‹ Théorie de la valeurChapitre 58 sur 61 · tome its tar ipfehtigtest · texte numérisé non relu

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et la Ge Refining Comp., méritent pleinement les. plaintes portées contre elles à ce propos (2).

Si difficile qu'il soit de prononcer un jugement général sur la politique suivie par les grandes combinaisons industrielles et commerciales par rapport aux prix des marchandises, il est sûr pourtant, que plusieurs d’entre elles ont su obtenir d’une manière temporaire ou même durable une puissance monopolisatrice dans leur branche particulière d'industrie, de commerce ou de transport.[l est non moins manifeste que, dans ce cas, elles ont généralement profité de leur position privilégiée pour augmenter la différence entre les frais d'acquisition de

(1) Pour juger de l'influence monopolisatrice que les quatre grandes maisons de boucherie de Chicago (The big Four) exerçaient déjà en 1890 sur le prix du bétail dans diflérents Etats de l’Union, voir Hexrx-Dem Lroyn, loc, cil., p. 34 et suiv. k

-(2)1 À plusieurs endroits dans ses rapports, la Industrial Commission parle = de ces diminutions locales des prix (cuts in local markets\. Voir par exemple Prelim. 4 Report, part T, p. 20, où la commission renvoie le lecteur à diverses déclarations de témoins, déclarations aussi bien des représentants: de nos grands trusts que de leurs rivaux. En ce qui regarde la Standard Oil Company, on trouve quelques exemples très remarquables de ce que signifient réellement ces cuts dans les prix chez Hexrx-Deu. Lroxp, loc. cit,, pp. 422 A427,430; etc.

leurs matières premières et secondaires et les prix de leurs produits finaux et à faire hausser ainsi le margin et aussi leurs profits d'entrepreneurs.

Elles ont obtenu ce résultat soit en déprimant les prix de leurs matières, soit en haussant ceux des produits finaux, soit encore en combinant les deux méthodes. Voilà l’opinion définitive à laquelle mènent les faits de la vie pratique. C’est l'opinion à laquelle est arrivée aussi le rédacteur du rapport contenu dans le Bulletin N° 29 du Département du Travail à Washington (1).

Ce jugement est justifié partout par l'expérience ; nous n'avons pas à le borner exclusivement aux combinaisons de l'Amérique du Nord ; il peut être appliqué, avec la même raison, aux syndicats et cartels d'Europe. Les rapports annuels des chambresde commerce allemandes, par exemple, se plaignent également de la politique suivie dans les industries coalisées par rapport aux prix du marché (2).

Le jugement final auquel nous sommes arrivés par l'étude de la politique que suivent nos grandes combinaisons industrielles et commerciales, correspond entièrement à leur nature et cela d'autant plus qu'elles nous présentent davantage un caractère de monopolisation.

Prenons tout d’abord comme exemple un monopole dont l'existence est incontestable, un soi-disant « monopole légal » comme celui que possède une compagnie de chemins de fer.

Cette compagnie n’exploite pas son entreprise pour son plaisir, ni par sentiment d'humanité. « Les affaires ne sont pas de la philanthropie », disait M. Havemeyer, le président du

(1) Loc. cit., p. 764.

(2) Voir Jahrbuch Jür Gesetzgebung.. ete., publié par Gusrav Scnuorrer, 1901. Heft IV, p. 9. L'auteur de l’article auquel nous renvoyons le lecteur- (M. H. WaexriG) dit encore : « Les phénomènes les plus récents que nous montre le marché allemand du charbon, du fer et du sucre, ne sont que peu propres à reconcilier le public avec la politique suivie par les cartels en matière de prix de marché, » Of. aussi Pouce Die Kartelle der gewerblichen Unternehmer, Leipzig, 1898, p. 96 et suiv.

trust du sucre, devant la /ndustrial Commission. N'étant pas arrêtée dans son exploitation par la concurrence avec des rivaux, une compagnie de chemins de fer prend d’abord ses propres frais d'exploitation, -— ce que nous avons appelé en général pour l’industrie les frais de production, — comme base de la fixation des tarifs, mais ce niveau peut être dépassé plus facilement qu’on ne pouvait le faire sous l’ancien système de la concurrence. En somme, la fixation des prix de monopole est régie ici par la règle générale de l’obtention des plus grands revenus nets pour autant, du moins, que les monopoleurs ne rencontrent pas d'obstacles dans l’intervention du Gouvernement.

