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LA VALEUR D'USAGE SOCIALE

« La chose en usage, dit Hegel(r), est une chose prise à part, déterminée en qualité etven quantité, et en rapport avec un besoin spécifique. Mais, les propriétés qui la rendent propre à un usage spécifique, la rendent en même temps, en tant que quantitativement déterminée, comparable à d’autres choses, ayant la même aptitude à ètre utilisées ; de même, le besoin spécifique auquel elle sert, est un besoin en général et, comme tel; dans sa particularité, il est également comparable à d’autres besoins ; et c’est ainsi que Fe chose même est à son tour comparable à d’autres choses qui peuvent servir à d’autres besoins. »

Les articles de consommation, en effet, si différents par leur nature, peuvent être comparés les uns aux autres et estimés, en quantités déterminées, comme équivalents, par la seule raison que tout besoin ou tout désir spécifique satisfait par chacun d’eux est aussi un besoin en général pour chaque personne. C'est ce trait commun qui sue les biens les plus différents comparables entre eux comme des grandeurs de la mème espèce ; ce sont tous des articles de consommation individuelle.

Ce qui est vrai, pourtant, pour le consommateur isolé, nel’est pas moins pour la communauté des consommateurs. Les besoins et désirs personnels de chaque consommateur sont en.

(1) Hecez, Philosophie du Droit, $ 63.

même temps des besoins et désirs humains en général, comme le consommateur, lui-même, est un membre de la société. Les besoins et désirs de la société ne sont autre chose que l'ensemble des besoins et désirs personnels de tous ses membres.

Tandis que les biens de diverses espèces satisfont des besoins et désirs spéciaux d'individus particuliers et possèdent ainsi une valeur d'usage personnelle, ils obtiennent en même temps une valeur d'usage sociale, ce que Knies a appelé « de la valeur d'usage in genere » (x).

Nous avons désigné cette valeur d'usage in genere, cette valeur d'usage sociale par le nom de valeur subjective considérée dans un sens général. Elle est restée valeur subjective parce qu'elle exprime toujours un rapport entre les biens et le sujet qui les consomme et qu'elle représente toujours l’intérèt de ces biens par rapport au bien-être de ce sujet. Mais, cette valeur subjective est considérée dans un sens général, parce que les consommateurs sont pris ici en tant que membres de la société humaine ; c’est donc la valeur subjective considérée du point de vue de la vie sociale en général.

Ce changement de point de vue influence immédiatement le jugement que nous portons sur la valeur subjective. Dans nos considérations générales sur la valeur d'usage, nous avons remarqué qu'elle ne supposait pas nécessairement des propriétés rendant les biens utiles au consommateur, mais simplement des caractères qui les rendent propres à son usage. Aussi ayons-nous vu, dans notre chapitre sur la valeur d'usage personnelle, qu'une chose peut avoir une valeur d'usage parce qu'elle peut satisfaire un désir personnel, sans qu'il y ait à se demander si ce désir est moralement légitime où simplement raisonnable, c’est-à-dire si la chose en question possède de « l'utilité » dans le sens rigoureux du mot.

Cependant, nous avons fait remarquer déjà que pour l’esti-

(1) « Les diverses espèces de biens, en satisfaisant les diverses espèces de . besoins, satisfont en même temps, les uns avec les autres, la totalité du cercle en question de besoins humains. C’est pour cela, justement, que les diverses espèces de biens représentent une valeur d'usage in genere, » (G. Kares, Das Geld, 2° édit, p. 160.

mation de la quantité de la valeur d'usage l'élément de moralité représenté par l’ulillé des choses, peut exercer une influence essentielle. Les biens peuvent diminuer en même temps en utilité et en valeur d'usage tout en ne variant pas dans leur aptitude à étre employés.

Plus encore que dans la valeur d'usage personnelle, ce même phénomène se révélera à nous dans la valeur d'usage sociale. Ici l'élément de moralité, — Ja légitimité ou non légitimité des besoins ou désirs en question, —- constitue un élément important de la valeur, précisément parce que cette valeur est considérée ici du point de vue du bien-être social et général et non pas de celui du bien-être personnel de quelque consommateur en particulier.

Notons bien que la notion générale, à laquelle nous aurons à retourner en dernière analyse, reste toujours, — même pour la valeur d'usage sociale, — la simple aptitude des biens à servir à l’usage des consommateurs et même à leur usage personnel. Les biens n'ont une valeur d'usage sociale que parce qu'ils satisfont et seulement lorsqu'ils satisfont des besoins et désirs particuliers en pourvoyant ainsi, chacun pris à part, à une partie de la totalité des besoins et désirs sociaux. Pourtant, lors de l'évaluation de la quantité de cette dernière valeur d'usage, apparaît le caractère qui la distingue de la valeur d'usage personnelle.

