CHAPITRE PREMIER
( ONSlDÉUATÎOXS GÉVÉUALES SUR I.A NATURE DE LA VALEUR d’échange et du PRIX DES MARCHANDISES
Nous avons reconnu dès le commencement de nos recherches sur la nature de la valeur, qu’elle exprime toujours cl nécessairement un rapport entre les biens et riiomme. Le caractère de ce rapport dillèrc avec la forme de valeur.
Pour la valeur d’usage il s’agissait du rapport entre les hioiis cl le consommateur immédiat ; pour la valeur de production, du rapport avec le producteur. De la combinaison de CCS deux rapports naît la valeur d’échange et le rapport exprimé par celte dernière se fera connaître à nous comme un rapport entre les richesses et les personnes du producteur et du consommateur, ou bien entre les richesses et la collectivité des producteurs d’une part et des consonimatcurs de l’autre, dans une même branche de production cl de consommation.
2*j() THÉDRÎE DE EA. VALFX'R
>ous sommes parvenus mainlenaul a 1 analyse de celle
dernière forme de la valeur, la valeur d rchanije. ,
\u moment on nous pénétrons dans ce nouveau domaine, les richesses onl cpiitté la sphère de la production on elles ont élé Iransformées et rendues propres a 1 usage humain, soit pour se présenter déjà à la consommation immédiate, soit
pour être proposées à un nouveau processus de production. Ln
tout cas elles ii’ont jias encore pénétré dans la sphère de ce te
consommalion immédiale ou hicn productive. Ayaiil ipnlte la sphère de la produclion, les richesses sont aptes a represenler et de la valeur de production et de la valeur d usa, je.
Ces deux formes, cependant, sont encore à réaliser et c est celte réalisation qui sàaccompllt dans l’échange, - pha.se intermédiaire entre le processus de la produclion et celui de la consommalion. C’est dans cette phase intenned.a.re que les richesses se présentent à nous comme des marchandises.
La nécessité de cette réalisation provient de la nature des richesses et de rorganisation sociale du travail, bous le svslème actuel de la division du travail, la valeur d’nsà-e (lue possèdent les richesses est généralement de la valeuî d’usage pour d’antres personnes (lue. le produclenr immédiat ; si même le producteur se résout a produire a s('s frais et à rendre les richesses propres à l’usage humain, c est généralement à cause de la valeur d’usage (pe ses marchandises peuvent avoir pour d’autres que pour lui.
Dans la période précapilallste de l’échange des richesses en nature, un producteur A se décidait à céder ses prochiils a l’aspirant consommateur B, sous la condition que celni-u pourrait lui offrir en échange d’antres richesses ayant egalement pour lui. A, de la valeur d'usage immédiate. 1 eu importe de .savoir, dans (’e cas, si A et B étaient des mdmdus
on des collectiviU'S d indi\idns.
Avec le développement actuel du commerce et des moyens de conunnnication, celle ancienne condition a perdu sa raison (l’être et. au marché moderne, une seultî question se pose : l’aspirant consommateur B peut-11 olTrlr au producteur A une antre marchandise (de l'or ou de 1 argent, par exemple) possédant poni ce dernier une valeur d’usage iiu/i>ec/e, en ce
TllÉOKXK DE LA VALEUR 277
sens (ju’il pourra, de son côté, l’echanffer, au moment voulu, contre toute espèce d’articles de consommation ?
Dans la vie sociale moderne, le producteur et le consominaleur SC rencontrent donc en tjualité de vendeur et aclieteai soit d’articles de consommation directe, soit de matériaux destinés à une nouvelle production (consommation productive). Ordinairement se placent ensuite entre le producteur et le consommateur des intermediaires, — courtiers, commerçants, boutiquiers, etc., — (jul s’ollrcnt a lacilitcr les transactions de toutes sortes entre les deux parties.
Il faut cependant, avant tout, (pic les deux contractants, producteur et consommateur, vendeur et acheteur, — puissent se rencontrer. S’ils ne se rencontrent pas et si, par suite, un article reste invendu, tant pis pour le producteur. Car, puis- (juc son produit ne possède généralement de la valeur d usage que pour d’autres personnes et n’a aucune valeur pour luimême, — il est évident que les frais de production (dépenses en travail ou en capital) seront d’ordinaire considérés pai lui comme perdus. Même si un tel article invendu conserve (piehpie valeur pour l’usage personnel du producteur (valeur d’usage immédiate) celte valeur pourtant doit être considérée comme absolument séparée et de la valeur de production ,[\ie ce même article représente pour lui et de la nouvelle valeur que l’article aurait dù obtenir dans l’échange (valeur
d’échange).
Le lieu où producteur et consommateur, — ou bien leurs représentants, — se rencontrent et où se (ont leurs transactions
est le marché des marchandises.
Je comprends sous le nom de marché toute circonstance qui
produit une telle rencontre et dans laquelle les marchandises passent des mains du vendeur dans celles de 1 acheteur. J entends donc sous ce nom aussi bien les lieux et circonstances dans lesquels certaines marchandises spéciales obtiennent des prix de monopole ([ue tous ceux où les prix des marchandises offertes peuvent facilement être nivelés par ce (|u on appelle
la concurrence plus ou moins libre.
Dans notre examen général, nous parlerons donc d un
marché pour une marchandise telle que 1 argent, dont la pro-
THÉOUIE DE LA. VALEUR
duclion et le commerce sont conceiitix-s et monopolisés et pour lacpielle le marché de Londres règle le prix mondial ; le même nom s’applicpiera aux enchères du cale au Ihnre. a New-York, à Londres, à Amslcrdam, ou a llainhourg, marchés au sens capilaliste développé du mol Lnhn, nous donnerons également le nom de « marche » aux plus modestes transactions faites dans une petite ville de province sur les légumes. les œufs, le beurre et les menus objets, livres aux cou-
sommaleurs immédiats (i). ^
Par nature, la valeur d’échange st- présente a nous de
prime abord comme distincte et séparée dans son origine et son caractère des deux autres formes de valeur que nous avons examinées jusqu’à présent; celte nouvelle forme de valeur, malgré sa dépendance à l’égard des deux autres, exige une étude spéciale et une analyse toute particulière.
Tandis iiue les deux autres formes de la valeur exprimaient toujours un rapport des biens à un seul des deux groupes que nous distinguons incessamment dans le processus de la production et de la consommation, — la valeur d’écbange se présente au contraire comme un rapport des biens aux deux parties, producteurs et consommateurs, en
même temps.