Les frais d'exploitation restant invariables, il s’agit avant tout pour les directeurs d’une ligne de chemins de fer, de résoudre la question suivante : Est-ce que les revenus nets augmenteront par une diminution des tarifs qui pourrait faire accroître le nombre des voyageurs et la masse des marchandises à transporter ; ou bien, le résultat désiré sera-t-il plutôt obtenu par le relèvement des tarifs ?On ne saurait oublier que ce relèvement pourra rencontrer une résistance réelle du côté du publie et faire diminuer nécessairement le transport des voyageurs et des marchandises. La question de savoir quelle influence exercent les variations dans l'offre sur l'extension de la demande, voilà le problème que nous avons ici sous les yeux. Nous devrons y retourner lorsque tout à l'heure nous traiterons particulièrement des catégories d'articles de consommation pour lesquels la demande a atteint une limite qui ne peut pas notablement décroître.

La puissance monopolisatrice que nous venons de constater est parfois non moins incontestable, — bien qu'elle soit moins complète parfois, — dans différentes industries où certains entrepreneurs jouissent d'avantages naturels ou techniques tels que des relations de commerce et une clientèle acquise par de longues années d'expérience ou bien la possession de quelques brevets d'invention. La Américan Steel and Wire Company, par exemple, obtint en Amérique un monopole réel pour la fabrication de clôtures en ronces arüficielles

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(barb wire) par la possession de ses brevets d'invention. Parmi ces sortes de monopoles se range aussi celui d'un journal qui est soutenu par un grand parti politique.

Lorsque, dans de tels cas, le monopole est à considérer comme plus ou moins complet et absolu, ce sont les frais d'exploitation qui serviront encore, comme toujours, de base à la fixation des prix ; mais les limites données sont de nouveau moins restreintes, et les entrepreneurs peuvent souvent les franchir plus facilement vers le haut Comme ligne de conduite dans tous ces cas la règle des plus grands revenus nets s'impose.

Dans le cas d’un journal politique, par exemple, où le monopole ne se heurte pas à une mfluence gouvernementale, cette règle mène à la question suivante : le journal donneratil les profits les plus élevés, dans les circonstances données, avec un prix d'abonnement peu élevé et un cercle de lecteurs très étendu, ou bien au contraire, avec un prix élevé et un nombre plus restreint d'abonnés ? Ensuite, de même, cstce que les revenus augmenteront par l'établissement d'un prix minime ou, au contraire,un prix élevé des annonces, etc.?

De tout ce que nous venons d'exposer, il résulte que la possession d’un capital considérable, assez grand pour dominer le marché dans un domaine déterminé de débit, peut attribuer à certains entrepreneurs une puissance monopolisatrice qui lui est proportionnelle.

Examinons les conditions dans lesquelles se trouve placée une combinaison « contrôlant », comme on dit aux Etats- Unis, 70 ou 80 0/0, ou plus même de la production dans une contrée quelconque et une branche déterminée d'industrie. Par exemple, regardons de près la situation dans laquelle se trouvent les combinaisons suivantes : La American Sugar Refining Company fabriquant, d’après le témoignage de son président devant la /ndustriol Commission, 90 0/0 de tout le sucre produit aux Etats-Unis, et pouvant fabriquer 20 0/0 au-dessus de la demande totale du sucre dans ce pays; la Standard Oil Company, contrôlant de 82.5 à 99 0/0, — les évaluations des témoins devant la /ndustrial Commission diffèrent à ce sujet, — de tout le raflinage de pétrole aux Etats-Unis ;

les combinaisons du whiskey dominant déjà en octobre 1899 ,— d’après les témoignages des deux présidents des corporations qui les composent, — 85 à go 0/0 de la production totale des spiritueux ; la American Tin Plate Company avec 95 0/0 de la production totale du fer blanc, ou bien, au moment du témoignage de son président devant la /ndustrial Commussion et d'après ce témoignage même, un peu plus de 90 0/0 de la production totale. Et ainsi de suite (r).

