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2e Jo

Les monopoleurs capitalistes d’une industrie n’ont pas besoin de présenter au marché toule la provision des produits dont ils disposent. et qu'ils seraient à même d'apporter, Dès qu'ils ont réussi, en tant que producteurs, à bannir la concurrence, ils gouvernent au marché l'offre des marchandises, En limitant l'offre ils peuvent, ensuite, faire accroître l’intensité de la demande et faire augmenter ainsi la valeur d'usage que leurs produits possèdent pour les consommateurs.

Dans l’histoire de la Standard Où Company, comme dans celle de plusieurs autres trusts, la fermeture et le démantèlement des établissements rivaux, vaincus par la combinaison, sont d’une pratique fréquemment employée pour diminuer l'offre au marché. Et nous savons ce que, dans la productiôn des métaux précieux, signifie la domination de l'offre du côté des propriétaires de mines et des grands financiers. L'or ct l'argent, comme nous l'avons remarqué au commencement de cet ouvrage, possèdent déjà une valeur d'échange vraiment fictive dont la fixation dans un rapport déterminé, x d’or = y d'argent, est au pouvoir des capitalistes monopoleurs de ces

. métaux.

Dans le courant de notre étude sur les combinaisons, nous

avons appris que, pour la très grande masse des pro-

duits d'usage général et journalier, le problème n'est pas si facile à résoudre par nos grands capitalistes modernes qu'il

= Sa

ho6 THÉORIE DE LA VALEUR

l’est pour certains articles tels que les métaux précieux. Pour la très grande partie des articles de consommation journalière, l’arbitraire des producteurs est beaucoup plus limité, même lorsqu'ils possèdent un monopole effectif dans leur industrie.

Faisons abstraction encore du fait que tout monopole ne conserve sa force que jusqu'à une hauteur limitée et que la « concurrence potentielle », bien qu'elle ne soit que peu à craindre pour plusieurs de nos trusts modernes dans les con-

ditions ordinaires de l’industrie, se dresse quand même à l'ar-

rière-plan plus où moins menaçante. L'Etat, par exemple, ayant, lui-même, une force monopolisatrice, pourrait se présenter en concurrent dans une industrie nouvelle, pour le cas où un trust abuserait trop de son monopole. Mais, en outre, et c’est là ce que nous voulions encore mettre en lumière, ce n'est qu'exceplionnellement que l'on peut parler d’une impuissance complète du côté des consommateurs et d’une dépendance absolue de ceux-ci par rapport aux grands monopoleurs.

Les consommateurs, eux aussi, quoique dans un sens tout autre que les producteurs, se voient placés devant des alternaüves particulières dérivant de la prédominance de la valeur d'usage qui se fait sentir aussi pour eux. Les consommateurs demandent toujours, les conditions du marché étant données, le plus grand plaisir ou avantage dans la consommation, comme les producteurs cherchent le plus grand avantage à tirer de la production.

Certains articles de consommation peuvent être remplacés par des succédanés, où bien parfois, comme nous l'avons démontré, par des articles sortant des sphères voisines de la consommalion. Vis-à-vis des producteurs de pareils articles, les entrepreneurs d’une industrie monopolisée peuvent donc se trouver dans les mêmes conditions.comme concurrents, que les entrepreneurs isolés et indépendants se trouvent entre eux sous le régime de la libre concurrence capitaliste et dans une branche particulière d'industrie.

La restriction du débouché des produits monopolisés peut être eflectuée par leur remplacement sur une vaste échelle par

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d’autres produits, et la crainte d'un tel remplacement doit donc être considérée comme une influence propre à tenir souvent en bride l'arbitraire des directeurs d’un trust.

Par exemple, la possibilité du remplacement de la lumière de pétrole par la lumière du gaz, de l'électricité, de l’acétylène, ete., pose toujours une limite à l'arbitraire de la grande combinaison du pétrole lorsqu'elle fixe ses prix, si fort que soit le monopole que possède cette corporation dans son industrie particulière.