La notion de la valeur d’échange des marchandises, considérée en dehors de la personne du producteur cpii les rend propres à l’usage humain et des frais que celui-ci dépense à
fi'l Nous prenons ilonc la notion de « marché » dans un sens un pou plus lar-e que plusieurs économistes. Nous rejetons par exemple catesor.queancnt les deux conditions que .St.vslet Jevoxs pose à un marche : «... 11 laut que la concurrence y soit parfaitement libre, de sorte que chacun pui.sse y taire des échanges avec toute autre personne en vue même du moindre axaiit.ige apparent. 11 laut qu il n’y ait pas de complots pour entasser et ganter des provisions alln de constituer des taux d’échange anormaux » ( TIte Pieory of Polilical Economr, ch. iv, p. 80 v Si nous voulons seulement considérer comme marchés'les cas où règne sans conteste la c concurrence lilire « et d’où sont exclus les « complots », nous serions enclins a nous demandei si’.rieusement, si, dans notre temps moderne de monoiioles td de coalitions notre temps de « complots » de toutes sortes entre grands fabricants et commerçants, nous pourrions rencontrer quelque part de véritables ni.aiches 11 nous semble que l’économiste a pour tâche de prendre le marche el qu'il est, quitte à rechercher par une analyse spéciale quelle inIluenLC les militions cd complots de toute espèce exercent sur les prix de ce marche.
leur production est une notion aussi alisurdo que celle de la valeur d’échange de ces mêmes marchandises considéréo comme indépendante de la personne du consommateur et des
services que celui-ci pourra tirer de leui usage.
(^)ui est-ce qui. en défiuilivc, donne aux produits leur valeur d’échange P A cette question une doctrine économtque a répondu : c’est le producteur, celui qui les a crées par son travail, celui qui leur a donné leurs propriétés. Lue autre doctrine, non moins autorisée, a répondu, au contraire : non, c’est le consommateur, celui ipii, par sa demande, consacre leur utilité, celui qui décide de leur destination (i ).
11 est évident que ces deux doctrines de science économique n’ont eu devant les yeux que la moitié de la vérité et que, en réalité, les deux groupes, producteur et consommateur, entrent en jeu l’un et l'autre dans la constitution de la valeur fine les produits réalisent au marche.
Notons hien ce que nous entendons sous le noin de valeur d'êchanae dont nous avons déjà défini la notion dès le dehut de ce livre. La valeur d'échange des marchandises est leur rapport entre elles relaliveinenl aux fiuanlilés dans lesquelles, au marche, elles sont considérées comme équivalentes el proportionnellement auxquelles elles sont échangées. Lorsque nous voulons nous tenir à celle conception de la valeur d’échange des produits, il nous est impossible de faire abstraction, dans 1 etude de l’origine el de la nature de cette valeur, soit des frais necessaire's à la production de ces produits (leur valeur de production), soit des services spéciaux qu’ils peuvent rendre dans la consommation (leur valeur d'usage). Au contraire, cest par
U) Voir par exomplo M.vcluod sur la tliéone de bmith et de « 'IVis les .leux s’ailresseiit au travail du producteur comme inférant la v deur • tandis qu'il est indubitablement cerUiin .me la 1 em.vxue du coiisommate, r^T la s‘eule origine et la seule cause de la valeur bmitb dit que c’est le travail appli.iué producteur à un article qui lut .tonne e U
lo.ir • t indis nu’il est ïui’IUUeiucot cerliua que les choses n ont pp do la va eur . taudis q il est l»( i,.ur production, mais qu’on
flrt travail il les produire, parce que le puhhc iiiiue bt^u-
TUÉOHTE DE LA. VALEUR
ces deux éléments que nous devons nous expliquer et 1 ori gine et la quantité de la valeur d echangt;.
Le rapport des marchandises entre elles devrait occasionner au marché autant d’équations que nous pouvons y placer de fols deux marchandises Tune en face de l’antre. Sur un marché, où m marchandises sont représentées en quantités déterminées et on l’on pourrait donc exprimer la valeur d échangé de chacune d’entre elles dans son rapport à m-i autres marchandises, il serait possible de formuler ni (m-i) équations. Pour exprimer tous les rapports possibles, on devait les formuler toutes, tant que, dans une période primitive de la civilisation humaine, les hommes échangeaient encore leurs produits i/i nalura ; mais nous u en avons plus besoin depuis mi’unc marchandise déterminée. — l’or ou l’argent ou autre monnaie, — est devenue marchandise numéraire générale (v. Ceci se fait régulièrement dans l’échange tel que le suppose la société capitaliste et les valeurs d’échange de toutes les autres marchandises s’expriment aujourd'hui régulièrement en
cotte marchandise particulière.
Au lieu des /n (m-i) équations entre les marchandises de
toutes les espèces cpii peuvent se présenter sur un marché, placées chaque fois, par paires, l’une en faee d’une autre, nous rencontrons maintenant m-t prix, étant m-i expressions dilférentes du rapport de valeur de chacune des marchandises a une d’entre elles qui est la marchandise numéraire.
Nous appelons donc prie d’une marchaïuhse sa valeur d'échange exprimée dans la marchandise qui figure au marche
(0 Adam Smith, dans son œuvre sur la lUchesse des Anlioni (l‘vre I, ch iv) a écrit quelques pages, qui n’ont ps perdu
exposer coininent des produits de dilïérentcs especes {\e belm , le (a-
hac etc*) oat pu servir comme tnarcliamUse nami^aire jjentrale a chllcrenlts é|)J(|ues et chez différents peuples; il a développé aussi 1 origine de la monnml métallinue (or, argent, cuivre) et le développement de son usage comme intermédiaire d'échange. Nous ne nous arrêterons ps ici a un expose lus rique semblable, malgré son utilité, car il relève d une branche de science dé à bien vaste. Nous ne faisons remarquer qu’en passant les deux fonctions différentes que peut avoir cette marchandise intermediaire ; elle peut s nrésenter imiuédiateuicnt comme une moiiiinie servant a acheter réellement {es autres marchandises ; elle peut fonctionner seulement comme èxnrimant les rapports de valeur entre les marchandises, sans que celtcs-ci soient échangées en fait contre la marchandise-monnaie.
