‹ Théorie de la valeur, avec une réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 5 sur 184 · THÉORIIÎ DE LA VALEUR · texte numérisé non relu

THÉORIIÎ DE LA VALEUR

L'une el l'autre conceptions de l'ide'e de valeur ont trouvé depuis, dans la science économique, leurs partisans qui, plusou nnoins catégoriquement, ont mis au premier plan, les uns, les propriétés et qualités intrinsèques des choses, les autres, les besoins humains et nos évaluations personnelles. Ur, il est évident que les deux opinions contiennent chacune une pari de vciilé. Il faut s'exprimer ainsi : la valeur que nous attribuons aux choses, provient de la collaboration de deux causes, d'une part, des choses mêmes et de leurs qualités intrinsèques et, d'autre part, de notre désir de les posséder, désir dépendant de plusieurs facteurs subjectifs que nous aurons à analyser et parmi lesquels trouvera place notre opinion de la rareté ou de l'abondance des choses.

Pour que la valeur d'un objet pût être mesurée dans le sens rigoureux du mot, il faudrait donc pouvoir l'appliquer sur une autre valeur, ce qui signifie toujours, en dernière analyse, sur un autre rapport d'un objet à un homme, à un groupe d'hommes ou au genre humain en général, rapport toujours subjectivement évalué par un individu quelconque.

La difficulté de ce processus est évidente. En réalité, les différentes quantités des choses sont bien comparées les unes aux autres relativement à leur valeur ; mais il n'y a pas lieu^ cependant, de p;irler d'une mesure de celle-ci au sens propre du mot, mesure au moyen d'une unité conventionnelle comme pour les dislances, les surfaces, etc. De là cette remarque de Rodbertus qu'en réalité ce n'est pas une Mesure de la valew\ mais plutôt un hidicateur de la valeur que les hommes cherchent à se procurer (1).

évalue ne rempêche-t-elle pas davantage de désigner ailleurs dans ses œuvres les besoins des hommes comme la cause des prix des choses. Voir par exemple son Traité d'économie politique, Livre II, chap. ix, § i, 6« édition, p. 228 : «... ce qui nous ramène à ce principe déjà établi, que les frais de production ne sont pas la cause du prix des choses, mais que celle cause est dans les besoins que les produits peuvent satisfaire. »,

(1) « On ne veut donc pas, à proprement parler, une tnesure de la valeur, mais un indicateur de la valeur. Ce que l'on veut (la monnaie) eat

La notion de valeur nous parait donc comparative en deux «ens ; premièrement, en ce qu'elle exprime un rapport des -choses entre elles ; deuxièmement, en ce qu'elle exprime aussi un rapport entre les choses e'valuéej et l'homme. Nous pouvons choisir entre divers points de départ pournolre analyse d-i la valeur : examiner, par exemple, l'utilité des choses pour un homme quelconque, ou un groupe d'hommes, ou pour le genre humain en entier ; nous pouvons encore nous demander combien de travail ou de capital coûte la production des richesses, ou rechercher enfin dans quelles quantités elles s'échangent •entre elles sur le marché. Quel que soit, cependant, notre point de vue, que nous parlions de valeur dhisage, de valeur de production ou de valeur d'échange, la notion de valeur présentera toujours le même caractère de relativité à un double chef.

En ce qui concerne le rapport des choses entre elle?, ce caractère de relativité est toujours évidente pour la valeur dhisage €t la valeur d'échange ; la valeur, sous ces deux formes, s'exprime toujours par une comparaison directe entre les objets en question et la monnaie, l'or, l'argent ou d'autres « objets de valeur ».

Ldivaleur d'usage des choses, — bien qu'elle soit déterminée en fin de compte par le plaisir ou l'avantage qu'elles procurent, ne s'exprime pourtant jamais en quantités de plaisir ou d'avan-

donc absolument comparable au Thermomètre qui devrait être appelé plutôt Thermoscope. Car, de même que nous n'apprenons nullement par le thermomètre la quantité de la chaleur même, mais seulement des variations relatives de la dilatation du mercure, desquelles nous inférons les grandeurs relatives de la chaleur, ainsi nous n'apprenons pas par la monnaie la quantité de la valeur même, mais seulement des quantités relatives d'argent ou de travail, qui nous font connaître la grandeur relative de la valeur. » (Rodbkrtus, Zuv Erkenntniss, etc., note aux pages 45-46.

