CHAPITRE XXI
Autre erreur d’observation. Premier fait que j’ai pu rencontrer d’un estomac digéré. Explication insoutenable donnée par Girardi. Description de ce fait. Difficulté aplanie par la lecture du mémoire de Jean Hunter. ^Observations de cet anatomiste sur les cadavres humains et sur ceux des poissons. Applications de cette découverte. Lésions de l’estomac produites par cette cause. Conséquences erronées qui en ont été déduites. Caractères distinctifs de la portion saine de l’estomac et de celle où commence la lésion, donnés par Morgagni. Mêmes caractères donnés par Hunter. Considérations sur ces faits. Cette matière a été peu étudiée de nos jours., Erreurs qui en dérivent. La fibre vivante résiste à la force dissolvante des sucs gastriques. Conclusion.
Aux erreurs d’observation provenant de ce qu’on ne sait point encore déterminer les véritables caractères de l’inflammation sur le cadavre , au point de pouvoir affirmer où elle existe et de nier où elle n’est pas , nous en ajouterons une autre très grave,
surtout pour les conséquences qu’elle peut ayoir, et je ne saurais la passer sous silence. Je procéderai historiquement. Dans les premières années de mes études médicales a l’Université de Parme , j’eus occasion d’observer dans un cadavre qu’on apporta
dans les salles anatomiques , et qui devait servir à
une leçon sur l’estomac et le tube intestinal , un
trou irrégulier à la partie inférieure de l’estomac , assez large pour pouvoir y passer aisément la main. C’était le cadavre d’un jeune grenadier fort bien constitué, et dont la tète avait été séparée du tronc h l’hôpital même pour pouvoir l’examiner, attendu que la maladie avait consisté dans une violente céphalalgie qui précéda de trois jours la mort du malade. Le professeur Girardi , anatomiste distin gué, élève favori du grand Morgagni et très versé aussi dans l’anatomie pathologique, en fut étonné et avoua n’avoir jamais trouvé un cas semblable; il ignorait même que d’autres eussent pu recueillir une pareille observation. Lorsque pendant la leçon il vint a parler de ce fait, il se borna à dire que le siège du mal avait été indubitablement dans l’estomac, qu’il supposait enflammé, et que la tête,
atteinte gravement par sympathie , avait empêché le malade de sentir le mal la où il existait réellement. L’inflammation ensuite qu’on supposait avoir existé dans l’estomac et qu’on disait s’être terminée par gangrène, aurait été produite par l’abus du vin et des liqueurs, abus assez ordinaire aux soldats. L’explication ne me satisfit guère, et le professeur, qui fut toujours très bienveillant pour moi, m’avoua le lendemain qu’il n’en était pas luimême bien content. Il me conseilla de consulter Morgagni et de faire quelques recherches relatives a la maladie auprès du médecin qui avait traité le malade a l’hôpital. Je trouvai dans Morgagni que les deux Epist. xxix. 14, et lv. 10, la première surtout, contiennent des observations de Morgagni même et de quelques autres qu’il cite , ayant quelque rapport avec le cas dont nous traçons l’histoire, quoique cependant moins importantes. Je crois toutefois qu’il y a beaucoup d’obscurité et peu de profit a en retirer, surtout quant a la cause qui pouvait déterminer de semblables phénomènes , et qui était précisément ce qu’il m’importait le plus de connaître.
Mais d’abord décrivons notre cas tel qu’il était. L’ouverture occupait une bonne partie de la grande courbure de l’estomac ; tout le reste de ce viscère n’offrait pas le moindre indice d’inflammation , et j’en dirai autant des bords de la grande plaie , ainsi que l’appelèrent tous les assistans ; la couleur de ce viscère était en général blanchâtre. Mais cela ne suffit pas encore : le duodénum , dans la portion qui avait dû être en contact avec l’estomac , était ramolli de manière a se fondre presque sous la pression des doigts ; ici encore il n’y avait pas la moindre trace d’inflammation , point de mauvaise odeur ni de tache grangréneuse dans l’estomac , ni dans le duodénum. Les autres intestins et tous les viscères du bas ventre étaient dans leur état normal. Ayant pris des informations des officiers de ce soldat, on me le dépeignit pour unjeune homme de bonne conduite, point buveur, et ayant joui jusqu’alors d’une parfaite santé. Le docteur Rubini , qui était alors médecin adjoint de l’hôpital, et qui s’est acquis ensuite par ses ouvrages une juste célébrité , avait jugé l’affection comme ayant été déterminée par un coup de soleil , langage dont on
se servait alors ; et cette opinion devenait d’autant plus probable que ce malade avait été pendant quelque temps exposé au soleil pour couper du bois. Rubini de prime abord lui fit pratiquer une saignée; mais les choses ayant proiîiptement empiré, il ne prescrivit plus rien , et fut ensufte très étonné de ne point trouver dans la cavité du crâne le moindre indice d’inflammation.