comme m«rcWise nwitéraire jcmrale. cn aulrcs Iciracs sa “k„r S-cchange csp,i.n™ on mc.na.e , naU.rclle.ncnl, la marchandise nL^rairc, cllc-...<nnc, ne peut donc pas aro.r
'"'L’ori'argcnl, clc., sont considcn'.s cux-.n.)...cs co.n..,c des .narchindlscs pcranlse présenlcr au ...arche com.ne ...Icr- . r s propres 1, cITccincr lëchangc d-u..c mar chand, se ■ .ne espe ecLlre une .narchandisc d'une a..Uc espece , .1 " Idenlqne c’esl seule.nonl parce qu'ils rep.ësenlenl euvune ialeur nielle et par cequ'ils I^ven ma... en.r
•rJdiatcuettt aux yeux au tuarché des
Notts n’avons pas à fa.rc usage pour le tnotnct.t du^ serx tee
que la marchandise-monnaie nous rend cointne de son remplacement par des chegues, des warranls, etc. , nous tt’avons pas à nous occuper davantage tet de la c tinction entre la vraie monnaie, la monnaie nductaire et la fausse monnaie ; ni de toutes les considérations qui s attachent naturellement à l’émission de dilTerenles sortes ce monnaie, comme papier-monnaie, monnaie d appoint en iuUre'ou «rgent.el ainsi de s..ite. Toul cela consl.U.e le sujet
‘'^’otTot”e«m'^dc la valeur d'.Schange de, riche^es il nous suffit de faire remarciuer ici cpic, cpicHc que soit forme sous laquelle au marché la marchandise-monnaie se présente à nos veux, - ce n’est pas la quantité de la monnaie comme telle ipVi est d’importance pour producteurs et consommateurs, pour vendeur et acheteurs, mais c est, en real il, la quantité clés articles prêts à la consoinmatmn que des deux côtés, on peut se procurer en échange de a marchandise-monnaie. Kn définitive, ce sont donc des articles piets a la consommation (immédiate ou
entre eux dans la vio sociale : les produi s de inch st.ie s’échan-ent contre les produits de l’agriculture et de lee- • ! es produits efun pays contre ceux d’un autre. La marchandise-lnonnaie dans ces échanges figure seulement comme
uolîon du pru, entendu comme valeur d échange ex-
TIIÉOUIE DE LA VALELH
primée en marchancliso-monnaîe, est au nombre de celles, fort peu nombreuses du reste, sur lesc|uclles les économistes des différentes écoles s’entendent plus ou moins (i).
Une analyse plus précise nous fait voir cpie les deux notions de valeur iréchange et de prix ne se recouvrent pas, mais plutôt qu’elles se complètent : tandis que la Aulcur d’échange d’une marchandise exprime son aptitude h. équivaloir au marché à une quantité déterminée d’autres marclian dises (au nombre desquelles la monnaie, argent ou or), son prix, au contraire, est précisément cette quantité équivalente d’autres marchandises (de monnaie, argent ou or).
Les lois, pourtant, qui régissent la valeur d’échange et le prix, agissent parallèlement et coïncident môme en général (2).
(1) Dans l'école marxiste une grande obscurité entoure les notions de valeur et de prix ; il faut en chercher la cause dans la confusion déjà signalée entre les valeurs de production et d\^t'fiange. Que l’on voie, par exemple, la page (Lms le premier tome du Capital ch lit, 5 i (fnid. franç., p. à3, col. i)oii Marx examine les motifs de « l’écart » et delà « dilTéreiice quantitative » entre « le prix d’une marchandise et sa grandeur de valeur » (die Mdglichkelt qaantitativer Inkougraenz zwisclien Preis und ]Vertligr6sse) et où il trouve que la [lossihililé de celte dilTérence <i gît dans la hirme prix ellemême. » Il faut rapprocher, cependant, des passages seuiblahles où le « prix »> et la a grandeur de valeur » sont opposés Tun à l’autre, certaines piges oi'i l’auteur développe la loi économique qui régit les rapports quantitatifs de réchange entre les produits et où il fait alslractiou des circonslanc. s extérieures qui viennent troubler la règle intime. Dans ce cas le prix n'est (tiüre chose pour Marx que lu valeur d'îrkanje. C'ciît ain-'i qu’il a formulé, [»ar excin- ]de, la définition suivante : « L’expression de vah-ur d’une marchandise en or ; X marchandise A = y marchandise monnaie, est sa forme monnaie ou son prix. » [Loc. cil., p. col. 2). Cette dernière conception du prix revient chez Marx à maintes reprises,aussi dans le troisième tome du Capital où l'auteur nous fait remarquer par exemple (deuxième partie, ch. xxxviu, trad. franç., p. 280) que le prix n’est que a la valeur exprimée en argent » Cf. ensuite ce que Marx dit dans la note 37(trad. franç. pige 70; du premier tome de son Capital sur la réduction des prix au a prix moyen » coimno à « leur règle intime, » Durchschnittspreis alsihrer inneren ricgel). Cette* régie intime » est pour lui réalisé par le travail dans chaque marchandise, c’est-à-dire, — selon la doctrine marxiste, — par $ix valeur. Cf. encore la page fi2 (trad franç.) du meme tome où l’on trouve : « Le prix est le nom luonétiiire du travail réalisé dans la marchandise
(2) * Mais les lois de l’un et de l’autre coïncident. Car, landis que la loi des prix des marchandises nous explique qu'une marchandise obtient un cerLiin prix et pourquoi elle roblicnt, la mémo lot nous explique aussi naturellement que celte marchandise est capable d’obtenir un certain prix et pourquoi elle eu est ciipuble. La loi des prix contient en elle la loi de la va-
TllÉORlE DE LA VALEER
Nous avons pourtant à faire à ce sujet tiuclques observations particulières, qui sont indispensables pour nous faire bien connaître la nature de la valeur d'échange et du
Attendu que le prix d’une marchandise est l’expression de sa valeur d’échange en nnc marchandise spéciale, — la marchandise-monnaie, — tous les changements en valeur d’échangeque subit la matière monnaie elle-même, indépendamment des diverses marchandises dont la valeur s’exprime en monnaie, tovichent seulement le prix, mais non la valeur d’échange de ces autres marchandises. La valeur d échange d’une marchandise restant invariable, il est donc possible que son prix augmente ou diminue en raison inverse de la valeur d’échange de la matière monnaie, de sorte que la même valeur d’échange peut s’exprimer à des moments dilTércnls en des prix dilVérents.
