cœur, supposant toutefois avec Parry que ce soit la seule force qui agisse. Cependant, comme il se sert de la dénomination générale de capillaires sans faire aucune distinction, il laisse douter d’avoir peutêtre attribué l’engorgement tout a la fois et aux vaisseaux artériels et aux veineux. Quoi qu’il en soit, cela revient toujours au même, car dans le premier cas son opinion doit être réunie a celle de Cullen, et dans l’autre à celle de Hunter.

1 1 0 Des expériences propres à déterminer une inflammation chez des animaux vivans , dans le but d’examiner l’état des capillaires et la marche du sang dans les parties enflammées , ont été tentées également par un de mes amis , le docteur Thomson, professeur célèbre a l’université d’Edimbourg ;

son livre, Lectures on Inflammation , est un travail d’une grande érudition , rempli de saines doctrines et d’aperçus fort ingénieux. Cependant, avec toute l’ingénuité propre a celui qui sent le noble désir de chercher la vérité, et ne se ligure pas légèrement de l’avoir trouvée, Thomson avoue lui-même que tous ses efforts pour trouver la source et suivre les progrès de ces phénomènes n’ont pas été aussi heureux qu’il l’aurait voulu. Et, a dire vrai , la nature de ces expériences offre les mêmes difficultés que nous avons indiquées en parlant des expériences du docteur Wilson. Toutefois Thomson a dévoilé, par ses observations microscopiques , quelques faits très importans , sur lesquels nous aurons plus tard occasion de revenir. Quant au siège de l’engorgement , il est évident qu’il le place dans les capillaires artériels et veineux , compris par lui sous la dénomination commune de vaisseaux capillaires enflammés .

12° Dans l’article Inflammation du Dictionnaire abrégé des Sciences Médicales , je trouve que les auteurs plus récens qu’on y cite, se bornent a parler, sans distinction aucune , du sang que l’in-

flammation fait pénétrer clans le système sanguin capillaire , de vaisseaux capillaires sanguins plus ou moins nombreux clans la partie enllammée, de vaisseau je capillaires rouges , etc. Et celui cpii a compilé. l’article n’ajoute rien , a ce sujet, qui lui soit propre. Soit, au reste, que ces dénominations comprennent à la fois les vaisseaux capillaires artériels et veineux, ou les premiers seulement sans les seconds, comme cela paraît plus probable, cela est tout un pour nous, ainsi que nous l’avons déjà dit.

13° M. Andral, dans son Précis dé Anatomie Pathologique , ouvrage des plus récens et des plus estimés sur cette matière , se sert de l’expression hyperémie , mot nouveau qui signifie excès cle sang , et que nous traduirons par engorgement dans les capillaires d’une partie quelconque, et il en distingue trois espèces : sthénique , asthénique , mécanique. Considérons maintenant cette triple division , non pas dans l’intention de discuter si les bases sur lesquelles elle repose sont solides, mais pour voir si l’on y trouve quelque cliose de relatif à ce que nous cherchons, et qui, s’il y en a, devrait se

trouver, a ce qu’il parait , do préférence dans la première espèce, puisque l’hyperémie sthénique est celle qui, d’après M. Àndral , constitue réellement l’inflammation. On y parle ici de capillaires qui , par différentes causes , se gorgent de sang plus que de coutume, de congés lions locales , d'accumulation insolite du sang dans une partie du corps , avec contraction clés vaisseaux , et , par suite, augmentation de la rapidité du cours du sang dans cette même partie : ce en quoi M. Andral fait a peu près consister l’inflammation; mais pour ce qui est de déterminer si l’engorgement appartient aux capillaires artériels ou veineux , il n’en est pas question, du moins en ce qui concerne l’observation du fait. Cependant, puisqu’il admet la contraction des vaisseaux et Paugmentâtion de la rapidité du cours du sang , il semblerait que l’engorgement devrait appartenir, selon lui, aux capillaires artériels seulement, et en cela il partagerait l’opinion de la majorité. Dans tous les cas , soit qu’il limite l’engorgement aux capillaires artériels seulement , soit qu’il l’attribue également aux capillaires veineux, la conséquence est qu’il n’a pas connu le vrai

