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CE

Total des frais additionnels

dollars S3 30,499

Pour une tonne de fonte de fer de 2 240 livres, les frais de production se répartissaient comme il suit :

(1) Sixth Annual Report, p. 5x.

LA eLeeTEEr p: 58

Etablissements

AU A B. L2 L L2 Ce D) L L Établissements Aa te B. Sr C. lee

Minerai

dollars

Salaires

Cendres ferrailles, ete,

dollars

Appointements des employés

Matériaux

Pierre calcaire

dollars o.b68

Dépenses supplémentaires

et réparations

Cokes

dollars 5.248

Charbon

Iinpôts

dollars

dollars

dollars

(a) Anthracite

dollars 0.020

Total

dollars 14.219 10.723

‘Total des frais de produetion

dollars

Les frais de production d’une tonne de fonte de fer étaient

donc de 15.075 dollars pour l'établissement A, de 13.59€ dollars pour B, de 15.281 dollars pour C.

Les établissements ont noté les frais « additionnels » süi-

(1)-Doe-#il; p.553

Yants par tonne de fonte de 2 240 livres anglaises :

Frais addilionnels par lonne de fonte de fer.

Établissements Assurance l Intérêt Dépréciation Total du capital | du matériel dollars dollars dollars dollars BETT . 0,00) 0.073 0.078 : ENERGIE ET 013 10,029 Loo 1.030 C SAR ES Aer 016 — hr2 h28 (1)

En examinant de près les éléments qui constituent ici les frais de production, nous apercevons tout: d’abord les deux catégories de frais que nous avons déjà distinguées antérieurement en capital circulant et capilal fixe, le premier entrant entièrement, le dernier partiellement dans le produit total annuel d'une entreprise ou dans chaque. unité de la marchandise, par exemple dans chaque tonne de fonte de fer. Nous savons qu'en général les matières premières et secondaires ainsi que le travail directement appliqué à chaque produit apparliennent à la première catégorie de frais ; les moyens de travail (bâtiments, machines et outils, etc.), à la dernière.

Dans les tableaux que nous venons de donner, les dépenses en capital circulant, faites pour l’achat des différents matériaux (minerai, pierre calcaire, cokes, etc.), et pour le paycment des salaires des ouvriers et des employés dépassent de beaucoup, dans leur ensemble, celles qui sont faites pour contrebalancer la perte de capital fixe. é

Cela s'applique à la production totale de l'entreprise pendant une période déterminée et encore aux frais de production que représente chaque tonne de fonte de fer,

Le plus petit des établissements dont nous venons d'exposer les frais de production est en même temps un des moindres parmi les 118 établissements de fonte de fer que le Dé-

(1) Loc. cil., p. 60.

partement du Travail de Washington a pu examiner.On peut penser néanmoins que son exploitation nécessite encore un capital considérable relativement aux moyens qui étaient généralement à la disposition du petit maïître-artisan médiéval, En effet, pour produire 34 tonnes de fonte de fer par jour, il faut dépenser 15 000 dollars par mois pour matériaux et 800 dollars pour salaires d'ouvriers et d’employés,ce qui suppose un capital assez important en bâtiments, machines, oulillage, etc.

IL est vraique, pour chaque tonne de fonte, les dépenses en capital fixe ne figurent qu'avec un chiffre relativement très modeste ; c'est qu’en effet pour chaque unité de marchandise et dans une période donnée c’est seulement la dépréciation des immeubles, l’usure des machines, etc., qui entrent ralionnellement en ligne de compte. Mais la mise de fonds pour les immeubles, machines, etc., doit être faite en totalité ; ie capital fixe que nécessite la fondation de l'établissement doit être disponible dans son entier, avant qu’on puisse produire de la fonte dans les conditions capitalistes de la production et à des prix de vente capitalistes.

Il est difficile de supposer que l'entrepreneur capitaliste avance ce capital par prédilection naturelle pour la produc- Uon de la fonte de fer, ou parce que le fer lui est plus nécessaire qu'à ses concitoyens. Son but immédiat, en tant qu'entrepreneur capitaliste, est la réalisation de la valeur d'échange de son produit au marché du fer et ce qu'il désire se réserver personnellement par la réalisation de cette valeur est l’excédent du prix de ses marchandises par rapport à ses propres dépenses avancées en capital fixe et circulant.

En prenant les simples frais de production des marchandises comme base des calculs faits par le producteur au marché moderne, nous ne sommes donc pas au bout de nos recherches ; si nous voulons nous placer au point de vue de l'entrepreneur moderne, nous avons encore à compter 1mmédiatement avec le profit qu’il exige, — ce profit calculé en dehors de foules les dépenses en capital fixe et circulant, aussi des dépenses additionnelles telles que l'intérêt du capital,

'etrhle RES es 4 — u

THÉORIE DE LA VALEUR o A6

l'assurance ou les impôts. L’entrepreneur capitaliste demande un profit nel,

Evidemment, il n'est pas certain qu’un entrepreneur quelconque pourra réaliser toujours ce profit net dans la concurrence avec ses rivaux. Îl peut arriver que ses marchandises restent invendues ou doivent être laissées aux acheteurs à des prix trop bas pour qu'il obtienne un profit quelconque. Dans ce cas d’autres entrepreneurs l'ont supplanté. Mais, 1l est incontestable que la classe capitaliste entière et que l'en-

} semble des entrepreneurs capitalistes dans une seule branche d'industrie (la production de fonte de fer par exemp'e) réaliseront normalement un profit. Si, occasionnellement et temporairement, le profit commençait à manquer, ils arrèteraient immédiatement la production. Et ils attendraient que les besoins croissants des consommateurs aient hauss: les prix de marché de leur article spécial, la fonte de fer, de façon à leur permettre de s'assurer de nouveau un profit net dans leur industrie.

En somme, l'élément entier que, de leur côté, les producteurs voudront faire entrer rationnellement dans la valeur d'échange et le prix de marché de leurs produits, ne comprend pas seulement les frais de production purs et simpl:s de ceux-ci, mais les frais de production + le profit de l’entrepreneur capitaliste. Cela s'applique à toute espèce de marchandises, même aux catégories de produits d'usage Journalier, pour lesquels nous avons vu la valeur d'échange et les prix de marché montrer une tendance prononcée à coïncide: avec la valeur de production. Avec le développement du mode de production capitaliste, la valeur de production, elle-même, prend la forme de frais de production + profit d'entrepreneur, et s'exprime dans le prix de revient de l'entrepreneur, augmenté du profit qu'il se réserve.

Comment fixer la grandeur de ce profit ? Nous nous tro: vons ici en face d’un nouveau problème.

IL est sûr, comme nous venons de le remarquer déjà, que le prix de revient trace seulement la limite minima qui s'impose du côté du producteur au prix de vente des marchandises. Cependant y a-t-l encore d'autres limites im-

posées à ce prix de marché et par suite au profit réel.

que fait l'entrepreneur ?

Nous avons vu que l'entrepreneur capitaliste, ce qui le

distingue du maitre de métier médiéval, peut encore réaliser un profit, tout en vendant ses produits au-dessous de leur

valeur-de-travail ; seulement il doit les vendre au-dessus du.

prix de revient.

Bientôt 1l y eut même là, sous le régime de la concurrence libre et effrénée, une occasion offerte à l'éntrepreneur capitaliste de chasser ses rivaux du marché en proposant des prix de vente inférieurs aux leurs et d'étendre ainsi son entreprise par la vente régulière de ses produits. En produisant sur une échelle toujours plus vaste, il devenait de mieux en mieux à même de prendre le dessus dans la lutte de la concurrence.