Toute cette série de faits était pour moi d’une grande obscurité. Cependant, une santé parfaite jusqu’au moment où cette affection s’est déclarée; une maladie aussi prompte qu’on a cru d’abord inflammatoire , qui n’a pas été trouvée telle ensuite , et qui n’a pas même laissé le temps d’établir un traitement; une déchirure énorme de l’estomac ne laissant pas trace de la cause qui aurait pu produire un tel effet , étaient le résultat d’observations certaines, auxquelles je ne pouvais néanmoins m’empêcher de prêter une pleine croyance , quoiqu’il me fût cependant impossible d’en découvrir les causes cachées. Je restai dans cette obscurité jusqu’au moment où le hasard me fît tomber sous la main le vol. lxii des Transactions philoso -
phiques. J’y lus le mémoire de J. Hunter sur la digestion de l’estomac opérée par les sucs gastriques après la mort. Je me rappelai alors le cas que je viens de citer, et après en avoir bien considéré toutes les circonstances , je le regardai comme un des plus propres a démontrer toute l’activité des sucs gastriques pourdigérer après la mort ce même organe qui les produisit pendant la vie. Hunter a trouvé cette digestion dans beaucoup de cadavrês et surtout chez les individus qui avaiént succombé a des maladies violentes; parmi ceux-ci, quelquesuns conservaient encore l’estomac plein d’alimens. Pour mieux éclaircir cette circonstance dans la mort violente , Hunter a examiné aussi différentes espèces de poissons qui meurent soudainement à leur sortie de l’eau , et dont l’estomac est plein d’alimens avalés sans être mâchés ; il a trouvé que dans beaucoup de cas tout l’aliment avalé ne parvenait pas au fond de l’estomac , et alors la portion d’aliment qui touchait à cette partie du viscère était digérée en même temps que le viscère luimême.
Maintenant, pour en revenir a notre observation,
je trouve que, meme quant a la rapidité de la mort, elle peut être comparée aux observations de Hunter. La mort n’a pas été subite, mais elle a été précédée d’une très courte maladie ; et quelle aura été cette maladie ? Il n’est pas probable que ce fût une fièvre pernicieuse , quoiqu’il y eût alors assez d’affections périodiques. Mais, quoi qu’il en soit peu importe a notre but. Si j’avais eu auparavant connaissance de la découverte de Hunter, et que j’eusse connu la cause de ce qui me parut, ainsi qu’a tous les autres, un phénomène extraordinaire , j’aurais certainement examiné cet estomac avec plus de soin que je ne le fis alors; mais je n’ai pas eu a le regretter, car, dans les années suivantes, j’ai pu, dans plusieurs occasions, vérifier ce que ce grand observateur avait avancé, et c’est qu’il y a peu de cadavres chez lesquels la grande courbure de l’estomac ne présente pas un commencement de digestion; et ceux, ajoute-t-il , qui se sont familiarisés avec des observations de ce genre, peuvent facilement marquer les différens degrés auxquels cette digestion est parvenue.
Ces faits sont précieux sous plusieurs rapports.
Nous placerons en première ligne le cas oii ces lésions opérées par les sucs gastriques dans le cadavre auraient acquis assez d’étendue pour être remarquées par un expert, a l’occasion de quelque recherche pour soupçon d’empoisonnement. Un observateur expérimenté saura découvrir les différences très notables qui existent entre ces deux cas, ainsi qu’on les trouve décrites dans les pas-
sages que nous allons rapporter de Morgagni et de Hunter. Et nous répéterons aux hommes de l’art d’être bien persuadés , non seulement de la possibilité, mais de la réalité et même de la fréquence des lésions de l’estomac produites par cette cause , et que dans la pratique il pourrait être dangereux de ne pas en faire , par ignorance , une juste application .
