‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 25 sur 39 · C ® © CL · texte numérisé non relu

C ® © CL

ffl *0 •“

c e « © i « c- S eu

•T. -Si ’i)

Impôts

Total eu dollars

dollars

dollar.^

dollars

dollars

dollars

io/i,<j53

I ii3, 758(1)

Les élablissomcnts en quesiiou ont noté en outre les Irais (( additionnels » suivants :

Etablissements

Assurances

Intérêt du capital

Dépréciation du materiel

Total des frais addilionnuls

dollars

dollars

dollars

dollars

3o,6ôq

3o,ooo

3i,2oo {2)

Pour une tonne de fonte de fer de 3 3'|0 livres, les frais de production se répartissaient comme il suit :

(i) Sixlh Annual Report^ p. 5i. Lor, dt., j>. 58.

lUÉOUIK DE LA VALKLU

Frais de production compris dans une tonne de fonte de ft

MatériauK

Établissements

Pierre

calcaire

Cbarbon

Minerai

dollars

dollars

Elablissemenl

Salaires

Appointements des employés

Dépenses supplômentairea et réparations

Inipùls

CB 0 ü

dollars

dollar»

dollars

dollars

o.oSq

os3

3ÔO

ooo

En examinant de près les éléments cjnî constituent ici les frais de production, nous apercevons tout d’abord les deux catégories de frais que nous avons déjà distinguées antérieurement en capital circnlani et capital fixe, le premier entrant entièrement, le dernier partiellement dans le produit total annuel d’une entreprise ou dans cliaque unité delà marchandise, par exemple dans chaque tonne de fonte de fer. Nous savons qu’en général les matières premières et secondaires ainsi que le travail directement appliqué à chaque produit appartiennent à la première catégorie de frais ; les moyens de travail (bâtiments, machines et outils, etc.), à la dernière.

Dans les tableaux que nous venons de donner, les dépenses en capital circulant, faites pour l’achat des dilTérents maléliaux (minerai, pierre calcaire, cokes, etc.), et pour le payement des salaires des ouvriers et des employés dépassent de benneoun. dans leur ensemlde, celles (lui sont faites ])our

contrebalancer la perte de capital fixe.

Cela s’applique à la production totale de l’entreprise pendant une période déterminée et encore aux frais de production que représente chaque tonne de fonte de fer.

Le plus petit des établissements dont nous venons d’exposer les frais de production est en même temps un des moindres parmi les 118 établissements do fonte do for que le Dé-

(1) Loc. jcil.^ p. Go,

parlement du Travail de Waslilngloii a pu examiner. Ou peut penser néanmoins (juc son exploitation nécessite encore un capital considérable relativement aux moyens qui étaient généralement à la disposition du petit inaîlrc-aiiisan médiéval. En elTet, pour produire 3/i tonnes de fonte de 1er par jour, il faut dépenser 1 5 ooo dollars par mois pour matériaux et 800 dollars pour salaires d’ouvriers et d’employés, ce qui suppose un capital assez important en batiments, machines, ôuiillage, etc.

11 est vrai ((ue. pour chaque tonne de fonte, les dépenses en capital lixe ne ligurent qu’avec un chilTre relativement très modeste ; c’est (ju’en effet [)our cha([iu* unité de marchandise et dans une période donnée c’est seulement la dépi'éciation des immeubles, l’usure des machines, etc., qui entrent ralionnellemenl eu ligne de compte. Mais la mise de fonds pour les immeubles, machines, etc., doil être faite ca ioialitii \ le capital lixc que nécessite la fondation de l’établissement doit être disponible dans son entier, avant qu’on puisse produire de la fonte dans les conditions capitalistes de la production et à des prix de vente capitalistes.

11 est difficile de supposer que l’entrepreneur capitaliste avance ce capital par prédilection naturelle pour la production de la fonte de fer, ou parce que le fer lui est plus nécessaire qu’à scs concitoyens. Son but immédiat, en tant qu’enlrepreneur capitaliste, est la réalisation de la valeur d’échange de son produit au marché du fer et ce qu il di^sirc se réserver personnellement par la réalisation de celle valeur est l’excédent du prix de scs marchandises par rapport

à ses propres dépenses avancées en capital lixe et circu-

lant.

En prenant les simples frais de production des marchandises comme base des calculs laits par le producteur au marché moderne, nous ne sommes donc pas au bout de nos recherches : si nous voidons nous jdacer au point de vue de rentrepreneur moderne, nous avons encore à compter immédiatement avec le prolit ([u’il exige, — ce profit calculé en dehors de loiites les dépenses en capital fixe et circulant, aussi des dépenses additionnelles telles que l’inlérct du capital,

l’assurance ou les impôts. L’entrepreneur capitaliste demande un profit net.

Evidemment, il n’est pas certain qu’un entrepreneur quclconcpie pourra réaliser toujours ce profit net dans la concurrence avec scs rivaux. Il peut arriver (|ue scs luarcUan— dises restent invendues ou doivent être laissées aux acheteurs à des prix trop bus pour qu’il obtienne un profil quelconque.

Dans ce cas d’autres entrepreneurs l’ont supplanté. Mais, il est incontestable que la classe capitaliste entière et que 1 ensemble des entrepreneurs capitalistes dans une seule branche d’industrie ila production de fonte de fer par exemple) réaliseront normalement un profit. Si, occasioniiellcinoiit et icmporaircmcnl, le profit commençait a manquer, ils ariéteraient immédiatement la production. Et ils atlcndraicnt que les besoins, croissants des consommateurs aient haussé les pi*ix de marché de leur article spécial, la fonte de fer, de façon à leur permettre de s’assurer de nouveau un profit net dans leur industrie.

En somme, l'élément entier que, de leur côté, les producteurs voudront faire entrer rationnellement dans la valeur d’échange et le prix de marché de leurs produits, ne comprend pas seulement les Irais de production purs et simples de ceux-ci, mais les frais de production H- l^ projit de l entrepreneur capitaliste. Cela s applique a toute espece de marchandises, meme aux catégories de produits d usage journalier, pour lesquels nous avons vu la valeur d échange et les prix de marché montrer une tendance prononcée acomcidei avec la valeur de production. Avec le développement du mode de production capitaliste, la valeur de protluction, elle-même ^ prend la forme de frais de production -t- projit d entrepreneur, et s'exprime dans le prix de revient de V entrepreneur, augmenté

du projit qail se réserve.

Comment fixer la grandeur de ce profit ? Nous nous Irou- j

vous Ici on face d’un nouveau problème. '

Il est sur, comme nous venons de le remarquer déjà, que le prix de revient trace seulement la limite minima qui ■

s’impose du côté du producteur au prix de vente des mar- ‘

chandlsos. Cependant y a-t-il encore d autres limites im- ||

posées à ce prix de marché et par suite au profit réel (pic fait l’entrepreneur?

Nous avons vu (pic rcntreprencur capitaliste, ce (pii le distingue du maître de métier médiéval, peut encore réaliser un profit, tout en vendant ses produits au-dessous de leur valeur-de-li'avail ; seulement il doit les vendre au-dessus du prix de revient.

BientcNt il y eut même là, sous le régime de la concurrence libre et effrénée, une occasion offerte à rcntrc[)reneur capitaliste de chasser ses rivaux du marché en proposant des prix de vente intérieurs aux leurs et d’étendre ainsi son Aiireprise par la vente ri'gulière de ses produits. En produisant sur une échelle toujours plus vaste, il devenait de mieux en mieux à même de prendre le dessus dans la lutte de la concurrence.