S'ensuit-il qu'un maæimum s'impose ici aux prix de marché des marchandises et par suite au profit de l'entrepreneur, — ce prolit étant le prix de marché diminué du prix de revient ? Et ce maximum est-il dans la valeur-de-travail des marchandises ? En effet, tel peut avoir été le cas au commencement de la production capitaliste et l’on peut même considérer que généralement 11 en sera encore ainsi partout où le travail primitif de l'artisan indépendant ou du maitre de métier n'a été que très récemment mis hors de combat par l’industrie capitaliste, — c’est-à-dire partout où il ne s’agit encore que d’une première brèche à la loi primitive de la valeur-detravail, Lorsque cependant la production capitaliste atteint son plein développement, on peut admettre que cette limite mazima est déjà effacée depuis quelques siècles, de sorte que le souvenir même en est disparu dans l'esprit des producteurs et des acheteurs. Il en est ainsi, répétons-le, non parce que le profit nous apparaît « sous une forme mystérieuse », comme le prétend la doctrine dialectique de Karl Marx (1), mais par suite d’une évolution historique de plusieurs siècles,

(1) « Le profit, tel qu'il nous apparait en ce moment, est donc la plusvalue, mais sous une forme mystérieuse inhérente au régime capitaliste ». (Kane Marx, Das Kapital, &. I, première partie, chap. 1, trad.fr., p. 1x).

ce,

dans l’espace desquels la production de la très grande partie des marchandises est parvenue à se délacher complèlement de la loi primitive de la valeur-de-travail.

Au début, lorsque la production capitaliste commence à

s'emparer d’une branche de métier quelconque, l’entrepreneur capitaliste se trouve en présence de limites très étendues entre lesquelles 1l peut se réserver un profit. Pendant cette période d’éclosion, en effet, il voit devant ses yeux, en bas le propre prix de revient, en haut la valeur-de-travail primitive, la dernière de rigueur encore pour la très grande partie de ses concurrents. Entre ces limites il a la main libre dans la production nouvelle. Tout y est encore en fermentation ; la production capitaliste n’a pas encore obtenu une forme fixe, bien quelle ait fait déjà une brèche au régime de la valeur-detravail primitive.

Dans cette phase transitoire de la production qui va du travail de l'artisan à l’industrie moderne, les prolits des entrepreneurs capitalistes sont d'ordinaire excessivement élevés. Les prix de marché subissent journellement des chocs, pour baisser de plus en plus, dans des intervalles relativement courts, au fur et à mesure que la nouvelle production se généralise. L'usage de la « Jeannette » (Spinning-jenny), le méter à filer en gros, a entrainé une véritable révolution économique dans une branche entière de la production.

Il ressort de ce que nous venons de dire qu'au début de la production capitaliste le profit différait beaucoup selon les entrepreneurs. De même le profit divisé par le capital total (le taux du profit) était fort différent à cette époque, non seulement dans les diverses sphères de la production comparées l’une à l’autre, mais encore dans chaque sphère en particulier.

Ceci nous est d'autant plus compréhensible que nous connaissons déjà le coùt immédiat de la production comme une grandeur fort variable, surtout au début de la production capitaliste, pour les divers entrepreneurs d’une même branche de production. Notons encore que les salaires, — partie très spéciale des frais de production, — pourront augmenter quelque peu dans une sphère de production

nouvellement transformée et atteignant une période de pros-" périté soudaine ; mais ils ne surpasseront pas beaucoup, gé- | néralement, le niveau des salaires payés dans les autres sphères de la production. Une différence durable dans le degré d'exploitation des ouvriers, qui reposerait sur un motifs autre que la différence en dextérité des ouvriers, serait contraire au principe de la libre exploitation du travail. Bien que la quantité de travail nécessaire à la fabrication d’une marchandise ait pu sensiblement diminuer par la nouvelle méthode de production, nous devons admettre, néanmoins, que les salaires sont restés plus constants et ne se sont que relativement peu élevés au-dessus du niveau qu'ils atteignaient sous l’ancien mode de production. L'influence de ce phénomène a été particulièrement importante partout où le bouleversement d’une branche de production était accompagné d’un bouleversement parallèle dans les industries des matières premières et secondaires. C’est, en effet, ce qui s’est passé généralement dans la période de révolution économique que nous présentent la dernière partie du xvin et le commencement du xix° siècles. Aussi trouvons-nous là une des causes principales de la latitude laissée à lentrepreneur dans la première phase d'exploitation capitaliste, en ce qui concerne la réalisation de son profit industriel ou commercial

La valeur d'échange des marchandises ne se réalise qu’au marché et dans la fixation même des prix de vente. Quels que soient les frais dépensés à la production d’une marchandise, elle ne vaut au marché ni plus ni moins qu'une autre, si celle-ci possède les mêmes caractères physiques, chimiques, etc., et correspond ainsi aux mêmes besoins et désirs humains. Dès que l’article provenant du domicile de l’artisan ou de l'atelier du petit patron ne se distingue en rien de celui qui sort d’un établissement moderne de grande industrie, chaque exemplaire ou chaque quantité égale de l’une et de l’autre représentera au marché la même valeur.

La production et la distribution capitalistes nivellent en premier lieu les prix de marché des marchandises et non les profits des entrepreneurs. Au contraire, le profit de l’entre-

( RUE, PU er Arr

preneur n'étant autre chose que l'excédent du prix de vente d'un produit sur le prix de revient, — ce dernier prix comprenant toutes les dépenses faites par l'entrepreneur, — Île profit a pu varier d'autant plus que, dans la première période du capitalisme, les frais de production étaient plus différents. Ce n’est que dans le courant des années et à mesure que la production capitaliste commence à s'emparer successivement de toutes les branches principales de la production, que nous voyons naître, à côté de cette tendance originelle, une deuxième tendance, caractérisant essentiellement le capitalisme moderne sous le régime de la libre concurrence; c’est la tendance à niveler aussi le taux du profit des entrepreneurs.

Avant de pouvoir rechercher ici les principes qui caractérisent, à ce point de vue, la production capitaliste moderne, nous avons à retourner encore à l’analyse des frais de production pour en soumettre un élément particulier, — les frais de circulation, — à une étude spéciale, Nous avons à exposer particulièrement nos idées à ce sujet à cause de la divergence d'opinions qu'il entraine et de la confusion qui l’entoure dans la science économique.

La doctrine marxiste de la valeur a posé en principe que seul le travail dépensé directement à la production des richesses doit être considéré comme créant de la valeur, tandis que le travail appliqué aux richesses dans la sphère de leur cireulation ne sert qu à rendre possible la transformation du capital monétaire en marchandise et inversement.

Nous ne pouvons pas suivre la doctrine marxiste sur ce terrain dans tous ses détails (1), mais nous lui opposons tout

(x) Voir surtout, pour la théorie de Manx sur les frais de circulation, le deuxième tome du Capital, chap Liv, pp.31-37 de la traduction française et ensuite ibidem tout le sixième chapitre, trad. franç., pp. 122-148.

Je renvoie particulièrement le lecteur qui voudrait se rendre compte de la confusion règnant chez Marx au sujet des frais de circulation aux pages 35-36 du deuxième tome (trad franç.,} où l’auteur enrôle dans le « procès de production » tout le travail de « l’industrie des transports » (Kommunikationsindustrie), — aussi bien celui du transport de communications, lettres, télégrammes,etc.,que celui de « l’industrie des transports proprement dite » (eigentliche Transportindustrie). Marx n’a pu contester la productivité de ces deux catégories de travail. C'est là la raison de cette classification singulière. Ensuite, je renvoie aux pages 113 et 114, où l’au-

d’abord ce principe général : nous ne pouvons, SOUS aucune »

forme de la société, tracer une séparation nette et fondamentale, en ce qui concerne la création de la valeur, entre les frais de la production proprement dite et les frais de la circulation des marchandises. Si nous devons en principe considérer la production des marchandises, au sens strict du mot, comme présentant un élément constitutif de la valeur d'échange de ces marchandises, nous n'avons aucune raison de refuser la même propriété à la circulation des marchandises et aux frais qu’elle coûte. En avançant ceci, nous prétendons en même temps que, sous n'importe quelle forme de la sociélé, le capital industriel et le capital engagé dans la circulation (transport, etc.) des marchandises sont aussi productifs l’un que l’autre, et que, sur la base de la production capitaliste, 1l en est de mème du capital commercial.