Mais il ne suffit pas d’éviter les erreurs dans lesquelles on peut tomber quand on ne sait point distinguer les grandes lésions , telles que les déchirures et les trous plus ou moins grands faits à l’estomac par les sucs gastriques. Parmi ces lésions, celles qu’on a très fréquemment lieu de rencontrer et dont peu de cadavres sont exemptés , sont d’une
— ÎUO
très petite étendue, et consistent en de légères érosions, ramollisscmçns , éraillures, amincissement de la muqueuse de l’estomac, de sorte qu’on aperçoit les vaisseaux sous-jacens presque à nu; ce qui n’arrive pas dans la partie de l’estomac qui est restée intacte. Ces altérations, peu saillantes , restent inaperçues dans la plupart des cas ; et si parfois quelques observateurs les trouvent, ils en font ordinairement une mauvaise application, soit parce qu’ils ne savent pas observer, soit parce qu’ils se sentent poussés par l’envie de théoriser, ou soit enfin pour d’autres motifs peu délicats. Quoiqu’il en soit, ces altérations mal interprétées nuisent a la science plus qu’on ne le croit , et cela de deux manières différentes : elles induisent l’observateur superficiel a admettre , comme causes de maladie , des inflammations qui n’existent pas; ce qui devient une source d’erreurs pour la pratique de l’art, et de faits complètement faux pour ce qui regarde la théorie. Dans d’autres circonstances, elles fournissent a ce meme observateur l’occasion d’attribuer, a tort, a faction des remèdes sur l’estomac vivant, un effet qui est entièrement dû a faction des sucs
gastriques sur l’estomac mort. C’est ainsi que quelques observateurs peu expérimentés ou peu consciencieux, pendant les premières années surtout de mes cliniques , lorsqu’on voulait a tout prix nier ou falsifier même les faits très importans qui tendaient a créer la nouvelle thérapeutique, et a découvrir les lois de la capacité morbide, interprétaient a leur manière ces fréquentes et légères altérations de l’estomac lorsqu’on les trouvait, et les attribuaient a l’action du tartre stibié administré pendant la maladie, plutôt qu’aux sucs gastriques qui avaient agi après la mort. Mais Hun ter avait observé, décrit et rapporté ces mêmes
lésions a leur véritable cause, un demi-siècle avant
(1772) qu’on administrât le tartre sitibié a haute dose; et Morgagni, dans une des lettres déjà citées (lv, 10), a décrit un estomac qui avait une lésion qui mérite d’être notée, et qui appartient a celles dont nous parlons ici. Voici le texte en entier. —
Faciès autem interior ( ventriculi ) qua fandas jam
proprias ad prjlori an trum accedebat aream os tendit cire ali forma, eu jus diameter digilorum erat circi lcr quatuor transversorurn. Eam aream ab reliqua ven-
triculi superficie hcec clistinguebant , quod minus Iccvis eratj minusque nitida, mugis aulem albida et vasculis sanguiferis, quasi ab injectione nigricantibus, prccdita cum alibi lœvor , nitor, minus albus color , libique conspirer entur , vascula autem fere nulla, nedum non sic expressa autnigricanlia ut evitlens esset omnibus quantum area ilia tota patebat , tantum de intima lamella ventriculi fuisse rosam. Nec prceter hœc ne in proximo quidam esofago , aut intes liais, quidquarn animcidvertere potuij quodero sionem , aut inflam malionem signijicaret. — Hunter aussi décrit de la même manière les différences qu’il a trouvées entre la portion de l’estomac dans son état normal, et celle sur laquelle les sucs gastriques avaient commencé a exercer leur action dissolvante. La coïncidence de ces deux grands anatomistes et observateurs sur la matière qui nous occupe, caractérise la vérité. — 'La partie saine (dit Hunter) est molle, spongieuse , granulée et sans vaisseaux san guins distincts, opaque et épaisse, tandis quon trou-
vera V autre lisse, mince et plus transparente , enmcme
temps qu’on voit dans son épaisseur des ■ vaisseaux ramifiés. — Il parle encore d’une expérience assez
intéressante qu’il a faite, et c’est — qu’en faisant passer le sang, par la compression, des gros vaisseaux aux vaisseaux plus petits , on le voit suinter de l’extrémité des vaisseaux digérés , et se présenter j sous
forme de petites gouttelettes, à la surface interne
ciel’ estomac. — Hunter, qui avait découvert l’action dissolvente du suc gastrique sur l’estomac mort, considère absolument cette action comme cause des phénomènes tantôt cités; tandis que Morgagni, s’étant limité a voir ces mêmes phénomènes sans pouvoir s’en rendre raison, dit, il est vrai, que la membrane interne fuisse erosam, mais il ne nous dit pas quel fut l’agent corrosif. Néanmoins, en observateur fidèle et judicieux, il affirme qu’elle était corrodée sans ajouter qu’elle fût enflammée, par cela même qu’elle ne l’était pas; et il fait remarquer, un peu plus loin , qu’il n’a trouvé ni corrosion , ni inflammation, pas plus dans l’œsophage que dans les intestins.
