INTRODUCTION' A LA THÉORIE DE LA VALEUR OBJECTIVE /DES RICHESSES
Nous avons considéré jusqu'à présent la valeur des richesses sous sa forme subjective ; celle-ci n'est pas la seule, pourtant, qui puisse s'offrir à notre analyse.
En entrant dans un magasin ou dans un marché quelconque, nous y trouvons ordinairement les articles de consommation accompagnés déjà de leurs prix. Ces prix ne sont pas arbitrairement attachés aux marchandises, mais se basent sur une forme de valeur spéciale à ces marchandises ; aussi nous paraissent-ils au premier coup d'oeil avoir été fixés d'avance, indépendamment de l'acheteur.
C'est du moins l'aspect qu'ils prennent aux yeux de l'individu isolé. II est vrai que nous aurions tout de suite une autre conception de ce qui se passe en réalité dans les magasins et sur les marchés, si nous pouvions nous y pré>enler non pas en qualité de consommateur isolé, mais comm'^ représentant la colleclivité des consommateurs. Muis n.ènif- datit< le cas où l'élément subjectif peut se faire valoir du côté des consommateurs avec le
i 11 l'AUT. III. VALKIK OHJKCTIVI-:. CONSIDEKATIONS GENKRALKS
plus (ie force, il est évident qu'il existe une valeur objective des marchandises, objective relativement à nous, consommateurs.
Les besoins et les désirs de cbacan de nous en tant que coni-ommateur influent sans doute sur cette dernière valeur et nous rechercherons jusqu'à quel point cette influence pourra se faire valoir ; mais celte valeur, malgré les modifications qu'elle peut subir, reste pour nous une valeur objective des richesses. Dans Ils magasins ou les marchés que nous venons de visiter, les prix des diiïérents articles étaient fixés par d'autres gens que nous, consommateurs, d'après des principes que nous étudierons plus lard. Bien que ces prix, et la valeur qui leur sert de base, prennent pour nous un caractère objectif, il est sûr, néanmoins, que des rapports subjectifs avec d'autres gens que nous n'y sont pas étrangers : des rapports avec des personnes qui étaient entrées avant nous en relation avec ces articles comme producteurs ou comme vendeurs. De ce côté-là, l'élément subjectif aura encore sa place, bien qu'en définitive la valeur des richesses, telle qu'elle se manifeste au marché, garde toujours, vis-à-vis des producteurs comme des consommateurs, un caractère objectif fort prononcé.
En langage philosophique, cela peut s'exprimer ainsi : toute valeur est un rapport subjectif entre un homme ou une collectivité d'hommes et un article de consommation. Mais les richesses sont en rapport continuel non pas avec un seul sujet, mais avec des milliers ou'mème des millions de sujets, soit dans la sphère de la production, soit dans celle de la consommation; même dans chacune de ces sphères, le rapport subjectif entre chaque article spécial de consommation et chaque personne en particulier doit être influencé par tout rapport parallèle, et il s'établit ainsi entre ces deux relations un nouveau rapport, ayant un caractère objectif. Au point de vue des consommateurs, les rapports subjectifs avaient toujours deux termes : l'individu, d'une part, avec ses besoins et ses désirs ; l'objet évalué, d'autre part, avec ses propriétés. Au point de vue des producteurs, un rapport analogue s'établit entre le coût de leur