S’ensuit-il cpi’un maximum s’impose ici aux prix de marché des marchandises et par suite au profit de rentrepreneur, — ce profit étant le prix de maidié diminué du prix de revient ? El ce maximum est-il dans la valeur-de-travail des marchandises ? En effet, tel peut avoir été le cas au commencement de la production capitaliste et l’on peut même considérer ([uc généralement il en sera encore ainsi (lartout où le travail primilit’ de l’artisan indépendant ou du maître de métier n’a été que très récemment mis hors de combat par rindustric capitaliste, — c’est-à-dire partout où il ne s’agit encore que d’une première brèche à la loi primitive de la valeur-detravail. Lorsque cependant la production capitaliste atteint son plein développement, on peut admettre que celle limite maxima est déjà effacée depuis quehiiies siècles, de sorte (|ue le souvenir même en est disparu dans rexsprit des producteurs et des acheteurs. 11 en est ainsi, répétons-le, non parce que le profit nous apparaît (( sous une forme mystérieuse », comme le prétend la doctrine dialectirpie de Karl ^larx (i). mais par suite d’une évolution historique de plusieurs siècles,

Ti) « Le prolit, lel nous appriiU en ce moment, est donc la plus-

Yaluc, mais sous une forme mvstérieusc inhérente au régime capitalLsIe ». (K. RL Marx, Dus Kapital, l. III, première [wrlte, chaj». i, Irad.lr., p. 1 1 ).

THEORIE DE LA VAT.EfU

dans l’espace desquels la produclion de la très grande partie des marchandises est parvenue à se détacher complètement de la loi primilim de la valeur~de~travaiL

Au début, lors(|uc la production capitaliste commence à s’emparer d’une branche de métier quclcon([ue, rentreprencur capitaliste se trouve en présence de limites très étendues entre lestjuclles il peut se réserver un profit. Pendant celte période d’éclosion, en effet, il voit devant ses yeux, en bas le propre prix de revient, en haut la valeur-dc-travail primitive, la dernière de rigueur encore pour la très grande partie de ses concurrents. Entre ces limites il a la main libre dans la pi’Oductlon nouvelle. Tout y est encore en fermentation ; la produclion capitaliste n’a pas encore obtenu une lorme fixe, bien quelle ail fait déjà une l)rèche au régime de la valeur-dc- Iravail primili\e.

Dans celte phase transitoire de la production qui va du travail de l’artisan à l’induslrie moderne, les profits des entrepreneurs capitalistes sont d’ordinaire excessivement élevés. Les prix de marché subissent journellement des chocs, pour baisser de plus en plus, dans des intervalles relativement courts, au fur et à mesure que la nouvelle production se généralise. L’usage de la « Jeannette » (Spinning-jenny), le métier à filer en gros, a entraîné une véritable révolution économi(juc dans une branche entière de la production.

Il ressort de ce que nous venons de dire (ju’au début de la pi'oduction capitaliste le profit différait beaucoup selon les entrepreneurs. De même le profit divisé par le capital total (le taux du projlt) était fort différent à celle époque, non seulement dans les diverses sphères de la production comparées l’une à l’autre, mais encore dans chacjuc sphère en particulier.

Ceci nous est d’autant plus compréhensible ([ue nous connaissons déjà le coût immédiat de la production comme une grandeur fort variable, surtout au début de la production capitaliste, pour les dl>crs entrepreneurs d’une même branche do production. Notons cn(on‘ <pic les salaires, — jiarlie très spéciale d(\s frais de production, — pourront augmenter quehpie peu dans une sphère do produclion

248 TllÉORIK DE L\ VALEUU

nouvellement Iransformée et atteignant une période de pros- ])érlté soudaine ; niais ils ne surpasseront pas beaucoup, généralement, le niveau des salaires payés dans les autres sphères de la produclion. Une dilTérencc durable dans le degré d’exploilalion des ouvriers, qui reposerait sur un motif autre (lue la dilTérence en dextérité des ouvriers, serait coniraire au principe de la libre ex[)loilalion du travail. Hien que la quantité de travail nécessaire à la fabrication d une marchandise ail pu sensiblement diminuer par la nouvelle méthode de producliou, nous devons admettre, néanmoins, t(ue les salaires sont restés plus constants et ne se sont (jue relativement peu élevés au-dessus du niveau (pi’ils atteignaient sous l’ancien mode de produclion. L influence de ce phénomène a été particulièrement Importante p^ytout ou le bouleversement d’une branche de production était accompagné d’un bouleversement parallèle dans les industries des matières premières et secondaires. C’est, en effet, ce qui s est passé généralement dans la période de l'évolution économique que nous présentent la dernière partie du xviii' et le commencement du xTx” siècles Aussi trouvons-nous la une des causes principales de la latitude laissée à l’entrepreneur dans la première phase d’exploitation capitaliste, en ce qui concerne la réalisation de son profit industriel ou com-

mercial

La valeur d’échange des marchandises ne se réalisé qu au marché et dans la fixation même des prix de vente. Quels que soient les frais dépensés à la production d une marchandise, elle ne vaut au marché ni plus ni moins qu une autre, si celle-ci possède les mêmes caracti'res physiques, chimiques, etc., et correspond ainsi aux mêmes besoins et désirs humains. Dès que l’article provenant ilu domicile de l’artisan ou de l’atelier du petit patron ne se distingue en rien de J celui qui sort d’un établissement moderne de pande in-

dustrie, chaque exemplaire ou chaque quantité égale de l’une cl de l’autre représentera au marché la même valeur.

La prnilncüon et la distribution capitalistes nivellent en premier lieu les prie de marché des marchandises et non les profils des entrepreneurs. Au contraire, le prolil de 1 entre-

THEOïUE DE L.V VAEEUn

prenonr n'clanl autre chose que l’cxccdcnt du prix de vonle d*un produit sur le prix de revient, — ce dernier prix comprenant toutes les dépenses faites par renlreprcneur. — le prolit a pu varier d’autant plus que, dans la première période du capitalisme, les frais de produclion étaient plus dillérents. Ce n’est que dans le courant des années et à mesure que la production capitaliste commence à s’emparer successivement de toutes les branches principales de la produclion, que nous voyons naître, a côté de celte tendance originelle, une deuxième tendance, caractérisant essenlicllement le capitalisme moderne sous le régime de la libre concurrence; c’est la tendance a niveler aussi le taux du profit des entrepreneurs.

Avant de pouvoir rechercher ici les principes qui caractérisent, Il ce point de vue, la produclion capitaliste moderne, nous avons à retourner encore à l’analyse des frais de produclion pour en soumettre un élément particulier, — les frais de circulation, — à une étude spéciale. .Nous avons à exposer jiarliculièrcment nos idées à ce sujet à cause de la divergence tf opinions qu’il entraîne et de la confusion qui l’entoure dans la science économique. '

La doctrine marxiste de la valeur a posé en principe que seul le travail dépensé directement à la production des richesses doit être considéré comme créant de la valeur, tandis que le travail appliqué aux richesses dans la sphère de leur circulation ne sert ({u’à rendre possible la transformation du capital monétaire en marchandise et inversement.