Dans la société capitaliste il n’y a pas de différence fondamentale, au point de vue qui nous occupe, entre les diverses fonctions de l'entrepreneur capitaliste, comme fabricant,

teur développe la différence entre la durée de la production (Produktionszeil) et celle du travail (Arbeitszeit). Marx comprend ici dans la période de production des moyens de production (die Produktionszeit der Produktionsmillel) non seulement « l'interruption périodique » des procès de travail, — dans la nuit, par exemple, — pour les machines, etc., mais aussi le temps pendant lequel les matières premières et auxiliaires appartiennent à la & provision », dont le capitaliste doit disposer, afin de sa oir continuer la production, pendant des périodes plus ou moins longues ; le temps pendant lequel cette provision de matières premières, ele. est engagée dans la production (sa Produklionszeil) ne coïncide donc pas, dit Marx, avec celui durant lequel elle fonctionne (sa Funktionsteit). Comparez, cependant, avee ce même passage, la page 133, d’après laquelle ces mêmes matières premières et secondaires, lorsqu'elles se trouvent en provision dans le magasin d’un marchand et que les frais de circulation qu’elles nécessitent « résultent uniquement ...., de la forme de la production sociale», comme dit Marx ingénument, causent des frais qui ne représentent pas de valeur, Ce sont alors des « faux frais», tout comme ceux que nécessite « le temps consacré à la vente-achat » (Kauf- und Verkaufszeit), dont Marx parle, pp. 123-125, ou encore la « comptabilité » (pp. 127-128). Tout cela n'empèche pas Marx de voir qu'il n’y a pas de différence pour la constitution de valeur et la création de produits entre les provisions qui se trouvent dans les mains de leur producteur et celles qui restent emmagasinées chez un commerçant en gros. Marx dit (p. 143) : « Cela n’a aucune importance pour la marchandise en elle- -mèême, qui n’est nullement affectée de ce que les frais du stock retombent sur le progugieur plutôt que sur une série de commerçants de À à Z, »

entrepreneur de transports, où commerçant. Il est certain que, dans une société communiste, l'entrepreneur particulier disparaitrait successivement de toutes les branches de la production ; il est non moins certain que,dans la société capitaliste, le travail du fabricant, de l'entrepreneur de transports et jusqu'à un certain point aussi celui du commerçant, doivent être considérés comme nécessaires.

Un produit transporté au lieu de sa destination est un autre produit en ce qui concerne sa valeur ; 1l sera autre encore, au même point de vue, lorsqu'il sera livré au marché dans les mains du consommateur. Dans les deux cas, le travail nécessaire pour transporter ce produit d'un lieu à un autre ou d'une personne à une autre, est un élément constitutif de ce que nous avons appelé en termes généraux la valeur de production et par suite aussi de la valeur d'échange. Du reste, tout cela ressort déjà du principe amplement exposé par nous que la valeur suppose toujours un rapport d’une richesse à un homme ou à une collectivité d'hommes et que, par suite, les richesses ne peuvent réaliser aucune valeur lorsque, par des circonstances extérieures, elles échappent à ce rapport avec l’homme pris en tant que consommateur. Le bois fendu qui repose encore sur les pentes de la Norvège, ou encore le riz et les épiceries fines récoltées dans les îles des Indes orientales, n'auraient pas la moindre valeur pour nos populations d'Europe, s'ils ne pouvaient nous être apportés et circuler parmi nous de rnain en main.

Tout autre naturellement est la question de savoir si les frais dépensés par l'entrepreneur de transports et le commerçant dans la sphère de la circulation pourront entièrement se réaliser au marché ; c’est-à-dire si, dans la valeur d'échange et le prix de marché, entreront, en définitive, tous les frais en travail ou en capital de l’entrepreneur et du commerçant. Cette question assurément exige un examen spécial. L’entrepreneur de transports et le commerçant, ne dépensent aux marchandises que leurs frais personnels en travail ou en capital, tandis qu'au marché capitaliste et sous le régime de la libre concurrence ce sont les frais de production sociaux dans leur ensemble, — y compris les frais de

circulation, — qui se réalisent généralement dans les prix N'oublions pas, cependant, que nous avons dù faire déjà la même réserve à propos des frais de production au sens strict du mot, de sorte que, sur ce point encore, il n°y a pas une différence fondamentale entre le travail de production immédiat ‘une part et le travail de transport et de commerce de l’auire. 1

Dans toutes nos observations à ce sujet, nous devons tenir compte de ceci : les frais de production sociaux entiers, — y compris les frais de transport et de commerce, — tels qu'ils -urvivent au nivellement des prix de marché, ne sont soumis qu'à une évaluation grossière faite par la vie pratique.

Nous devons reconnaitre ensuite que, sous le régime de la production et de la distribution capitalistes, on compte nécessairement avec un montant considérable de frais, qui se réalisént au marché dans les prix de vente des marchandises, sais qui disparaîtraient sans doute jusqu'à un certain point sous un mode de production et de distribution plus rationnel ct plus développé, et qui seraient considérés alors comme des «faux frais ».

Le marché capitaliste laisse seulement irréalisés les frais de production, transport ou commerce qui, dans leur ensemble, feraient hausser le prix d’un produit au-dessus du coùt auquel, au point de vue capitaliste, la satisfaction de la demande totale est possible. C'est là le principe général que nous aurons à développer encore dans notre chapitre sur la: valeur d'échange.

Remarquons bien cependantque,sous n’importe quelle forme sociale, dans une société communiste future comme dans la société actuelle, reste toujours nécessaire un certain travail pour apporter les produits du lieu de leur origine au lieu de leur distribution ; il faut de même un autre travail pour Lvrer les produits à leurs consommateurs immédiats. Toute cspèce de travail appartenant à ces deux catégories, ainsi que tout travail qui en ressort directement ou indirectement : emballage, assortiment, étalage, conservation dans les entrepôtset les magasins, comptabilité, ete., est à considérer en principe comme du travail productif propre à augmenter la

valeur de production et, par suite, la valeur d'échange des marchandises.

Le fait que le transport des marchandises du producteur au consommateur nécessite dans notre société capitaliste un gaspillage considérable de force humaine, ne caractérise donc pas en principe le travail qui est fait dans la sphère de la circulation des marchandises comme un travail improductif.

Eclaircissons encore notre opinion par un exemple concret: Le progrès de la civilisation pourra successivement attirer dans la sphère de la production et de la consommation communiste plusieurs produits d'usage général que notre génération actuelle s’'approprie encore d’après le système capitaliste. Si, dans l'avenir, par exemple, les communes, départements et nations règlent la production et la consommation de leur blé, de leur Fier et de leur pain d’une

manière communiste, comme cela a lieu de nos jours dans certaines communes pour la consommation de l'eau potable, il est sûr qu'une quantité énorme de travail humain pourra être économisée. Cette écononue est même une des premières raisons, — abstraction faite encore des motifs moraux, — qui placent la production et la consommation communistes de semblables produits dans la ligne du développement de la civilisation. Le grand nombre de petites boulangeries que compte ordinairement chaque commune pourra faire place un jour à quelques grandes boulangeries locales bien organisées, possédant un nombre suffisant de dépôts de distribution ; de la régularisation directe de la consommation de blé et de farine entre les communes, résulterait ensuite une limitation très sensible des entrepôts et des magasins de blés et par là une diminution considérable des frais de transport, d'emmagasinage, etc.

Tout cela n'empêche pas, cependant, que même sous le système communiste de production et de distribution le plus économe et le plus rationnel, il y aurait encore des frais correspondant au transport des blés par terre et par mer, ainsi que des frais nécessités par l’approvisionnement sous toutes les formes et par la livraison de la farine et du pain au

Le. a 1 ATTIE ALL -

détail, De même, les frais de la comptabilité, les frais d'inventaire, etc., bien que réduits aussi à un minimum, existeraient toujours.

Quoiqu'on fasse, il est impossible d'éviter absolument le coùt du transport et de la livraison que nécessite chaque article d'usage humain.

Le travail du transport et de la livraison des marchandises s’est détaché, sous le système capitaliste, du travail de la production immédiate. Une industrie particulière du transport a pris naissance et le commerce s’est constitué en profession spéciale. Nous devons reconnaitre que cette séparalion netle du travail de la production, du transport et du commerce à été l’organisation la plus rationnelle du travail social sous les rapports de production capitalistes. Le développement du transport et du commerce en professions dislinctes a permis au producteur immédiat de chaque marchandise de se consacrer entièrement à la production, sans être interrompu incessamment dans son travail par les nécessités de la vente de ses produits.

Il est indéniable que l’organisation capitaliste de la production et de la distribution des richesses, par suite d’une division supérieure du travail, représente de sensibles économies par rapport aux périodes antérieures de la civilisation ; de même nous pouvons penser que les progrès de la civilisation pourront encore exiger des économies énormes de travail humain dans toute le production et la distribution des richesses.