Une telle combinaison, évidemment, possède une tout autre influence sursle marché que n'importe lequel de ses concurrents, une tout autre influence aussi que celle que pourrait posséder sous le régime de la libre concurrence un entrepreneur quelconque, même s'il fabriquait 3 ou 5 ou même 10 0/o de la production totale d'un article de consommalion pour tout son pays. L'influence particulière qu'excrce un tel trust consiste précisément en ceci que la très grande partie des consommateurs se trouvent à la fin, bon gré gré, renvoyés à lui. Dans le cas même où une telle PR | son {était hausser les prix beaucoup au-dessus du niveau de la concurrence, les consommateurs, néanmoins, ne pourraient s’adresser que pour une partie relativement peu importante aux rivaux du trust qui ne sauraient nullement ‘satisfaire par leurs efforts à la demande totale. Il est vrai que, en pareils cas, de nouveaux concurrents peuvent être appelés en scène, mais nous savons déjà, par tout ce qui précède, quels moyens coerciufs possèdent les grands trusts pour effrayer leurs adversaires éventuels.

La dépendance du public éprouve quelque adoucissement, tant que les consommateurs trouvent encore dans une sphère voisine de production la satisfaction de leurs besoins, en remplaçant par exemple les spiritueux par la bière, le thé ou le vin par le café ou le ait, la viande par les œufs, et ainsi de suite. Ce remplacement ne peut avoir licu, cependant, que jusqu'à une limite déterminée et une hausse des prix dans une sphère de production et de consommation, occasionne, immé-

(x) Voir aussi pour d’autres combinaisons les rapports de la Zndustrial Commission, vol. 1.

diatement d'ordinaire, — par l'accroissement de la demande, une hausse analogue des prix dans les sphères voisines (1). Tout ce que la science économique nous apprend sur la rigueur des besoins sociaux dans certaines sphères de production où la demande totale d’une population n'est plus susceptible de resserrement, reçoit ici une signification particulière par le fait que nos trusts modernes ont monopolisé surtout les branches de production d'articles de première nécessité pour toute une population ou, du moins, pour la très grande parie des hommes. Le besoin total qu'un peuple peut avoir dun article quelconque n’est pas une grandeur fixe et invariable, mais ses fluctuations se meuvent bien généralement, nous l'avons vu, entre un certain minimum et un certain maximum, La dépendance d’une population vis-àvis de nos grandes combinaisons modernes ne peut que trop facilement prendre le caractère d’un fardeau insupportable et cette dépendance augmente encore à mesure que les combinaisons dans des sphères voisines d'industrie commencent à s'entendre en ce qui concerne les prix de leurs produits. Il est évident que le petit nombre des entrepreneurs indépendants qui UNS se maintenir éncore à côté des grandes combinaisons n’ont point, pour hausser A emens les prix, la même puissance que ces trusts. Dans le cas où ils tà-

(1) IF faut compter à ce sujet avec les pratiques des trusts, qui ne restent pas dans l’inactivité lorsqu'il s’agit de vaincre leurs concurrents et le public, mais qui, au contraire, se tnt sans pitié en matière d’« affaires ».

Un collaborateur du journal Le Temps, chargé cette année mème, par les ministères des finances, de la marine et du commerce en France, d'une mission d’études aux Etats-Unis, raconte l’histoire suivante concernant le trust de la viande : « Le premier résultat du Beef Trust a été une hausse excessive de la viande provoquée par les Stockyards de Chicago. Les bouchers de New-York prirent mal la chose et résolurent un jour FRE fermer boutique. Un matin, les ménagères trouvèrent les boucheries closes et sur les devantures, cette pancarte : « N’achetez plus que des œufs. Cela vous coùtera moins cher que nos bœufs. »