Nous ne pouvons pas suivre la doctrine marxiste sur ce terrain dans tous ses détails (i), mais nous lui opposons tout

(i) Voir surtout, pour la tlicorîe (le Marx sur les frais de circulation, lo deuxieme tmne du Capital, chap I iv, pp.3i-37 de la traduction française et ensuite ibidem tout le sixiciuc cliapitrc, trad. franç., pp. 122-1/18,

Je renvoie ])articulicrement, le lecteur (pii voudrait se rendre compte de la confusion régnant chez Marx au sujet des frais de circulation aux piges 35-36 du deuxième tome (trad franç.,; ovi rauleur enrôle dans le « procès de prtKluction » tout le travail de <( Tindustrie des transports » (Kommunikationsindaslrie), — aussi -bien celui du transport de communications. lettres, télégrammes, etc. .que celui de « Tindustrie des transports pr<jprement dite » (eiffentUche Transportindastrii'), Marx n"a pu contester la productivité de ces deux catégories de travail. C’est là la raison de cette classifuNition .singidièrc. Ensuite, je renvoie aux pages ii3 et ii/|, où Tau-

ir

25o THÉOaiE DE LA VALEUR

d’aliord ce principe general ; nous ne pouvons, sous aucune l’orme de la société, tracer une séparation nette et fondamentale, en ce qui concerne la création do la valeur, entre les frais de la production proprement dite el les frais de la circulation des marchandises. Si nous devons en principe considérer la production des marchandises, au sens strict du mot, comme présentant un élément constitutif de la valeur d’échange de ces marchandises, nous n’aAons aucune raison de refuser la meme propriété à la circulation des marcl»andiscs et aux frais qu’elle coûte. Eu avançant ceci, nous prétendons en même temps que, sous n’inq^orte quelle forme de la société, le capital industriel et le capital engagé dans la circulation (transport, etc.) des marchandises sont aussi productifs Tun ({UC l’autre, et ([ue, sur la base de la production capitaliste, il en est de meme du capital commercial.

Dans la société capitaliste il n’y a pas de dilTérencc fondamentale, au point de vue (jui nous occupe, entre les diverses fonctions de renlrcprciicur capitaliste, comme fabricant,

teur développe la différence enlre la durée de la production ( Produhlionsrei/) et celle du travail (ArheitszeU). Marx comprend ici dans la jK*ri(xle de production tics moyens de production (dte Prodüktionszeit der Prodaktions^ iniUel) non seulement « rinterruplion périodique » des procès de lra\aü, — dans la nuit, ]>ar exemple, — pour les maclnnes, etc., mais aussi le temps pendant letjuel les matières premières et auxiliaires apprliennent à la a pro\ision », dont le ca[ûtaliste doit disposer, afin de pouvoir continuer la ])rodiictlon, pendant des périodes plus ou moins longues ; le temps pendant lequel cette provision de matières premières, etc., est engagée dans la production (sa Prodiiklionszeit) ne coïncide donc pas, dit Marx, avec celui durant lequel elle fonctionue (sa Funktionszeil). Comparez, cependant, avec ce même [>ass;»ge, la page i33, d*après la(|uelle ces memes matières [>remières et secondaires, lorsqu’elles se trouvent en provision dans le magasin d’un marcliand cl que les frais de circulation qu’elles nécessitent « résultent uniquement delà forme de la production sociale », comme dit Marx in-

génument, causent des frais qui ne représentent pas de valeur. Ce sont alors des fmix frais tout comme ceux que nécessite* le temps consacré à la venle-acliat n iKanf-und Verkaufszeil}, dont Marx jxirle, pp. i23-ia5, ou encore la * comptabilité »(pp. 127-128). Tout cela n’enipeclie ps Marx tie voir qu’il n’y a ps de différence pur la coiislilulion de valeur et la création de produits entre les provisions tpii se trouvent dans les mains de leur producteur el celles qui restent emmagasinées chez un commerçant en gros. Marx dit (p. i63) : « Cela n’a aucune importance pour la marchandise en elle-même, qui ii’esl nullement affectée de ce que les frais du stock, relomheut sur le producteur plutôt que sur une série de commerçants de A à Z. »

entrepreneur de transports, ou coniniereant. 11 est certain cpie, dans une société communiste, l’entrepreneur particulier disixiraîtrait successivement de toutes les branches de la production : il est non moins certain que, dans la société capitaliste, le travail du fabricant, de l’ontrcprencur de transports et jusqu'à un certain point aussi celui du commerçant, doivent

être considérés comme nécessaires.

Un produit transporté au lieu de sa destination est un autre produit en ce qui concerne sa valeur; il sera autre encore, au même point de vue, lorsqu’il sera livré au marché dans les mains du consommateur. Dans les deux cas, le travail nécessaire pour transporter ce produit d’un lieu a un autre ou d’une personne à une autre, est un élément conslitulil de ce que nous avons appelé en termes généraux la valeur de production et par suite aussi de la valeur d’échange. Du reste, tout cela ressort déjà du principe amplement ex|vosc par nous que la valeur suppose toujours un rapport d’une richesse à un lioinmc ou à une collectivité d’hommes cl ijuc, ]iar suite, les richesses ne peuvent réaliser aucune valeur lorsque, ]iar des circonstances extérieures, elles échappent à ce rapport avec l’homme pris en tant que consommateur. Le bois fendu ([iii repose cnrorc sur les pontes de la Norvège, ou encore le riz et les épiceries fines récoltées dans les îles des Indes orienlalcs, n’auraient pas la moindre valeur pour nos populations d’Europe, s’ils ne pouvaient nous être apportés et circuler parmi nous de main en main.

Tout autre naturellemont est la cpiostion de savoir si les frais dépensés par renlreprencur de transports et le commerçant dans la splière de la circulation pourront entièrement SC réaliser au marché ; c’est-à-dire si, dans la valeur d’échange et le prix do marché, entreront, en définitive, tous les frais on travail ou on capital de l’entrepreneur et du commerçant. Cette question assurément exige un examen spécial. L’entrepreneur de transports et le commerçant, ne dépensent aux marchandises que leurs frais personnels en travail ou en capital, tandis qu’au marché capitaliste et sous le ré'dme de la libre concurrence ce sont les frais de production '"sociaux dans leur ensemble, — y compris les frais de

circulation, — qui sc rcaliscnl géneraloment dans les prix. N'oublions pas, cependant, que nous avons du faire déjà la meme réserve à propos des frais de production au sens strict du mot, de sorte que, sur ce point encore, il n’v a pas une différence fondamentale entre le travail de production immédiat d'une part et le travail de transport et de commerce de l’autre.

Dans toutes nos observations à ce sujet, nous devons tenir compte de ceci ; les frais de production sociaux entiers, — y compris les frais de transport et de commerce, — tels (ju’ils survivent au nivellement des prix de marebé, ne sont soumis qu’à une évaluation grossière faite par la vie pratique.

Nous devons reconnaître ensuite qu(*, sous le régime de la production et de la distribution capitalistes, on compte nécessairement avec un montant considérable de frais, qui se réalisent au marché dans les prix de vente des marcliandises, mais qui disparaîtraient sans doute jus(ju’à un certain point sous un mode de production et de distribution phis rationnel et plus développé, et qui seraient considérés alors comme des U faux frais ».

Le marebé capitaliste laisse seulement irréalisés les frais de production, transport ou commerce qni, dans leur ensemble, feraient hausser le prix d’un produit au-dessus du coût auquel, au point de vue capitaliste, la satisfaction de la demande totale est possible. C’est là le principe général que nous aurons à développer encore dans notre chapitre sur la valeur d’échange.

Remarquons bien cependant que, sous n’imporle quelle forme sociale, dans une société communiste future comme dans la société actuelle, reste toujours nécessaire un certain travail pour apporter les produits du lieu de leur origine au lieu de leur distribution ; il faut de meme un autre travail pour livrer les produits à leurs consommateurs immédiats. Toute espèce de travail appartenant à ces deux catégories, ainsi que tout travail (|ui en ressort directement ou indirectement : emballage, assortiment, étalage, conservation dans les entrepôts et les magasins, comptabilité, etc., est à considérer en principe comme du travail productif propre à augmenter la

THÉORIE DE LA VALEUa

valeur de production et, par suite, la valeur d’échange des marchandises.

Le fait que le transport des marchandises du producteur au consommateur nécessite dans notre socieh' capitaliste un gaspillage considérable de force humaine, ne caractérise donc pas en principe le travail qui est lait dans la sphère de la circulation des marchandises comme un travail improductif.