Le phénomène (pic nous venons de constater résulte de ce (pic la valeur d’échange des marchandises s’exprime toujours sons la forme d’une comparaison de ces marchandises avec une marchandise, déterminée qui est elle-même sujette a des altérations en ce (pii concerne la constilulion de sa valeur (valeur dans tous les sens du mot). Nous nous sommes arrêtés déjà en passant à ce fait, lorsejue nous aïoiis fait remai quer avec Uodhertus que l’expression de la valeur d’une marchandise en n argent ou n travail ne donne pas encore une détermination exacte de cette valeur, à moins qu’on ne sache combien valent n argent on n travail par rapport à tonies les antres marchandises. En s’appuyant sur ce fait, G. knies fait observer (pic l’expression de la valeur des marchandises en oi ou en argent est beaucoup moins fixe (|ue par exemple 1 expies-
leur d cclKinge. » (1?ôiim-B\wf.rk, Kapilal und Kapitahins, tome II, livre lit,
ch. 1,1). i3q). „ . ît 1
« On mesMire les marchandises d’après le j>oids d argent ou d or donne
pour les acquérir, et puisqu’on acceple ce poids d'argent ou d or contre toutes les inarctiandises, il faut, les rirconstanres èlunt les mêmes, que la mesure des march.indises d'après le poids d'argent et d’or quelles représenlent se rencontre pré(*iséiiient toujours avec la mesure de leur >aleur, » (Kod— dehtls, Zar LrkenntnisSy p. à7l*
sion de la longueui' d’un objet en mètres, — mesure déterminée et fixée une fois pour toutes (i).
Pour nous c|ui avons déjà, au commencement de cet ouvrage, envisagé le caractère complexe de la valeur sous chacune de ses formes, il y a ici une raison de plus pour expliquer qu’il ne peut pas être question d’une mesure exacte de la valeur telle ([u’il existe une mesure des longueurs ou des surfaces et qu’il s’agit toujours dans l’estimation de la valeur d’échange des marchandises, d’une simple indication.
Nous faisons remarquer ensuite que pour le prix des marchandises il faut répéter l’observation que nous avons faite antérieurement à propos de la valeur d’échange comme de toute autre forme de valeur : le prix exprime toujours un rajiporl, — rapport double, comme nous le savons, — et non une quantité absolue. Le prix d’une marchandise exprime le rapport de cette marchandise à la marchandise-monnaie en mémo temps qu’un rapport de l’une et de l’autre à l’homme. Au commencement de ce chapitre nous avons déjà traité du 'dernier de ces rapports en ce qui concerne la valeur d’échange dont le prix est l’expression en monnaie.
Par opposition à la valeur d’échange le prix est l’élément réel qui se présente dans l’échange à la surface des phénomènes du marché. Sous n’importe quelle forme, la valeur rcslo toujours une notion abstraite ; le prix, au contraire, prend une forme sensible et matérielle.
Lors de notre analyse de la valeur d’usage, nous avons reconnu comme unique fait réel l’expression de cette valeur dans une équation et la comparaison faite par une personne quelconque entre une quantité x d’un bien et une quantité
(i) «... C’est pour celte raison que le « poids-étalon d’argent « {Geldgrund- Qewichi) employé à mesurer la valeur, par exemple 1/3 grammes d’argent, ou iflx gramme d’or, n'est pas à comparer au mèlre-t'Udon, absolument assuré contre tout changement de longueur, ([u’on emploie à mesurer les longueurs, etc., mais plutôt à un bâton long d’un mètre qui, par des circonstances quelconques, peut subir, dans une durée quelconque, des cltnnf*’cmcnts sensibles d’extension. Après cela on peut laisser encore à ce bâton îe même nom qu’auparavant — et de meme employer encore la même quantilé d’argent (4 V 3 grammes» ou d’or (i/4 gramme) pour mesurer la ya~ leijr, — mais rintermédiaire-inesure n’csl pas resté exactement le meme. » (G. Kmhs, Das Gcld, pp. 17a lyS).
V d’un autre bien (.r francs et y litres de vin par exemple) estimées équivalentes, (jcla devenait particulièrement manifeste lorsque nous voulions examiner la dillérence entic les évaluations personnelles faites par plusieurs consommateurs et lorsque nous vovions une deuxième personne estimer par exemple .x francs équivalents à a y litres du même xin. Ce lait réel, cependant, supposait pour être éclairci une connaissance sullisante de la nature de la valeur d’usage.
Maintenant, nous nous trouvons en présence d’un phénomène analogue : la fixation des prix est au marché le fait réel par lecpiel se manifeste a nous la xaleur d échange des marchandises, comme résultat final des comparaisons et évaluations des acheteurs et des vendeurs. Mais ce fait réel lesterait inexplicable si nous ne tentions pas de pénétrer plus profondément dans la nature de la valeur d échangé.
Dans notre définition de la valeur d’échange nous avons déjà distingué entre la valeur d'échange subjective on personnelle qui est déterminée par les évaluations personnelles d’acheteurs et de vendeurs définis, et la valeur d'échange objective ou sociale, qui est déterminée par la valeur de production sociale d’une part et les besoins sociaux de l’autre.
Cette distinction est la conséquence logique de ce que nous avons dit à d’autres endroits dans ce livre sur la nature des besoins humains et des frais de production ; à ces occasions nous avons distingué également entre les besoins individuels et les besoins généraux, de ihème qu’entre les Irais de production personnels et les frais de production .sociaux.
Nos besoins et nos désirs peuvent être considérés d un point de vue personnel ou bien d un point de vue généial. Les besoins et désirs de chaque consommateur en particulier se font valoir au marché, nous l’avons vu, dans la constitution de la totalité des besoins et désirs généraux de chaque
marchandise.
Les deux notions, pourtant, dillérent. Il se peut (ju’un consommateur déterminé éprouve, fùt-ce momentanément, un besoin très sensible d’un article quelconque, tandis qu’au marché le besoin général du même article soit relativement faible. Le cas contraire peut se présenter aussi.
THKCRIE 1>E LA VALEUR
La mùine dislincliou s’impose au sujet des frais de production. Supposons (pi\m producteur (pielconque considère une (juanlilc .t de la niarchai»disc-iuonnaic coiunie ec[ui\alenle aux y hectolitres de blé qu’il porte au marche en s appu\ani sur le fait (pie la quantité x de marchandise monnaie repirsenle les frais de production personnels de ses j hectolitres de blé auginent(*s du profit moven usiud dans sa branche de piodm iion. Il n’est pas certain ([ue, dans ce cas, son calcul soit pris au m arch(* comme base g(‘néralc des transactions sur le lile.Nous savons au contraire cpie les dilh'renls Irais de production peisonnels des divers producteurs se nividlent généralement au marrlu^‘ en une valeur de production sociale et generale.
