‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 1 sur 39 · HUE DES SAINTS-PÈRES · texte numérisé non relu

HUE DES SAINTS-PÈRES

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Lilly Coj'nélissen-Rupertus

la vaillante compagne

d*une période difficile de ma vie

PRÉFACE

Avant crciilrcr dans rcxposition de mon sujet, je dois faire quelques observations préalables sur certains points (|ui me séparent des écoles économiques actuelles ou qui me semblent exiger quelques éclaircissements dans Tintérét meme de ce qui va suivre.

En premier lieu, une réflexion s’impose : Dans le présent ouvrage nous étudions la question du bien-être matériel des hommes et nous y examinons en particulier la valeur des richesses ; nous partirons de là pour recliercber ensuite les lois qui régissent dans la société actuelle le salariat, le capital et raccumulation du capital, la rente foncière, etc.

Cependant, ce dont nous aurions besoin, au commencement de notre xx'^ siècle, c’est un système entier de sociologie, qui ne se contenterait pas d examiner les fondements économiques de la vie sociale, mais qui se préoccuperait en meme temps de la constitution et de 1 e\olution de la mc morale, intellectuelle et politique, dont ils sont la base. L n tel système envisagerait tous les aspects de la ^ic sociale comme inséparablement unis par un continuel rapport.

Les économistes modernes commencent de plus en plus à le reconnaître : il est incontestable que l’aspect matériel de la vie sociale ne saurait être bien et dûment étudié à part, séparé de l’aspect moral, intellectuel et politique; chaque pas que nous faisons sur le terrain économique nous convainc davantage que les lois économiques se rattachent comme la

PUEFACE

parlio au tout h cc complcxus de lois generales à l’etude

desquelles s’applique la sociologie.

La science 6conomi([ne nous paraît donc étroitement et inséparablement liée à dilTérentes autres branches de la philosopliie sociale et les lois du bien-être materiel des hommes ne sauraient être scientiriquement exposées, lorsque l’on ne regarde que le céte materiel de la \ ic sociale.

Dans le premier tome de ccl ouvrage traitant de la valeur des richesses, surtout dans les pages qui examinent en particulier la valeur d’usage et dans celles qui montreront au lecteur des tendances communistes, nous verrons les richesses du genre humain se présenter à nos yeux comme richesses hislorviaes, construites par le travail non seulement d’une i?énération humaine entière, mais meme de diirerentes générations successi\es.

Est-ce que riiomme n’est pas lui-inénie un être historique, un être de culture, le produit de maints siècles et d’une éducation dans laquelle des inlluences morales, purement inlellecluelles ou politiques, ont collaboré aussi bien a son développement (jue le bien-être matériel ?

Devant les recherches scientillques de nos temps modernes l’accumulation des richesses humaines s’est montrée sous la dépendance de tout un complexus de lois sociales, qui diriiîent ensemble l’énergie et le travail humains, lois non seulement économi([ues, réglant la production et la distribution des richesses, mais encore lois de la vie morale, inlellectucllc et polltbjue des hommes. Incessamment la religion, les vieux liens familiaux, ainsi ([uc nombre de mœurs et de coutumes fondées sur des rapports politiques spéciaux — locaux ou nationaux — ont témoigné de leur influence diiecte sur les phénomènes économiques, f.a manière dont les peuples pourvoient à leurs premiers besoins d existence, c’est-à-dire leurs rapports d’existence matériels se sont montrés intimement solidaires de toute l’histoire de notre espèce humaine.

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PREFACE

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Considérons par exemple, dans la vie sociale actuelle, 1 échange des marchandises et remarquons les influences complexes qui, sur le marché moderne, collaborent à fixer leurs prix définitifs ;nous verrons aisément combien poules lois parement économiques sauraient être séparées dans ce cas des lois générales de la constitution et du développement de la société.