La comparaison de l'expression de la valeur à celle de la chaleur par le thermomètre, n'appartient pas à Rodbertus ; nous la trouvons déjà chez J.-B. Say, bien que celui-ci n'ait pas une conception claire de la relativité de l'idée de valeur. Voir Cours complet, toc. cit., pages 34-35.

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tage. Nous disons bien, en langage figure, que l'acquisition d'un objet quelconque vaudrait « la perle d'un de nos membres » ou a tant d'années de notre vie » ; mais dans ce^^ locutions le mot « valoir « s'emploie en un sens qui le met d<*jà en debors de la terminologie économique, et on peut ajouter sans "doute qu'il n'est pas question ici d'une mesure directe du plaisir ou de l'avantage.

Lmmleur de pt-oduction laisse voir parfois d'une façon aussi évidente sou caractère de relativilé. Il en est ainsi lorsque nous comparons directement les cboses les unes aux autres par rapport au travail qu'exige leur production ou reproduction ; si nous attribuons à deux, objets une valeur égale parce qu'ils ont exigé chacun 1,000 heures de travail d'un ouvrier déterminé, la comparaison est encore manifeste.

11 en est autrement si la valeur de production d'un objet est exprimée directement en heures de travail et si elle est par exemple estimée équivalente à 1,000 heures de travail (travail d'un ouvrier déterminé). Ici le caractère de relativilé est plus ou moins effacé et la valeur nous paraît, au premier aspect, être une grandeur absolue. Cependant, en analysant de plus près la matière de celle valeur, on voit aisément que la dernière équation ne difllère essentiellement de la première qu'en un point : c'est qu'un second objet qui, dans la première, était expressément nommé, ne figure qu'implicitement dans la dernière.

Il en est ici de la valeur des choses comme de la force motrice quand elle s'exprime en kilogrammètres ou en chevauxvapeur.

Lorsque nous parlons de 1,000 kilogrammètres, nous entendons parler d'une force 1,000 fois plus grande que la force exigée pour lever un kilogramme à la hauteur d'un mètre. De même, lorsque nous estimons la valeur d'un objet égale à 1,000 heures de travail d'un ouvrier déterminé, nous la considérons simplement comme 1,00D fois plus grande que celle qui peut être produite par le travail de ce même ouvrier en une heure. Les objets que cet ouvrier pourrait produire dans cette

heure sonl implicitemenL mia à rarrièie-plan ; ils n'ont pas plus d'importance ici que n'en a, pour la quantité de force motrice, la nature de la force capable d'élever un kilogramme à la hauteur d'un mètre.

La valeur de 1,000 heures de travail n'est donc pas dans ce cas une valeur absolue, mais réside en toutes sortes de choses pouvant être produites dans 1,000 heures de travail déterminées.

L'usage de la langue donne le plus souvent au mot valeur un sens absolu, mais c'est évidemment la pauvreté du vocabulaire qui est responsable de ces expressions défectueuses et nous met dans l'impossibilité de faire toujours les distinctions nécessaires en termes propres et sans périphrases. Au fond dans toutes les expressions de cette sorte on peut donc retrouver le caractère comparatif de la notion de valeur, même lorsque les objets qui ont servi de terme de comparaison ne sont pas mentionnés.

Nous prendrons encore comme exemple la mesure d'une force motrice pour éclaircir une autre équivoque. Lorsqu'une force motrice est évaluée égale à 1,000 kilogrammètres, on ne s'inquiète pas de savoir si, en réalité, l'effort s'opère ou non dans une direction verticale. 11 ne s'agit, dans cette expression, que d'une égalité ou d'une évaluation : 1,000 kilogrammètres estdone, tout bien considéré, non pas l'effort donné lui-même, mais la forme d' expressioïi de cet effort. De même, le nombre d'unités de durée et d'intensité de travail qu'exprime la valeur de production (valeur- de-travail), c'est-à-dire la quantité de travail qu'une chose coûte lors de sa production, est,' en réalité, non pas sa valeur-de-travail, mais seulement la forme d'expression de celte valeur ; c'est la forme sous laquelle la valeur de production, comme valeur-de-travail, se manifeste à nos yeujc.

Bien que la valeur de production s'incorpore dans les richesses humaines par le travail, elle n'est pas la quantité même de ce travail ; elle ne saurait s'identîtier avec celle-ci, pas même sous sa forme primitive de « valeur-de-travail » pure.

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