« Le lendemain, la maison Armour, de Chicago, télégraphiait à ses représentants de Jaites tous les œufs qu ’ils pourraient trouver. Elle en achetait cinquante millions, Les œufs devenaient plus chers que la viande et les bouchers de New-York se résignèrent à rouvrir leurs boutiques ». (Temps du 2 juillet 1902). On pourrait ajouter à cet exemple nombre d’autres pris de tous côtés dans le monde des trusts Tuttant pour la domination du * marché.

cheraient de faire des tentatives dans cette voie, ils verraient immédiatement leur clientèle passer à leurs rivaux, les entrepreneurs unis dans la combinaison étant à même de pourvoir le marché, — soit à peu près, soit même complètement dans le cas de resserrement des besoins.

De même, en ce qui concerne la tactique d’abaissement des prix dans certains cas spéciaux, les trusts que nous venons de nommer n'ont pas à subir les mêmes difficultés qui se présentent aux entrepreneurs indépendants. « Lorsque [les trusts| abaissent les prix (when they make a cul in the price), dit l'enquête de la /ndustrial Commission, « les autres doivent suivre et l’action [des trusts| est réellement arbitraire. Euxmêmes, au contraire, ayant un contrôle si large sur le marché, n'ont pas à suivre l’abaissement du prix lorsque cet abaissement est opéré par un concurrent sur un marché relativement petit; bien que, naturellement, ils ne puissent pas permettre à ce concurrent d'élargir notablement son marché, si, du moins, ils désirent conserver le contrôle » (1°.

Dans les branches principales de l’industrie, du commerce et du transport qui ont été monopolisées déjà par les grandes combinaisons, la situation aux Etats-Unis est donc généralement celle-ci : la combinaison fixe les prix de marché, tandis que les entrepreneurs indépendants, se maintenant encore à côté d'eux, acceptent les prix qui leur sont imposés (2).

Mais c'est là le monopole dans le sens le plus absolu du mot ! Non pas, il est vrai, le monopole, établi et sanctionné

(1) Preliminary Report, part I, p. 19. Cf. aussi l’esquisse excellente donnée de cette puissance monopolisatrice par Jer. W,. Jens, loc. cit., pp. 60 et 63.

(2) € Depuis quelques années la Standard Oùl Company a pris l'habitude d'annoncer journellement le prix qu’elle voudrait payer pour le pétrole brut et le prix auquel elle voudrait vendre le pétrole rafliné. Ce prix est généralement accepté comme le prix du marché et les concurrents le suivent.

« De la mème manière la American Sugar Refining Company afliche les prix du jour el est suivie ensuile par ses concurrents qui aflichent les leurs... -

« Les fonctionnaires de la American Tin Plate Company reconnaissent que

leur prix est à considérer comme le prix américain.. .. La compagnie fixe le prix, que ses concurrents, en général, suivent... » (Prelim. Report, part E

pp. 19-19.

légalement, d'une compagnie de chemins de fer ou d’une industrie de l'Etat, mais, ce qui revient au :même ou ce qui est pire encore (faute d'un fort contrôle de la part de l'Etat), c’est un monopole réel dérivant des faits, un monopole parliculier sans frein.

Lorsque les grandes combinaisons portent leurs marchandises au Hal à un prix plus bas qu'il ne serait possible de le faire aux entrepreneurs particuliers agissant chacun pour SOI SOUS l’ancien régime de la libre concurrence, ces prix moins élevés n existent cependant que grâce à la bonne volonté des directeurs de ces ART RUE dont, en définitive, les consommateurs dépendent pour la satisfaction de leurs besoins.

En regardant de près la production capitaliste sous le régime de la libre concurrence, nous avons vu, au plus haut nee de développement de cette forme de production, les prix de marché de la très grande partie des articles de consommation journalière prendre la forme : frais de production sociaux —- profit moyen. La valeur de production reste, pour les grandes masses des marchandises, l'élément essentiel de leur valeur de marché. La même concurrence entre les entrepreneurs indépendants, qui tenait continuellement le prix de marché des marchandises conforme à leur valeur de production sociale, montre, en même temps, une tendance plus ou moins prononcée au nivellement du profit des entrepreneurs, comme elle nivelle, en premier lieu, les prix de marché.

