‹ Théorie de la valeurChapitre 32 sur 61 · LU SR · texte numérisé non relu

LU SR

es THÉORIE DE LA VALEUR PUETO La réalité montre : à Rodbertus, que — « dépense OrIg1— nale » ou non, — Île travail humain n'est pas, assurément, le

seul facteur avec lequel compte « la société humaine » ; à Marx,

” que souvent des richesses qui ne coûtent pas du travail ou très peu de travail sont estimées au marché à la même valeur que d'autres richesses qui en représentent bien plus. Au marché au fourrage on ne s'occupe pas de savoir si le foin dérive d’une « prairie naturelle » ou d'un pré cultivé, non plus qu’au

marché au bois on ne s'occupe pas de savoir si le bois apporté a été coupé dans un bois sauvage ou dans un pare de luxe. Il y à un proverbe qui dit qu'au marché l'argent ne sent jamais mauvais : or, toutes les denrées y sentent de même bon, pourvu qu'elles soient recherchées. Ici apparait l’influence que la valeur d'usage exerce sur la valeur d'échange ; c’est une influence continuelle et dont on ne saurait faire abstraction pour un seul instant, dans la science économique, sans se perdre avec ses théories dans l'air bleu.

De prime abord, 1l doit nous paraître parfaitement naturel que des denrées représentant des quantités inégales de travail humain puissent être traitées comme équivalentes. Car, en définitive, comme nous venons de lexposer, ce sont les résultats du travail, les produits prêts à la consommation humaine, qui se comparent et s échangent au marché, et non pas les moyens qui les ont créés. Si, d'autre part, ce sont les frais de production qui, au marché, forment lélément prédominant de la valeur, pour la grande partie des articles de notre usage journalier, il est tout naturel que là où la nature a extrêmement prêté son secours à l’homme de sorte que celui-ci obtient, avec le même travail, une plus grande valeur d'usage, cette dernière devra nécessairement se traduire de même en une plus grande valeur d'échange.

La production d’un tonneau du plus ordinaire petit vin exigeant toujours un certain quantum de travail humain, EVeS -c1 devra être payé par le consommateur tant que le vin possède assez de valeur d'usage pour être recherché. Si, d'autre part, un tonneau de bon vin de Champagne ou du Rhin exigeait seulement le mème travail que le tonneau de petit vin,

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la valeur d'échange du meilleur cru serait néanmoins bien supérieure à la simple somme des frais de production qui, sous ce rapport, l'identifiaient au vin ordinaire (1).

De même, le défrichement et la culture, ou bien la simple mise en exploitation d’un sol peu fertile ou mal situé, exigeant un certain coût indispensable de travail ou de capital, il est naturel que les terres fertiles et bien situées puissent donner, avec le même coût, des produits tout à fait différents, représentant également des valeurs d'échange différentes. La nature épargne ici à l'homme le travail qu'il devrait dépenser ailleurs. Marx n'a pas envisagé cette vérité si simple pourtant. Ce phénomène est d'autant plus curieux que toute la théorie de la rente foncière de Ricardo-Marx (chez Marx ce quil nomme rente différentielle) se base précisément sur le fait, qu'avec la même quantité de capital et de travail et sur la même surface du sol, on peut obtenir différentes quantités de blé, qui, vendues au marché au même prix, donnent donc au producteur des résultats inégaux. Marx n'a pas su éviter la contradiction qui règne, sur ce point, dans la théorie de Ricardo ; bien au contraire, il l’a empruntée au maître classique sans la moindre hésitation,

Démontrons maintenant avant tout, que l'explication don-

(1) M. Bôuu-Bawerk à choisi ce phénomène si naturel pour illustrer la théorie fausse, que ce ne sont pas les frais de production qui donnent leur valeur aux produits, mais que c’est tout le contraire. « Personne ne croira, dit-il, que le vin de Tokai a une haute valeur parce que les vignobles de Tokai en ont une; mais, au contraire, ces vignobles possèdent une haute valeur parce que la valeur de leurs produits est considérable. » (K'apital und Kapitalzins, tome I, livre IIE, chap, T1, $ IV, p. 200.)

Il nous semble que le lecteur perspicace devra immédiatement s'élever contre une telle logique, en ne cherchant dans le raisonnement de M. Bühm qu'un jeu de mots, peu propre à nous séduire, malgré sa forme séduisante. Car, s’il est vrai que le vin de Tokai n'a pas une haute valeur parce que les vignobles de Tokaï en ont une, il est non moins vrai que cette haute va. leur dérive, pourtant, — en dernière instance, pour parler comme M. Bühm, — des vignobles, c'est-à-dire des forces naturelles exceptionnelles qui soutiennent en Tokai le travail humain. Dans les théories de M. Bôhm, la haute valeur du vin de Tokai, pour autant qu'elle dérive des agents naturels, manque de base ; ces agents ne sont pas considérés comme une source primitive de valeur, pas plus que le travail humain. On à vu que les évaluations personnelles du marchand de chevaux ne sont pas rapportées à leurs causes dernières dans l’exposé qu’en donne cet auteur. C’est le même phénomène qui se présente ici.

née par la théorie moderne de la valeur-de-travail pour justifier l'hypothèse du travail créateur unique de la valeur, est évidemment défectueuse.