Eclaircissons encore notre opinion par un exemple concret : Le progrès de la civilisation pourra successivement attirer dans la sphère de la production et de la consommation communiste plusieurs produits d’usage général (pie notre génération actuelle sapprojirie encore d apres le système capitaliste. Si, dans l’avenir, par exemple, les communes, départements et nations règlent la production et la consommation de leur blé, de leur farine et de leur pain d une manière communiste, comme cela a lieu de nos jours dans Certaines communes pour la consommation de 1 eau potable, il est sûr qu’une quantité énorme de travail humain pourra être économisée. Cette économie est même une des premières raisons, — abstraction faite encore des motifs moraux, — qui placent la production et la consommation communistes de semblables produits dans la ligne du développement de la civilisation. Le grand nombre de petites boulangeries que compte ordinairement chaque commune pourra faire place un jour à quelques grandes boulangeries locales bien organisées, possédant un nombre suffisant de dépt>ts de distribution ; de la régularisation directe de la consommation de blé et de farine entre les communes, résulterait ensuite une limitation très sensible des entrepôts et des magasins de blés et par là une diminution considérable des frais de transport, d’emmagasinage, etc.

Tout cela n’empéche pas, cependant, que même sous le svstème communiste de production cl de distribution le plus économe et le plus rationnel, il y aurait encore des frais correspondant au transport des blés par terre et par mer, ainsi que des frais nécessités par rapprovislonnement sous toutes les formes et par la livraison de la farine etdupainau

‘îhlx

(Iclail. Dpmrmp, Ips frais de la complahililé, Ips frais d’invcntairCi clc,, 1)IPii cjuc ri^duits aussi a uu nvtiunuut, existe* raient toujours.

Quoiqu’on fasse, il est impossible d’éviter absolument le coût du transport et de la livraison q\ic nécessite chaque article d’usage humain.

Le travail du transport et de la livraison des marchandises s’est détaché, sous le système capitaliste, du travail de la production immédiate. Une industrie particulière du transport a pris naissance et le commerce s’est constitué en profession spéciale. Nous devons reconnaître que cette séparation nette du travail de la production, du transport et du commerce a été 1 organisation la plus rationnelle du traxail social sous les rapports de production capitalistes. Le développement du transport et du commerce en jirofessions distinctes a pernus au producteur imim-diat de chaque marchandi.se de se consacrer entièrement a la production, sans être interrompu incessamment dans son travail par les nécessités de la vente de ses produits.

11 est indéniable que l’organisation capitaliste de la production et de la distribution des richesses, par suite d’une division supérieure du travail, représente de sensibles économies par rapport aux périodes antérieures de la civilisation ; de même nous pouvons penser ([uc les progrès de la civilisation pourront encore exiger des économies énormes de travail bumain dans toute la production et la distribution des richesses.

11 ressort de tout cela avec évidence que les frais de transport et de mise en vente doivent être ajoutés aux frais do production (au sens étroit du mot) : il suffira d’ajouter à ce total le profit d’entrepreneur, pour avoir le total des frais que le vendeur doit tâcher de réaliser dans le prix de marché.

Dans la période précapitaliste de la civilisation, lorsque le paysan et l’artisan apportaient encore au marché les produits de leur propre travail, ces frais de transport et do mise en vente s’exprimaient comme frais tle travail direct et simple ; sous le mode de production capitaliste ils se pré-

.sentent comme des dépenses de capital en dehors de celles qu’exige la production proprement dite (i).

Dans les exemples donnés plus haut, nous aurons donc a compléter les frais de production de la fonte de fer par les frais ([ue causent le transport de ce produit et sa livraison

à racheteur.

La fonte de fer n’est pas un produit prêt à la consommation directe ; elle joue elle-même le rôle de matière première dans un nouveau processus de production. Pour le fabricant de fonte de fer, le minerai, le charbon, le coke, la pierre calcaire sont ce qu'est la fonte de fer elle-même par rapport au grand Industriel qui la travaillera. Ce labricant doit compter les frais de transport et de livraison du minerai, du charbon, etc., comme un élément essentiel dans les Irais généraux de la production de la lonte de fer. Ici encore ces Irais de transport et de livraison dilTéreront beaucoup, même pour des établissements voisins, et nul fabiicant de fer, assurément, ne saurait les négliger (a).

Dans les frais que le fabricant de fonte de 1er note au compte du minerai, du charbon, du coke, de la pieire calcaire, etc., sont inclus les frais directs du transport de ces matériaux. 11 en est de même, lorsque le fabricant de fer ne fait pas ce transport lui-même ou ne le fait pas faire sous sa direction, du profil des entrepreneurs de transports (compagnies de chemin de fer ou de navigation, entrepreneurs de charroi, etc.). De même, dans les dépenses avancées pour achat de foute de fer par l’industriel qui fait travailler la lonte, sont coin[)iis non seulement les Irais de production et le profit du fabricant de fonte de fer, mais aussi les frais et le profit de rentrepreneur qui s’est chargé du transport de la fonte. 11

IiX « En estimant, mr exemple. l.i valeur écliani'eal)le des las de coton, nous verrons qu’elle dépend de la totalité du travail nécessaire pour les fahriqiier et les |>orter au luarclié. » (Riuardo, PruyHpleSj cli. i, section iii,

Irad. franç.. p. i3). , . » i r • j i

(2) H le coût fie la pnxluclion est donc mtluence par les frais de Irans-

iH)rt que cause l’ensemble des matériaux comme le minerai, le charbon, les cokes clc Les frais de transport du minerai, par exemple, different meme entre déni établissements situés T.in à cûté de l’autre et faisant venir leur minerai de la même mine. »> {Suih Report, introduction, p. 14.)

TllÉOniK DK KA. VAU’.l'U

on est ainsi dans tontes les phases de la produclion du fer, de sorte (pi’cnlin le coniinerçant qui livre des machines ou le quincaillier qui vend des clous, des htVhcs et dos ciseaux ou tous autr(*s produits de rindustrle du 1er et de 1 acier, doivent tacher de réaliser dans les prix de Ncntc de tous ces^ produits rcusemhle de tous les Irais de production et^ de circulation en meme temps que leur propre profit cl celui de leurs fournisseurs.

Pour nous qui nous proposons de rechercher, dans notre analyse théorique, la valeur de produclion que représente pai exemple une tonne de loiile de 1er, celte valeur est la somme des éléments suivants : a) les divers frais de produclion du fabricant de cet article ; />) le prolit de ce fabricant ; c) les frais nécessaires au transport, à 1 emmagasinage (frais d entrepoti, etc. Et voilà la marchandise fonte de icr arrivée au marché.

Les frais d’entrepôt et d’emmagasinage qui rendent possible la livraison régulière d’une marchandise demandent encore un examen particulier.

Nous saAons que, pour tous les éléments constilutils des frais, il faut tenir compte de ce prlnci])e general, que ce ne sont pas ordinairement les frais personnellement indispensables, mais seulement les frais socialement indispensables qui entrent en considération pour la détciinination de la valeur d’échange cl du prix de marché délinitil. En ce qui concerne les frais d’entrepôt et d’emmagasinage, nous devons particulièrement prêter attention à ce principe.

Une marchandise pourra rester en magasin chez un commerçant pendant plusieurs mois, sans que sa valeur en acquière aucune augmentation, — la qualité de la marchandise restant la même. Il est meme possible que la valeur diminue sensiblement dans ce cas, remmagasinage pouvant entraîner une diminution réelle de la qualité de la marchandise.

D’autre part, la mise en entrepôt ou en magasin peut figurer comme un élément constitutif réel de la valeur de produclion et influer ainsi également sur la valeur d'échange et le prix du marché, lorsqu’elle a été indispensable, soit pour

théorie de L-V VAEEtîR 20;

le transport et la livraison proprement dits, soit pour la formation d’une provision nécessaire (r.