De même que l'artisan indépendant ou le maitre de métier du Moyen Age devaient juger la valeur de marché de leurs produits d’après le travail dépensé à leur production et devaient tächer de réaliser ce travail dans le prix du marché, ainsi l'entrepreneur capitaliste moderne doit évaluer ses produits, sous le régime de la libre concurrence, d’après les frais de production et de circulation (frais de production dans le sens large du mot) augmentés du profit d’entrepreneur ayant cours dans sa sphère particulière de production.

Pour l'artisan indépendant où le maître de métier du

Moyen Age, et pour le capitaliste moderne, c'est là le prix que … vaut à leurs yeux leur marchandise, puisqu'ils ne peuvent

continuer à fabriquer leurs produits que sous condition que

ce dédommagement leur sera accordé. « Les affaires ne sont «

pas de la philanthropie ».

I résulte de tout ce qui précède que, sous le régime de la

combinaison, la valeur de production reste encore, Jusqu'à une certaine hauteur, la base sur laquelle les entrepreneurs

fixent les prix du marché, Aussi avons-nous vu que ce sont. précisément les représentants de nos trusts modernes qui

mettent incessamment en lumière la nécessité que cette base soit maintenue. Ce sont eux qui défendent spécialement l'existence des combinaisons en nous rappelant les prix excessivement bas que leurs corporations sont à même de faire, en se basant sur des frais de production et de transport excessivement modérés.

Mais nous avons vu, d'autre part, que la puissance monopolisatrice que nos combinaisons obtiennent de plus en plus dans l’industrie, le commerce et le lransport, les met à même d'élever les prix de leurs articles au-dessus, et beaucoup audessus parlois de leurs propres frais de production et de circulation. Ce fait nous explique, — mieux que toutes les amé-

liorations et tous les perfectionnemen ts techniques et mieux

que toutes les économies que peuvent faire les trusts, — pourquoi plusieurs de ces combinaisons ont pu réaliser des profits tels que l’on en avait vu de semblables seulement dans la

première pér iode de la production capilaliste ; et encore pendant cette période, de tels profits n ’existaient-ils que pour.

des capitaux exceptionnels.

Tant que les prix des marchandises dépendent encore, sous le régime des trusts modernes, des frais réels de la production, le système de la combinaison se présente à nous comme un perfectionnement technique du processus de la production

et de la circulation, — perfectionnement qui résulte de toutes les améliorations et de toutes les épargnes introduites. En-

suite, il se présente à nos yeux Comme une réaction naturelle:

contre le nivellement pr imitil et grossier du profit par la con-

currence.

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THÉORIE DE LA VALEUR fo

Les trusts modernes ont remplacé dans la production la lutte de tous contre tous, — lutte irrégulière et non organisée aboutissant partout à la ruine d’un grand nombre de petits entrepreneurs indépendants sous la pression de leurs plus grands concurrents, — par la guerre d’extermination systématique et grandiose dans sa cruauté, que les plus grands capitalistes coalisés entreprennent contre tous les rivaux, grands et petits, contre tous ceux qui sont restés indépendants. En transformant ainsi complètement l'aspect de la lutte, les combinaisons ont réussi d’abord à niveler absolument le profit d’entrepreneur dans le milieu de leur corporation, Le grand entrepreneur capitaliste, entré dans un trust, est devenu en effet actionnaire d’une société qui lui paye ses dividendes — tant pour cent du capital déboursé par lui dans l'entreprise commune.

En dehors de leur cercle, cependant, les combinaisons ont

. rompu complètement la tendance primitive au nivellement . des profits d'entrepreneurs dans les différentes sphères de la production, — tendance, du reste, que nous ne voyons que très imparfaitement agir, même au plus haut degré du développement de la concurrence capitaliste. Gette tendance primitive est rompue par les combinaisons comme est rompue par elles toute la loi de la concurrence capitaliste et de la . fixation des prix de marché sous le régime de cette même concurrence.