Rodbertus, en alléguant que là où le travail est exceptionnellement soutenu par la nature, ilest « plus productif » sans que, au point de vue économique, on puisse mettre une partie de son produit sur le compte des forces naturelles, s’est basé sur le raisonnement suivant :

« Même au degré de la moindre productivité des forces de la nature dit-1l,.…. les forces naturelles donnent déjà leur collaboration. Et comment donc discernerait-on combien, aux divers degrés, il faudrait mettre sur le compte des forces naturelles et combien sur celui du travail ? » (x).

Cependant, peut-on se fonder raisonnablement sur de tels motifs pour justifier l'hypothèse que nous discutons ici ? Avec autant de raison nous pourrions observer que pour l’acquisiüon de tout bien, économique ou non-économique, même pour celle de l’air que nous respirons ou de l’eau que nous puisons à la source, nous avons besoin d’un certain travail. « La sueur humaine et le travail humain procurent à l’homme les moyens de l'existence », dit Hegel. Même l'acquisition des biens non-économiques, qui n'obtiennent pas communément une valeur d'échange puisqu'ils sont abondants et librement accessibles, exigent encore un certain travail.

-On n'ira pas en conclure que le travail est sans importance

pour la détermination de la valeur, comme Rodbertus a conclu, de ce que les forces naturelles sont parfois CONSsIidérées comme négligeables dans certaines exploitations, à ous he P 5 Il hypothèse générale qu'elles sont indifférentes à la détermination de la valeur. En dépit de notre observation sur le travail Ï dépensé pour acquérir des biens sans valeur échangeable, nous ( E I reconnaissons que pour les biens économiques, qui ne sont pas librement accessibles, le travail peut se présenter comme

(1) « Denn auch auf der wenigst produktiven Stufe der in wirthschaftlicher Action befindlichen Naturkräfle, von der aufwürts sich also überhaupt die « natürliche Produktuwität » differentürt, wirken ja schon die natürlichen Krüfte mit. Und wie soll auch nur unterschieden werden, was auf diesen verschiedenen

Stufen auf die natürlichen Krüfte und was auf die Arbeit kommt ? » (Ronserrus, Gredilnoth, loc. cit.)

créateur de la valeur d'échange ; si faible soit le travail dans certains cas, nous reconnaissons qu'il existe une tendance qui conduit les hommes à évaluer la valeur objective (valeur d'échange) de grandes catégories de marchandises d’après leur coût de production.

La deuxième objection de Rodbertus ne prouve rien contre le fait que la collaboration exceptionnelle des agents naturels peut en effet se présenter et se réaliser dans une plus haute valeur d'échange. Là où les facteurs des deux catégories collaborent à la création de la valeur objective, il sera difficile de discerner, comme le fait remarquer l’auteur, « combien il faudrait mettre sur le compte des forces naturelles et combien sur celui du travail », mais il est évident qu'il serait inexact, dans le cas supposé, de mettre toute la valeur objective au compte d’une seule catégorie de facteurs.

Karl Marx traite la question à la légère. Chez lui, il n’est pas question, à proprement parler, d'arguments pour justifier l'hypothèse. Il fait € abstraction », tout simplement, de la valeur d'usage des richesses, en abordant la question de l’analyse de leur valeur d'échange, au commencement de son livre sur le Capital. I le fait sous le prétexte suivant, dont la légitimité était précisément à prouver: « Mais d’un autre - côté, dit-il, il est évident que l’on fait abstraction de la valeur d'usage des marchandises quand on les échange et que tout rapport d'échange est même caractérisé par cette abstraction » (1). I fait suivre cette phrase de la justification suivante: « Dans l'échange, dit-il, une valeur d'utilité vaut précisément autant que toute autre, pourvu qu'elle se trouve en proportion convenable. » Cette idée, qui devient, grâce à la restriction, d’une évidence un peu naïve, ne saurait guère être acceptée comme une preuve de sa thèse etpourraitmème mieux servir à nous démontrer que, dans l'échange, on ne fait nul lement «abstraction » de la valeur d'usage particulière des marchandises, — du moins pas de la « proportion » dans laquelle elle se présentent au marché.

Ayant fait abstraction de cette valeur, Marx nous donne une exposition de l'échange qui en dérive naturellement et que

(1) Voir Karc Marx, Das Kapital, tome I, trad. franç., p. 14, col. 2.

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nous jugeons assez caractéristique et assez intéressante pour être tenus de la suivre de près, Nous l’estimons d'autant plus importante qu'elle est la base de toute la science économique du représentant le plus autorisé de la moderne théorie de la valeur-de-travail.

Marx met deux marchandises (froment et fer,, en certaines quantités, l'une en face de Pautre et dit : (Quel que soit leur rapport d'échange, il peut toujours être représenté par une équation dans laquelle une quantité donnée de froment est réputée égale à une quantité quelconque-de fer, par exemple : 1 quarteron de froment — a kilogramme de fer, »

« Que signifie cette équation ? » continue-t-1l. « C'est que, dans deux objets différents, dans 1 quarteron de froment et dans a kilogramme de fer, il existe quelque chose de commun )...