Pour le transport International, par exemple, la mise eu entrepôt d’une, marchandise pendant une durée moyenne devra être considérée souvent comme inévitable et elle entre ainsi comme un élément constitutif de valeur dans le processus de la circulation. Le travail nécessaire à la construction et l’entretien des grands entrepùls et magasins de nos ports de mer, le travail exigé par l’embarcpiemcnt et le debarquement des marchandises, le travail de surveillance, etc. sont donc t u travail productif au même titre que le travail de la produc ion directe de ces marchandises. I/une et l’autre especes de travail sont à considérer comme des éléments constitiitils de a valeur de production et par suite de la valeur d’échange et du

prix de marché des marchandises.

11 est MOU moins évident que l’emmagasinage et la mise en provision d’une marchandise constituent en tout cas un ctemcnl dans la conslitiilion de sa valeur d’échange, lorsqu i s servent à améliorer la qualité de la marchandise et par siii c sa valeur d’usage pour le consommateur. Tel peut cire te cas, par exemple, pour certains spiritueux et particulièrement les vins ; leur emmagasinage, en tant qu il contribue a leur amélioration, est compté aux consommateurs dans les

prix de vente. , , i i •

En résumé, les frais définitifs delà production cl de la cii-

ciilation, formant avec le profit d’entrepreneur 1 elemenl

constitutif le plus essentiel de la valeur d échangé pour la tus

grande partie des marchandises, correspondent à la somme de

toutes les dépenses faites depuis le moment ou les matières premières et secondaires sont empruntées à la nature jusqu a

fiV « La provision tic marchandises n’est normale que pour auhint quelle Jt: cÔ,ron et un rôsul.a. nécessaire de

lation de l’argent. . (Kvm. Mv«v, ha, niai, tome 11. eh.v.,t.a,l, lian...,

fcll ^ ' — I '

THÉORTK DK KA V VLKüK

rinslant où la marchandise, prête à être consommée, apparaît au marché et passe dans les mains du consommateur.

Faisons abstraction de quelques produits exceptionnels, comme ceux qui se trouvent seulement en certains points du monde et relativement auxquels la valeur d’usage joue un rôle spécial ; nous pouvons dire alors que la très "rande partie des articles d’usage journalier ne se vendent que dans une sphère plus ou moins limitée en dehors de laquelle ils ne peuvent plus être livrés aux consommateurs. Celte limite franchie, leur prix de revient s’élève tellement pour les producteurs, par suite des frais de transport et de mise en vente, que ces articles ne peuvent plus supporter la couGurrcnce au marché (i).

On peut s’expliquer par le même phénomène pourquoi certaines entreprises, travaillant dans des conditions relativement défavorables, peuvent néanmoins continuer la lutte de la concurrence : c’est que leur emplacement privilégié par rapport aux centres de commerce leur permet de réparer par réconomie de leurs frais de transport ce qu’elles perdent en frais de production proprement dits.

U Pour mettre en lumière, dit le rapport américain que nous avons cité à maintes reprises, rinlluence pratique des tarifs de lransjx)rt relativement aux rails d’acier, nous pouvons mentionner la déclaration du directeur d’une des plus grandes aciéries des Etats-Unis, Il a déclaré que la dillerence en frais de production des rails d’acier à Chicago, par exemple, et en Angleterre, ne surpasse pas 3,5o dollars ou 4 dollars par tonne et que le tarif de transport (5 dollars par tonne) de INew-York à Chicago olfrait ainsi une large protection a sa société » (2).

11 est évident que le phénomène contraire peut se présenter

(1^ C’est pourquoi Von Thünen a dit déjà : « La valeur du grain sur le domaine diminue, à mesure qu’augmente la distance qui sépare ce dernier du marché.

U Plus le domaine est éloigné du marché, plus les frais de trai»spurl du grain sont élevés, par conséquent, plus sa valeur sur le domaine est petite » (H. VON Thûnkn, Der Isolirte Slaal^ tome I, sect. 1 S V b. Irad.

franç. de Jules Laverrière, pp. 3o-3i).

(a) Annaal Üeport^ p. aGp.

THKOUIE UE LA VALEUR

al gré

également. Nous avons vu, par exemple, qu en Suisse, iru les dilhctiltésdn transport puisqu’il doit se faire entièrement par chemin de fer) l’industrie de ce pays peut très bien entrei en lutte avec celle des pays voisins, grâce aux conditions excessivement favorablt's de la pi'oduction, notamment a la force motrice que la nature y fournit en abondance.

II. — Les frais de production sous la forme capilalisie développée, avec le régime de la libre concurrence. Le taux du profit moyen.

Nous a\ons déjà prêté notre attention à la révolution accomplie par le capitalisme dans la production et la distribution des richesses partout où il a pris pied. Lorsque nous rclournons a nos entrepreneurs capitalistes, fabricants de fonte de fer, nous ne trouvons plus trace, dans leur splière de produclion, de la notion primitive delà « valcur-dc-travail », telle que nous l’avons empruntée à la production précapitaliste.

Au lieu de la quantité même du travail immédiat, — li'avail musculaire des forgerons, chaulleurs, fondeurs, journaliers, ou bien travail intellectuel des gens de bureau, ingénieurs, etc., — nous trouvons ici les dépenses pour lâchât du travail telles qu’elles s’expriment eu salaires et appoiutoincnls.

Au lieu de la quantité du travail immédiat dépensé j>ar d’autres producteurs à la fabrication des matières premières et secondaires, se présentent a nos yeux les prix de marché de tous les matériaux, comprenant ordinairement, nous venons de le remarquer, les frais de production cl de circulation augmentés du profit des entrepreneurs. Dans le cas spécial où rentrcprcncur capilalisie produit lui-même une partie des matières premières ou secondaires, il sera même enclin a iK‘ plus compter les propres frais de produclion représentés par ces matériaux, mais leur prix de marche, cl de calciih'r sou ]>rolil de la meme façon que s’il avait dù acheter tous les malériaux au marché. Pour une partie de ces dépenses il

^6o THÉOniE DE hX VAI.EÜU

jouira ainsi d’un double gain et c est la, en effet, un procédé fort connu des grands entrepreneurs Industriels. Cotte labrication leur pernioltra souvent de se procurer un profit supplémentaire, ou de mettre leurs marchandises en vente à dos prix moins élcAes que ceux de leurs concurrents (i).

Entin lusurc des bâtiments, machines, outillage, etc., ne s’exprime pas en heures de travail nta'cssairos a la conserva— lion du matériel de production ; pas davantage en une (juotcpart de la (juanlité totale de travail immédiat exige par leur construction ; elle s’exprime en frais de réparation se réduisant encore en frais de production et prolils ; ou bien, — et cela revient au même en dernière analyse, — elle s exprime en une fraction du capital total, notée par rcnlreprcncur pour Tusurc de sou matériel de production.

En passant nous avons déjà parlé d’une erreur commise à ce siijet par la doctrine de la valeur-dc-travail, telle qu’elle est développée, par exemple, dans le troisième tome du Capital de Mi\rx. Cette doctrine a précisément méconnu le processus d’évolution historiqtie que nous venons de constater et a voulu maintenir la loi de la valeur-de-travail primitive en plein développement du mode capilaliste de la production et de la distribution. Marx s’est appliqué en particulier à nous démontrer que la valeur primitive est encore U cachée » derrière le coût de la production capitaliste des marchandises et « domine » toujours la production de celles-ci 12).

