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tandis que l’eau non potable serait plus abondante qu'il n’est nécessaire. La pêche est libre en pleine mer, tandis qu'en eau douce elle est communément affermée, mais, ne seraitil pas faux de croire que les hommes, pour établir cet usage, se sont inquiétés de savoir si la quantité de poisson péché surpasse ou‘non les besoins généraux, d’ailleurs bien variables ? Ou encore, pour prendre un exemple plus important, est-1l bien certain que, dans nos pays civilisés, le sol propre à la culture ne suffise pas à nous fournir les quantités de légumes etc., dont le genre humain entier a besoin ? On pourrait facilement prouver le contraire,
Toutes ces distinctions appartiennent à la période primitive de la science économique et les explications de cette sorte nous prouvent par trop que leurs auteurs se sont préoccupés d'établir la concordance de leurs définitions bien plus avec leur système qu'avec la vie réelle.
En recherchant pourquoi ces richesses sont librement accessibles à tous les hommes, tandis que d’autres se trouvent en possession exclusive de certaines personnes ou de certaines corporations, nous nous trouvons en réalité en présence de tout un complexus d'influences ; parmi elles nous rencontrerons, 1l est vrai, la quantité disponible des richesses et la masse de travail Re qu'exige leur production ; mais nous aurons aussi à tenir compte " autres facteurs sociaux, facteurs décisifs parfois, qui ne trouvent leur explication que dans l’ensemble de la RATES humaine.
Supposons que l'eau de la mer et l'air atmosphérique soient aussi faciles à partager et -à prendre en possession que le sol ; il est évident qu'ils seraient aussi aptes que lui à être ne en propriélé pr ivée et par conséquent à être vendus, achetés, ou même loués ; se réclamant de leurs « droits acquis » les propriétaires, dans un cas comme dans l'autre, pe céderaient leurs possessions que contre une certaine compensation et ces possessions auraient donc acquis
une « valeur d'échange ».
Pour prendre un autre exemple, le bétail est actuellement rangé au nombre des biens économiques tandis que, depuis quelques dizaines d'années, l’homme ne peut plus être
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acheté où vendu (directement du moins et sauf exceptions). La cause de cette différence ne doit sans doute pas être cherchée dans une comparaison du travail exigé de part et d'autre par la production des bestiaux et des êtres humains ; pas davantage dans la quantité disponible de ces deux espèces d'êtres vivants. La cause en est dans le progrès général de la civili- : sation qui ne tolère plus l’esclavage ou, du moins, ne le to- Ière pas aussi franchement et aussi généralement qu'autrefois.
Dans le courant des siècles ce même progrès de la civilisalion à, d’une part, soustrait beaucoup de richesses à la sphère des biens économiques pour les ranger parmi les biens non économiques et librement accessibles. On peut considérer les chemins, les rues, les canaux et les digues, les musées et les parcs publics comme soustraits déjà aux transactions régulières, bien que les éléments nécessaires à leur création et à leur maintien puissent appartenir encore à la deuxième catégorie de richesses que nous venons de distinguer et posséder même une grande valeur d'échange.
D'autre part, des richesses passent incessamment de la première catégorie dans la deuxième. Ce phénomène se rencontre journellement dans les pays nouveaux et dans les colonies de nos états modernes. L’appropriation du sol en est un exemple, appropriation soit au nom du «droit du premier occupant », soit au nom du « droit de conquête » ; ce sont deux formes de « droit » que nous ne voudrions défendre nullement. comme telles, mais il faut constater cependant que, même parmi les peuples les plus civ ilisés, elles sont encore reconnues et maintenues.
Le même phénomène se manifeste ensuite dans nos pays modernes où fr équemment les biens non- économiques passent au rang des biens économiques pour la raison qu'ils sont devenus plus rares et que leur acquisitition coûte par conséquent plus de travail qu'auparavant. C'est ce qui arrive pour le bois dans une contrée autrefois riche en forêts, transformées depuis en terres labourables, pour l’eau potable en temps de sécheresse, ete.
Les deux catégories de richesses dont nous venons de par-
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ler se ressemblent en ceci qu'elles doivent toutes ètre capables de satisfaire un besoin ou désir humain quelconque et être, pour cette cause, recherchées par l’homme; en d’autres termes, elles doivent posséder quelque « utilité » où montrer du moins certaines qualités qui les rendent propres à notre usage.
Ce n'est que grâce à ces propriétés qu'elles peuvent entrer en rapport avec les hommes et obtenir ainsi une valeur. Nous aurons spécialement à rechercher dans quelles circonslances cela arrive et de quelles formes de valeur il est quesion. Pour l'existence de n'importe quelle forme de valeur, il faut cependant que ces rapports avec l'homme soient possibles. Lorsque des causes extérieures éloignent de lui les richesses, même les plus utiles et les plus recherchées, cellesci restent sans valeur pour l'homme (1).
L'existence d’une certaine utilité dans les choses ou, du moins, de quelques qualités qui les rendent propres à l'usage est non moins nécessaire pour qu ‘elles possèdent de la ar à Lorsque donc une chose,sous n'importe quelle influence particulière, par exemple à la suite d’une altération quelconque, perd son aplitude à satisfaire des besoins ou des désirs humains et devient, par conséquent, inutile, elle perd également, — mais cette fois par des causes intérieures, — sa valeur en tous les sens du mot. Dans ce dernier cas, la chose ne peut même plus être rangée parmi les richesses humaines et est ravée du nombre des biens.
(1) Von Thünen disait déjà avec raison au sujet du blé, dont l'utilité est généraleme nt reconnue : « Comme toute autre marchandise, le grain n’a pas de valeur s'il ne trouve pas de consommateurs, » (H. vox Nes Der Isolirte Staat, tome I, traduit en français par . J, Laverrière sous le ie Recherches sur l'influence que le prix des grains, la richesse du sol et les impôts exercent sur les systèmes de culture. Voir Eee Fev bé trad. fr p. 31.)