siège de l’engorgement inflammatoire. Dans l’hyperémie asthénique , au premier exemple qu’il donne, c’est-à-dire les taches violacées de la partie inférieure des jambes et de la face dorsale des pieds chez les vieillards , nous trouvons encore la dénomination générale de circulation capillaire , ce qui paraîtrait comprendre à la fois l’artérielle et la veineuse ; mais lorsqu’il vient à expliquer cette coloration , il l’attribue exclusivement , ce qu’il n’avait pas fait auparavant , aux dernières extrémités de l3 arbre artériel. Dans les autres exemples qu’il cite sur son hyperémie asthénique, on trouve de ces dénominations ordinaires que nous avons déjà remarquées chez d’autres auteurs , mais rien du reste qui soit particulier à la question qui nous occupe. Enfin, dans l’hyperémie mécanique , c’est aux veines exclusivement qu’il attribue cet engorgement, et lui assigne quatre causes: la pesanteur du sang , là où elle peut s’effectuer; un défaut de proportion dans la capacité respective des diverses cavités du cœur ; la compression , l’oblitération d’un tronc veineux ; un obstacle au cours du sang dans L’un des réseaux capillaires veineux. Ces causes

agissent réellement d’une manière toute mécanique ; il s’agirait seulement de savoir si l’on peut les démontrer dans la pratique de l’art. Mais il esl inutile d’aller plus loin dans cet examen ; qu’il nous soit seulement permis de conclure que, malgré la nouvelle nomenclature , inutile peut-être et pas trop propre, et malgré la triple division dont la première seulement se rapporte a l’inflammation, l’auteur a laissé la doctrine de l’engorgement inflammatoire dans la même obscurité oii elle était avant lui.

14° Nous devons a l’obligeance de M. le docteur Abercombrie, illustre médecin d’Edimbourg r d’avoir pu consulter deux de ses ouvrages qui ont paru tout récemment sur l’anatomie pathologique et sur la médecine pratique. Le premier traite des maladies de l’estomac, du tube intestinal et du foie ; le second , de celles du cerveau et de la moelle épinière. L’un et l’autre sont riches de faits bien observés et rapportés avec netteté et concision ; faits qui ont pu fournir a l’auteur des inductions utiles a l’art et a la science. Depuis le grand ouvrage de Morgagni , je ne saurais en indiquer un autre

plus propre que celui-ci aux jeunes observateurs pour apprendre a bien étudier les altérations morbides sur le cadavre , et a ne pas se laisser entraîner aux subtilités des systèmes méthodiques. Ces systèmes, dont la vogue en anatomie pathologique date de ces derniers temps, et qu’on peut dire au moins prématurés, sont plus faciles à imaginer qu’on ne le croit, et sont peu utiles ou peut-être même dangereux a la recherche des faits qui manquent encore a l’édifice de la science. Quoi qu’il en soit , au reste , j’espérais trouver dans les deux ouvrages tantôt cités et spécialement dans celui ( nous en verrons bientôt le motif) qui traite du cerveau, quelque chose qui fût relatif a la distinction que nous cherchons. Néanmoins, dans les observations mêmes qui nous paraissent les plus propres a cette question , on ne trouve autre chose que la dénomination de parties enflammées devenues plus vasculaires , de vascularité augmentée , etc. Cette dénomination de vascularité , dont J. Hunter aussi s’est servi, est fort propre , a la vérité , lorsqu’on veut exprimer le grand nombre de vaisseaux capillaires devenus visibles par l’inflammation ; mais elle ne suffit pas

pour décider la question qui nous occupe et pour en faciliter la solution. On peut meme ajouter qu’elle produit un effet tout opposé , car l’esprit s’en contente et s’abstient de toute recherche ultérieure , par cela meme qu’on est amené a croire comme chose positive que tous les vaisseaux capillaires artériels et veineux, attendu que ce sont tous des vaisseaux sanguins, constituent cet admirable réseau vasculaire de la partie enflammée.

15° Dans un Manuel cV Anatomie Physiologique , publié il y a peu d’années parmi nous (1829) par le professeur Rolando , de Turin, la où l’auteur parle du système vasculaire , on lit le passage suivant relatif a la question qui nous occupe : D’après ce que nous venons de dire , il est évident qu’à la suite d’un stimulus et antres causes propres et augînenter la mobilité des vaisseaux , leurs contractions deviennent plus fréquentes 3 ils attirent plus de sang que les veines ne peuvent en transmettre } et de Ici vient la congestion et tous les phénomènes de V inflammation. Et voilà encore un auteur qui place le siège de l’inflamation dans les vaisseaux capillaires artériels; car des vaisseaux qui se contractent et atti-

rent plus de sang que les veines ne peuvent en transmettre , doivent être nécessairement des vaisseaux capillaires artériels .

Ce résumé nous suffît, et il serait superflu de chercher davantage , puisque nous arriverions toujours au même résultat. Il faut en tirer maintenant quelque utile induction.

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