(1) « Un faliricanl île fonte tic fer peut circ aussi le producteur du mi-

nerai, du coke, du char!)on et de la pierre calcaire qu’il emploie ; il peut encore ctre le producteur de quelques-uns do ces matériaux et aclieter les autres. Lorsqu’il les achète, il est autorisi' à compter, comme un élément Ié‘Mtime de ses frais, ce qu’il doit payer au marché pour les matériaux ; et il arrive prfois qu’un industriel, fabriquant son propre minerai ou ses autres matériaux, considère comme parfaitement légitime, en faisant le compte de ses frais, d’v faire entrer ces produits aux prix île man hé qu’il aurait eu a paver pour eux, s’il a\ait du les acheter. Cttlc observation expliquera souvent les dilTérences dans les frais attribués aux dilTérents matériaux. » (Sivth Annaal Report, inlrod., pp. i3-i4). , • j

(2) « En outre, quel que soit le procédé d’après lequel les prix des mar-

chandises aient été lixés au début pour être 0[>[K)sés les uns aux autres, leur mouvement est dominé par la loi de la valeur. ») * Das Kapital, tome III, première partie, chap. x, Irud. fr.. p. « (^e que la concurrence ne

TIIKORIK DE LA. VALEUR 26 1

Malgrt* de semblables assertions, 11 est vrai, les meilleurs icprésentants de la doctrine moderne de la valeur-de-travall ont dn reconnaître en principe que les prix de marclic des marchandises, tels qu’ils se fixent sous le régime capitaliste, se sont détaches de la valeur-de-travall primitive. Ils étaient obligés de le faire pour expliquer le phénomène du taux de profil moyen, — trait caractéristique du mode de production et de distribution capitaliste dans une certaine phase de son développement. Nous nous occuperons Ici de la même question en tant qu’elle touche dès à présent à l’anidyse de la valeur d’échange des marchandises sons le capitalisme développé et le régime de la concurrence libre et générale.

Dans les pages précédentes nous avons vu que la pioductioii capitaliste est caractérisée à sou origine par le nivellement tendaulicl des prix de marché, abslraction laite des frais dliférenls dépensés à la production des marchandises par les divers cnlreprcneurs. Par ce phénomène nous aNons pu nous cxpli(jucr la latitude laissée aux profits des entrepicneurs dans la première phase de développement du capitalisme. Non * seulement, pendant toute cette période, les proûts sont exces-

sivement élevés, mais le profit et le taux du profit sont aussi très divers ; et cela selon les différentes branches de la production et dans chaque branche selon les différents établissements. ^ ,

Cependant, sous le régime de la production capitaliste, les

diverses sphères de production ne sont pas nettement séparées d’ordinaire l’une de l’autre et cela est même plus vrai au fur et à mesure que la concurrence est plus libre et plus générale. Très fréquemment les capitaux peuvent facilement t passer d’une sphère de production dans une autre sphère ou

SC retirer encore en se déplaçant selon les chances de profit. En outre, les matières premières et secondaires et le matériel de travail d’une branche d’industrie sont toujours les produits

montre pas, ce sont les valoui*s qui, cachées derrière les coûts de production, déterminent ceux-ci et dominent la production. » (Loc ql., chap. xii-m, Irad. fr., p. Cf. encore les autres passages du troisième tome du

Capital auxquels nous avons renvoyé à la page i58 de cet ouvrage,

THÉORIE DE IA VALEUR

finaux cfune antre liranchc; ce fait a daulant plus cHinporlance que tous ces produits, les uns comme les autres, s'achètent et se vendent au marché capllalisle. Le travail enfm s’achète aussi dans les diverses sphères de la production dans des conditions plus ou moins uniformes. 11 laut donc ^ue la tendance au nivellement des prix de marché, telle qu’elle se manifeste dans les produits d’une même branche, soit bientôt suivie d’une deuxième tendance, celle du nivellement des profits, — d’abord dans les mêmes branches, ensuite dans dlIVérenles branches d’industrie et de commerce. En d’autres termes, ce deuxième nivellement tend à enfermer plus ou moins dans les mêmes limites les profils des entrepreneurs des diverses branches de production, de transport et de commerce.

Voici le phénomène économique qu’a pu éclaircir déjà plus ou moins nettement la doctrine moderne de la valeur-dc- Iravail, telle que Uodbertus et Rarl Marx l’ont exposée; n’oublions pas que leur théorie nous ramène au milieu et au troisième quart du \ix® siecle.

Rodbertus nous dit à propos de la formation d’un taux égal du profit : (( Dans les métiers où ce taux du profil nous montre des profits plus élevés (que ceux des autres métiers), la concurrence causera un emploi plus vaste de capital en créant ainsi une tendance générale à l’égalisation dos profils. Par suite, personne ne déboursera du capital dans une entreprise où il ne peut pas attendre xm profit correspondant à ce taux du profit (^1) a.

(i) Rodbeutcs, Socialt^ Frage^ tome I, p. 10?, Cf. ibidem ^ \)\y. 3<j-3o ou Rodberliis parle de la division de la valeur du pioduit entre les propriétaires fonciers et les capiUdisles, (ou leurs reprèsentauls, les entrepreneurs», déduction faite du salaire et de la compensation du capital. Du reste, il s*a*Mt ici dans la doctrine moderne de la valeur-de-travail d'une continuation et du développement de la théorie déjà evposée à ce propos \k\v 1 économie classique. « Ce désir inquiet, disait déjà Ricardo, qu'a tout capitaliste, d’abandonner un placement moins lucratif pour un autre qui le soit davantage, tond singulièrement à établir régalité dans le taux de tous les profits, ou à en fixer les proportions de telle sorte que les individus intéressés puissent estimer et com[>enscr tout avantage que run des profits aurait ou paraîtrait avoir sur l'autre. » (Ricardo, Principlcs of Polilical Economy and Taxation, cbap. iv, li-ad. fr., p. 56).

Marx, de son côté, a développé en détail sa doctrine à ce sujet dans une partie spéciale du Iroisièino tome de sou Capitalj traitant de « la transformation du profit eu profit moyen ».

En réalité, Uodbertus et Marx ont tous deux séparé eu principe les prix de marché des marchandises de leur valeurdc-lravail, bien que le premier ait laissé voir par ce fait même les coniradiclions internes de sa théorie et que le dernier se soit réservé le droit de nous présenter toujours l’aricienne loi de la valeur dressée comme un spectre à rarrlère-plau de la vie sociale moderne, en souvenir du premier tome de son CapilaL

Sous le régime de la concurrence capitaliste libre et générale, les entrepreneurs, pour engager leurs capitaux dans une branche de production quelconque, demandent un profit au moins égal au profit moyeu obtenu dans cette branche ; dans le cas où ils ne pourront pas obtenir ce profit, ils clicrclieront une occasion plus favorable d’employer leurs capitaux. Le régime de la concurrence capitaliste montre ainsi une tendance à favoriser dans chaque sphère de production la constitution d’im taux uniforme du profit, et cotte tendance est d’autant plus puissante que la concurrence est plus libre et plus générale.

En dernière analyse, la formule générale :

Frais de production et de circulalion + profil de Fenlrepreneur.

prend pour cette raison, dans diverses sphères de la production, la forme tendanticlle suivante :

Frais sociaux de production et de circulation -H projll moyen •

Le pvofil moyen compté proportionnellement au capital total employé dans une sphère de production quelconque nous donne pour celte sphère le taux moyen du profit. De même on peut parler de profil moyen et de taux moyeu du profit pour le capital social entier employé dans difiérentes sphères de production prises ensemble ; Il est clair, cependant, que les limites rnaxima et »uViù/ïa diHorent plus encore dans ce dernier cas que dans le premier.