La dilVércncc (pic nous venons de signahn’ n’est pas négligeable ; mais il est certain que les évaluations personnelles du consommateur et du producteur peuvent Uvujours conser>cr au marclié une cerlaine influence : ce lait se montre a nous avec d'autant plus de clarté que le nombre des acheteurs et dos vendeurs est plus reslreinl. Du reste, la priv-tcnce d’un nombre resireint d’acheteurs ou de vendeurs n’est pas un fait en désaccord avec les rapporls capitalistes les plus d(‘veloppés et avec les conditions du marché tel qu’il se pn'sente à nous dans les centres d’industrie et de commence. l.orsque,a la fin de cet ouvrage, nous étudierons le caractère des trusts et des cartels, nous verrons (pi’il y a des articles de consomma; . on générale, pour lescpiels toute concurrence a cessé du vole des producteurs, représentés au marché, pour ainsi dire, par une seule personne. Parfois les évaluations personnelles et même l’arbitraire personnel peuvent exercer ici une inlluencc jnvdominante. ?s’oublions pas que la rencontre la plus simple entre acheteur et vendeur compte encore pour nous, d’après notre définition, comme un marché.
Si nous tenons compte des considérations ([ui pnVèdent pour l’étude de la valeur d’iTbangc, nous devons donc encore analyser d’une part les inlluences personnelles et de l’autre les inlluences générales (locah's, nationales, etc.). En d’autres termes et pour nous en tenir a des formules antérieures, nous devrons distinguer entre la valeur d écluinge siihjeelive et la valeur d'échange ohjeclive.
THÉORIE DE LA V ALEUR
Le terme de valeur d^échange, cependant, exprime toujours une cerlaine notion objective cl ce que nous ajipidons la valeur d'échange des marchandises esl toujours leur poids spécifique dans la balance de l’échange. Si la Iranslonnalion des évaluations subjectives des acheteurs et des vendeurs en rapports ohjcctiCs et coercitifs d’échange ne se révèle pas toujours avec la inèine clarté, néanmoins la valeur déchange ressort toujours d’une transaction onirc deux parties, n\ùmo au cas où deux personnes seulement se rencontrent au marché. Le pacte délinitivement fait peut être inlluencé par l’une des parties plus que par l’autre, mais il conserve toujours son caractère de transaction, exprimant ainsi un nouveau rapport des richesses à riiommc qui les échange ; par opposition au rapport subjectif de ces richesses au producteur et au consommateur, le nouveau rapport porte toujouis un caractère ohjeclil.
Nous pouvons donc considérer la valeur d’écliniuje subjective comme une valeur objective jugée d’un point de vue personnel et la valeur d'èchanije objective comme une valeur ohjectivc j ugée d’un point de vue général et social.
Nous ne consacrerons pas un chapitre spécial a 1 examen de la valeur d’échange subjective et de sa nature ; cette valeur, en elTet, se présente à nous moins comme une forme spéciale, de la valeur d’échange, (pie comme une déviation personnelle hors de la valeur d’échange objective, ell'ecluée d’un côté ou de l’autre, sous des inlluences suhjectiyc's. ruisque nous pouvons iiarler de ces inlluences subjectives aussi bien par rapport au producteur (|ue par rapport au consommateur, nous pouvons distinguer, si nous voulons, une double valeur d’échange subjective des marchandises.
Pour le producteur, cette valeur d'échange subjective tendra à coïncider avec la valeur de production subjective de sa marchandise. A travers toutes les Iluctuations du marché, il ne perdra pas de vue la nécessité d’obtenir un équivalent du travail que la production de la marchandise lui a coûté personnellement, ou bien des (h'penses en capital qu il a laites, au'nnentées du profit moyen (|u’il espère obtenir. Nous ne prétendons pas par là (ju’il négligera de connaître le niveau
St
2SS THÉORIE DE LA Y VLEUR
de la valeur de production sociale que représente son article. Lorsqu’il a pu le fabriquer dans des t ondilions de production plus que moyennes, il cherchera a profiter du m\(*au plus élève de la valeur de production générale et sociale: mais, si le rapport existant entre l’otlre et la demande, relativement à l’arliclc (|u’il fabrique, lui est défavorable, il se contentera facilement d’un prix moins haut, pour\u du moins que ce prix ne tombe pas au-dessous de la valeur de production personnelle. Lorsqu’il a du produire, au contraire, dans des conditions excessivement dela\orables il s attendra de prime abord à devoir céder sa niarcbandise a un prix correspondant à la valeur de production sociale cpielle représente ; cela ne l’empècliera pas davantage, — le rapport entre l’ollrc et la demande et les fluctuations du marché lui étant lavorables à un moment déterminé, — de remplacer au moment voulu dans ses calculs le niveau général par le niveau subjeclif [)lus élevé; il sVIVorcera d’obtenir un prix aussi voisin fjue possible de ce dernier niveau ou même le dépassant.
Pour le consommateur la question c|ui se pose est un peu dillerente. Dans la période d’échange primitif il pouvait, assurément, exister pour celui-ci un semblable niveau posé par le coût de production personnel et on peut parler dans ce cas d’une valeur d’échange personnelle tendant à coïncider avec le coût de production économisé au consommateur par l’acquisition d’un certain article. Antérieuiement, nous avons eu l’occasion de faire observer en passant que les considérations subjectives qui pouvaient se faire valoir à ce sujet ont eu une influence réelle dans l’économie, lorsqu’elle commençait à se constituer en science sociale. Au temps de Smith, elles ont souvent égaré les
y économistes. , ^ ^
^\Yec les rapports compliqués de la société actuelle et
) l’échange régulier moderne, l’économie des frais que nous
! vcnons'd’indiquer ne pourra plus longtemps exercer une in-
fluence réelle et le plus souvent même elle est entièrement
ell'acée de l’esprit des consommateurs.
Dans la vie sociale de nos jours, où chaque producteur 1 travaille pour d’autres, chacun s’attend, à son tour, à ce
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(luo d’nniros Irovailleronl pour lui cl |wrsoimc no lient comnlc »irieu*raout dans ses cvalualion, dc> marri, andises. de |■éeono, nie des frais qu’il réalise personnellement par le fait ipi’il n’a pas i, produire lui-méme les conta, nos d articles
d’iisaM ionraalier dont il se sert.
C’est pour la même raison que, généralement, le consommateur ne tient pas compte non plus des Irais de production personnels qu’a dû dépenser un individu quelconque qui se présente à lui au marché comme producteur et possesseur d’un article de consommation. 11 ne connaît pas la valeur de nroduction personnelle ipi’un producteur ipielconque peu atlaclicr à un article et ne saurait pas la contrôler, vu e caractère compliipié que montre à présent le travail sociat , du reste, cette valeur, comme valeur de production personnelle, peut lui être indillèrente. Si, en tant que consommateur, il doit prêter attention au niveau de la valeui
de production, - et les producteurs l’y obligent bien,
c’est d’ordinaire celui delà valeur de production objective ou sociale dans lacpielle les frais de production subjectifs se
sont nivelés. ,
A ce point de vue il n’y aurait donc pas lieu de paile
d’une valeur d’échange subjective en ce qui concerne la personne du consommateur. Mais nous savons que ta valeur de in-oduction objective ou sociale ne se réalisé pas directement et sans réserves dans la valeur d’échange et le
lu'ix de vente.