Il ressort de tout cela avec évidence que les frais de transport et de mise en vente doivent être ajoutés aux frais de production (au sens étroit du mot); il suffira d'ajouter à ce total le profit d’entrepreneur, pour avoir le total des frais que le vendeur doit tâcher de réaliser dans le prix de marché.

Dans la période précapitaliste de la civilisation, lorsque le paysan et l'artisan apportaient encore au marché les produits de leur propre travail, ces frais de transport et de mise en vente s'exprimaient comme frais de travail direct et simple ; sous le mode de production capitaliste ils se pré-

g if

sentent comme des dépenses de capital en dehors de celles qu'exige la production proprement dite (1).

Dans les exemples donnés plus haut, nous aurons donc à compléter les frais de production de la fonte de fer par les frais que causent le transport de ce produit et sa livraison à l'acheteur. |

La fonte de fer n'est pas un produit prêt à la consommation directe ; elle joue elle-même le rôle de matière première dans un nouveau processus de production. Pour le fabricant de fonte de fer, le minerai, le charbon, le coke, la pierre calcaire sont ce qu'est la fonte de fer elle-même par rapport au grand industriel qui la travaillera. Ce fabricant doit compter les frais de transport et de livraison du minerai, du charbon, etc., comme un élément essentiel dans les frais généraux de la production de la fonte de fer. Ici encore ces frais de transport et de livraison différeront beaucoup, même pour des établissements voisins, et nul fabricant de fer, assurément, ne saurait les négliger (2).

Dans les frais que le fabricant de fonte de fer note au compte du minerai, du charbon, du coke, de la pierre calcaire, etc., sont inclus les frais directs du transport de ces matériaux. Îl en est de mème, lorsque le fabricant de fer ne fait pas ce transport lui-même ou ne le fait pas faire sous sa direction, du profit des entrepreneurs de transports (compagnies de chemin de fer ou de navigation, entrepreneurs de charroi, etc.). De même, dans les dépenses avancées pour achat de fonte de fer par l'industriel qui fait travailler la fonte, sont compris non seulement les frais de production et le profit du fabricant de fonte de fer, mais aussi les frais et le profit de l'entrepreneur qui s'est chargé du transport de la fonte. Il

(1) « En estimant, par exemple, la valeur échangeable des bas de coton, nous verrons qu’elle dépend de la totalité du travail nécessaire pour les fabriquer et les porter au marché, » (Ricarno, Principles, ch. 1, section 1x, trad. franç., p. 13).

(2) « Le coût de la production est donc influencé par les frais de transport que cause l’ensemble des matériaux comme le minerai, le charbon, les cokes, etc. Les frais de transport du minerai, par exemple, diffèrent même entre deux établissements situés l’un à côté de l’autre et faisant venir leur minerai de la même mine, » (Sixth Annual Report, introduction, p. 14.)

en est ainsi dans toutes les phases de la production du fer, de sorte qu'’enfin le commerçant qui livre des machines ou le quincaillier qui vend des clous, des bèches et des ciseaux ou tous autres produits de l’industrie du fer et de Pacicr,

doivent tâcher de réaliser dans les prix de vente de tous ces “

produits l’ensemble de tous les frais de production et de circulation en même temps que leur propre profit et celui de Ilcurs fournisseurs.

Pour nous qui nous proposons de rechercher, dans notre analyse théorique, la valeur de production que représente par exemple une tonne de fonte de fer, cette valeur est la somme des éléments suivants : a) les divers frais de production du fabricant de cet article ; b) le profit de ce fabricant; e) les frais nécessaires au transport, à l’'emmagasinage (frais d’entrepôt), etc. Et voilà la marchandise fonte de fer arrivée au marché.

Les frais d’entrepôt et d'emmagasinage qui rendent possible la livraison régulière d’une marchandise demandent encore un examen particulier.

Nous savons que, pour tous les éléments constitutifs des frais, 1l faut tenir compte de ce principe général, que ce ne sont pas ordinairement les frais personnellement indispensables, mais seulement les frais socialement indispensables qui entrent en considération pour la détermination de la valeur d'échange et du prix de marché définitif. En ce qui concerne les frais d'entrepôt et d'emmagasinage, nous devons parüculièrement prêter attention à ce principe.

Une marchandise pourra rester en magasin chez un commerçant pendant plusieurs mois, sans que sa valeur en acquière aucune augmentation, — la qualité de la marchandise restant la même. Il est mème possible que la valeur diminue sensiblement dans ce cas, l’emmagasinage pouvant entrainer une diminution réelle de la qualité de la marchandise.

D'autre part, la mise en entrepôt ou en magasin peut figurer comme un élément constitutif réel de la valeur de production et influer ainsi également sur la valeur d'échange et le prix du marché, lorsqu'elle a été indispensable, soit pour

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le transport et la livraison proprement dits, soit pour la formation d'une provision nécessaire (Tr).

Pour le transport international, par exemple, la mise en entrepôt d’une marchandise pendant une durée moyenne deyra être considérée souvent comme inévitable et elle entre ainsi comme un élément constitutif de valeur dans le processus de la circulation. Le travail nécessaire à la construction et l'entretien des grands entrepôts et magasins de nos ports de

- mer, le travail exigé par l’embarquement et le débarquement des marchandises, le travail de surveillance, etc., sont donc du travail productif au mème titre que le travail de la production directe de ces marchandises. L'une et l’autre espèces de travail sont à considérer comme des éléments constitutifs de la valeur de production et par suite de la valeur d'échange et du prix de marché des marchandises.

Îlest non moins évident que l’emmagasinage ct la mise en provision d’une marchandise constituent en tout cas un élément dans la constitution de sa valeur d'échange, lorsqu'ils servent à améliorer la qualité de la marchandise et par suite sa valeur d'usage pour le consommateur. Tel peut être le cas, par exemple, pour certains spiritueux et particulièrement les vins ; leur emmagasinage, en tant qu'il contribue à leur amélioration, est compté aux consommateurs dans les prix de vente.

En résumé, les frais définitifs de la production et de la circulation, formant avec le profit d’entrepreneur l'élément constitutif le plus essentiel de la valeur d'échange pour la très grande partie des marchandises, correspondent à la somme de toutes les dépenses faites depuis le moment où les matières premières et secondaires sont empruntées à la nature jusqu’à

(1) « La provision de marchandises n’est normale que pour autant qu’elle ést une condition et un résultat nécessaire de la circulation des marchandises (texte original: Bedingung der Waarencirkulation, und selbst eine in der Waarencirkulation nothwendig entstandene Form) que pour autant que la

stagnation apparente qui la caractérise, est une forme du courant des produits, tout comme la formation d’une réserve est une condition de la cireulation de l'argent. » (Karcz Manx, Das Kapilal, teme I, ch.vi trad, franç.,

l'instant où la marchandise, prête à être consommée, apparait au marché et passe dans les mains du consommateur. |

Faisons abstraction de quelques produits exceptionnels, ÿ comme ceux qui se trouvent seulement en certains points du M monde et relativement auxquels la valeur d’usage joue un rôle spécial ; nous pouvons dire alors que la très grande partie des articles d'usage journalier ne se vendent que dans une sphère plus ou moins limitée en dehors de laquelle ils ne peuvent plus être livrés aux consommateurs. Cette limite franchie, leur prix de revient s'élève tellement pour les producteurs, par suite des frais de transport et de mise en vente, que ces articles ne peuvent plus supporter la concurrence au marché (1).

On peut s'expliquer par le même phénomène pourquoi cerlaines entreprises, travaillant dans des conditions relativement défavorables, peuvent néanmoins continuer la lutte de la concurrence : c’est que leur emplacemert privilégié par rapport aux centres de commerce leur permet de réparer par l’économie de leurs frais de transport ce qu'elles perdent en frais de production proprement dits.

« Pour mettre en lumière, dit le rapport américain qué nous avons cité à maintes reprises, l'influence pratique des tarifs de transport relativement aux rails d’acier, nous pou vons mentionner la déclaration du directeur d’une des plus grandes aciéries des Etats-Unis. Il a déclaré que la différence en frais de production des rails d'acier à Chicago, par exemple, et en Angleterre, ne surpasse pas 3,90 dollars ou 4 dollars par tonne et que le tarif de transport (5 dollars par tonne) de New-York à Chicago offrait ainsi une large protection à sa société » (2).

