‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 6 sur 184 · TH1<^0R1E DE LA VALEUR · texte numérisé non relu

TH1<^0R1E DE LA VALEUR

lorsque les frais du producteur sont évalués immédiatement en travail et ne se réduisent pas encore à une dépense de capital. De même, la valeur d'usage des choses dépend bien de leur utilité ou, du moins, des qualités qui rendent leur emploi possible ; mais elle ne peut nullement se confondre avec ces qualités mêmes, pas plus qu'elle ne se confond avec le plaisir ou l'avantage [)rocuré par les choses.

Il en est de même de la valeur d'échange. John Sluarl Mill a donné la définition suivante de cette valeur : « Par valeur d'une chose, on entend la quantité de quelque autre chose, ou des choses en général, contre laquelle la première s'échange. » (1). Cette définition doit être critiquée dès maintenant, parce que li valeur ne peut pas être identifiée avec une quantité d'objets, bien que celle-ci lui serve d'expression. Stanley Jevons a parfaitement raison quand il déclare que cette définition de Mill, qui fait de la valeur « une chose », est aussi ^ inexacte, philosophiquement parlant, que le serait la proposi- .tion : « L'Ascension droite signifie la planète Mars, ou une planète en général. » (2).

Jevons lui-même, cependant, tout en comprenant avec raison la valeur comme une notion comparative, est tombé dans l'autre extrême. Dans sa théorie de l'échange, il admet bien que des substances comme l'or ou le fer peuvent avoir certaines qualités « qui en induencent la valeur », mais pour le reste, la valeur d'une substance n'exprime, comme il dit, que « le fait de so)i échange dans une certaine 2^'>'oporiio7i contre une autre stibstance quelconque^). Aussi se laisse-t il aller à déclarer textuellement : « Lorsqu'une tonne de fonte s'échange sur un marché

(1) John Stuart Mill, Princîples of Poîitical Economy, livre III, ch. vi, § 1, ], Edit. Londres, 1867 [People's Edition), p. 290; trad. Dussard et Courcelle-Seneuil, Ed. 1861, t. I, p. 535.

Une définition analogue — évidemment empruntée à Mill — est celle que donne Alfred Mabshall, Princîples of Economies, tome 1, livre I, chap. J, Introduction, Edit. 1898, p. 8 ; trad. F. Sauvaire-Jourdan, p. 10.

(2 W. Stam.ev Jevons, The Theory of Poîitical Econo^ny, préface de la deuxième édition, 1879, p. XI; trad. franc., Paris, 1909, p. 7.

contre une once d'or étalon, ni le fer ni l'or ne sont valeur, et il n'y a de valeur ni dans le fer ni dans l'or. La notion de valeur n'existe que dans le Tait ou la circonstance que l'un sécliange contre l'autre. » (i).

Il faut remarquer, pourtant, que ce « fait » ou cette « circonstance n de l'échange, ont un fondement, et que non seulement l'or et le fer présentent certaines qualités « qui en influencent la valeur », mais (jue c'ef-t sur ces qualités mêmes que la valeur repose, en ce sens que c'est simultanément à ces qualités que la valeur se maintient ou disparaît. Il est incontestable que la valeur cVéchaJige ne se réalise qu'au moment de l'échange et que les circonstances de celui-ci peuvent influer directement sur la valeur. Mais il est non moins incontestable qu'une rigoureuse distinction doit être faite entre celle manifestation de la valeur et la valeur elle-même.

J'ai insisté ici sur la différence entre la valeur et sa forme de manifestation parce que ces deux notions ont été trop souvent confondues par les économistes ; maintes fois certains d'entre eux ont cru avoir à faire à deux formes de manifestation différentes de la même valeur, lorsque, en réalité, ils avaient devant eux deux formes de valeur différentes.

Telle est Torigine de la fausse détermination que, par exemple, l'école classique de Smith-Hicardo et les doctrines de Rodbertus et de Karl Marx qui la complètent, ont donnée delà valeur d'échmige des marchandises ; comme nous le verrons encore, ces économistes n'ont visé eu réalité, dans leur analyse, que la vale^ir de produclioii.

D'autre part, la confusion de la valeur d'usage avec la valeur d'échange — confusion si géne'rale dans la science économique jusqu'à nos jours et que l'on peut observer plus ou moins chez tous les représentants de la théorie utilitaire de notre époque — a pour cause une équivoque analogue.

^1) ].oc. cit., chap. iv, 3« édition, 1888, pages 77-78, cf. trad. franc., p. 143.

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