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de défendre la philosophie en général et nos principes en parliculier contre les accusations, les préjugés, les fausses interprétations qui les discréditent auprès d'un grand nombre d'esprits. Aujourd'lmi encore, pour inaugurer le cours de cette année, j'ai pensé ne pouvoir mieux faire que de choisir un sujet de cette nature.
11 est reçu, Messieurs, dans un certain monde de traiter fort dédaigneusement ces hautes éludes auxquelles nous nous livrons ensemble» et, en général, toute recherche spéculative un peu élevée. On les rejette, on les condamne sans examen préalable^ et ces jugements absolus dont on les frappe, on les prononce presque toujours au nom du sens commun. Au nom du sens commun, des hommes qui se qualident eux-mêmes avec orgueil du titre d'hommes positifs font chaque jour le procès des théories scientifiques. Dans toutes les discussions ils l'invoquent comme un argument décisif et triomphant ; en vain s'agit-il d'une question à laquelle jamais ils n'ont pensé, grâce aux vives lumières de ce qu'ils appellent le sens commun , sans hésiter ils la tranchent à l'instant, et renvoient plus ou moins poliment leurs adversaires aux petites-maisons. Qui pourrait dire combien les sciences morales et politiques en général, combien la philosophie
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en particulier, ont eu à souffrir de ces dédains superbes? Qui pourrait dire combien ces hommes positifs avec leur prétendu sens commun ont arrêté de progrès dans le monde ?
D'un autre côté, il faut en convenir, ces protestations au nom du sens commun ont été quel* quefois légitimes et salutaires. Souvent elles ont arrêté Tavénement d'une vérité nouvelle, mais souvent elles ont empêché le triomphe de théories insensées. D'où vient que ces protestations au nom d'une même autorité tantôt soient légitimes et tantôt illégitimes? d'où vient que tantôt elles empêchent le bien et tantôt elles empêchent le mal ? La raison de toutes ces contradictions est bien simple, elle se trouve tout entière dans la diversité des significations sous lesquelles on prend et invoque le sens commun. Cette diversité de significations engendre perpétuellement dans la langue littéraire et même dans la langue philosophique une foule de confusions et d'équivoques que je veux dissiper par une analyse sévère des éléments contenus dans ce qu'on appelle du nom général de sens commun.
Dans l'usage ordinaire et dans la langue de la littérature, on comprend sous le nom de sens
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commun deux éléments d'une nature toute opposée, un élément rationnel et un élément empirique; en d'autres termes, des principes dus à la raison, et par conséquent marqués du double caractère de Tuniversalité et de la nécessité, et d'aulres principes dus à l'expérience et par conséquent n'ayant aucun caractère d'univergalilé et de nécessité. Selon que Ton considère et que Ton invoque le sens commun sous le point de vue empirique ou sous le point de vue rationnel, il est évident qu'il n'a plus les mêmes droits ni la même autorité. Je vais successivement l'examiner sous chacun de ces deux points de vue, et vous me permettrez, pour la commodité du discours, d'appeler tout simplement sens commun rationnel le sens commun considéré sous le rapport de l'élément rationnel, et sens commun empirique le sens commun considéré sous le rapport de i'élément empirique.
Commençons d'abord par le sens commun rationnel. Quels sont ses droits, quelle est son autorité à l'égard de la science? Il existe, vous le savez, une raison commune, universelle, qui émane de Dieu et dont la lumière éclaire toutes les intelligences, cbmme la lumière du soleil éclaire tous les yeux. De cette raison découlent des vérités, des croyances qui sont l'indispensable condi-
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tion et le fond nécessaire de toute connaissance, de tout acte intellectuel. C'est à cet ensemble de vérités et de. croyances universelles et nécessaires de rhumanité que dans la langue philosophique on donne plus spécialement le nom de sens commun» et auquel nous donnons ici le nom de sens commun rationnel pour prévenir tpute équivoque en le distinguant du sens commun empirique. Nous existons, quelque chose existe distinct de nous; il y a un temps et un espace sans limite au sein desquels toutes choses sont placées: tout ce qui arrive se rapporte à une substance et à une cause; l'ensemble des choses qui arrivent ou le monde suppose l'existence d'unp cause et d'une substance infinie qui ait en elle-même sa raison d'exister; il y â une justice absolue supérieure à tous les attraits du plaisir et à tous les calculs de l'intérêt ; celui qui a fait le bien mérite d'être récompenséi et celui qui a fait le mal mérite d'être puni ; il y â une beauté absolue, indépendante des temps et des lieux et des caprices de la mode ; les lois du monde sont stables et générales. Voilà quelques^ unes des principales vérités qui constituent le fond du sens commun rationnel. C'est toujours en ce sens que dans notre langue philosophique nous nous servons du mot de sens commun; c'est en ce sens que vous vous rappelez peut-être me
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l'avoir entendu invoquer contre certaines doctrines; par exemple^ contre l'idéaliane et le scepticisme. Âi-je besoin de dire qne Tantorité du sens commun ainsi entendu est Fautorité de la raison elle-même, c'est-à-dire une autorité absolue? Tout ce qui va contre cette autorité est absurde et détruit la possibilité même de toute science et de toute certitude.
La philosophie, comme toutes les autres sciences, ne peut aller contre cette autorité irrésistible et sacrée, contre ces croyances instinctives et nécessaires qui sont le fondement de TintelUgence et de la science humaine. Non-seulement elle doit les respecter, mais elle a pour tâche principale de les justifier, de les confirmer, de les éclairer par la réflexion, de rechercher quelle en est la nature, quels en sont les caractères et l'origine. Cependant, si cette tache est une des plus importantes de la science de l'esprit humain et de la philosophie, elle n'est pas la seule et tout n'est pas Élit lorsqu'elle a été accomplie. Les croyances du sens commun rationnel doivent être le fondement^ le point de départ et la règle de toutes les spéculations philosophiques, mais elles n'en sont pas la limite. Je ne suis pas de l'école des philosophes qui ont prétendu réduire le rôle de la philosophie à l'analyse, à la justification des croyances