Au fur età mesure seulement que nos Pierpont Morgan, Hill, Carnegie, Schwab, Rockefeller, Havemeyer et Van der Bilt se mettent à répartir leurs capitaux formidables sur les

- branches principales de l’industrie, du commerce et du L transport et qu'ils parviennent aux résultats, quant à » l’ensemble de ces industries nationales ou internationales ,auxquels le système de la simple combinaison a déjà abouti dans plusieurs branches en particulier, — cette nouvelle tendance au nivellement des profits pourra s'étendre de plus en plus dans l'avenir; alors, cependant, 1l s'agira d’une tendance agissant sur un tout autre niveau, et un niveau beaucoup plus développé de la production, que celui où se manifeste la tendance primitive au nivellement des profits présentée par la con-

o2 THÉORIE DE LA VALEUR

eurrence libre et effrénée entre plusieurs milliers d’entrepre neurs indépendants. 2

En outre, nous devons faire remarquer aussi que, pendant toute cette période d’élargissement et de développement du système des trusts et monopoles, on ne pourra pas parler. d’une tendance immédiate au nivellement des profits entre les industries monopolisées, d'une part, et de l’autre toutes» les branches d'industrie, de commerce, de transport et d’agriculture qui ne sont pas encore. basées sur le système de la combinaison et du monopole.

Le contact immédiat entre ces sphères de production a détruit. Lorsque, dans l'avenir, les capitaux pourront affluer« plus facilement d'une sphère à l’autre, — les branches non. monopolisées de la production, telles que les branches agri=« coles, commençant davantage à manifester une tendance à la. combinaison, — ce contactpourra se rétablir lentement. Pour le présent, pourtant, les deux sphères de production que nous venons de distinguer, — celle des industries monopolisées et celle des non-monopolisées, — se séparent nettement l’une de l’autre et appartiennent déjà en réalité à des périodes histori=" ques différentes du développement de la production. De même“ la fabrication de meubles, chaussures, etc., dans la grande | fabrique exploitée d’une manière capitaliste et la réparation” de ces articles dans l'atelier de Partisan indépendant ou du. petit patron appartiennent à des périodes tout à fait différentes $ du développement des forces productrices et tombent, comme « nous l'avons vu. sous des conditions tout autres par rapport: à la fixation de la valeur des produits. 3

En examinant ensuite jusqu’à quel point les prix de marché des marchandises s’atlachent encore, sous le systèmé de la combinaison moderne, à la valeur de production de ces marchandises, nous voyons dans la lutte des trusts pour obtenir la domination du marché, que le mouvement des prix prend en général le cours suivant.

D abord il existe une période pendant laquelle les prix du marché tombent au-dessous, parfois, dans certaines localités, beaucoup au-dessous de ceux auxquels pouvaient antéricure= ment descendre les entrepreneurs isolés. Prenons comme

ne,

THÉORIE DE LA VALEUR ho

exemple la tactique suivie par la Standard Oil Company aux Etats-Unis dans sa lutte pour accaparer le marché mondial du pétrole. Pour arriver à son but elle vendait parfois en Europe le pétrole raffiné à des prix auxquels on ne pouvait guère apporter de l'Amérique du pétrole brut (+).

Dans ces conditions les petits entrepreneurs indépendants, après avoir été obligés pendant quelque temps de produire et de livrer leurs marchandises au-dessous de leurs propres frais de fabrication, disparaissent bientôt, ruinés, de la scène ou bien entrent dans la combinaison.

Alors s'ouvre généralement une période dans laquelle le trust conserve la domination du marché et peut hausser les prix, souvent beaucoup au-dessus du niveau qu'ils atteignaient sous le régime de la hbre concurrence.

Quand à cette période d’autres concurrents surgissent sur le marché, le jeu se répète : Une baisse des prix soudaine et formidable se fait sentir, du moinsaux lieux où les nouveaux adversaires peuvent arriver au marché; les marchandises obtiennent un « prix d'occasion » pouvant tomber encore une lois au-dessous des frais de production de plusieurs sinon de tous les rivaux du trust, jusqu'à ce que la victoire reste de nouveau au plus fort ou qu'un accord mette fin à la lutte (2).