Nous ne prétendons nullement par là que les lois du bien-être matériel des lioiniues ne puissentpas être soumises à un examen scientifu[ue distinct, ni que la science économique, par le domaine singulièrement vaste où s’étendent ses recherches et f importance particulière des questions qu’elle traite, ne doive pas rester nécessairement réservée à des savants s])éciaux ; mais celle science ne saura être pratitjuéc avec succès, c’est cc que j’ai voulu démontrer, que lorsqu’elle sera tenue continuellement en rapport avec les autres branches de la philosophie sociale.

C’est à ce point de vue comme un ensemble de recherclies sur un subdoinaine de la sociologie générale, que je désire voir juger cet omrage.

Je ne m’arrêterai pas à défendre le caractère sciontiliqiic que peuvent avoir de telles recbcrchcs. L’on a prétendu parlois que la science économique ne saurait porter le nom de science en disant qu clic ne mène pas, comme par exemple les mathématiques, à des données certaines et exactes ; celte objection, cependant, s’applicjucrait non seulement à celle grande subdivision spéciale, mais à la sociologie dans son ensemble. Je pense en outre, comme cela a déjà été dit par d’autres, <pie ceux qui ont défendu cette opinion ont trop peu (lislingné entre certitude et exactitude ou précision mathetyiatujue» La sociologie, ainsi que la science économique en tant que subdivision de celle-ci, peut nous donner de la certitude aussi bien c[ue n’irnporto quelle autre science. Seulement celle qu’elle procure dans son domaine particulier restera toujours la certitude relative qu’on doit attribuer à toute tendance.

^ PUÉFACE

Si l’on appelle science la recherche des lois générales dérivées des laits particuliers et, ensuite, la confirmation et la coordination de ces lois, la science éconoinique mente inconlestahlcment ce nom. Aussi la certitude que nous procurent ses recherches nous donnera-t-elle la possibilité, c’est un des traits caractéristiques de toute science redle, -

de déduire avecjustesse, jusqu’à un certain point, 1 inconnu

et le futur du connu et du présent.

Dans la science économique, cependant, plus peut-être (pie dans n’import/quellc autre science, 11 nous sera incessamment remis en mémoire (pic nous avons h compter avec des lois tendantlelles. Précisément à cause de la complexité de la vie sociale et de l’action simultanée de dlITérentes tendances, les phénomènes sociaux et économhpies nous paraîtront parlois moins faciles à déterminer que ceux (pil sont étudiés dans d autres

brandies de science.

SI, néanmoins, la sociologie doit véritablement etre considérée comme une science, et même, à mon avis, comme une des plus Importantes et des plus étendues, — celle de évolution humaine dans son ensemble — la branche particulière de cette science générale (pil s’occupe des lois du bien-être matériel des hommes est, sans contredit, de la plus grande importance parmi les sciences sœurs.

Je partage la conception matérlaHstc de l’iustoirc en me plaçant au point de vue évolutionniste cpil, depuis le xviii' siècle, pénètre de plus en plus dans les esprits; je pense donc (lue les conditions d’existence matérielle du genre humain forment les bases réelles de toute la vie morale, intellectuelle et politique des peuples et (lue celle-ci, de son coté, réagit sur les premières. Or, la branche de la science ([ui s’applhiue à rechercher les lois de cette existence materielle SC place, à mon avis, dans les premiers rangs, s il est vrai cpic

l’on puisse parler de rangs parmi les sciences.

Je puis donc résumer ainsi mon opinion: La science générale de la sociologie étudie de tous les cotés les phénomènes

PRÉFACE

de Inexistence sociale des hommes ; cliaquc divlsicnde sa tache de géant doit être attribuée à une branche spéciale. Une de ces brandies de science s’applique h l’étude du bien-être matériel des hommes : étude de la constitution et du développement des rapports de production et de distribution. Cette science spéciale puise dans toutes les autres branches de la sociologie, comme celles-ci puisent en elle et rétude de cette science spéciale ne saurait donc être séparée de celle des sciences-sœurs. Au contraire, ce sont précisément les rapports réciproques entre toutes ces branches de science générale qui doivent nous éclairer sur les questions sociales les plus importantes.