Poe la valeur d'usage personnelle c'était, en définitive, le consommateur qui dédie Son opinion particulière sur son propre bien-être et sur l'intérêt à attribuer aux biens à ce point de vue, pouvait mème différer de celle de toute autre personne; c'est sa décision qui, en réalité, créait la valeur d'usage personnelle. Il ne reste à la science économique qu'à examiner et les principes d’après lesquels le consommateur prendra cette décision et les influences qui agissent sur elle ; influences économiques, sociales ou tite et surtout psychologiques. La science économique analyse ensuite celles de ces influences particulières qui la concernent.

D'après le même principe, il appartiendra à la société, — la communauté, — de décider de la valeur d'usage AE Mais la société n’est pas une personnalité comme l'individu.

;, En

La communauté c'est nous tous, et l’estimation de la valeur d'usage sociale est réduite, en fait, au jugement de tous ceux, parmi nous, qui s'intéressent à ces questions économiques et sociales.

Ce jugement pourra différer selon les gens. On peut supposer qu'il ne différera guère pour les biens dont la valeur d'usage sociale est Ste den admise, tels que: le bois, le fer 1 blé, le PER etc. Pour ces biens, la différence dans PE tétion dépendra moins des opinions diverses sur les propriétés et qualités particulières des biens en question que de celles que l’on a des quantités disponibles. Cependant, il est incontestable que ce même jugement différera beaucoup plus pour d’autres espèces de biens, telles que, par exemple, les articles de luxe: diamants, perles, ornements d’or et d'argent, fleurs, etc. ; ensuite pour certains aliments et certaines boissons, en général, pour tous les biens qui ne sont pas rigoureusement indispensables, ou sont même considérés parfois comme nuisibles, tels que lopium, l’absinthe, etc.

Tout jugement définitif à ce sujet est aussi difficile qu'important. La différence d'opinion sur les caractères utiles ou nuisibles des biens nous amènera, dans l'application pratique

- de nos idées, à favoriser la consommation des choses qui sont

considérées comme essentiellement utiles et à combattre celles dont l'usage nous paraît peu utile ou même dangereux. Ceci est assurément d'autant plus important que, dans la vie sociale, un individu agit fréquemment au nom d’un autre ou même de beaucoup d'autres, en exerçant ainsi une influence décisive sur les intérêts d'autrui: Ainsi les parents et les professeurs décident pour leurs enfants et pour leurs élèves ; le représentant d’un groupe d'individus pour chacun de ces individus ; le rédacteur d’un journal pour ses lecteurs et ainsi de suite. Certaines questions pratiques relatives à l'intervention ou la non-intervention de lEtat, Ile monopole des boissons alcooliques et de l’opium, les taxes sur les articles de consommation, etc., sont étroitement liées à l’opinion que l'on se fait sur la valeur d'usage sociale des biens. Précisément à cause de cette importance pratique nous

voulons encore mettre en évidence la différence essentielle existant entre les valeurs d’usage personnelle et sociale.

C’estun des réels mérites d'Adam Smith d’avoir soumis à son examen la question des usages différents qu'une personne peut faire de sa part de la richesse sociale. Smith a fait ainsi quelques pas dans un domaine, où, malheureusement, il n’a pas été suivi par ses successeurs. Ceux-ci, à commencer par Ricardo, ont été par trop désireux de se jeter dans les spéculations abstraites pour s'occuper d’une question à tel point pratique. Ce n'est que très récemment qu'on relrouverait de nouvelles recherches sur ce point.

Supposons que deux différentes espèces de biens soient estimées à la même valeur par un consommateur quelconque, de sorte qu'il accepterait de se priver de l’une pour posséder l'autre ; dans ce cas, ce n’est indifférent ni pour lui, ni pour la société, de savoir lequel de ces biens il consommera en sacrifiant l’autre. Dans son livre sur la « Richesse des Nations » Adam Smith a fait remarquer, qu'un homme riche pourrait dépenser son revenu en tenant une table abondante et somptueuse, en entretenant un grand nombre de domestiques, en ayant une multitude de chiens et de che-

vaux ; qu'il pourra placer ce revenu en des choses frivoles:

bijoux, colifichets ingénieux de diflérentes espèces, immense garde-robe pleine de magnifiques vêtements; ou bien employer la plus grande partie de ses ressources à embellir ses maisons en ile et à la campagne, à acheter des meubles pour s’en servir ou pour décorer ses appartements, à faire des collections de livres, de statues, de tableaux.