Les évaluations subjectives du consommateur trouvent une autre direction dans laiiuelle elles peuvent se taire valoir. Les marcliandises, en délinitive. sont adietees et vendues au marché parce qu’elles peuvent satisfaire dans la consommation certains besoins ou désirs humains. f>euxci prennent pour le consommateur le caractère <le besoins I et désirs concrets et personnels. Certains articles ipn pre
sentent au marché la même valeur d’échange objective et (lui lui sont également accessibles par leur prix, peuvent avoir pour lui," consommateur, une valeur d’usage très dilte rente. Il peut ainsi donner la préférence à un de ces articles sur tous les autres. Il fait son choix.
290 THÉORIE DE L\ \ VLEL’U
C’est la seconde tendance distinguée par nous qui sc manilcste ici du coté du consoiiunateur, (cudance à juger la valeur d’échange des produits d’après la valeur d’usage immédiate (pi’ils possèdent pour lui. Jalriir d’usaje hjalo, valeur iiéchaïuje é(jnle, voilà la direction de cette seconde tendance.
D’une part, ce n’est que rationnel, sans doute, du point de vue du consommaleur. Lors de notre critique des théories de la valeur qui ont cours actuellement dans la science écononiupu', nous avons vu qu au marche deux hectolitres de hl(‘, à qualités égales, ne v alent pas plus au même moment l’un (jue l’autre pour le consommateur, même si l’un des deux est produit sur un champ plus fertile ou mieux situé que l’autre et que, par suite, les frais de sa production soient moins élevés.
Semblaldcs au sac de blé qui ne garde pas trace des frais (pie sa production a coiités, le fer ou le cuivre ne portent pas en caractères apparents l’indication de la profondeur à laquelle la terre les a fournis. Les caractères intrinsèques des marchandises ne nous disent pas si les frais nécessaires à leur production sont au-dessus ou audessous de la moyenne. C’est là précisément une des raisons pour lesquelles la valeur d’échange et la valeur de production ne sauraient être identifiées purement et simplement.
D’autre part, si les évaluations des consommateurs, exerçant une inlluence considérable sur l’échange, restent, pour chacun d’eux en particulier, une inlluence personnelle, il est non moins manifeste que ces dillérentes inlluences sc nlvidlcnt au marché, tout comme le font les dillérentes valeurs de production personnelles attribuées par les divers producteurs à leurs marchandi.ses. Aussi bien que le producteur, le consommateur voit au marché se dresser devant scs yeux une valeur d’échange objective ; cette valeur d’i'changc objective, il doit la distinguer de ses propres évaluations réglées d’après son usage personnel.
Dans notre analyse de la valeur d’usage, nous avons vu que l’arrlèrc-pcnsée de la valeur d’échange objective des
It
xnÉouiE 13 r: la. valelr
biens peut parfois inllucr diiTctemeiit im-mc sur leur valeur d’usage subjective. En ce qui concerne celte dernière hn-mc de valeur, nous avons vu toute espèce d’articles, satisfaisant des besoins et des dé.sirs buinains très dillércnts, tendre vers un niveau lixe, celui de leur v aleur d échange objective, ou bien, — au cas spécial delà production personnelle,
— colui (le Icnv coût de production.
Par les deux phénomènes que nous venons d observer successivement, nous devons nous ('xplicpicr le but (pie, du C(jté du consommateur, il y a encore lieu de distinguer nettement au marché la valeur d’échaïuje subjective des produits et leur valeur d'èchamje objective. Cependant, pour le consommaleur comme ]iour le producteur c est toujoms la valeur d'éctiamje objective ou sociale des produits (pii reste
la forme (jênérale de la valeur d'échaïuje (1).
Lors(juc nous parlerons dans les pages suivantes de la valeur d'écltan<ie des marchandises tout .simplement, c’est donc la valeur d’iîchauge objective (pie nous voudrons désigner. Les
besoins et désirs purement personnels des vendeurs et acheteurs ne s’expriment en elle (pi’eii tant (pie Iraclioii des besoins et désirs généraux. C'est la totalité de ces besoins et désirs (pii crée au marché la demande totale cl cllcctive d un
(i) M BOiim-Huverk a caracU-risô la valeur d'échange subjective comnic. il suit : « La nuanlité (le la valeur criVcliange (sul.jecliyc)..... . coincule evi-
.Icmmcnt avec la quantil.- de la valeur d’usage des arlicks de consommatioD que l'on lient (iclianger contre le bien en (jueslion » (Aa/)d<i/ und hapital.ms, tome II, livre 111, cli 1, § f,. p- .7O.1 L’est là une conception très répandue dans le monde des économistes (.rticiels. 11 est évident cependant, (lUC généralement la valeur d'érliaiuje subjerlive [lossedce par un bien a- (un liccîolitre de blé, par exemple) pour son eonsoiiimaleiir tendra a coïncider avec la valeur d'usaue do ce même bien .r et non avec celle d un autre bien v. En outre, la tlicoric de M. Bol, in ne regarde ici que le cote du consomm.'deur apportant au inarclié sa marcliandise-mounaie et ayant en vue sa consommation personnelle directe ou bien productive. Mais elle nég ligé le côté du producteur ; la valeur d’échanye personnelle .lue celui-ci attri buera .1 son proîliiit est détcrininéc, comme nous l’avons vu, par des facleur.s tout autres ipie la valeur d’usage personnelle des dizaines ou centaines d articles de consmumation qu’il pourrait échanger contre son produit piir 1 intermediaire de l’argent. Ce que la délinilion de M. Bolim appe lé ici fubi» d'êvl,an>,e subjerlive est en réalité tout autre chose pour le producteur ; c est fusaae subjectif de \u valeur d’èchan;,e otjeetive. tout bien considéré, la dehnition que nous discutons se rapporte donc seulement a la valeur d eehan<je personnelle que possède la marchandise-monnaie dans les iiuiins de laLhctcui.