« Ce quelque chose de commun ne peut être une propriété naturelle quelconque, géométrique, physique, chimique, etc., des marchandises. Leurs qualités naturelles n’entrent en considération qu'autant qu'elles leur donnent une utilité qui en fait des valeurs d'usage. » Vient ici l’abstraction de la valeur d'usage des richesses et la phrase que nous avons citée plus haut ; et, par cette exposition dialectique, Marx aboutit maintenant aisément à la conclusion suivante :

« La valeur d'usage des marchandises une fois mise de côté, il ne leur reste plus qu'une qualité, celle d’être des produits du travail (1). »

En premier lieu, nous faisons remarquer que la conclusion tirée par Marx, savoir : que l'équation de 1 quarteron de froment — a kilogrammes de fer signifierait qu'il existe dans ces deux biens « quelque chose de commun » ou, comme Marx l'exprime dans le texte allemand original, « quelque chose de commun de la même grandeur » (ein Gemeinsames von derselben Grôsse), que cette conclusion, disons-nous, n’est pas du tout certaine. Le signe —, dont, Marx se sert ici, peut exprimer une réciprocité quelconque sans qu'on puisse parler d’une égalité dans ce sens que les deux objets comparés contiennent

(1) Kane Marx, loc. cit, p: 14, col. 1 et 2.

quelque grandeur commune. Cela arrive en réarité au marché. Lorsque 1 quarteron de froment y est réputé égal aujourd'hui à a kilogrammes de fer, demain peut-être à b kilogrammes, on peut Re leide ‘nt en conclure un simple fait, que les deux marchandises se maintiennent comme équinéleniies à à des quantités autres un jour de l'autre et non pas qu'il y aurait eu un changement dans le « quelque chose de commun » que contiennent les deux marchandises, notamment dans le travail socialement nécessaire à leur production ou leur reproduction, que vise Marx. Sa conclusion est arbitraire, parce que, au marché, 1] pourrait être question aussi d’un changement des rapports entre l'offre totale et la demande totale et effective des marchandises. En tout cas il est évident que de l'équation que Marx nous a mise sous les yeux, 1l ne s'ensuit pas nécessairement l'existence de quelque chose de commun de la même grandeur dans les deux marchandises comparées.

Il faut ensuite observer que ce n’est pas sur le marché que Marx aurait pu trouver les éléments lui permettant d’interpréter son équation et de découvrir ce qui se cache derrière l'échange. Il aurait dù nous transporter à l'usine, à la mine, aux champs de froment, non pas au lieu où s’échangent les richesses, mais à celui où elles sont produites. Car, Marx cherche le « quelque chose de commun ». qui existerait dans les deux marchandises, le quarteron de froment et les a kilogrammes de fer, dans le travail humain qui est accumulé en elles ; mais, c'est là leur valeur de production et non pas leur valeur d'échange !

Il est vrai, que la valeur de production ou bien la quantité de travail humain appliqué aux marchandises, ne se réalise qu'au marché, puisque c’est là que se feront les prix courants : cependant, Marx n’est pas autorisé, pour cela, à ne compter au marché qu'avec le travail humain dépensé. En faisant cela, 11 fait «abstraction », non seulement de la valeur d'usage particulière des richesses, mais également de tout le marché. Il invente une «valeur d'échange » des biens, séparée de « l'échange » même. C'est là une chose inintelligible et la vraie raison pour laquelle ni la théorie de la valeur de Marx, non plus que celle de Rodbertus qui la précédait

ou l'économie classique de Ricardo, n'ont pu nous révéler le my stère entier qui se passe au marché relativement à la détermination de la valeur et à la fixation du prix des denrées.

Marx désirant examiner particulièrement et séparément le travail humain quiest «matérialisé » dans différentes richesses, pouvait se dispenser de les jeter d’abord dans le processus de l'échange ; il aurait dû analyser leur valeur de production et non pas leur valeur d'échange. Ce n'est pas, comme Marx le suppose, à des biens jetés déjà dans le processus de l'échange, mais exclusivement à ceux qui se trouvent encore dans la sphère de la production, et dont on examine la valeur de production, que s’appliquent ses paroles : (Ge n’est plus, par exemple, une table, ou une maison, ou du fil, ou un objet utile quélconque ; ce n'est pas non plus le produit du travail du tourneur, du maçon, de n'importe quel travail productif déterminé. Avec les caractères utiles particuliers des produits du travail disparaissent en même temps, et le caractère utile des travaux qui y sont contenus, et les formes concrètes diverses qui distinguent une espèce de travail d’une autre espèce (1). »

Au moment où les marchandises sont portées au marché, leurs « caractères utiles particuliers » commencent à se rétablir et à exercer une influence essentielle sur léchange même.

Tout le raisonnement relevé ici et par lequel Marx parvient à l'abstraction des caractères utiles des biens dans le processus de l'échange, nous paraît donc un grand sophisme et témoigne en effet fe ce qu'un critique de Marx , M. Bôühm-Bawer k. a appelé : «de la mauvaise logique et de la légèreté dans les conclusions » (2).

(1) Karz Marx, loc. cit., col. 2.

(2) Bünm-Bawerk, K'apital und Kapitalzins, tome [, chap xr, 1°° édit. allem., MD — NOUS faisons remarquer qu ’après, et à côté sy G. Knies, c’est surtout M. Bühm-Bawerk quia clairement exposé l’ abracadabra dialectique de Marx en le réduisant à sa vraie valeur. À cause de l'importance des arguments apportés et par Knies et par Bühm, j'en reproduis ici les phrases principales. D'abord ceux de Bühm pour lesquels je cite la deuxième édition allemande de son ouvrage :

« Si Marx, sur le point décisif, n'avait pas restreint ses recherches aux produits du Te mais ne aussi ce qu'il y a de commun dans les

Il m'a toujours paru que Marx s'était trouvé ici sous l’acion néfaste de son maître Hegel, dont la dialectique a eu,

dons de la nature ayant une valeur d'échange, alors il aurait été évident que le travail ne peut pas être cette chose commune...

