CHAPITRE XIII. LA VALEUR DE PUODrCTION CAPiTALI«Ti
formes, il faut même qu'il atteigne son plein développement, avant que puisse croître une organisation plus libre de la production et de la distribution des richesses reposant sur l'entente libre des producteurs organisés et des consommateurs également organisés, et s'accomplissant comme une réaction générale contre la tyrannie étalistc et monopolisatrice des temps modernes.
Rappelons-nous encore l'organisation et la réglementation de la production au Moyen Age. C'est seulement après que cette organisation fut devenue un obstacle réel au développement des forces productives de la société et au progrès de la civilisation, que la libre concurrence capitaliste put rompre avec l'ancien régime. Il en est de même de l'état économique et social actuel: Il faut que les différends entre nationalités et toutes les autres influences politiques et sociales qui empêchent encore le nivellement de la vie économique, aient le temps de disparaître sous l'influence de la civilisation générale.
Dans le courant de notre analyse, nous avons fait remarquer que la valeur-de-travail précapitaliste s'efface complètement dès que la production a revêtu une forme nettement capitaliste. Celte constatation doit nous arrêter encore un moment pour terminer notre étude sur la valeur de production.
Sous le régime capitaliste, nous avons vu la valeur de production des richesses s'exprimer sous la formule: frais de productio7i {au sens gétiéral, y compris les frais de circulation) + profil, les premiers se développant en frais depi-oduclion sociaux.,. le dernier en profit moyen tendantiel. La cause n'en est p is que les marchandises se vendraient au marché capitaliste, suivant la composition organique des capitaux, au-dessus ou bien audessous d'une certaine valeur théorique, — la valeur-de-travail. C'est là, nous le savons, l'hypothèse de Karl Marx (1) qui croit
(i) Les détails de l'exposé de celte hypothèse nous occuperont encore lors de notre critique de la doctrine marxiste dans notre Iroisiéiue volume, traitant plus particulièrement du profit d'entreprise.
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que celle valeur continue encore son action sous le régin-.c capitaliste, à l'arrière-plan de lu production et de la distribution des richesses. Mais nous avons vu qu'en réalité la cause du phénomène constaté s'explique par le fait que la valeur de production des richesses a parcouru elle-même, dans le courant des siècles, une évolution historique. La valeur de production qui, pour la très grande partie des richesses, constitue chez les peuples modernes un élément essentiel et souvent prédominant pour la création de la valeur d'échange, a complètement changé de nature pendant les siècles écoulés. Cela doit d'autant moins nous étonner que nous savons combien la notion de la « valeur » des richesses peut changer de siècle en siècle avec la structure économique de la société et avec le développement de ses forces productives.
Dans la société moderne, il n'est plus question d'une (.< déviation « qu'auraient subie les prix de marché en s'écartant seulement çà et là du niveau de la valeur-de-lravail..
Contrairement à la thèse de Marx et de son école^ nous avons vu que c'est la valeur de production elle-même qui a changé de caractère (1).
(i) La vente telle qu'elle se fait, pour la grande majorité des marchandises, sur le marché capitaliste libre, vente dominée par les frais de production. -\- le profit moyen, est tout autre chose que la vente suivant le temps de trai'o.il socialement nécessaire. Les disciples de Marx n'ont pu nier ce fait en présence des critiques sévèi'es que devait naturellement accueillir la publication du troisième tome du Capital, lis ont choisi cependant la seule issue qui se présentait pour sauver la théorie du maître. Ils ont interprété tous les phénomènes qui se passent au marché capitaliste moderne et qui la contredisent comme des « déviations » de « la loi de la valeur » {das 'Werthgeselz).
Que l'on voie, par exemple, ce que dit Conrad SchmidI, l'un des plus intelligents parmi les disciples de Marx, dans un article publié par le Vorwiirts (supplément au numéro du 10 avril 1897). La marche régulière des transactions au marché capitaliste est considérée par lui comme « une déviation des prix des marchandises hors de leur valeur, c'est-à-dire hors du temps de travail qu'elles contiennent d. Il parle, lui aussi, d'une « brèche à la loi de la valeur »{eine Durchbrechung des Werlhgesetzes .
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On a pu parler encore rationnellement d'une dèciatioyi des prix de marché hors du niveau de la valeur-de-lravail, aussi longtemps que ce niveau a été sensible en réalité, c'est-à-dire dans la première période d'épanouissement de la production capitaliste. Par rapport à cette période, on pourrait prétendre que la vieille loi de la valeur de production est seulement « ébréchée » , Mais ce qui, dans la première phase du capitalisme, était encore une exception à la règle générale de la vie économique des peuples est devenu peu à peu, par le développement de la vie sociale sous le régime capitaliste, la règle générale.
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La valeur d'échange.