Bien que, pendant toute cette période de guerre industrielle, la valeur de production ne puisse pas toujours servir de base aux prix des marchandises, on pourrait prétendre, cepen-

(1, La Pall Mall Gazette du 18 juin 189%, par exemple, annonçait que le trust vendait à cette époque de l'huile raffinée en Europe à des prix plus bas que ceux auxquels l'huile brute pouvait être apportée d'Amérique.

(2) Pour un mouvement pareil des prix, M. Jenks donne comme exemple l’histoire du trust du sucre à laquelle nous avons nous-mêmes renvoyé plus haut (voir Jer. W, Jens, loc. cit, pp. 14ret 142). Un autre exemple caractéristique se présente dans les différents pools des grands distillateurs des Etats-Unis de 1881-1887. Par une consultation attentive, pour cette période, des cartes et tableaux de prix que nous connaissons, il saute aux yeux que, durant l'existence de chacune de ces combinaisons temporaires, les prix des spiritueux étaient élevés et que les profits sans doute y correspondaient, Toutes les fois, cependant, qu'un de ces pools s'écroula, les prix

. tombèrent jusqu’à un minimum et le margia diminua excessivement, de sorte

que souvent le prix n’égalait pas même les simples frais de fabrication.

PCT

ho! THÉORIE DE LA VALEUR

dant, que les frais de production restent toujours, en dernière analyse, l'élément prédominant dans la fixation des prix. N'oublions pas à ce sujet que, premièrement, la somme de ces frais de production est d’une grandeur variable et qu'elle varie, sous le régime des trusts, avec le développe: ment technique et l'organisation de l'industrie et que, deuxièmement, nous pouvons chercher toujours le prix de marché moyen pour une période de plusieurs années, pour laquelle les oscillations au-dessus et au-dessous du niveau indiqué par la valeur de production sociale peuvent se contrebalancer partiellement.

Cependant, fixons notre attention, pour terminer nos considérations générales, sur la situation qui naît après une période de lutte telle que nous venons de l’exposer, quand une combinaison a réussi à accaparer plus ou moins complètement le marché, comme il en est déjà ainsi dans plusieurs branches d'industrie, nationalement où mème internationalement,

Dans ces conditions, — nous l’avons déjà appris par la pratiqueetretrouvons maintenant l'explication des phénomènes observés dans la nature du monopole, — les prix de marché peuvent surpasser les frais de production et de circulation de beaucoup plus que sous le régime de la libre concurrence avec sa tendance à la formation d’un profit moyen.

La valeur de production des marchandises est mise à l’arrière-plan, bien que, naturellement, elle ne perde jamais entièrement son influence. Ce qui domine, c'est de nouveau la valeur d'usage. Nous avons pu observer ce fait, quand nous avons cherché si la valeur d'un complexus de biens productifs doit être estimée d’après la actual cash value, ou bien d’après le earning power des établissements. Maintenant le même phénomène se produit sous nos yeux par rapport au prix de marché des produits finaux prêts à la consommaton,

Au fur et à mesure que les prix de marché de ces produits s’écartent de leur valeur de production, commence à s'exercer, pour les monopoleurs capitalistes, la loi des plus

grands revenus nets que nous ayons formulée plus haut, — lot

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THÉORIE DE LA VALEUR ho

qui n'exprime pas autre chose, en dernier lieu, que la prédominance de la valeur d'usage du côté du producteur. Dans des cas spéciaux, nous avons déjà constaté l'existence de cette loi en traitant la question de savoir, s'il serait préférable à un producteur de faire des prix élevés pour une clientèle restreinte ou, au contraire, des prix moins élevés pour une clientèle plus large.

Précisément parce que les monopoleurs de certaines industries se trouvent au marché dans une situation de supériorité réelle comme producteurs vis-à-vis du public des consommateurs dépendant d'eux, ils peuvent élever les prix arbitrairement, jusqu à une certaine hauteur. Aussi est-ce jusqu’à

. cette même hauteur que les prix de marché peuvent s’écarter

- du niveau indiqué par les frais de production.

En

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