« Cependant, regardons un peu les choses de près. Avec le tour d'adresse que nous venons de décrire, Marx n'avait encore obtenu que ceci, que le travail était admis simplement à jouer un rôle, Par la restriction artificielle du cercle, le travail n’était devenu qu’une seule des « propriétés communes » dans ce cercle étroit. Mais à côté de lui, il pouvait encore exister d’autres propriétés que les denrées pussent avoir en commun. Comment sont-elles mises de côté, ces autres causes coopérantes ? Cela s’est fait par deux autres moments dans le raisonnement, moments dont chacun ne contient que quelques mots, mais avec eux une faute logique des plus graves.

« Dans le premier moment, Marx exclut toutes les « propriétés naturelles quelconques, géométriques, physiques, chimiques, ele. » (suit ici la citation que le lecteur connaît, relative à « l’abstraction » de la valeur d'usage).

« On se demande ce que Marx aurait dit, lui-mème, de l’argumentation suivante : Dans un théâtre d’opéra trois chanteurs excellents, — un ténor, une basse et un baryton, — ont chacun un salaire de 20.000 florins; on demande quelle est la circonstance commune, par laquelle ces honoraires s’'identifient ? Et je réponds : Dans la question des honoraires une bonne voix vaut autant qu'une autre, une bonne voix de ténor vaut autant qu'une bonne voix de basse ou de baryton, pourvu seulement qu'elles se trouvent en proportion convenable ; par conséquent, 1! est évident que l’on fait abstraction, dans la question des honoraires, de la bonne voix et que celle-ci ne peut donc pas ètre la cause commune des hauts honoraires. [l est clair que cette argumentation est fausse, mais il est non moins clair que la conclusion de Marx, sur laquelle la nôtre est copiée exactement, ne pèse pas un grain de plus. Toutes deux ont le mème défaut. Elles confondent l'abstraction d'une particularité en général avec l’'abstraction des modalités spéciales sous lesquelles cette particularité se présente, Ce qui, dans notre exemple, est indifférent pour la question des honoraires, n’est, évidemment, que la modalité spéciale sous laquelle se présente la bonne voix : soit comme ténor, basse, ou baryton ; mais nullement la bonne voix en général. De même fait-on abstraction, pour les rapports d'échange des marchandises, de la modalité spéciale sous laquelle peut se présenter-la valeur d’usage des marchandises, mais nullement de la valeur d'usage en général. Que l’on ne fasse pas abstraction de la dernière, Marx aurait pu le déduire du simple fait qu'il ne peut exister une valeur d'échange quand il n’y a pas de valeur d'usage, — fait que Marx lui mème, à maintes reprises, est obligé de reconnaitre.

« Le second moment du raisonnement est encore plus condamnable : « La « valeur d’usage des marchandises une fois mise de côté, dit Marx textuelle « ment, il ne leur reste plus qu’une qualité, celle d’être des produits du tra- «vail. » Vraiment? Pas plus d’une seule qualité ? Est-ce que les biens, possédant une valeur d'échange, n'ont pas aussi en commun cette autre qualilé, d'être rares relativement aux besoins ? Ou bien d’être l’objet de l'offre et de la demande? Ou bien cette autre d’être appropriés ? Ou encore cette autre d’être des produits de la nature? Et nul ne nous l’a dit mieux que Marx lui-même que les richesses sont aussi bien les produits de la nature que du travail.

« Pourquoi, demandé-je, le principe de la valeur ne pourrait1l pas aussi

ji, Toi Là

THÉORIE DE LA VALEUR il

en général, une si mauvaise influence sur Île travail scientifique de Marx.

Hegel, lui-même, n’a jamais pu parvenir à distinguer les différentes formes de la valeur. Déduisant d’abord la valeur des besoins humains, 1l a commencé à voir ensuite autre chose encore au fond de la valeur : le fravail qui a produit les biens. Mais il n’a pas vu qu'il avait affaire dans ces deux cas à des formes de valeur différentes.

bien se trouver dans une de ces qualités communes, que dans la qualité d’être des produits de travail? Notons bien que Marx n'a pas apporté le moindre argument positif en faveur de l'exclusivité à accorder à cette dernière qualité; son seul argument qui est négatif, se réduit à ceci, que la valeur d'usage, si heureusement mise de côté par la voie de l’abstraction, n'est pas le principe de la valeur d'échange. Pourtant, est-ce que cet ar gument négatif ne serait pas également probant pour toutes les autres qualités communes que Marx n'a pas vues ? » (Bünm-Bawerk, loc, cit, tome [, 2° édit, allem., pp. 517-520).

n ce qui concerne Knies, qui a le premier mis en évidence la fausse logique de Marx sur ce point particulier, nous nous contentons de donner deux courtes citations :

« Celui qui, comme le fait Marx, a reconnu expressément qu'il ne peut exister une valeur d'échange sans & valeur d'usage ». que, pour produire des valeurs d’échange, il faut produire des valeurs d'usage pour d’autres, des valeurs d’usage sociales, doit bien formuler naturellement la différence entre la valeur d'usage et la valeur d'échange, — mais il se contredit luimême en prétendant que la substance de la valeur d'échange est indépendante de l’existence des marchandises comme valeurs d'usage.