Il est évident que le phénomène contraire peut se présenter

(1) C’est pourquoi Von Thünen a dit déjà : « La valeur du grain sur le domaine diminue, à mesure qu’augmente la distance qui sépare ce dernier du marché.

« Plus le domaine est éloigné du marché, plus les frais de transport du grain sont élevés, par conséquent, plus sa valeur sur le domaine est pe- Uite » (H. vox Tuüxex, Der Isolirle Slaat, tome T, sect, 1 $ V b. trad. franc. de Jules Laverrière, pp. 30-31).

(2) Sixth Annual Report, p. 269.

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également, Nous avons vu, par exemple, qu'en Suisse, malgré les difficultés du transport (puisqu'il doit se faire entièrement par chemin de fer) l’industrie de ce pays peut très bien entrer en lutte avec celle des pays voisins, grâce aux conditions excessivement favorables de la production, notamment à la force motrice que la nature y fournit en abondance.

Il. — Les frais de production sous la forme capilaliste développée, avec le régime de la libre concurrence. Le taux du

pro fi | moyen.

Nous avons déjà prêté notre attention à la révolution accomplie par le capitalisme dans la production et la distribution des richesses partout où il a pris pied. Lorsque nous retournons à nos entrepreneurs capitalistes, fabricants de fonte de fer, nous ne trouvons plus trace, dans leur sphère de production, de la notion primitive de la «valeur-de-travail », telle que nous l’avons empruntée à la production précapitaliste,

Au lieu de la quantité même du travail immédiat, — traval musculaire des forgerons, chaufleurs, fondeurs, journaliers, ou bien travail intellectuel des gens de bureau, ingénieurs, elc.;, — nous trouvons ici les dépenses pour l'achat du travail telles qu’elles s'expriment en salaires et appointements.

Au lieu de la quantité du travail immédiat dépensé par

d’autres producteurs à la fabrication des matières premières et secondaires, se présentent à nos yeux les prix de marché de tous les matériaux, comprenant ordinairement, nous venons de le remarquer, les frais de production et de circulation augmentés du profit des entrepreneurs. Dans le cas spécial où l'entrepreneur capitaliste produit lui-même une partie des matières premières ou secondaires, 1l sera même enclin à ne plus compter les propres frais de production représentés par ces matériaux, mais leur prix de marché, et de calculer son profit de la même façon que s'il avait dû acheter tous les matériaux au marché. Pour une partie de ces dépenses 1l

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jouira ainsi d’un double gain et c’est là, en effet, un procédé fort connu des grands entrepreneurs industriels. Cette fabrication leur permettra souvent de se procurer un profit supplémentaire, où de mettre leurs marchandises en vente à des prix moins élevés que ceux de leurs concurrents (1).

Enfin l'usure des bâtiments, machines, outillage, etc., ne s'exprime pas en heures de travail nécessaires à la conserva tion du matériel de production ; pas davantage en une quotepart de la quantité totale de travail immédiat exigé par leur construction ; elle s'exprime en frais de réparation se rédui-" sant encore en frais de production et profits ; ou bien, — et cela revient au même en dernière analyse, — elle s'exprime « en une fraction du capital lotal, notée par l'entrepreneur pour l'usure de son matériel de production.

En passant nous avons déjà parlé d’une erreur commise à ce sujet par la doctrine de la valeur-de-travail, telle qu'elle est développée, par exemple, dans le troisième tome du Capital de Marx. Cette doctrine a précisément méconnu le processus d'évolution historique que nous venons de constater et a voulu maintenir la loi de la valeur-de-travail primitive en plein développement du mode capitaliste de la production et de la distribution. Marx s'est appliqué en parti- " culier à nous démontrer que la valeur primitive est encore « « cachée » derrière le coùt de la production capitaliste des : marchandises et « domine » toujours la production de celles-ci (2).

(1) « Un fabricant de fonte de fer peut être aussi le producteur du minerai, du coke, du charbon et de la pierre calcaire qu’il emploie ; il peut encore être le producteur de quelques-uns de ces matériaux et acheter les autres. Lorsqu'il les achète, il est autorisé à compter, comme un élément légitime de ses frais, ce qu’il doit payer au marché pour les matériaux ; et il arrive parfois qu’un industriel, fabriquant son propre minerai ou ses autres » matériaux, considère comme parfaitement légitime, en faisant le compte de ses frais, d’y faire entrer ces produits aux prix de marché qu'il aurait eu à payer pour eux, s’il avait dù les acheter. Cette observation expliquera souvent les différences dans les frais attribués aux différents matériaux. » (Sixth Annual Report, introd., pp. 13-14).

(2) « En outre, quel que soit le procédé d'après lequel les prix des marchandises aient été fixés au début pour être opposés les uns aux autres, leur mouvement est dominé par la loi de la valeur. » ‘Das Kapital, tome IT, première partie, chap. x, trad. fr., p. 1871. « Ce que la concurrence ne

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Malgré de semblables assertions, il est vrai, les meilleurs représentants de la doctrine moderne de la valeur-de-travail ont dû reconnaitre en principe que les prix de marché des marchandises, tels qu'ils se fixent sous le régime capitaliste, se sont détachés de la valeur-de-travail primitive. Ils étaient obligés de le faire pour expliquer le phénomène du {aux de profit moyen, — trait caractéristique du mode de production et de distribution capitaliste dans une certaine phase de son développement, Nous nous jette ici de la même question en tant qu'elle touche dès à présent à l'analyse de la

valeur d'échange des marchandises sous le capitalisme développé et le régime de la concurrence libre et générale.

Dans les pages précédentes nous avons vu que la production capitaliste est caractérisée à son origine par le nivellement tendantiel des prix de marché, abstraction faite des frais différents dépensés à la production des marchandises par les divers entrepreneurs. Par ce phénomène nous avons pu nous expliquer la latitude laissée aux profits des entrepreneurs dans la première phase de développement du capitalisme. Non seulement, pendant toute cette période, les profits sont excessivement ver mais Île pr ofit et le taux du prolit sont aussi très divers ; et cela selon les différentes branches de la production et dans chaque branche selon les différents établissements.

Cependant, sous le régime de la production capitaliste, les diverses sphères de production ne sont pas nettement séparées d'ordinaire l’une de l’autre et cela est même plus vrai au fur et à mesure que la concurrence est plus libre et plus générale, Très fréquemment les capitaux peuvent facilement passer d'une sphère de production dans une autre sphère ou se retirer encore en se déplaçant selon les chances de profit. En outre, les matières premières et secondaires et le matériel de travail d’une branche d'industrie sont toujours les produits

montre pas, ce sont les valeurs qui, cachées derrière les coûts de production, déterminent ceux-ci et dominent la production, » (Loc cit., chap. xu-im, trad. fr., p. 2241. Cf. encore les autres passages du troisième tome de Capital auxquels nous avons renvoyé à la page 158 de cet ouvrage.

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finaux d’une autre branche; ce fait a d'autant plus d'importance que tous ces produits, les uns comme les autres, s’achètent et se vendent au marché capitaliste. Le travail enfin s’achète aussi dans les diverses sphères de la production dans des conditions plus où moins uniformes. Il faut donc que la tendance au nivellement des prix de marché, telle qu'elle se manifeste dans les produits d’une même branche, soit bientôt suivie d’une deuxième tendance, celle du nivellement des profits, — d’abord dans les mêmes branches, ensuite dans différentes branches d'industrie et de commerce. En d’autres termes, ce deuxième nivellement tend à enfermer plus ou moins dans les mêmes limites les profits des entrepreneurs des diverses branches de production, de transport et de commerce. |

Voici le phénomène économique qu'a pu éclaircir déjà plus

moins nettement la doctrine moderne de la valeur-dexaÿe al, ielle que Rodbertus et Karl Marx l'ont exposée ; n'oubltns bas que leur théorie nous ramène au milieu ct au troie 16 quart du xix° siècle.