Cependant, il faut tenir compte de ce que nous avons fait remarquer plus haut sur la possibilité d’une entente entre les monopoleurs capitalistes dans des sphères différentes mais voisines de la production, et aussi de ce que nous avons dit sur les sphères de production dont les produits satisfont les besoins de première nécessité d’un peuple (1).

Voici, exprimée en termes généraux, la loi qui régit le mouvement des prix sous le système des combinaisons et monopoles :

À côté de la valeur de production, nous voyons s’accroitre, chez les consommateurs comme chez les producteurs, l'influence que la valeur d'usage exerce sur les évaluations et, par suite, l'influence de celle-ci sur la valeur d'échange objective et le prix de marché des marchandises. Lorsque, à un certain prix

(1) Le mouvement général des prix sous le régime des trusts et l’influence qu'exercent ces combinaisons par leur puissance monopolisatrice dans différentes sphères de la consommation, sont exprimés par le professeur Andrews dans les termes suivants :

« Lorsqu'une marchandise est fabriquée dans des conditions semblables, les frais ne règlent plus le prix. La fixation se fait arbitrairement pendant quelque temps, les caprices du vendeur étant peut-être tempérés un peu par sa mémoire des prix sous l’ancienne concurrence. Lentement le caprice donne place à une certaine loi; mais c’est une autre loi, — celle du besoin des hommes. Les prix augmentent de plus en plus jusqu’à ce que la demande, et par elle le profit, commence à diminuer ; ensuite ils oscillent autour du niveau que le marché peut supporter, comme ils l'ont fait autrelois autour de celui des frais. Le producteur peut être plus ou moins exigeant, selon la nature du produit. Si c’est un article de luxe, la nouvelle loi, peut-être, n’élèvera pas les prix beaucoup au dessus de l’ancien niveau. Si c’est un article de première nécessité, le producteur peut saigner le peuple à mort. » (Le président E. Bexsauix. Axorews, The Quarterly Journal of Economics, jan. 1889. Article: Trusts according to Official Investigaliens, p. 143)

de marché, la demande totale et effective égale l'offre totale, sans pourtant trop la surpasser, cf que le marché peut donc absorber toute la provision apportée d’une marchandise, — alors, il n’y a pas de raison pour les fabricants monopoleurs

de diminuer le prix de cette marchandise. Une raison pourrait

seulement les y conduire : c’est que la diminution du prix serait plus que compensée peut-être par une extension de la demande et par suite du débouché de la marchandise. Il n'y aurait pas non plus de raison pour élever le prix de marché dans le cas supposé, à moins que la demande ne puisse davantage se restreindre, ou qu'elle se restreigne si peu par l'élévalion du prix, que le profit des capitalistes monopolcurs augmente par la tactique employée.

Nommons q la quantité d’une marchandise monopolisée qui est apportée au marché à un moment donné; p le prix de

marché d’une unité de cette marchandise (mètre, litre, ou.

kilogramme, etc.) au méme moment ; les capitalistes monopoleurs tâcheront d'élever p'jusqu'au point où pq leur donne un excédent, sur les frais de production de la quantité q de leur marchandise, plus grand que celui qu'ils obtiendraient en portant au marché n'importe quelle autre quantité de leur marchandise, (q') à un prix variant en même temps (p').

Lorsque donc les fabricants monopoleurs d’une industrie offrent au marché une quantité q de leur marchandise à un prix de monopole p, la situation du marché tend à s'exprimer dans la formule suivante :

(D En ea HE en

Dans cette formule, r exprime les frais de production d’une unité de la quantité q de la marchandise, et r’ de g’. Si la différence entre q et q' n'est pasimportante, on ar = r. Mais

il est possible, — et c’est précisément ce phénomène-là que

les représentants de nos grands trusts s'appliquent à mettre en lumière, — que les frais de production d’une unité (mètre, litre ou kilogramme, etc.) d’une marchandise diminuent à mesure que la quantité produite augmente.

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