« Celui qui, comme Marx, reconnait que la valeur d’usage du bois sauvage, de l'herbe dans les prairies naturelles, du sol vierge existe, sans la collaboration du travail humain, n’a plus la liberté de prétendre que le travail humain est la base décisive et exclusive de la valeur d'échange. Dans le cadre de la démonstration de Marx, on ne saurait trouver une raison pour laquelle, — aussi bien que l'équation : 1 quarteron de froment — a quintaux de bois produits par le travail humain, — on ne pourrait pas poser cette équation : 1 quarteron de froment — a quintaux de bois poussant naturellement dans la forèt — b arpents de terres vierges — c arpents de prairies naturelles... Nous arriverons cependant en tout cas à tirer de ces équations cette conclusion qu'il est impossible que deux quantités de travail servent de base pour l’égalité dans l'échange. Ge n’est donc pas davantage un quantum de travail qui est mesuré par ces équations, » (G. Knes, Das Geld, 2° édit., pp. 156-157).

« Pour ter préter les équations de la valeur d'échange, on ne saurait dire, comme le fait Marx, que l'on fait « abstraction de la valeur d’ usage », mais seulement que l’on fait abstraction des différences qui existent Tone les déterminations particulières de la valeur d’usage ; on ne leur substitue pas une qualité étrangère, mais on les ramène à leur qualité commune » (loc. cit., p. 160).

Pour se convaincre de cette vérité on n'a qu'à comparer les $ 63 et 196 de sa Philosophie du Droit.

Sn exposant que la valeur d’une chose dépend des besoins qu'elle satisfait, — Hegel nous dit qu'on fait « abstraction » ici des qualités spéciales en n'’envisageant que la quantité générale. Le besoin particulier que satisfait une chose, est en mème temps besoin en général et c’est en raison de cette généralité qu'il trouve son expression dans la valeur. « Cette généralité, ainsi s'explique-t-il, dont la simple détermination ressort de la particularité de la chose, de sorte qu’il est fait abstraction en même temps de cette qualité spécilique, est la valeur de la chose, dans laquelle sa vraie substantialité est déterminée et devenue objet de notre connaissance (1). »

Notons bien, pourtant, que Hegel parle toujours de la valeur d'usage des choses et ne traite que beaucoup plus tard du travail humain. Marx, au contraire, tâche de nous convaincre, avec la même méthode dialectique et presque dans les mêmes termes que son maitre, qu'il est fait abstraction, dans le processus de l'échange, non seulement de l'utilité spécifique des marchandises, mais encore de leur valeur d'usage en général. Marx nous donne ici une théorie dont la fausseté saute aux yeux.

C’est là un défaut fondamental dans la théorie de la valeur marxiste. Marx, avons-nous dit, n’a jamais compris la nature de la valeur d'usage, Il a reconnu, il est vrai, que les valeurs d'usage forment la « matière de la Richesse », mais 1l les a toujours traitées comme de simples «soutiens matériels de la valeur d'échange » (2), à peu près comme s'il avait traité l’individu Marx comme le simple « soutien matériel d’un système économique ». Il n’a pas suffisamment prêté son attention à l'influence que les soutiens matériels de la valeur d'échange exercent sur elle. Ge n’est que par cette voie qu'il a pu créer sa théorie de la valeur-de-travail, prétendant que des quantités égales de travail humain ont la même valeur d'échange, lorsqu'elles sont simplement reconnues en générale par la société, comme travail « utile ».

(1) Hecer, Philosophie du Droit, $ 63.

(2) Kanc Marx, Das Kapital, tome [, trad.’fr., p. 14, col. 1.

Dans le troisième tome du Capital dont, à plusieurs égards, la connaissance nous est nécessaire pour juger le système économique de Marx, il n'est encore question qu'en passant de la valeur d'usage des richesses. Marx la traite encore comme la condition formelle et indispensable pour l'existence de la valeur ; — mais une condition formelle à laquelle il nest plus prèlé attention après la constatation de la nécessité de son existence. Nulle part dans l’œuvre de Marx on ne rencontre une analyse consciencieuse de la valeur d'usage et des principes par lesquels elle se détermine (7). |

En définitive, la moderne théorie de la valeur-de-travail a omis entièrement de nous donner la moindre preuve de son hypothèse fondamentale d’après laquelle le travail humain seul est créateur de la valeur d'échange ; — Marx n'a pas cherché à la justifier ; Rodbertus l’a essayé; mais cette tentative doit être considérée comme ayant échoué.

Il n'en pouvait guère être autrement, puisque la vie sociale réelle nous démontre à chaque instant, par des faits incontestables, que les richesses produites par des quantités inégales de travail et des frais de production inégaux (et qui ne sauraient l'être autrement), peuvent atteindre néanmoins une même valeur d'échange en tant qu’elles présentent les mêmes qualités utiles.

(x) « Car, condition indispensable reste la valeur d'usage » (Das Kapital, tome IIT, 2° partie, chap. xxxvu, texte original, p. 195.)

« Mais c'est là simplement la même loi qui se montre déjà dans la marchandise isolée, à savoir : que sa valeur d’usage est la condition de sa valeur d'échange et par suite de sa valeur » (/bidem, p. 176.)