Rodbertus nous dit à propos de la formation d’un taux égal du profit : « Dans les métiers où ce taux du profit nous montre des profits plus élevés (que ceux des autres métiers), la concurrence causera un emploi plus vaste de capital en créant ainsi une tendance générale à l’égalisation des profits. Par suite, personne ne déboursera du capital dans une entreprise où il ne peut pas attendre un profit correspondant à ce taux du profit (1) ».

(1) Ronserrus, Sociale Frage, tome [, p. 10%. Cf. ibidem, pp. 29-30 où Rodbertus parle de la division de la valeur du produit entre les propriétaires fonciers et les capitalistes, (ou leurs représentants, les entrepreneurs), — déduction faite du salaire et de la compensation du capital. Du reste, ül s’agit ici dans la doctrine moderne de la valeur-de-travail d’une continualion et du développement de la théorie déjà exposée à ce propos par l’économie classique, « Ce désir inquiet, disait déjà Ricardo, qu'a tout capitaliste, d'abandonner un placement moins lucratif pour un autre qui le soit davantage, tend singulièrement à établir légalité dans le taux de tous les profits, ou à en fixer les proportions de telle sorte que les individus intéressés puissent estimer et compenser tout avantage que l’un des profits aurait ou paraîtrait avoir sur l’autre, » (Ricarpo, Pr inciples of Political Economy and Taæation, chap. 1v, trad. fr., p 56).

Marx, de son côté, a développé en détail sa doctrine à ce sujet dans une partie spéciale du troisième tome de son Capital, traitant de «la transformation du profit en profit moyen ).

En réalité, Rodbertus et Marx ont tous deux séparé en principe les prix de marché des marchandises de leur valeurde-travail, bien que le premier ait laissé voir par ce fait même les contradictions internes de sa théorie et que le dernier se soit réservé le droit de nous présenter toujours l’ancienne loi de la valeur dressée comme un spectre à l'arrière-plan de la vie sociale moderne, en souvenir du premier tome de son Capital.

Sous le régime de la concurrence capitaliste libre et générale, les entrepreneurs, pour engager leurs capitaux dans une branche de production quelconque, demandent un profit au moins égal au profit moyen obtenu dans cette branche ; dans le cas où ils ne pourront pas obtenir ce profit, ils chercheront une occasion plus favorable d'employer leurs capitaux. Le régime de la concurrence capitaliste montre ainsi une tendance à favoriser dans chaque sphère de production la constitution d’un taux uniforme du profit, et cette tendance est d’amtant plus puissante que la concurrence est plus libre et plus générale.

En dernière analyse, la formule générale :

Frais de production et de ewculalion + profit de l’entrepreneur. | prend pour cette raison, dans diverses sphères de la production, la forme tendantielle suivante :

Frais sociaux de production et de circulation + profil moyen.

Le profit moyen compté proportionnellement au capital total employé dans une sphère de production quelconque nous donne pour cette sphère le taux moyen du profit. De même on peut parler de profit moyen et de taux moyen du profit pour le capital social entier employé dans différentes sphères de production prises ensemble ; il est clair, cependant, que les limites maæima et minuna différent plus encore dans ce dernier cas que dans le premier.

Si un entrepreneur peut offrir ses marchandises dans des

7 me, Mens »

conditions de production et de circulation particulièrement M favorables, tant mieux pour lui : son profit sera supérieur au & profit moyen de sa branche dans la proportion où ses frais, personnels seront inférieurs aux frais moyens de production et de circulation. Si un autre entrepreneur doit compter au contraire avec des charges exceptionnellement lourdes dans la production, le transport ou la vente des marchandises, 1l devra probablement se contenter d’un profit moins que moyen, s’il arrive toutefois à réaliser un profit. Voilà les conséquences de ce que nous venons d'exposer.

L'entrepreneur capitaliste, comme nous l'avons vu dans | le chapitre précédent, calcule son profit sur l’ensemble du capital engagé; le profit exprimé proportionnellement au capital, — le taux du profit, — se rapporte également, par … suite, à ce capital entier, sans égard aux parties spéciales dont il se compose.

Il nous reste encore une observation particulière à formuler : En parlant de profit et de taux du profit, nous avons supposé tacitement que le temps de rotation des divers capitaux est égal, c'est-à-dire que le même temps s'écoule toujours entre le moment où le capital est déboursé pour la production « d'un article et le moment où, le produit étant vendu, la. somme dépensée, augmentée du profit, rentre dans la caisse de l'entrepreneur.

En réalité, cependant, le temps de rotation diffère « beaucoup selon les différents capitaux. Dans le deuxième tome de notre ouvrage nous aurons à examiner particulièrement l'influence essentielle exercée par la différence dans le temps de rotation ; nous verrons que de là dépend en partie la grandeur des capitaux nécessaires dans les diverses branches de la production, pour qu'on puisse faire, pendant une période déterminée, — une année par exemple, — des transactions à un montant donné. Il est évident qu'on a besoin d’un capital beaucoup plus considérable pour fabriquer et vendre ses produits et atteindre un certain chiffre d’affaires dans l’industrie des machines à vapeur que dans celle des chaussures ou des articles de Paris. Les marchandises de la dernière espèce passent plus facilement de main en main

Elles se vendent bien plus rapidement et la durée pendant laquelle les produits restent dans la sphère de la production et de la circulation, — c’est-à-dire le temps de rotation du capital, — est en moyenne beaucoup plus courte dans les dernières industries que dans les premières.

Le capital engagé dans la production des chaussures ou des articles de Paris revient plus rapidement dans les mains de l'entrepreneur que le capital engagé dans la production des machines à vapeur. Après être rentré, augmenté du profit, le premier capital peut être rejeté et rejeté de nouveau parfois, dans le processus de la production, avant que l’autre capital ait terminé sa première rotation.

En résumé, dans une sphère de production de longue rotation, on a besoin d'un capital plus considérable que dans une sphère de courte rotation pour atteindre un même chiffre d'affaires pendant la même période industrielle.

Il en résulte que les entrepreneurs engagés dans les sphères de longue rotation demanderont un profit proportionnellement supérieur à celui qui est d'ordinaire obtenu dans les sphères de courte rotalion.

En ce qui concerne le nivellement tendantiel des profits dans chaque branche de la production en particulier et dans les différentes branches en général, il faut donc tenir compte de ce que les profits doivent être considérés proportionnellement à la durée de la production et de la circulation.

Le phénomène que nous venons de relever explique la hauteur relativement considérable de la valeur de production de tous les articles dont le temps de rotation est nécessairement long, — tels que les vieux vins qui doivent rester en bouteilles pendant de longues années pour obtenir un bouquet spécial ; aussi des le de cette catégorie aurontils généralement une valeur d'échange et des prix de marché proportionnels à cette valeur de production et très supérieurs, par suite, à ceux des produits semblables dont le temps de rotation a été relativement court, — des vins nouveaux, par exemple. Cette différence est indépendante des dépenses faites poursalaires, moyens de travail, etc., qui peuvent avoir été les mêmes dans un cas que dans l’autre. Dans le

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premier cas supposé ici, l'entrepreneur compte son profit,

proportionnellement au capital déboursé, sur une période

beaucoup plus longue que dans le dernier cas, ses produits restant beaucoup plus longtemps dans le processus de la production et de la circulation,

Les difficultés qui s'élèvent dès que nous voulons sérieusement tenir compte de la rotation des capitaux dans notre évaluation des profits, sont aisées à résoudre lorsque nous comparons les profits en proportion du capital total pour une

période déterminée de la production, — par exemple une année. Supposons que deux entrepreneurs gagnent tous deux

15 0/0 par an de leur capital dépensé ; -— dans ce cas, peu importe en principe de savoir si l’un d'eux a engagé son capital dans la production des machines d'imprimerie ou des vieux vins précieux, l’autre, au contraire, dans la production des chaussures ou des articles de Paris ou dans le commerce des vins nouveaux. En prétendant ceci, nous faisons abstraction, naturellement, de certaines particularités accessoires, telles que les agréments plus ou moins grands d’une industrie, les risques de l'entrepreneur et d’autres facteurs secondaires que nous supposons tous égaux. En principe, la différence dans le cas posé sera seulement la suivante : le capital du second entrepreneur, par ses sorties et rentrées successives, accomplit plus d’une rotation, — deux ou trois par exemple, — dans le même temps que le capital du premier entrepreneur en accomplit une. Le profit obtenu sur chaque exemplaire ou sur chaque unité d'une marchandise, — par exemple sur chaque bouteille de vin, — étant le quotient de la division du profit total par le nombre total des exemplaires ou des unités de la marchandise, 1l en résulte que, dans les sphères de production qui ont un temps de rotation nécessairement court, le profit ainsi calculé représente une quote-part relativement plus petite du capital employé que dans les sphères de production où le temps de rotation est nécessairement long. | Lorsque le temps de rotation est d’une année, la valeur de production sociale de chaque exemplaire ou de chaque unité d'une marchandise s'exprime, d’après cette théorie, pour un producteur quelconque dans la formule suivante :

Frais sociaux de production et de cireulation plus Profit annuel moyen de la branche de production en question, divisés par la Quantité des marchandises produites.