2Q2 TIIÉOIUK DE LA VALEUU
article quelconque, à laquelle fait lace, comme offre, la uuaulité totale du môme article apportée parles producteurs. Pour la détermination quantitative de la valeur d échangé objective, dont nous traiterons dans un chapitre suivant, celte totalité des besoins et désirs généraux des consommateurs joue ainsi un rôle important. , . 1-. 1
U ressort de notre analvsc que tout ce qui a ele dit plus haut sur le caractère subjectif ou objectif de la valeur d’échange est également applicable au prix des marcbandises. Du reste, c’esrcc qui résulte déjà immédiatement de notre déliiiition même, le prix des marcbandises n’étant autre chose, selon cette défiultlon, que l’expression de leur valeur
d ccliaiiiïc sous la forme monuaic. iw i
De même que nous avons distingué la valeur d échange
subjective ou personnelle comme une inaexion à la valeur d’échange objective ou sociale, ainsi nous distinguerons de même le prix d'occasion comme une intlexion au prix de
marché général.
On rcncobtre le prix d’occasion dans chaque commerce et dans chaque Industrie. On propose, par exemple, des prix d’occasion dans nos bazars et grands magasins modernes pour certains « articles de réclame », destinés à attirer le public. Les propriétaires de ces établissements n’bésilcnl pas h les vendre au-dessous de leur prix de marché, parce que cette perte sera réparée par la vente des autres articles. Dans nos "randes entreprises commerciales ou industrielles, im portant pour les entrepreneurs est de se debarrasser des grandes ‘nasses de leurs produits à un prix qui leur permette de réaliser un certain profit total ; l’essentiel est que ce probt total atlei'Mie au-dessus du prix de revient total nn chiffre proportionné au capital, qu’il égale du moins le profit moyen usuel dans la branche d’industrie ou de commerce en qiics-
11 est. dans certaines circonstances, dillicile de décider si un prix doit être considéré comme prix d'occasion, ou s’il ne fait (lue refléter exactement les oscillations que subit le prix de marclié selon les variations de l’offre et de la demande et s il est ainsi l’expression fidèle du prix de marché. Dans la réalité,
TIIÉOHIE DE LA A^4LELK
il nous est souvent impossible de désigner nettement le point où le prix de marché général cesse et où commence le prix d’occasion. Naturellcmenl, les diflicullés que nous rencontrons sur ce point augmentent encore a\ec la dilTeiencc de
caractère des marchés eux- memes.
Le prix de marché (jênèral d’une marchandise en un certain lieu est le prix de cette marchandise au centre de transactions dont ce lieu dépend en dernier ressort pour celte marchandise en particulier. Ce centre de transactions est, d’une façon générale, le point ou les acheteurs se lencontrent directement avec les producteurs ou leuis représentants immédiats, de sorte que la marchandise est fournie sans rintervenlion d’intermédiaires (de première
main), ^ ^
Le centre de transactions peut dillerer avec la marchan-
dise et avec le lieu. Pour le lait, les œufs, les légumes, chaque bourg de France peut être considéré comme un centre detransaclions de cet ordre. Pour le café, un centre comme le Havre fait sentir son inlluence sur tout un pays. Pour l’or, le monde entier dépend du marché de Londres. Pour des marchandises de même espèce un centre de transactions peut souvent
inlluor sur un autre.
En ce qui concerne le prix de marché nous devons souvent distinguer le prie de marché spécial du prix de marché général et régllaleur dans une sphère déterminée de production et de consommation ; dans le premier cas^ les mmehandises sont, comme on dil, de deuxième, de troisième main. Les deux prix que nous avons distingués dépendent au marché, sous le ré-Inie de la libre concurrence, des mêmes principes généraux que nous aurons à examiner de plus près dans le chapitre
suivant. . it n ,
Le commerçant ([ui fait ses provisions le matin aux Halles
centrales de Paris reçoit, peut-on dire, ses marchandises de première main. Le prix qui s’impose à lui au marché pour les diverses denrées est le prix de marché général et régulateur. La lixallon de ce prix, comme nous le verrons, se fait sous la double action de la valeur de production cl de la valeur d’usage de chaque inarchandise, la dernière valeur
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TIIKOIUE DE r.\ VALEUR
s’exprimant chacjuc fois dans le rappoit de la demande totale et clfective à l’oIVrc totale (i).
Lorsque notre commerçant va ensuite avec sa provision h son petit marché, dans un ([uartier populaire de la capitale ou dans la banlieue, lorsqu'il étale ses denrées dans une boutique quelconque, ce prix de marché général et régulateur reste toujours la base des prix de marché spéciaux ([uî peuvent se constituer ici.
11 n’y a, scrnblc-t-il à première vue, qu’à ajouter au prix de marché général et régalaieiir les frais dépensés pour le nouveau transport et le profit moyen du marcliand de a demigros » ou de détail pour trouver le prix de marché spécial ; il peut, cependant, sc présentera ce dernier marclié tout autres rapports de folTrc et de la demande qu’au premier ; en elVet, il s’agit ici d’un cercle restreint par opposition à la zone plus vaste sur laquelle le centre de transactions exerce scs inlluences complexes.
11 est vrai que les vendeurs s’entendront d’ordinaire dans ce cercle restreint sur les prix qu’ils proposeront, — c’est aussi le cas, du reste, au premier marché, — mais cela laisse notre distinction intacte. Au marché central, comme au marché secondaire, peuvent ensuite se présenter des prix d'occasion ; partout où ces prix d’occasion peuvent s’établir temporairement comme prix de marché, nous les traiterons dans notre étude spéciale comme prix de marché occasionnels.
L’esquisse que nous venons de donner se rattache en général à la lixalion des prix de tous les articles d’usage journalier en tant, du moins, qu’ils sont régis par la libre concurrence des vendeurs et des acheteurs. L’entrepreneur du
(1) Il est donc tout naturel que le prix rè;iülateur général du marché soit pour nous tout autre chose que |Kir exemple pour Técole marxiste, qui le confond avec le coàl dr production \ celui-ci est [>oiir elle le coût du marché ou le prix moven du marché. Celle notion conitorde avec ce que nous avons appelé valeur de production sociale. (Voir Ixvui, Muix, Diu hapilal, Ionie III, deuxième [lartie. cli. xxxviii, Irad. fram*., p. ai'i.iX. le texte «triginal : a hs ist nberhaupt in der Gestali des Marktpreises und weiter in der (hydalt des regulirenden Marktpreises oder Marhi-Produktionspreises, dass sich die I\atur des H erths der Waaren darslellt, u. s. w. » loe. cd., S. iSo),
grand bazar d’arllclcs de ménage, les marchands en gros de blés, combustibles, matériaux de construction, etc., s’approvisionnent chez les producteurs immédiats au marché national sinon international ; les petits commerçants et marchands en détail portent ensuite toutes ces marchandises, à des prix de marché spéciaux, jus([u’auv plus petits hameaux et dans les mains des consommateurs directs. Aux marchés des deux catégories peuvent se présenter, à coté des prix de marché, des prix d’occasion et ces derniers peuvent devenir, dans certaines conditions, des prix de marché occasionnels.