Passons maintenant a quelques considérations sur l’apparition des vaisseaux sanguins a la surface interne de l’estomac , dans cette partie précisément
oii le suc gastrique opère sa digestion, phéno-
mène qui est le point principal de la question. Nul doute que ces vaisseaux ne soient veineux, car le sang, après la mort, est tout dans les veines. Morgagni en parlant de leur couleur la qualifie par nigerrima. Un observateur peu expérimenté dira, peut-être, que ces vaisseaux indiquent clairement une. gastrite. Il suffit cependant d’avoir vu des gastrites , qui sont au reste moins fréquentes qu’on ne le croit, et des péritonites, qu’on rencontre plus souvent que l'es gastrites ; il suffit , dis-je , d’avoir observé les effets de ces maladies comme de toutes les inflammations, en général, qui attaquent les membranes remplies de vaisseaux, pour revenir d’une erreur aussi grossière. Les vaisseaux de la portion d’estomac digérée superficiellement sont limités h l’endroit même oii les sucs gastriques ont agi, et c’est la seulement qu’on peut les apercevoir plus aisément que sur aucune autre partie de ce même viscère; et la cause évidente est que dans cette partie ces vaisseaux ont été mis a nu , ou presque a nu, parla destruction de la muqueuse qui les recouvrait. Cela est si vrai que, si la digestion a eu lieu sur les dernières ramifications des capillaires , on
pourra d’ici encore faire suinter le sang, pour peu qu’on le presse avec les doigts ; ce qui n’arrivera jamais dans un réseau capillaire inflammatoire, malgré que tous les vaisseaux soient très engorgés , s’il n’y a pas eu une digestion antérieure opérée par les sucs gastriques. Voila ce qui a été vu par Hun ter, et voila ce que j’ai pu moi-même observer chaquefois quejeme suis occupé dépareilles recherches. Si Morgagni n’a pas aperçu ce suintement sanguin, c’est parce qu’il n’essaya jamais de faire passer le sang des gros rameaux dans des rameaux plus petits. Néanmoins il observa le fait en gros, c’est-à-dire l’apparition de ces vaisseaux en plus grande quantité sur les points qu’il appelle corrusesj tandis qu’on en aperçoit bien peu ou point sur la portion intacte de l’estomac; et ceci est mettre au fait le cachet de l’évidence.