Il faut remarquer, pourtant, qu'il ne s'agit dans toute cette exposition que d'une tendance générale au nivellement des profits dans chaque branche en particulier et ensuite, à un degré moindre, entre les diverses branches en général. Cette tendance, comme nous l'avons déjà expressément constaté, est due au passage libre et facile des capitaux d’une sphère de production dans une autre, et sa force est en raison directe de cette facilité.

Le profit et le taux du profit sont loin d’avoir pris la forme, comme le supposait Marx, d’un « taux général du profit » dépendant « non seulement des taux du Den dans chaque branche de production, mais aussi de la répartition du capital social entre les différentes branches » (1). Chaque entrepreneur capitaliste est plus éloigné encore de recevoir, comme le prétendait l’économiste nd le profit qui lui tombe en partage proportionnellement « à+sa participation au capital total de la société et à l’ensemble de la plus-value et du profit créés par ce capital » (2).

La conclusion à laquelle parvient Marx par rapport au profit moyen est la suivante : « Les capitalistes sont donc dans la situation des actionnaires d’une société distribuant tel bénéfice pour cent et leur situation, quant au prolit, ne diffère de l’un à l’autre que d’après l'importance de leur participation à l’ensemble des entreprises de la société, d’après le capital qu'ils y ont engagé, d’après les actions qu'ils y ont prises » (3).

Formulée dans ces termes, la conclusion à laquelle arrive Marx est absolument dépourvue de sens, si nous voulons l'appliquer à la production capitaliste sous le régime de la libre concurrence. En effet, nous ne saurions oublier que sous

(1) Kane Manx, Das Kapital, tome TIT, première partie, chap 1x, trad, franç., p. 178. | el li cit, D.

idem.

ce régime les avantages particuliers de la production ou de la circulation sont en définitive exploités personnellement par les M entrepreneurs en question et que, d'autre part, les mauvaises M chances et les désavantages sont également subis personnelle ment par eux.

En ce qui regarde les frais de production, l'enquête entreprise par le Département du Travail à Washington en 1889- 1890 conduisait encore, pour une branche d'industrie développée au point de vue capitaliste comme l'est l'industrie du fer, au résultat suivant :

« Lorsque nous regardons les tableaux généraux I-XI, comprenant des centaines d'établissements, rien n’est plus évident que le fait qu'il n'existe pas, jusqu'à présent, une détermination scientifique des dépenses nécessaires en travail, en administration ou en différentes espèces de frais généraux à la production de ces matériaux. » Suivant le rapport du Département du Travail il en résultait « que, considérée d’un point de vue commercial, la production du fer est encore faite, jusqu’à un certain degré du moins, d'une manière grossière, empirique et inégale ». Il était clair, et c'est une nouvelle conséquence formulée par le rapport, & qu'on ne saurait fixer justement une somme déterminée comme représentant généralement et pour urie localité quelconque les frais du travail direct ou de tout autre élément pris en considération (1) ».

Le phénomène admis par Marx, que les différents entre- » preneurs capitalistes se trouvent dans la situation ( d’actionnares d’une société par actions » (Aklonäre einer Aktiengesellschaft) « distribuant tel bénéfice pour cent », ne s’applique qu'au cas où les entrepreneurs particuliers sont transformés de fait, sinon de nom, en actionnaires d’une société. Ceci est le cas, comme nous le verrons encore, pour nos trusts modernes.

Comment pourrait-il en être autrement! Supposons qu'en vérité l'entrepreneur capitaliste ne reçoive pas, au-dessus du prix de revient de sa marchandise, son propre profit (différence entre le prix de revient, — qui est personnel, et le prix de

(1) Sixth Annual Report, pp. 87-88.

THÉORIE DE LA VALEUR 209 . marché, — qui est général) ni même, — nous suivons toujours l'opinion de Marx, — le profit moyen dans la branche

de production à laquelle appartient cet entrepreneur ; supposons qu'au contraire «le profit qu’il touche pour 100 de

- capital avancé (quelle que soit la composition de celui-ci) est le même, qu'il soit calculé pour une année ou toute autre durée, que celui qui échoit à 100 de capital total pendant la mème période (1) ».

La conséquence en serait que l'addition de ce profit uniforme à des frais de production aussi différents que nous les connaissons, amènerait nécessairement à des prix de marché non moins variables suivant la personne du producteur éventuel (2). Cette conséquence cependant est en contradiction évidente avec la première tendance que nous avons remarquée de prime abord sur le marché capitaliste, tendance au nivellement du prix de marché des marchandises égales.

N'oublions pas que cette autre tendance est primordiale et qu'elle régnait longtemps avant qu'il püt être question, en deuxième lieu, d’une tendance plus ou moins sensible au nivellement des profits.

Le phénomène proposé est même en contradiction évidente

avec le principe fondamental de tout échange, lorsqu'il y a une certaine liberté d'action chez les acheteurs et chez les vendeurs, et mème de l'échange sous sa forme la plus primiüve. Ce principe fondamental se formule ainsi : des produits pareils étant de la mème nature et correspondant aux mêmes besoins ou désirs humains, sont considérés au marché comme équivalents, aussi longtemps que le rapport de l'offre et de la demande reste invariable.

Au point de vue historique il est aussi facile d'expliquer pourquoi, sous le régime de la libre concurrence capitaliste, la tendance au nivellement des profits ne s’est manifestée après sa naissance que très imparfaitement et se limite encore à

(1) Marx, loc, cit.

(2) € Si son prix de revient est spécifique, le profit qui s'y ajoute est indépendant de la nature spéciale de l’industrie dans laquelle 1l est engendré et représente simplement un tant pour cent du capital avancé.» (Karz Manx, Das Kapital, loc. cit , trad. fr., p. 166).

certaines branches spéciales d'industrie où la production revêt.

un caractère plus ou moins uniforme.

Nous avons vu qu'une tendance semblable s'est montrée

au Moyen Age, — tendance au nivellement des bénéfices que: donnait la maîtrise dans les différents métiers d’une même

ville; ce nivellement tendantiel de la situation sociale du

maître de métier se basait, nous le savons, sur la valeur-de-«

travail sociale de ses produits.

Au point de vue historique nous n'avons pas à nous étonner

de ce qu'une tendance semblable se présente également de

nos jours sous le mode capitaliste de production et de distri-

bution, basée cette fois sur la valeur de production capitaliste

(frais de production et de circulation + profit).

Mais, il y a une différence essentielle : Dans la période précapitaliste c’étaient les statuts des corporations qui devaient maintenir le gain du maître de métier sur un niveau social uniforme dans tout le métier ; ces statuts ont accompli leur tàche en réglementant minutieusement le travail et ses conditions. En outre, les autorités médiévales intervenaient avec des règlements spéciaux non moins rigoureux, partout où les maitres d’un métier paraissaient s'enrichir aux dépens de ceux d’un autre. Et pourtant, même sous le régime de la production et de la distribution du Moyen Age, cette œuvre de nivellement ne pouvait s’accomplir qu'incomplètement ; la tendance dont nous parlons était souvent interrompue ; nous savons même que des branches de métier entières, telles que le commerce, pouvaient échapper à la réglementation générale et obtenir une organisation particulière,

Dans la production capitaliste, en tant qu'elle se développe sous le régime de la concurrence libre, un nivellement sem blable à celui que nous venons de relever devrait s’accomplir, comme nous l'avons dit, par le libre déplacement des capitaux.