La valeur d’échange est la forme de valeur caractéristique d’une période de civilisation humaine dans laquelle la société sc base sur la propriété privée et sur réchange immédiat de produits et de services entre les membres de la société agissant personnellement. C’est donc une forme de valeur liée à une forme déterminée de société. Sous toute forme de société les richesses présentent nécessairement une certaine valeur d'usage, précisément puisque celle valeur s’exprime imincdiatcnicnt dans la consommation de ces richesses par riiomine ; clics présentent de même toujours une certaine valeur de production en tant que leur acquisition nécessite un coût ([uclconquc, amenant l’homme à attribuer par suite aux richesses une « valeur i) propoiilonnclle. La valeur d'échange, au contraire, s’attache soulonienl à une phase particulière de la civilisation pendant laquelle producteurs et consommateurs se rencontrent au marché comme vendeurs et acheteurs d’articles de consommation.
Les tribus vivant à l’état de communisme primitif ne connaissent pas celle dernière forme de valeur ; le monde antique, basé sur le travail d’esclaves, ne l’a pas connu davantage, en tant du moins qu’il produisait, lui aussi, pour le propre usage dos membres de chaque cercle patriarcal. Lorsque, dans CCS siècles de civilisation, les groupes produclifs échangeaient accUlentcllement entre eux une certaine quanliié do leurs produits, la valeur d’échange, néanmoins, 11e prenait jamais celte forme nette cl spéciale qu'elle a obtenue, avec la société
2gg théorie de la. valeur
moderne, dans le prix de m«rc/ié. Nous avons vu, au conlraiie, que dans la société ancienne ctlcs tribus communistes les transactions éventuelles entre individus ou groupes d’individus devaient être comprises plutôt comme des échanges primitils
de valeurs d’usages immédiates. i r •.
Dans la société socialiste- communiste, telle que nous la lait entrevoir la critique de la société capitaliste moderne, on ne saurait parler davantage d’une valeur d échange des richesses, si la production pour le propre usage des groupes, villages, villes, nations, — devait y remplacer la production pour le marché. Avec l’échange même, la valeur d’échange aumit cesse d’e.vister. Dans une société communiste, x kilos de lontc de fer seraient considérés comme équivalents à j halles de coton ou ^ hectolitres de blés, lorsque la quantité x du premier article de consommation pourrait être produite avec le meme coi'it de capital (travail antérieur) et de travail immédiat que les quantités y ou z des autres articles. Naturellement, la valeur d’usage particulière des dilférents articles conserverait toujours son influence par rapport à l’appui spécial que certains agents naturels peuvent accorder à l’homme dans la production et par rapport aussi à la rareté momentanée ou durable des richesses. D’ordinaire, toutes ces influences sc font sentir immédiatement sur le coût nécessaire à la production des richesses. Lorsqu’avec la même dépense en capital et en travail, on produirait, dans une société communiste, des quantités dlflérentes de minerai de fer ou de blé, oii des vins de qualités diflérentes selon l’aide plus ou moins eflicacc des agents naturels et le plus ou moins de rareté des matériaux nécessaires, cette difiérence en quantité ou en qualité des richesses pioduites s’exprimerait par la possession d une valeur d usage plus ou moins grande. Mais l’action des valeurs de production et d’usage ne donnerait pas lieu, dans une société communiste, à la constitution d’une nouvelle et troisième forme de valeur bien séparée des autres. En ce qui concerne la très grande partie des produits d'usage journalier, la valeur de produclion
représenterait la forme générale delà valeur.
Pour notre recherche sur la nature de la valeur d échange, il y a intérêt à faire remarquer ici que la simple substitution
«Il
THÉORIE DE LA YALE L U
des groupes ou des communes aux acheteurs et vendeurs individuels n’entraîne pas nécessairement la disparition de la valeur d’échange comme forme spéciale de valeur. Cette valeur, au contraire, continue à exister, tant que les riche.sses se présentent à nous avec leur cai’actère de marchandises.
Une commune qui entreprendrait l’achat et la consommation communistes de son blé, de son pain et de sa farine prendrait assurément une mesure comparable, jusqu a un certain point, à la construction, au compte commun, d’une conduite d’eau fournis.sant de l’eau potable ; ou à la fondation, à frais communs, d’un jardin public, d un musée ; ou enfin au pavage des rues et à la construction des ponts et d égouts, — travaux qui présentent tous un caractère plus ou moins communiste. Mais nous devons pcconnaitre qu’il y a, ;i ce sujet, une dillérence carastéristiquedue à la circonstance que la consommation du blé, du pain, de la larine n est pas enlermee, par la nature de ces articles, dans un cercle local bien déterminé. L’eau potable qu’une conduite d’eau fournil à quelques milliers d’habitants à la fois, possède pour ces consommateurs, ;i côté de sa haute valeur d’usage, une certaine valeur de production que nous connaissons par notre étude antérieure ; l’eau, pourtant, ne possède pas généralement de valeur d’échange. Tel n’est pas le cas pour le blé, le pain et la farine, achetés et consommés en commun par la population d’une commune. Le système communiste, comme nous l’avons montré plus haut, pourrait introduire à ce sujet des économies essentielles; il pourrait de même prévenir la falsification de CCS denrées de première nécessite ; mais, en definitive, la commune, tout comme le consommateur particulier de notre époque, aurait à acheter le blé au marché ; dans le cas où la commune serait producteur de hlé, elle aurait de même à vendre au marché le surplus de sa production. Ev idemment, il en serait ainsi jusqu’à l’époque où un nombre suffisant d’autres communes auraient réglé, selon le mode communiste, la production et la consommation de leur blé, nationalement ou même internationalement. La production ou la consommation en commun du blé, du’ pain et de la farine, introduites dans une seule commune ou dans quelques communes
seulement, n’empêclieraicnt donc pas les articles en question de conserver, à côté des vctleiivs de production et d usage, leur propre valeur d’éc/ia/iÿc et, par suite, leur prix de marche particulier.Le blé, le pain et la farine ne seraient pas soustraits, par une telle mesure, à la sphère des rapports d échange et aux spéculations capitalistes. Ij’avantage materiel immédiat dont jouiraient les groupes qui auraient pris cette mesure, consisterait dans réconomic du travail des intermediaires, c est-adire dans la disparition de la dillerencc entre le prix de marche général et le prix démarché spécial et locai