Si un cnlrcpi'cneur peut oiTrir scs marchandises dans des

conditions de production cl do circulalion particulièrement favorables, tant mieux pour lui : son prolit sera supérieur au profit moyen de sa branche dans la proportion ou ses frais personnels seront inférieurs aux frais moyens de production et de circulation. Si un autre entrepreneur doit compter au contraire avec des charges exceptionnellement lourdes dans la production, le transport ou la vente des marchandises, il devra probablement se contenter d’un proht moins que moyen, s’il arrive toutefois à réaliser un profit. N oila les conséquences de ce que nous venons d’exposi’r.

L’entrepreneur capitaliste, comme nous l’avons vu dans le chapitre précédent, calcule son prolit sur l’ensemble du capital engagé; le profit exprimé proportionnellement au capital, — le taux du profit, — sc rapporte égaleinent, par suite, à ce capital entier, .sans égard aux parties spéciales dont

il se compose.

Il nous reste encore une observation particulière a lormulci .

En parlant de profit et de taux du profit, nous avons supposé tacitement que le temps de rolnlioii des divers capitaux est égal, c’est-à-dire que le même temps s’écoule toujours entre le'’ moment où le capital est déboursé pour la production d’un article et le moment où, le produit étant vendu, la somme dépensée, augmentée du profil, rentre dans la caisse

de l’entrepreneur. . ^

En réalité, cependant, le temps de rotation dillere

beaucoup selon les dillercnis capilaux. Dans le dcuxicMne loinc de noire ouvrage nous aurons à examiner parlicnlieremenl rinlluence essentielle exercée par la dilVércncc dans le temps de rotation ; nous verrons ([ue de là dépeml en partie la grandeur des capilaux nécessaires dans les diverses branches de la production, pour qu on puisse l’aire, pendant une période déteriniuéc, - une année ])ar exemple. — des Irausactions à un montant donné. U est évident qu on a besoin d’un capital beaucoup j)lus considérable pour labnquer et vendre ses produits et atteindre un certain cbllVre d’alTaires dans l’industrie des machines à vapeur que dans celle des chaussures ou des articles de Paris. Iæs marchandises de la dernière espèce passent plus facilement de main en main

XIlÉORfE DE LA VALEUR 965

Elles se vendent bien plus rapidement et la durée pendant laquelle les produits restent dans la sphère de la production et de la circulalion, — c’est-à-dire le temps de rotation du capital, — est en moyenne beaucoup plus courte dans les dernières industries que dans les premières.

I..e capital engagé dans la production des chaussures ou des articles de Paris revient plus rapidement dans les mains de rentrepreneur que le capital engagé dans la production des machines à vapeur. Après être rentré, augmenté du profit, le premier capilal peut être rejeté et rejeté de nouveau parfois. dans le processus de la production, avant que Pautre capital ail terminé sa première rotation.

En résumé, dans une sphère de production de longue rotation, on a besoin d’un capital plus considérable que dans une sphère de courte rotation pour atteindre un meme chillre d’alfaires pendant la meme période industrielle.

Il en résulte que les entrepreneurs engagés dans les sphères de longue rotation demanderont un prolil proportionnellement supérieur à celui qui est d’ordinaire obtenu dans les sphères de courte rotation.

En ce qui concerne le nivellement tendantlel des profits dans chaque branche de la production en particulier et dans les dilférenles branches en général, il faut donc tenir compte de ce que les profits doivent être considérés proportionnellement à la durée de la production et de la circulation.

Le ])hénomène que nous venons de relever explique la hauteur relativcmenl considérable de la \aleur de production de tous les articles dont le temps de rotation est nécessairement long, — tels (jue les ^ieux vins qui doivent rester en bouteilles pendant de longues années pour obtenir un bouquet spécial ; aussi des articles de celle catégorie aurontils généralement une valeur d’échange et des prix de marché proportionnels à cette valeur de production et très supérieurs, par suite, a ceux des produits semblables dont le temps de rotation a été relativement court, — des vins nouveaux, par exemple. Celle dillérence est indépendante tics dépenses faites pour salaires, moyens de travail, etc., qui peuAent avoir été les mêmes dans un cas que dans 1 autre. Dans le

2C6 THÉORIE DE LA VALEUR

premier cas supposé ici, rentrepreneur compte son profit, proportionnellement au capital déboursé, sur une période beaucoup plus longue cjue dans le dernier cas, ses produits restant beaucoup plus longtemps dans le processus de la production et de la circulation.

Les difficultés qui s’élèvent dès que nous voulons sérieusement tenir compte de la rotation des capitaux dans notre évaluation des prolits, sont aisées a résoudre lorsque nous comparons les prolits en proportion du capital total poui une période déterminée de la production, — par exemple une année. Supposons que deux entrepreneurs gagnent tous deux i5 0 0 par an de leur capital dépensé ; — dans ce cas, peu importe en principe de savoir si 1 un d eux a engagé son capital dans la production des machines d’imprimerie ou des vieux vins précieux, l’autre, au contraire, dans la production des chaussures ou des articles de Paris ou dans le commerce des vins nouveaux. En prétendant ceci, nous taisons abstraction, naturellement, de certaines particularités accessoires, telles i|ue les agrémenls plus ou moins grands d’une industrie, les risques de l’entrepreneur cl d’autres facteurs secondaires que nous supposons tous égaux. En principe, la dillérence dans le cas posé sera seulement la suivante ; le capital du second entrepreneur, par ses sorties et rentrées successives, accomplit plus d’une rotation, — deux ou trois par exemple, — dans le même temps que le capital du premier entrepreneur eu accomplit une. Le profit obtenu sur chaque exemplaire ou sur chaque unité d’une marchandise, — par exemple sur chaque bouteille (le vin, — étant le quotient de la division du profit total parle nombre total des exemplaires ou des unités de la marchandise, il en résulte que, dans les sphères de production ijui ont un temps de rotation nécessairement court, le profit ainsi calculé représente une quote-part relativement plus petite du capital employé que dans les sphères de production où le temps de rotation est nécessairement long.

Lorsque le temps de rotation est d’une année, la valeur de produclion sociale de chaque exemplaire ou de chaque unité d’une marchandise s’exprime, d’après cette théorie, pour un producteur quelconque dans la formule suivante :

THÉoniE DE hX VAEEÜU

Frais sociaux de produclion el de circulation Projil

annuel moyen de la branche de produclion en ijtiesiion, dnlscs

par la Quantité des marchandises produites.

Il faut remarquer, pourlanl, qu’il ne s agit dans loulc celle exposition que d'une Icudance générale au nivelleiucïit des profits dans chaque branche en parlicidier cl ensuite, a un degré moindre, entre les diverses branches en général. Cetlc tendance, comme nous l’avons déjà expressément constaté, est duc au passage libre et lacile des capitaux d une sphèic de production dans une autre, et sa lorcc est en raison diiecte

de celle facilité.

Le prolit el le taux du profit sont loin d’avoir pris la forme, comme le supposait Marx, d un a taux général du profit » dépendant « non seulement des taux du profit dans chaque branche de produclion, mais aussi de la répartition du capital social entre les dilTérentcs branches » (i). Chaque entrepreneur capitaliste est plus éloigne encore de recc>oii, comme le prétendait l'économiste allemand, le profit qui lui tombe en partage projiortionnellement « a sa participation au capital total de la société et à rcnsenihle de la plus-value

cl du profil créés par ce capital » (2).

La conclusion à laquelle parvient Marx par rapport au profit moyen est la suivante : a Les capitalistes sont donc dans la situation des actionnaires d’une société distribuant tel bénéfice |>our cent et leur situation, (piant au piolit, ne dilTère de l’un à l’autre que d a[»rés l’iinporlance (le \cwv participation à renscmblc d(*s euli*epriscs île la société, d apies le capital qu’ils V ont engagé, d’après les actions qu ils y ont

prises » (d).