Nous ne pouvons pas nier quil existe un nivellement tendantiel des bénéfices procurés par les différentes entreprises capitalistes, ni que ce nivellement exerce une certaine influence dans la vie sociale moderne. Ricardo a fait remarquer que, si nous observons les marchés des grandes villes, nous verrons avec quelle régularité ils sont pourvus de toutes

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sortes de denrées nationales et étrangères dans la quantité requise. « On doit donc convenir, ajoute-t-il, que le principe qui distribue le capital à chaque branche d'industrie, dans les proportions exactement convenables, est plus puissant qu'on ne le suppose en général (1). »

Nous pouvons constater, il est vrai, un déplacement continuel de capitaux suivant les besoins dans chaque sphère de production ; incessamment des capitaux se retirent d’une sphère pour affluer dans une autre, où momentanément le capital est plus recherché et où, par suite, les profitsdes entrepreneurs sont plus élevés que dans les sphères de production surchargées de capital.

Ce déplacement cependant est entravé de tous côtés ; il se fait par sauts et par bonds, faisant le vide dans une sphère pour causer un entassement de capital dans une autre, ou bien momentanément, pour une contrée quelconque, dans plusieurs sphères de production à la fois, — que l’on se rappelle encore la crise subie par l’industrie allemande en 1907.

En outre, il existe des branches entières de production qui, localement ou bien généralement, ne sont pas assez aCCeSS1bles pour que les capitaux déposés dans d’autres branches puissent facilement les atteindre ; nous avons ici en vue les branches de production plus ou moins monopolisées. Enfin, la tendance au nivellement des profits n’agit pas isolément et séparément, Comme nous l’exposerons dans le deuxième tome de cet ouvrage, il y a des tendances secondaires qui influent sur la formation ‘des profits, et qui croisent incessamment la tendance que nous venons d'examiner.

Pour le nivellement final et complet des profits dans les différentes sphères de la production, la libre concurrence des entrepreneurs particuliers, qui a été pendant presque tout le xix° siècle un trait essentiel et caractéristique de la producton capitaliste, s’est montrée insuffisante. Pour compléter ce nivellement, deux chemins s'ouvrent: en premier heu la réglementation gouvernementale et autoritaire dans difé-

(1) Racanno, Principles of Political Economy and Taxation, ch. 1v, trad. franç , p. 57.

M re Morin D VA a Ge OA, Qu ef « : l

rentes branches principales de Pindustrie et des communica= tions ; c'est là un système de capitalisme étatiste communal, départemental ou national, dans lequel le gouvernement domine immédiatement la production et les conditions du travail. Remplaçant ainsi dans une branche quelconque de la production les entrepreneurs, les uns après les autres, l'Etat pourra contraindre ceux qui restent à accepter les circonstances de production telles qu'elles existent dans les établissements gouvernementaux. |

En deuxième lieu, il peut y avoir une organisation de la . production et de la distribution dans laquelle les grands entrepreneurs exécutent, par leur propre initiative et par l’en-, tente amiable, ce qui est fait ailleurs par l'Etat. Nous avons déjà vu naître une semblable organisation au Moyen Age et. au commencement de l'ère capitaliste, pour certaines grandes compagnies de navigation maritime. De nos jours, en la per= sonne des trusts modernes, nous voyons aussi se réaliser lentement celte deuxième forme d'organisation et de centralisalion, si bien que la vie sociale, au commencement du xx° siècle, nous montre l’une à côté de l’autre, les deux formes de centralisation : d'une part, le capitalisme d'Etat, et de l’autre la monopolisation des industries par les grands eapitalistes particuliers.

Nous pourrions encore mentionner à part, comme une forme spéciale d'organisation et de centralisation, les coopéra= tives des ouvriers et des petits .paÿsans ; mais ces dernières entreprises prennent dans leur développement le caractère M d'associations capitalistes et même de cartels capitalistes. Nous reviendrons là-dessus dans le deuxième tome de cet ouvrage.

Il faut que, dans les branches principales de l’industrie, du commerce et ensuite de l'agriculture s'achève plus encore ce nivellement des conditions de la production sous les deux formes ; il faut mème qu'il atteigne son plein développement, avant que puisse croitre une organisation plus libre de la production et de la distribution des richesses reposant sur l'entente libre des producteurs et s'accomplissant comme une réaction générale contre la tyrannie étatiste et monopolisatrice des temps modernes.

Rappelons-nous encore l’organisation et la réglementation de la production au Moyen Age. C’est seulement après que cette organisation fut devenue un obstacle réel au développement des forces productives de la société et au progrès de la civilisation, que la libre concurrence capitaliste put rompre avec l’ancien régime, Il en est de même de l’état social et politique actuel : I faut en même temps, que les différends entre nationalités et toutes les autres influences politiques et sociales qui empêchent encore le nivellement de la vie économique, aient le temps de disparaître sous l'influence de la civilisation générale.

Dans le courant de notre analyse nous avons fait remarquer que la valeur-de-travail précapitaliste s’efface complètement dès que la production a revêtu une forme décidément capitaliste. Cette constatation doit nous arrêter encore un moment pour terminer notre étude sur la valeur de produclion.

Sous le régime capitaliste nous avons vu la valeur de production des richesses s'exprimer sous la forme : frais de produclion (au sens général, y compris les frais de circulation) —- profil, les premiers se développant en frais de production sociaux, le dernier en profit moyen lendantiel, La cause n’en est pas que les marchandises se vendraient au marché capitaliste, suivant la composition organique des capitaux, audessus ou bien au-dessous d'une certaine valeur théorique, — valeur-de-travail. C'est là, nous le savons, l'hypothèse de Karl Marx qui croit que cette valeur continue encore son action sous le régime capitaliste, à l’arrière-plan de la producton, et de la distribution des richesses. Mais nous avons vu qu’en réalité la cause du phénomène constaté s'explique par le fait que la valeur de production des richesses a parcouru ellemême, dans le courant des siècles, une évolution historique. La valeur de production qui, pour la très grande partie des richesses, constitue chez nos peuples modernes un élément essentiel et souvent prédominant pour la création de la valeur d'échange, a complètement changé de nature pendant les siècles écoulés. Cela peut d'autant moins nous étonner que nous avons vu la notion de la « valeur » des richesses

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changer avec la structure économique de la société et avec le développement de ses forces productives.

Dans la société moderne il n’est plus question d’une « déviation » qu'auraient subie les prix de marché en s’écartant seulement çà et là du niveau de la valeur-de-travail.

Contrairement à la thèse de Marx et de son école, nous avons vu que c’est la valeur de production même qui a changé de caractère (1).

On a pu parler encore rationnellement d’une déviation des prix de marché hors du niveau de la valeur-de-travail, aussi longtemps que ce niveau a été sensible en réalité ; c’est-à-dire dans la première période d’épanouissement de la production capitaliste. Par rapport à cette période on pourrait prétendre que la vieille loi de la valeur de production est seulement « ébréchée ». Mais ce qui, dans la première phase du eapitalisme, était encore une exception à la règle générale de la vie économique des peuples est devenu peu à peu, par le développement de la vie sociale sous le régime capitaliste, la règle générale en matière d'économie.

(1) La vente des marchandises telle qu’elle se fait en réalité sur le marché capitaliste, vente dominée par les frais de production + le profit moyen, est tout autre chose que la vente suivant le temps de travail socialement nécessaire, Les disciples de Marx n’ont pu nier ce fait en présence des critiques sévères que devait naturellement accueillir la publication du troisième tome du Capital. Ils ont choisi cependant la seule issue qui se présentait pour sauver la théorie du maitre. Ils ont interprété tous les phénomènes qui se passent au marché capitaliste moderne et qui la contredisent comme des « déviations » de « la loi de la valeur » (das Werthgesetz).

Que l'on voie, par exemple, ce que dit Conrad Schmidt, l’un des plus intelligents parmi les disciples de Marx, dans un article publié par le Vorwärts (supplément au numéro du 10 avril 1897). La marche régulière des transactions au marché capitaliste est considérée par lui comme «une déviation des priæ des marchandises hors de leur valeur, c'est-à-dire hors du temps de travail qu'elles contiennent ». I parle, lui aussi, d’une «brèche à la loi de la valeur »

(eine Durchbrechung des Werthgesetzes),.

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