« Que deux hommes égaux en fortune dépensent chacun leur revenu, l’un de la première de ces manières, l’autre de la seconde, la magnificence de celui dont la dépense aurait consisté surtout en choses durables, irait continuellement en augmentant ,parce que la dépense de chaque jour contribuerait en quelque chose à rehausser et à agrandir l'effet de la dépense du jour suivant ; la RC ER de l’autre, au contraire, . : ne serait pas plus gr AA TE à la fin de sa carrière qu'au com- 4 mencement. Le premier se trouverait aussi, à la fin, le plus riche des deux... Si l’une de ces deux manières de dépenser

est plus favorable que l’autre à l'opulence de l'individu, elle l'est pareillement à celle du pays (1) ».

Dans le cas supposé la conclusion nous semble plus juste encore relativement à la nation et à la société en général, qu à l'individu en question. On peut admettre que le dernier, par ses dispositions personnelles, — dispositions physiques, intellectuelles, morales, — ait jugé que la dernière manière de dépenser ses ressources concorde mieux avec son bien-être et son bonheur personnel ; il peut penser que, malgré la dissipation d’une partie de sa fortune, il est devenu plus riche par les jouissances qu'il s’est procurées. Pour la commu nauté, pourtant, c’est autre chose d'hériter d’habits usés, de bouteilles de vin vidées ou même de perles et de diamants, que d'acquérir par la mort d'un de ses membres une bibliothèque, un hôpital, une collection d'œuvres d'art. En termes généraux, nous pouvons constater ceci : Pour la société le résultat n’est pas le même selon que la plus grande partie du travail social sera dépensée à la production de parures et d’ornements futiles, de boissons et d'aliments rares ou qu'elle servira à créer certaines catégories de biens qui pourvolent aux premiers besoins humains du plus grand nombre.

IL est fort compréhensible que les représentants de la doctrine utilitaire dans la science économique moderne, tout en prenant pour point de départ de toute leur théorie de la valeur la valeur d'usage des biens, n'aient pas analysé de près la valeur d'usage sociale. Les « évaluations personnellés » sont pour ces économistes le commencement et la fin.

Comment le Grenznutzen, « l'utilité limitative » que l'individu attache aux richesses, pourrait-il être la base de toute valeur, même de la valeur d’échange objective, en constituant ainsi «la pierre angulaire » de la science économique si la valeur d'usage elle-même ne pouvait pas être considérée comme exclusivement régie par les évaluations personnelles ? Les économistes ulililarisles, ayant déjà confondu la notion générale de valeur avec celle de valeur d'usage, ont

(1) Anam Sur, Wealth of Nations, livre IF, chap. 1x, trad, franc. de Garnier, tome I, Edit. 1881, p. 419-420.

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complété cette première erreur par une deuxième, en ne distinguant pas rigoureusement la valeur d'usage personnelle de la valeur d'usage sociale.

Ce qui a une valeur d'usage aux yeux de l'individu, ne füt-ce que momentanément et dans des conditions spéciales, devra, selon ces théories, posséder en outre une valeur d'usage sociale, attendu que la société se compose d'un complexus d'individus.

Cependant, — et c'est pour illustrer cette vérité que nous avons cité l'exemple donné par Smith, — les biens ne peuvent êlre considérés comme enrichissant un peuple, ou une génération humaine, que dans des conditions bien spéciales. Pour avoir ce caractère il ne suffit pas qu'ils aient satisfait à un moment donné les désirs personnels d’un consommateur quelconque, ou qu'ils aient enrichi l'individu qui les a fabriqués ou portés au marché; 1} faut qu'en satisfaisant quelques désirs particuliers, ils aient collaboré physiquement, intellectuellement ou moralement, au bien-être du consommateur et par là à celui de la collectivité humaine. Encore faut-il que le bien qu'ils font à un membre ne soit pas contrebalancé par le mal qu'ils font aux autres.

Nous avons déjà pris pour exemple la fabrication et la vente de l’opium et de l’absinthe. Un individu quelconque peut considérer son intoxication par ces poisons comme une augmentation temporaire de son bonheur et de son bien-être ; mais l'influence néfaste que cette consommation exerce sur les facultés physiques et intellectuelles de cette personne explique suffisamment pourquoi nous contestons aux biens de cette nature une valeur d'usage dans le sens social et général du mot.