L’espoir c[ue je fonde sur réconomie ne s’appuie pas sur la méthode suivie jusqu’à nos jours par la plupart de ses représentants et qui ne méritait guère le qualilicatif de scientifique. Aussi celte méthode sera-t-elle critiquée spécialement dans le pi’éscnt ouvrage.

Pour les deux grands groupes d’économistes qui, de nos jours, SC disputent le premier l'ang : la Ihéorie de la valeur de travail, — doctrine objecliviste,— et la théorie « utilitaire a, — courant subjectiviste, — la science économique a été trop une science d’abstractions et de métaphysique. Leurs représentants ne sont que trop parlis de certaines causes premières cl générales pour nous expliquer par elles les phénomènes sociaux. Ayant haie, en outre, de transformer les résultats de leurs recherches en système complet, ils nous ont dressé une philosophie sociale qui, naturellement, devait se perdre dans l’abstraction.

Examinons d’abord le courant olijecliviste dans la science économique, ce courant, comme on l’a dit, qui part de Quesnav et, en passant par Ricardo cl Rodbertus, s’écoule dans le système économique complet de Karl Marx. Est-ce que ce n’est pas trop une doctrine d’abstractions malgré les capacités extraordinaires d’analyse des conditions réelles de la vie dont fait surtout preuve Marx?

PHÉFACK

Du marche dos marchandises Marx exclut la concurrence et toutes les conditions qui précisément font le marché (i) ; il nous pose une valeur abstraite à la place de la valeur d’échange que les denrées montrent posséder en réalité.

Il juge que la valeur d’échange des denrées consiste dans le travail « socialement nécessaire » à leur production (ou reproduction) et qu elle est mesurée par la durée de celui-ci (2). C’est d’après cette valeur de travail que les marchandises s’échangent comme (( équivalentes » au marché métaphysique inventé par Marx. 11 est vrai que des marchandises peuvent être vendues h des prix qui s’écarlent de celle valeur, mais, dit Marx, u cet écart apparaît comme une infraction de la loi de l’échange » ;3). Dans la détcrminalion de celle valeur, du reste, Marx n’agit pas autrement que son inaitrc Uicardo ; celui-ci, en elTet, ne s’occupe jamais *le l’étude de la valeur d’échange réellement existante et continuellement variable des denrées, valeur qu’il désigne par le nom de « prix courant », mais de la détermination de ce qu’il appelle, par opposition à la première. « le prix naturel » des denrées (4).

La théorie de la valeur exposée et élaborée par Karl Marx d’après l’école classique de Smith-Uicardo, comme toute la théorie de la plus-value qui repse sur clic, et comme l’cxpli-

(i) « Si nous en avons agi ainsi, c*osl parer que le mouvement effectif (le la concurrence ne rentre pas clans le cadre de notre étude, qui n a pour but que d’analyser l’organisation interne de la production capitaliste, pour ainsi dire dans sa moyenne idéale. » (Karl M arx, Das hapital, tome 111, deuvièine jwrlie, ch. xi.viii, trad, fr., Paris 19®'-*» P*

(3) Voir Kvrl Mari, Das Kapital, tome 1, ch. 1, trad. fr, de M. J.

Uoy, p. i5, col. I.

(3 J Kari. Marx. loc. cel., trad. franç., p. 67. col. 3.

(i) Ricardo finit par aboutir à la conséquence suivante : <( En parlant donc de la valeur échange;d)le des choses, ou du pouvoir qu’elles ont d’en acheter d’autres, j’entends toujours parler de cetlo faculté qui constitue leur prix naturel, toutes les fois qu’elle n’est i>oinl dérangée [xir quelque cause momentanée ou accidentelle. » David Uicardo, Principles of Political hconomy and Taxaiion, chap. iv, trad. franç., de MM. Gonstancio et Aie. l'onlevraud, éd. Paris, 1882, p. 58,

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