: «Ainsi la valeur d’usage est généralement le soutien de la valeur d'échange, mais non pas sa. cause. » (Loc. cit., ch..xxxvnr, p. 187.) Dans les deux premiers passages (p. 195 et p. 176) Marx oppose « la valeur d'usage de puissance sociale » (Gebrauchswerth auf gesellschaftlicher Po- lenz) ou « le besoin social » à la « valeur d’usage dans li marchandise isolée » ; il nous fait aussi remarquer, il est vrai, que la première dépend de ce que la marchandise « est adéquate aux besoins sociaux, quantitativement déterminés pour chaque espèce spéciale de produits » ; — mais cette observation a le seul but de nous apprendre qu’autrement le surplus dans une branche quelconque d’industrie devient entièrement « inutile », comme la marchandise isolée cesse de posséder une valeur d'échange, lorsqu'elle ne satisfait pas un besoin quelconque. Voilà tout ce qu'il y a sur l'analyse de la valeur d’usage (individuelle et sociale) dans le troisième tome du

Capital.

Ext è AL

Rodbertus a encore formulé son hypothèse dans les termes suivants : « Tous les autres biens (bors ceux qui ont coûté une certaine quantité de travail) si nécessaires, ou si utiles soient-ils à l’homme, sont des biens naturels qui ne regardent nullement l'économie »…

. & L'homme peut être reconnaissant de ce que la nature a créé d'avance des biens économiques, parce que cela lui a épargné beaucoup de travail en plus ; seulement l’économiste ne s'occupe d'eux que pour autant que le travail a complété l’œuvre de la nature (1). »

C'est sous cette forme, fort accentuée du reste, que la moderne théorie de la valeur-de-travail nous paraît être le plus évidemment en contradiction avec les rapports réels.

À bon droit, M. Bühm-Bawerk a fait remarquer, en discutant ce passage de Rodbertus, qu'un « morceau d'or massif », trouvé par un propriétaire dans son champ ou bien «une mine d'argent qu'il a découverte par hasard dans sa terre », exemples dont on pourrait aisément augmenter le nombre, regardent assurément l’économie (2).

Nous avons à ajouter quelque chose à cette critique, chose que nous mettrons tout à l'heure en rapport avec notre jugement sur la moderne théorie de la valeur-de-travail. Précisément parce que l’aide que la nature donne au travail humain regarde particulièrement la science économique et nous tous en tant que producteurs et consommateurs, — l'humanité ne tolérera pas indéfiniment un ordre social, dans lequel les sources naturelles de l'existence de la race humaine sont considérées autrement que comme la propriété commune de l'humanité.

C'est là un problème social d'autant plus important, que parmi ces sources d’existence il n’y a pas seulement les maüères premières que la nature a mises à la disposition des hommes, par exemple une « mine d'argent » nouvellement découverte sur la terre du propriétaire de M. Bôhm-Bawerk ; il faut compter encore les richesses qui sont rendues accessibles

(1) Ronrerrus, Zur Beleuchtung der Socialen Frage, tome F, p. 69.

(2) Bôau-Bawerk, Xapital und Kapilalzins, tome 1, chap. xu, 2° édit. allem.,

à la génération actuelle par le travail d’un long passé, œuvre de travailleurs eux-mêmes disparus, mais dont le plus faible et le plus misérable de notre génération peut encore se prétendre l'héritier.

Les mines en pleine exploitation, les moyens de transports, chemins, canaux, ponts, — moyens sans le service desquels le travail présent ne saurait être si productif qu'il l’est aujourd'hui, ou serait même rendu impossible dans son développement actuel, — nous montrent, dans leur ensemble, combien l’étroite théorie de la valeur-de-travail a tort de ne considérer que le travail présent comme créateur de nouvelle valeur.

En ce qui concerne une partie de ces moyens nécessaires de production : les matières premières et secondaires et les instruments de travail (usines, constructions, machines, outils, etc.), la théorie de la valeur-de-travail admet qu'ils transmettent de la valeur aux produits en tant qu'ils s'usent dans le processus de la production. Mais ils ne transfèrent jamais plus de valeur aux produits, à ce que prétend cette théorie, qu'ils n'en représentent eux-mêmes. Il est IN por

tant, — et c'est là une question dont nous aurons à nous occuper de près dans un chapitre suivant, — de démontrer

combien peu la théorie de la valeur-de-travail a suivi encore, sur ce point particulier, la vie réelle.

Nous ne sommes pas au bout ; nous avons à considérer une autre catégorie de facteurs qui collaborent à la création de la valeur, à savoir : certaines forces naturelles dont l'application à la production des richesses représente des siècles entiers d’une civilisation en progrès avec toutes leurs inventions et découvertes accaparées successivement par les entrepreneurs capitalistes dans leur intérêt individuel.

Ce n'est que dans l'analyse spéciale de la valeur d'échange quenous pourrons attentivement examiner l'influence qu exercent ces forces naturelles sur la valeur objective. Mais nous pouvons poser déjà le principe fondamental de notre échange moderne comine il suit :

Supposons qu’un article de consommation puisse être produit des quatre manières suivantes :

a) par la main-d'œuvre avec des outils primitifs;

b) par la petite industrie avec application de vapeur, ou d'un moteur à pétrole, gaz, benzine, etc. ;

c) par la grande industrie avec vapeur ou électricité comme force motrice ;

d) occasionnellement avec application immédiate et simple d'une force naturelle, comme l’eau tombant d’une cascade ;

Si — l'usure d'outils, de machines, etc., prise en considé- , » P ration — le coût de la production s'élève par unité (mètre,

hectolitre, etc.) de l’article en question à des taux que l’on pourra désigner successivement par 4x, 3x, 2%. et x, il faut, tout d’abord, savoir si la quantité des produits de la première catégorie (a), est encore nécessaire à la totalité des besoins humains, c’est-à-dire à la demande totale el effective ; dans ce cas les quantités des trois autres catégories (b, e, d), pourront obtenir le même prix courant que les articles de la première : articles de la mème espèce, mais qui sont produits sous les conditions les moins favorables.

