‹ Théorie de la phlogose [electronic resource]Chapitre 41 sur 55 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

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Deux erreurs de fait reçues aujourd’hui en médecine. Grandes difficultés qu’on rencontre , et qui ne peuvent être évitées qu’à l’aide d’études exactes en anatomie pathologique.

lières , nées en même temps , et dont la postérité aura a s’étonner. Ce sont des erreurs de fait avancées à une époque oit le goût dominant est plus que jamais tourné vers la recherche de faits réels , dans toutes les sciences, et a leur utile application; tandis que l’histoire de la médecine offrira , avec ces deux erreurs , l’exemple de deux faits imaginaires dans leur origine et nuisibles dans feur application. Le lecteur s’aperçoit sans doute que de ces deux faits l’un a rapport aux inflammations

L’histoire de la médecine des premières années de notre siècle’ rappellera deux erreurs assez singu-

qu’on dit ne point laisser de traces sur le cadavre , l’autre a la coloration en rouge de l’aorte principalement , considérée comme inflammation. Ces deux questions ont été traitées séparément dans les chapitres iv et v pour la première, xix pour la seconde.

L’importance de la matière nous engage a en dire ici quelques mots conjointement. Par cette prétendue disparition de l’inflammation on affirme ce qu’il n’y a pas eu pendant la maladie, et on nie ce que le cadavre montre jusqu’à l’évidence. Avec la rougeur aperçue sur la surface interne de l’aorte on transforme l’apparence en une réalité , dont les élémens sont introuvables. Ces assertions , bien pesées , se changent en autant d’absurdités. Or, quelle peut en être la source cachée ? Nous répondrons : ce n’est ni la difficulté , ni l’obscurité de la matière ; ce n’est point l’impossibilité de se procurer des faits clairs et concluons , ni quelque déviation bien excusable d’un entendement qui crée des hypothèses , pour si mesquines qu’elles soient; ce n’est rien de tout cela , mais simplement un besoin qu’a l’homme de justifier ses actions par

des mots et des raisonnemens que le vulgaire reçoit d’autant mieux qu’il les comprend moins.

Les inflammations sont de toutes les maladies les plus fréquentes, et les cas très graves n’en sont pas rares. Parmi les erreurs qu’on peut commettre dans le traitement qui leur convient , il y en a deux principales : la première est de mal déterminer la diathèse dès le début delà maladie , et la seconde de dépasser par la suite les limites du traitement approprié. Dans un cas, l’erreur commence

avec le traitement ; dans l’autre , l’erreur n’a lieu

qu’a certaine époque , a la suite de l’excès de ce même traitement. Dans les deux cas, le médecin qui se laisse guider seulement par les symptômes, persistant dans la même méthode , se trouve dans une fausse direction , et de bonne foi il la parcourt sans s’arrêter et sans expérimenter aucun autre remède, jusqu’à l’extinction de la vie. Mais quand il faut que l’observation nécroscopique approuve et confirme la justesse du traitement , c’est alors que le besoin dont il était tantôt question se fait vivement sentir, et que les sophismes les plus bizarres et même les plus grandes absurdités sont

accueillis comme fort utiles à la circonstance et immédiatement employés. Parmi ces sophismes , les deux dont nous parlons ici ont été trouvés les

plus opportuns ; et ces fausses interprétations de

l’anatomie pathologique furent hardiment présentées par les médecins. De sorte que lorsqu’il s’agit d’une maladie contre laquelle on a employé mal h propos ou continué avec excèsla méthode antiphlogistique , c’est un bonheur pour le médecin , dans l’embarras oii il se trouve, de pouvoir dire et appuyer de l’autorité des autres qu’il y eut inflammation et une inflammation mortelle, mais qu’elle a disparu avec la vie. Que si a la suite de recherches minutieuses ou même par hasard , il ouvre l’aorte et la rencontre plus ou moins rouge , c’en est assez pour la déclarer siège de l’inflammation , lors même que pendant la maladie le diagnostic aurait indiqué que le siège du mal était ailleurs. J’ai été plusieurs fois témoin de faits semblables ; j’ai même taché , mais inutilement , de tirer de l’erreur ceux qui n’aimaient point d’en sortir.

L’anatomie pathologique est une source vaste et précieuse de lumières pour la science et pour notre

art ; mais si les recherches auxquelles elle se livre ne sont pas guidées et .soutenues par une logique sévère , elle ne fournira pas a la médecine le fait réel, mais une apparence trompeuse; on n’obtiendra pas des matériaux propres a des inductions justes , mais de nouvelles sources d’erreur. Mais puisque ces deux diathèses forment maintenant la base principale de la méthode curative , pour tous ceux qui suivent les principes que nous avons posés ; puisque l’action des remèdes est déterminée par des expériences claires et incontestables , et puisque enfin la théorie de l’inflammation tend a son perfectionnement , il faut espérer que l’anatomie pathologique rendra a la science et a l’art des services bien plus importans que par le passé. Pour cela il est indispensable qu’elle s’applique principalement et autant que possible a chercher dans le cadavre le véritable effet des méthodes curatives employées , et qu’elle montre au médecin la justesse ou l’erreur de son diagnostic et de son traitement.

D’après ce que nous venons de dire, il est facile de voir que notre intention est de donner a l’anatomie pathalog'ique un plus grand développement et

de la faire sortir des bornes étroites dans lesquelles elle a du rester jusqu’à présent. On ne saurait se promettre d’obtenir une collection de faits clairs et positifs par lesquels on puisse se rendre compte des méthodes curatives , si dans chaque cas on ne peut pas soumettre le cadavre a un examen particulier; et il faudrait pour cela l’appui des lois et des réglemens spéciaux. Mais comment pouvoir même l’espérer ? La civilisation des peuples devra faire bien des progrès avant qu’on ait déraciné les erreurs et surmonté les répugnances vulgaires devant lesquelles la bonne volonté et le courage du législateur échoueraient encore de nos jours dans toute l’Europe. Jusqu’à présent nous ne pouvons que faire des vœux , en attendant que le temps puisse , a ce sujet , meliora nanciarc.

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