ET DU SENS COMMUN BMFIRIQUE
rationnelles du sens commun , et lui ont interdit de jamais aspirer à les dépasser. Si tel était» en effet» Tunique rôle de la philosophie^ nous nous exposerions à nous entendre dire : Â quoi bon tant de travaux et tant d'efforts pour n'arriver qu'à répéter sous une forme un peu différente ce que le sens commun proclame avec certitude au ' dedans de la conscience de chacun? Si la philosophie doit profondément respecter les croyances instinctives et nécessaires dont se compose le sens commun rationnel de l'humanité, elle peut légitimement, elle doit aspirer à les surpasser, et chercher à atteindre là où elles n'atteignent pas, sinon elle laisserait en dehors d'elle des questions qui non-seulement sont du plus haut intérêt, mais encore ont été de tout temps jugées par le sentiment universel comme des questions éminemment philosophiques. Considérez à quoi se Jx)rnent les affirmations immédiates du sens commun, et vous comprendrez parfaitement en quoi et comment la philosophie doit aspirer à les surpasser. En effet, que nous apprennent ces croyances du sens commun dont tout à l'heure je vous donnais quelques exemples? Elles nous apprennent qu'il existe une cause de tout ce qui arrive, une cause de l'univers, un temps et un espace infinis, une justice et une beauté absolue. Elles ne nous apprennent rien déplus. Cependant, à pro-
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posde toutes ceschoses^quedequestioDS s élèvent aur lesquelles le sens coannun demeure muet! 11 existe uue réalité distincte de notre réalité, mais quelle est celte réalité? Il existe une cause et une substance à tout ce qui arrive , mais quelle est la nature de cette cause et de cette substance? qu'est* ce qui la distingue d'autres causes et d'autres substances 7 II existe une cause suprême de l'uni- Vers» mais quels sont les attributs de cette cause, quels sont ses rapports avec les êtres créés et avec les causes secondes? 11 existe un temps et un espace infinis, mais quelle est la nature de ce temps et de cet espace? Sont-ils des non êtres înûnts^ ou bien sont-ils identiques à la succession ou à la coexistence des choses^ ou bien sont-ils des attributs de la cause et de la substance infi*ftîe? U y a une justice et une beauté abscdue» mais quctte est l'essence de la justice et de la beauté? Encore une f(»s, ni les croyances du sens comsmn» ni l'analyse de ces croyances» ne peuvent donner une réponse immédiate et nécessaire à ces hautes questions. Cependant ne sont-ce pas là des questions philosophiques? n ont-elles pas ifii^tes été agitées, avec plus ou moinsde bonheur, par quelque grand philosophe? n'en est-il pas mèm^ que l'on peut considérer comme résolues? Le sens commun rationnel ne nous apprend donc SMA de plus dii monde des substances et des
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causes que le fait même de son existence. Or, nous voulons en savoir davantage, et, pour satisfaire à cette grande et légitime curiosité de Tintelligence humaine, la philosophie s elTorce de pénétrer dans ce monde mystérieux. Elle y pé* nètre en suivant dans toute leur portée )es prin« cipes de la raison, elle y pénètre en prenant ces principes pour fondements d'inductions par lesquelles elle entreprend de déterminer au moins, en une certaine mesure, la nature de ces causes et de ces substances, leurs rapports entre elles et leurs rapports avec la substance et la cause infinie.
Tel est. Messieurs, le véritable rôle de la philosophie dans ses rapports avec le sens commun rationnel* Elle est quel(}ue chose de plus que la répétition sous forme analytique de ce que les croyances instinctives et nécessaires del'h umanité contiennent sous forme synthétique. Elle les explique, elle les justifie, mais aussi, en s'appuyant sur elles, elle les dépsse et atteint des questions qui ne sont point résolues dans la conscience du genre humain. Mais si la philosoplûe ne peut aller au delà, elle ne peut aller contre; leur autorité est sacrée et absolue. Une opinion qui les contredit, une doctrine qui les nie ou ne peut en rendre compte et conduit si les nier, est, par là