CHAPITRE PREMIER
Nous avons considéré jusqu'à présent la valeur des richesses sous sa forme subjective ; celle-ci n’est pas la seule, pourtant, qui puisse s'offrir à notre analyse.
En entrant dans un magasin ou dans un marché quelconque, nous y trouverons ordinairement les articles de consommation accompagnés déjà de leurs prix. Ces prix ne sont pas arbitrairement attachés aux marchandises, mais ils se basent sur une forme de valeur spéciale de ces marchandises ; aussi nous paraissent-ils au premier coup d'œil avoir été fixés d'avance indépendamment de l'acheteur.
C'est du moins le caractère qu'ils prennent aux yeux de l'individu isolé. Il est vrai que nous aurions tout de suite une autre conception de ce qui se passe en réalité dans les magasins et sur les marchés si nous pouvions nous présenter non pas en qualité de consommateur isolé, mais comme repré-
és.
sentant la collectivité des consommateurs, Mais même dans le cas, où l'élément subjectif peut se faire valoir, du côté des consommateurs, avec le plus de force, ilest évident, pourtant,
qu'il existe une valeur objective des denrées, objective relati- M
vement à nous, consommateurs,
Les besoins et les désirs de chacun de nous comme consom- *
mateurs, influent sans doute sur cette dernière valeur et nous rechercherons encore jusqu'à quel point cette influence pourra se faire valoir, mais cette valeur, malgré les modifications qu'elle peut subir, reste pour nous une valeur objective des richesses.
Dans les magasins ou les marchés que nous venons de visiter les prix des différents articles y étaient attachés par d’autres individus, d’autres gens que nous, consommateurs, d’après des principes que nous étudierons plus tard. Bien que ces prix, et la valeur qui leur sert de base, prennent pour nous un caractère objectif, il est sûr, néanmoins, que des rapports subjec Lifs avec d’autres gens que nous n° y sont pas étrangers : des rapports avec des personnes qui étaient entrées avant nous en relation avec ces articles comme leurs producteurs ou leurs vendeurs. De ce côté-là l'élément subjectif aura encore sa place, bien qu'en définitive la valeur des richesses, telle qu'elle se manifeste au marché, montre toujours vis-à-vis des producteurs comme des consommateurs un caractère ohjectil fort prononcé,
En langage philosophique, cela peut s'exprimer ainsi : Toute valeur est un rapport subjectif entre un homme
ou une collectivité d'hommes et un article de consomma-«
tion. Mais les richesses sont en rapport continuel non pas avec un seul sujet, mais avec des milliers ou même des millions de sujets, soit dans la sphère de la production, soit
dans celle de la consommation ;: même dans chacune de ces“
sphères, le rapport subjectif RE chaque article spécial de
consommation et chaque personne en particulier doit être
influencé par tout rapport parallèle, et il s'établit ainsi en-
tre ces deux relations un nouveau rapport, ayant un Carac-
tère objectif, Au point de vue des consommateurs, les rapports subjectifs avaient toujours deux termes : l'individu, d’une
part, avec ses besoins et ses désirs; l’objet évalué, d'autre part, avec ses propriétés, Au point de vue des producteurs, un rapport analogue s'établit entre le coût de leur production et Pobjet produit. Sans décider encore de quelle espèce seront les rapports en présence, nous pouvons dire dès maintenant que le nouveau rapport objectif mettra en relation deux ou plusieurs de ces rapports subjectifs dont nous venons de marquer le caractère.
Dès que la valeur des marchandises se présente à nous comme valeur objective, nous pouvons remarquer le phénomène suivant : c'est seulement à un moment donné et en un lieu spécial que sont véritablement constants les prix de tous les articles qui, au premier coup d'œil, nous paraissaient fixés d'avance. Les valeurs servant de base aux prix de marché, lorsqu'on y regarde de près, sont tout aussi sujettes à des
changements continuels, quoique valeurs objectives, que Îles valeurs subjectives elles-mêmes. Nous avons l'intention d’exa-
miner à la fois et la grandeur de la valeur objective et ses varations, en analysant pour cela la nature de la valeur objective des richesses. C’est le but que nous allons poursuivre jusqu à la fin du premier tome de notre ouvrage.
Quant aux variations continuelles de la valeur objective, elles ne pourront être intelligibles, en définitive, qu'après que nous aurons examiné de près, dans les chapitres sur la valeur d'échange, les causes fondamentales des oscillations du marché. Nous verrons clairement alors que les facteurs agissant ici sont en partie les mêmes que ceux dont nous avons déjà étudié l'influence sur la valeur subjective des richesses.
En premier lieu, nous aurons à examiner les bases de la valeur objective. Ces bases connues expliquent facilement les variations que la valeur subit pour les richesses de différentes espèces.
Pour élucider le sens que nous attachons à notre examen nous aurons recours à Une COMpPArAISON :
La hauteur du baromètre et la série continuelle de ses élévations et abaissements, nous indiquent la pression de Patmosphère ; de même les prix du marché nous indiquent la pression de la valeur objective des diverses denrées.
Les oscillations du mercure, cependant, ne nous expriment que les variations dans la pression atmosphérique, mais elles ne sauraient nous expliquer la nature de cette pression. Nous“ n'apprenons rien à ce sujet par le simple fait que le niveau du mercure tombe de 78 à 76 centimètres ; ces oscillations ne sauraient donc nous apprendre pourquoi, à un moment donné, c’est-à-dire sous une pression déterminée de l’atmosphère, le niveau du mercure s’arréle à cette hauteur de 76 centimètres et non pas au-dessus ou au-dessous. Pour apprendre la cause de ce dernier phénomène nous devons” recourir à la théorie de l'équilibre, ce qui nous permet” de faire abstraction, pour un moment, des oscillations du mercure,
La théorie de l'équilibre nous renvoie à la recherche de la pesanteur spécifique du mercure que nous avons à comparer. à celle de Pair ; c’est ainsi que nous aboutissons à comprendre comment, à un moment donné, une colonne de mer-. cure d’une hauteur de 76 centimètres fait équilibre à une colonne d’air ayant la même base que le mercure du baromètre et dont la hauteur se perd avec l'atmosphère dans l'Univers.
Nous aurons à suivre une marche semblable en entreprenant la théorie de la valeur objective. En voyant au marché des denrées déclarées équivalentes, — un mètre de drap à un kilogramme de beurre, à un décagramme d'argent, etc., — nous avons à rechercher de même la pesanteur spécifique économique ou, pour mieux nous exprimer, la valeur spécifique des denrées, draps, beurre, argent, etc.
Par l'examen de la nature et des origines de cette valeur spécifique nous pourrons ensuite nous expliquer la nature et les causes des variations auxquelles elle est sujette.
Cette recherche, cependant, est tout autre que celle de la pesanteur spécifique des corps à laquelle est renvoyé le physicien. Par tout ce que nous avons déjà appris de la valeur des richesses, nous savons que l'examen de sa nature est essentiellement difficile à cause de sa complexité. Cela tient à ce que, dans chaque expression de la valeur d’une chose par une autre chose, nous avons aflaire non seulement à un rapport
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es entre elles, mais aussi à un rapport de toutes 1iomme. Nous verrons même à FREE de la va-
et. comme consommateur ct. comme … produc-