Ce n’est que dans le troisième tome de son Capital que Karl Marx a développé ce principe fondamental de l'échange moderne pour les produits agricoles ; aussi sa théorie de la rente foncière, comme toute la théorie d'échange développée dans ce troisième volume, est-elle en contradiction singulière mais définitive avec la théorie de la valeur-de-travail que content le premier volume.

Il parait certain que les fabricants des articles de consommation examinés, ayant produit leurs marchandises dans les conditions les plus favorables, par exemple, avec des coûts de production désignés ci-dessus par 2x ou +, peuvent les livrer, au marché, à des prix plus modérés que ceux que doivent proposer leurs concurrents ; comme nous le verrons dans le courant de cet ouvrage, ils peuvent faire baisser les prix courants de l’article en question, tout en faisant encore des profits considérables. Mais, 11 ne reste pas moins évident, dès à présent, que la valeur d'échange de leurs marchandises est encore tout autre chose que l'expression adéquate de la quantité de travail dépensée par eux-mêmes pour la production et que celle que l’on peut considérer comme socialement nécessaire à produire

l'article en question. Cette dernière quantité, en ellet, se raporte aux conditions de la production et non pas à celles du marché. (Voir notre chapitre sur la valeur de production sociale).

Après tout, nous ne pouvons que nous étonner de ce que l'étroite théorie de la valeur-de-travail de Rodbertus et de Karl Marx n'ait pas été combattue plus décidément du côté communiste ; et l’on se demande avec une stupéfaction réelle comment il a été possible que le premier tome du Capilal de Marx ait même été considéré, parfois, comme la Bible du mouvement socialiste-communiste. Puisque ce n’est pas le travail humain seul, mais aussi les agents naturels {matières premières ét secondaires et forces naturelles), dont l'action commune crée les richesses humaines, nous avons le motif le plus décisif pour condamner l'ordre capitaliste de la société, qui ne saurait être défendu que par un appel à Son droit d'existence historique. Or, les mêmes considéraions qui pourraient ainsi servir à sa défense, nous montrent en mèmé temps que, la civilisation se perfectionnant progressivement et les conceptions du droit se développant toujours parmi les peuples modernes, l’avenir prochain ne saurait appartenir qu'à un ordre social et juridique dans lequel la propriété commune des moyens de production et de consommation occupera une place toujours plus importante dans la vie sociale des hommes.

Relevons encore ie fait que, dans la production des richesses, les dépenses de matières naturelles et de forces naturelles doivent aussi bien être considérées comme « coût de production » que les dépenses de travail. C'est là une vérité Mort mal comprise.

La moderne théorie de la valeur-de-travail, — et nous pensons particulièrement ici aux argumentations de Rodbertus, — conçoit le travail dépensé comme coût de production pour la raison que le travail appliqué à la pr oduction d’un certain arlicle de consommation ne peut pas, à la fois, être appliqué à celle d’un autre, Ce travail est donc à considérer, s’ensuitil, comme un sacrifice d'efforts et de liberté individuelle du travailleur. Seulement, par rapport aux dons de la nature, ceux-ci n'étant pas inépuisables, les mêmes considérations se

PV.

reproduisent, et ce n'est pas seulement relativement au travail humain, mais aussi à ces dons de la nature que nous avons à nous conduire en économes raisonnables. Nous ap= prendrons mieux à le faire au fur et à mesure que la civi= lisation humaine fera des progrès, intellectuellement et mo= ralement (1). ,

Les agents naturels avec l’aide desquels se créent les ri= chesses humaines, ne nous sont accessibles, pour la plus grande partie, qu'en quantités limitées, tandis que ceux qu'on peut considérer comme inépuisables, tels que l'air ou l’eau, ont cessé précisément d'appartenir aux biens économiques pouvant posséder une valeur d'échange et obtenir un prix.

Or, là où les quantités des richesses naturelles sont limi tées, tout producteur prend incessamment, par le fait de las production même, des éléments à un trésor commun, — élé-« ments ne pouvant pas servir à la fois à quelque autre production ou à une autre consommation directe. Ceci est d'autant plus important que les quantités des richesses en question sont moins abondantes et pour cette raison plus recherchées.

Le sol qui est occupé par À dans un but de production, ne saurait être choisi, dans un même but utile, par B; les mines de charbon épuisées par notre génération actuelle et

(1) Nous nous joignons entièrement aux observations suivantes que, dans son livre: Xapital und Kapitalzins (tome, ch. xu, 2, À, 2° édit. p. 464), M. Büuu- Bawerk a faites sur cette thèse : « Nous économisons la force originale du travail, comme le dit Rodbertus à bon droit, parce que ce travail, Hi mité par le temps et la force, se consume en même temps qu'il se. dépense, et parce qu'il est, enfin, une spoliation de notre liberté, Cependant ce ne sont là que des motifs incidents et ce n’est pas encore le dernier motif pour notre conduite de bon économe. En définitive, nous économisons le travail” limité et fatigant parce que, par une administration peu économe à son. égard, nous aurions à subir une perte de bien-être. Précisément le même motif nous amène à économiser également toute autre chose utile, dont nous ne saurions ètre privés ou que nous ne saurions perdre sans subir de même une perte de jouissance, étant donné que cette chose n'existe sous nos mains qu'en quantité limitée. Il en sera ainsi, soit que cette chose s'appelle force originale où non, et qu’elle ait coûté, oui ou non, de la force originale qui est le travail, » Les conséquences communistes qui découlent rigoureusement de ces prémisses, vis-à-vis des « couches naturelles de houille » et de tous les autres dons de la nature dont nous parle l’auteur à cet endroit, ces conclusions, M. Bühm-Bawerk n’a pas su les tirer. Nous avons pris la liberté de les tirer pour lui.