On ne pouvait pas attendre davantage des représentants de

la doctrine objectiviste dans la science économique, — des écoles de Ricardo-Marx, — qu'ils prêteraient attention à la

valeur d'usage sociale des richesses. Engagés dans leurs considérations abstraites sur le travail comme base réelle de la valeur des denrées, ils perdaient légèrement de vue les caracières naturels des biens. [ls ont donc aussi peu analysé la valeur d'usage sociale des biens qu’examiné l'influence particu-

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lière exercée sur la valeur d'échange par la valeur d'usage

sous ses deux formes. Le représentant le plus autorisé de la théorie de la valeur-de-travail moderne, Karl Marx, n'a jamais compris. --— comme nous le démontrerons suffisamment dans un chapitre suivant, — la nature de la valeur d'usage personnelle ou sociale.

Dorénavant, pourtant, la science économique devra s'occuper, plus qu'elle ne l’a fait jusqu'à présent, de l'étude de la

valeur d'usage sociale. Elle devra le faire d’une part pour la

raison exposé e dans la préface de cet ouvrage : que la science économique, en se développant, comprendra de mieux en mieux à quoi l'oblige son rôle de branche particulière de la sociologie générale. Elle s'occupera toujours spécialement du bien-être matériel des hommes, mais elle l’étudiera dans son rapport continuel avec la civilisation humaine en général. La science contemporaine le prouve jusqu'à l'évidence : la grandeur et la nature des richesses sociales dépendent, non seulement du développement intégral des forces productives de la société, mais aussi de la civilisation intellectuelle et morale des peuples, réagissant à son tour sur la structure économique qui lui sert de base.

Dans l'Antiquité et le Moyen Age les bijoux et les pierres précieuses constituaient une part beaucoup plus considérable et plus estimée de la richesse sociale que dans nos temps modernes; de même ces sortes de richesses sont plus estimées chez les peuples primitifs de l'Asie, que chez les nations modernes de l’Europe, de l'Amérique et de l’Australie.

Considérée en général, la richesse sociale diffère, chez un même peuple, aux diverses périodes de sa civilisation. Cette richesse sociale, à divers points de vue, était autre pour lAntiquité que pour le Moyen Age. Pour quiconque voudra l’étudier de près, elle prendra encore un nouveau caractère dans nos temps modernes, où elle correspond en tout à la structure capitaliste de la société avec son salarial, sa concurrence, ses richesses fabuleuses en face d’un paupérisme effrayant, son commerce extréèmement développé et sa science qui produit chaque jour de nouvelles applications techniques.

Pour ne prendre que ce dernier facteur, on doit compter avec l'influence exercée par la science moderne sur les richesses sociales, tant dans une direction de progrès et de civilisation que de réaction et de décadence. En ce sens, par exemple, on n’a qu'à penser aux services rendus par la chimie moderne en matière de falsification d'aliments.

Il y a une autre raison encore pour que la science économique compte dans l'avenir plus qu'à présent avec la valeur d'usage sociale des richesses et se mette à l’étudier à fond dans toutes les nations du monde. C’est que les recherches de la sociologie moderne nous éloignent de plus en plus de l'idée que ce sont l'individu et les intérêts individuels qui ont été, dans l’évolution historique de notre race humaine, le pivot sur lequel a tourné la civilisation. Ge ne sont pas les intérêts de l'individu, mais ceux du groupe, de la fanulle, de la tribu, qui ont constitué, en dernière analyse, les forces évolutionnistes de la civilisation humaine. Ce n’est que dans le cerele des intérêts du groupe que l'individu et ses besoins et désirs particuliers ont pu s'exprimer librement ; aussi le développement moral et intellectuel de l'individu et son bien-être matériel ont-ils toujours emprunté leur première impulsion, leur direction fixe et leur forme concrète aux intérêts matériels, intellectuels et moraux du groupe, c’est-àdire de la famille, de la tribu ou du peuple, auquel lindividu même appartenait et sur lesquels son influence personnelle pouvait réagir.

Non seulement la science économique moderne se mettra donc de plus en plus en rapport, dans ses recherches sur les richesses et le bien-être matériel des peuples, avec les branches sœurs de la sociologie, mais elle s’élèvera aussi audessus du niveau de ces écoles de science économique qui ont cru pouvoir déduire d’impulsions et d'intérêts individuels les lois de l’évolution humaine et les rapports sociaux de production et de distribution.