Voila où en était parvenue l’anatomie pathologique , sur cette matière , il y a soixante ans. On
pourra bien dire aujourd’hui que ces faits ont été publiés depuis long-temps , mais en revanche ils sont peu répandus. On peut ajouter aussi que de nos jours on n’étudie guère une pareille matière et
par cela meme on n'y croit pas ; de sorte que lorsqu'on observe des corrosions , des trous , ou des déchirures dans l’estomac, on les considère comme autant d’effets produits par un poison corrosif ou par une cause morbide, ou comme constituant un phénomène si obscur qu’on ne doit même pas tenter de l’expliquer. Il y a un cabinet pathologique dans lequel on conserve un estomac ayant de semblables lésions, qui sont attribuées a toute autre action qu’il celle des sucs gastriques après la mort ; et il n'y a pas bien longtemps qu’une large déchirure ayant été aperçue dans l’estomac d’une femme rempli encore d’alimens , on attribua cette lésion a une trop forte distension de ce viscère. Tout récemment encore un cas analogue fit naître quelques soupçons d’empoisonnement. Ce qui prouve que les observations si intéressantes de Hunter sont encore ignorées. Il faut espérer qu’a l’avenir on s’occupera davantage de ce sujet , et que l’observation pourra recueillir bon nombre de faits utiles. En effet , il serait très utile de préciser les différentes circonstances qui favorisent ou empêchent ce phénomène,
et , suivant l’exemple donné par Hunter, on pourrait examiner l’estomac d’autres animaux , celui surtout des plus voraces , chez lesquels les sucs gastriques paraissent avoir plus de force. En Italie principalement , où les belles expériences de Spallanzani nous ont appris que les sucs gastriques peuvent exercer leur effet dissolvant meme hors de l’estomac , il semblerait que des recherches de cette nature devraient être plus cultivées et plus perfectionnées qu’elles ne le sont en effet. La simplicité et la conséquence rigoureuse des expériences de Spallanzani ne laissent aucun doute que l’action de la digestion appartient entièrement a la force dissolvante des sucs gastriques. Cependant quelques faiseurs de raisonnemens veulent y associer l’action des nerfs , par cela seul qu’on observe , disent-ils , que les chagrins troublent la digestion. Il est positif que sans les nerfs, ou, pour mieux dire, sans la vie , l’estomac ne produirait point de sucs gastriques ; mais l’action des nerfs , c’est-'a-dire de la vie , se limite a cela seulement. Et lorsque le menstrué est préparé , il remplira sa fonction en digérant les matières alimentaires dans l’estomac, hors de
l’estomac et digérant l’estomac lui-même lorsque les circonstances opportunes s’y trouveront. S’il y a des causes propres a troubler ou diminuer la sécrétion de ce menstrue , la digestion des matières alimentaires dans l’estomac en sera troublée ou même entièrement dérangée; mais vouloir associer a l’actualité de la digestion, qui est une opération tout-à-fait chimique, l’action directe des nerfs , c’est multiplier les causes sans besoin , c’est péclier contre les règles de la saine logique et même contre l’évidence des faits.
Il y a cependant , relativement à la digestion , une propriété inhérente a la vie , qui agit d’une manière vraiment admirable : c’est celle qui donne a la fibre vivante la force de résister a l’action dissolvante des sucs gastriques. Cette propriété soustraitl’estomac vivant a l’action dissolvante des sucs gastriques , et empêche que les grenouilles , par exemple , et autres animaux avalés par les reptiles soient digérés avant leur mort. Hunter a été le premier a démontrer, par des faits directs , cette propriété dont personne avant lui ne s’était douté ; et il est parvenu à prouver que s’il était possible
d’introduire une main jouissant de la vie dans l’estomac d’un animal vivant, cette main ne pour-
rait pas être attaquée par les sucs gastriques. Au reste , ce qui prouve encore que avant Hunter on n’avait aucune notion sur ce caractère distinctif entre la fibre vivante et la fibre morte , c’est que Pitcairn, le plus savant et le plus estimé parmi les médecins mécaniciens de son temps , qui voulait expliquer la digestion par une trituration exécutée par l’estomac , combattait l’opinion des médecins
chimistes qui la considéraient comme une dissolution opérée par les sucs gastriques , disant que s’il en était ainsi , l’estomac devrait être le premier à être digéré par ces sucs , puisqu’il est continuellement soumis a leur action.
Nous conclurons sur cette matière en tirant deux conséquences aussi claires qu’utiles :
1° Les jihysiologistes , qui auraient dû regarder la théorie de la digestion comme perfectionnée par les expériences de Spallanzani, n’ont fait, au contraire, ne sachant point les apprécier à leur juste valeur, que gâter tout ce que ce grand homme avait obtenu par ses travaux, et ce qui avait été admira-
blement confirmé par les observations et par les expériences de Hun ter.
2° Les pathologistes, ne mettant pas a profit les découvertes de Hunter, soit parce qu’ils ne les connaissaient pas , soit parce qu’ils les méprisaient, ont donné lieu a une erreur des plus graves en admettant comme effets de l’inflammation de l’estomac vivant , les lésions opérées par les sucs gastriques sur la membrane interne de ce même viscère mort. Je me borne à indiquer ces faits en passant, car cela nous suffît; j’ose me flatter cependant qu’ils seront médités et appréciés par ceux qui se vouent au vrai progrès de la science médicale.