Le

les forêts déboisées par elle, ne peuvent plus servir aux générations futures.

Les produits agricoles, blés, etc., que la terre nous donne par une culture rationnelle, les quantités de houille ou de bois extraites des mines ou des forêts, ne peuvent donc pas être considérées comme des richesses sur lesquelles les producteurs puissent faire valoir seuls un droit de propriété, résultant du seul fait qu'ils s’en servent.

Le travail humain qui s'applique à la production de blé, de houille. de bois, ne saurait être identifié avec ces produits mêmes, malgré la tendance connue, qui se révèle, au marché des marchandises, par la coïncidence de la valeur d'échange de nombre d'articles de consommation avec leur valeur de production.

Pour toute production il ÿ a lieu de parler d’un « accaparement » de certains agents naturels par les producteurs et, en dernière analyse, par les consommateurs.

La revendication formulée par Rodbertus, que le travailleur doit avoir le produit total et entier de son travail, ou sa valeur sans aucune déduction, n'est pas plus soutenable

de ce point de vue communiste et d’après « l’Idée pure de la

Justice » (die reine Rechtsidee) à laquelle il se réfère, que ne l'est l'ordre juridique capitaliste de nos temps modernes. Cette revendication est aussi peu logique qu’elle se montreralt peu applicable pratiquement dans la vie sociale compli-

quée de nos jours, où c'est seulement par exception que

l'ouvrier fabrique tout seul un objet entier et où mème d’ordinaire le produit total et entier du travail de chaque travailleur, en particulier, n’est pas calculable.

insuile, le système collectiviste de Karl Marx, qui résulte rationnellement de sa théorie de la valeur, n’est pas plus soutenable que l’autre.

Dans un chapitre fort connu, à la fin du premier tome de son Capital, chapitre intitulé : « Tendance historique de l'accumulation capitaliste », Marx re « l'appropriation capitaliste » comme « la première négation de cette propriété privée qui n'est que le corollaire du travail indépendant et individuel ». Mais il n'a pas caractérisé cette dernière comme

constituant, en effet, la négation de cette propriété commu

nale primitive se soutenant sur le travail et la consommation

communs.

Marx a donné, dans ce passage, toute son attention à l’ex-

propriation par le capitalisme moderne de ce qu'il appelle

les « producteurs immédiats », propriétaires libres des moyens de travail qu'ils mettaient eux-mêmes en œuvre, « le paysan

du sol qu'il cultive, l'artisan de l'outillage qu'il manie, comme le virtuose de son instrument ». Mais Marx n'a

pas prêté la même attention au fait historique que ces” indépendants » étaient des « expro-

petits producteurs priateurs » eux-mêmes, s'étant emparés chacun d’une par-

tie des richesses naturelles générales, et accaparant ainsi,

pour leurs propres personnes, une partie de la propriété de

tous. [n’a pas non plus observé que nulle part dans l’histoire, sous le régime industriel de petits producteurs indépendants, le « peuple travailleur », dont Marx nous décrit l’ex-

propriation successive, n'a été le représentant de toute law

population laborieuse restée, au contraire, pour la grande masse, en servitude. L'aperçu historique que Marx nous a donné de l'accumulation capitaliste est aussi incorrect et incomplet du point de vue historique, que la conclusion, à laquelle il parvient, est scientifiquement imparfaite.

Cette conclusion est conçue comme il suit : « Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature. C’est la négation de la négation. Elle rétablit non la propriété privée du travailleur, mais sa propriété individuelle, fondée sur les acquêts de l'ère capitaliste, (Diese slellt nicht das Privaleigenthum wieder her, wohl aber das individuelle Eigenthum auf Grundlage der Errungenschafl der kapitalistischen Aera) sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol » (+).

Ce que Marx qualifie ici de « propriété individuelle, fondée sur les acquêts de l'ère capitaliste », ne saurait constituer qu'une situation transitoire dans la civilisation humaine. Ce

(1) Karc Marx, Das Kapital, t. L, trad. franç., p. 2h, col 2.

LS » et a Len ”

n'est pas, en tout cas, la Q négation » complète du mode d'appropriaton et de production capitalistes actuel, et de l'ordre juridique moderne fondé sur lui.

Ce qui va se développer avec la fatalité présidant aux métamorphoses de la nature n’est pas, en définitive, la propriélé

individuelle sur la base de la possession commune des moyens

de production, le sol y compris, movens qui seraient séparés

des autres richesses. Ce qui va se développer dans les siècles

futurs, c'est la consommalion individuelle sur la base de la pro- ; Î

prièlé communiste. Cette dernière ne saurait établir une SÉpa-

ration catégorique entre le sol et les autres moyens de

production d'une part et les articles de consommation de l’autre,

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