En ce qui concerne la valeur d'usage sociale des biens, les premières recherches scientifiques, à proprement parler, sont encore à faire. Les recherches dans ce domaine constitueront sans doute, dans les conditions futures de la science, une partie

THÉORIE DE LA VALEUR pé7.

spéciale des éludes sociologiques. Ces recherches semblent être compliquées par le fait que la valeur d'usage sociale varie,

en ce qui concerne les richesses mêmes, avec les avantages

physiques et chimiques qu'elles possèdent. Or, l'étude des

qualités physiques et chimiques des richesses n'appartient pas,

à proprement parler, à la science économique.

La science économique, proprement dite, n'a pas comme tâche de mesurer les propriétés nutritives du blé, ou la puissance calorique des charbons ou bien de rechercher l'influence de l’alcool sur le corps et l'esprit de l’homme. L'étude des

caractères techniques des richesses doit rester le domaine d’une science spéciale ; quelle que soit l'utilité de cette dernière pour la science économique, elle lui fournira continuellement les résultats de ses études tout comme diverses autres branches de science : Ethnologie, Histoire, Science du droit, etc.

Dans le cadre de cet ouvrage nos recherches seront donc restreintes au côté économique que nous présente la question de la « valeur d'usage sociale ».

Comment, c'est-à-dire d’après quels principes, apprécierat-on cette valeur? Constatons de prime abord que dans la valeur d'usage sociale, plus encore que dans la valeur d'usage personnelle, nous aurons à nous borner à tracer quelques principes générau ; maintenant moins encore qu'auparavant nous ne saurions parler d’une estimation quelque peu exacte dela valeur d’usage. Nous devrons nous contenter d'examiner les caractères essentiels de la valeur d'usage sociale pour en connaitre la nature.

Pour la valeur d’usage personnelle nous pouvions toujours prendre comme base pratique de nos recherches les équations personnelles entre des objets de différentes natures ; pour la

valeur d'usage sociale, cependant, ces expressions pratiques des jugements nous font absolument défaut. Pour la valeur d'usage personnelle c'étaient la complexité et l’obscurité des motifs qui rendaient notre analyse particulièrement difficile ; ces équations manquant pour la valeur d’usage sociale, les difficultés de la recherche des motifs, qui leur servent de base, n'ont pas à nous préoccuper.

Pour la société, 1l est d’un intérêt essentiel de savoir dans

quelles espèces de richesses les individus trouvent généralement la satisfaction de leurs besoins et de leurs dits il est. intéressant aussi de savoir si c'est une quote- part Late ement $ grande où minime du travail social qui est dépensée à la sa= 4 fic Ô des premières nécessités de la vie matérielle des” hommes. Comme c'est une question de bonheur ou de mal= heur général que tous les membres de la société soient biens nourris, habillés, logés et instruits, la communauté, c’est-à-" dire la société elle-même , doit intervenir, lorsque le travail social qui pourrait procurer à la totalité de ses membres un bien-être modeste, physiquement et intellectuellement, est dépensé, en grande partie, à de coûteuses constructions, à las production d'articles de luxe, dont jouira une faible mino-" rité de gens riches, tandis que, d'autre part, une grande partie de la population ne peut point faire face aux prenuères né-« cessités de la vie. 4

Nous parlons done pour la valeur d'usage sociale des richesses de ce principe fondamental que c’est le bien-être (et le degré du bien-être) du plus grand nombre d'hommes pour la durée la plus longue, qui décide ici de la grandeur de la valeur. à

Il résulte de ceci que la valeur d’usage sociale d’une” richesse quelconque peut croître ou décroitre généralement avec trois facteurs

1° L'Intensiuté du plaisir ou de l'avantage que les richesses peuvent procurer aux consommateurs {les deux autres facteurs É restant invariables). 4

Si l’on découvre une application nouvelle d'un article de consommation rendant plus intenses les besoins de cet article, sa valeur d'usage sociale augmentera. La valeur d'usage sociale du fer, par exemple, a augmenté. par l'application du fer à la construction de bateaux à vapeur et de machines.

>° La durée de la jouissance ou de l'avantage que les richesses x peuvent procurer à leurs consommateurs (les deux autres facleurs restant invariables ).

Des perfectionnements techniques, etc., peuvent faire que 1 certains articles de consommation servent plus longtemps qu'auparavant et peuvent, par suite, procurer plus de plaisir ou d'avantage à leurs consommateurs. ;

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