Formulée dans ces termes, la conclusion à laquelle arrive Marx est absolument dépourvue de sens, si nous voulons rappliquin- à la production capitaliste sous le ri'gime delà libre concurrence. Lu cllel, nous ne saui'ions oublier <pie sous

(i) K..VÏIL Maux, Dns Kapiinly louic lit. première [xirtic, clmp ix, tract, franç., p. 178.

2) Loc. cil, y p. i65.

Ibidem,

THÉOKIi: DE L\ VALEUU

cc régime les avantages particuliers de la production ou de la circulation sont en délinilive exploités personnellemcnl par les entrepreneurs en question et ([ue, d autre part, les mauvaises chances et les désavantages sont également subis personnellement par eux.

En ce qui regarde les frais de production, 1 enquete entreprise par le Département du travail a Washington en i88()i8qo conduisait encore, pour une branche d industrie développée au point de vue capitaliste comme 1 est 1 industrie du fer, au résultat suivant :

« Lorsque nous regardons les tableaux généraux I-\I, comprenant des centaines d’établissements, rien nest plus évident que le fait qu’il n’existe pas, jnscju’à présent, une détermination scicnliri([uc des dépenses nécessaires en travail, en administration ou en dillérentes especes de frais généraux a la production de ces matériaux. » Suivant le rapport du Département du Travail il en résultait « que, considérée d un point de vue commercial, la pi*oduction du 1er est encore laite, jusqu’à un certain degré du moins, d’une manière grossière, empiri([uc et inégale ». U était clair, et cest une nouvelle conséquence formulée par le rapport, a qu’on ne saurait fixer justement une somme déterminée comme représentant généralement et pour une localité ([uelconcpic les frais du travail direct ou de tout autre élément pris en considération ( i) ».

Le phénomène admis par Marx, que les diflérenls entrepreneurs capitalistes se trouvent dans la situation « d actionnaires d’une société par actions » (Aklionnre einer Ahliengesellscliafl) a distribuant tel bénéfice ])Our cent », ne s applique qu’au cas où les entrepreneurs parliculiers sont transformés de fait, sinon de nom, en actionnaires d’une société. Ceci est le cas, comme nous le verrons encore, pour nos trusts modernes.

Comment pourrait-il en être autrement? Supposons qu’en vérité rentrepreneur capitaliste ne reçoive pas, au-dessus du prix de revient de sa marchandise, son propre profit (dillériMice entre le prix de revient, — qui est personnel, et le prix de

(ij Sirlh Annaul Uepori, pp. 87-8S.

TIlÉOlUE DE LA VALEUR

marché, — qui est général) ni même, — nous suivons toujours l’opinion de M^arx, — le profit moyen dans la hranclie de production à lacpiclle appartient cet enlrepicneui , supposons (iu’au contraire (( le profil qu’il louche pour loodc capital avancé (quelle que soit la composition de cclui-ci) est le même, qu’il soit calculé pour une année ou toute autre durée, (pic celui qui échoit à loo de capital total pendant la

même période (i) ». .

La conséquence en serait que l’addition de ce prolit uniforme à des frais de production aussi dinérents cpie nous les comiaissous, amènerait nécessairemeiil à des prix de marche non moins variables suivant la personne du producteur éventuel (2). Cette conséquence cependant est en contradiction évidente avec 1a première tendance <pic nous avons reinar(|uee de prime abord sur le marché capitaliste, tendance au nivellement du prix de marche des marchandises égalés.^

N’oublions pas que cette autre tendance est primordiale et (lu’elle régnait longtemps avant (pi'il put être question, en deuxième lieu, d’une tendance plus ou moins sensible au

nivellement des profits.

Le phénomène proposé est même en contradiction exidcnle avec le principe fondamental de tout échange, lorsipi’il y a une certaine liberté d’action chez les acheteurs et chez les vendeurs, cl même de l’échange sous sa forme la plus primitive. Ce principe fondamental se formule ainsi : des produits pareils étant de la même nature et correspondant aux mêmes besoins ou désirs humains, sont considérés au marché comnie ■ équivalents, aussi longtemps que le rapport de l’oifre et de la demande reste invariable.

Au point de vue historique U est aussi iacile d cxplKpier pourquoi, sous le régime de la libre concurrence capitaliste, la tendance au nivellement des profils ne s’est manilestee après sa naissance que très imparfaitement et se limite encore a

('0 Makx, /o<^. cil. . » • , »•

(2) « Si son prix tle rc\ient est siiiVifiqu?, le prohl qui s y ajoute est indépendant de la nature spéciale de l'industrie dans laquelle il est engem re et représente simplement un tant pour cent du capital avance.* (IvvRi. M.vrx, Dus JùtpiUik cil , Irad. Ir., p. i06).

THÉORIE DE EA VAt.El'U

coi'laincs branches spéciales (rindustrie ou la production rcvid un caractère plus ou moins uniiorme.

Nous avons vu (ju’une (endancc seinblalde s est monlrec au :\loypn Age, — tendance au nivellement des bonenccs que donnait la maîtrise dans les dillerents métiers d une meme vdlc ; ce nivellement tcndanliel de la situation sociale du maître de métier se basait, nous le savons, sur la valeur-de- Iravail sociale de scs produits.

Au point de vue historique nous n’avons pas a nous étonner de ce qu’une tendance semblable sv présente également de nos jours sous le mode ca[)italistc de production cl de distribution, basée cette fois sur la valeur de production capitaliste (frais de production et de circulation H- profil;.

Mais, il y a une dilTércncc essentielle: Dans la période precapilaliste c’étaient les statuts des corporations (pii d(»vaient maintenir le gain du maître de mélior sur un niveau social uniforme dans tout le métier; ces statuts ont accompli leur tache en réglementant minutieusement le travail et ses conditions. En outre, les autorités médiévales intervenaient avec des règlements spéciaux non moins rigoureux, partout ou les maîtres d’un métier paraissaient s’enrichir aux dépens de ceux d’un autre. Et pourtant, mémo sous le régime de la production et de la distribution du Moyen Age, cette œmre de nivellement ne pouvait s’accomplir ([u’incomplètement ; la tendance dont nous parlons était souvent interrompue ; nous sa>ons même que des branches de métier entières, telles (pie le commene. pouvaient échapper a la réglementation générale et obtenir une organisation particulière.

Dans la production capitaliste, en tant qu’elle se développe sous le régime de la concurrence libre, un uiwllement semblable à celui que nous venons de relever devrait s’accomplir, C(mime nous l’avons dit, par le libre dé[>laccment des capitaux.

Nous ne pouvons pas nier (pi’il existe un nivellement tendantiel des bénéliccs procuivs par les dillérentes enti<^prises ca[>italistes, ni (pie c(* iiivcllement exc'rce une certaine inlluence dans la vie sociale moderne. IVicardo a lait remarquer (pic, si nous observons b'S marchés des grandes villes, nous verrons avec (piclle régularité ils sont pourvus de toutes

sortes de denrées nationales et étrangères dans la (pianlitc reijuisc. (( On doit donc convenir, ajoutc-t—il, (pie le piincipc (pii distribue le capital à cbaipie branche d industrie, dans les proportions exactement convenables, est plus juiissant

qu’on ne le suppose en général (i)- >>

Nous poll^ ons conslatiu', il <'sl vrai, un ib'placement conlinuel de capitaux suivant b*s besoins dans cba([uc splièic de production ; inccssamm(*nt dos capitaux se retirent dune sphère pour aflluer dans une autre, oii momentanément le capital est plus rccluTcbé et où, par suite, les prolilsdes enliepreneurs sont plus élevés (pie dans les sphères de production surchargées de capital.

Ce déplacement cependant est entrave de tous cotés , d st fait par sauts et par bonds, faisant le vide dans une s[»bèie pour causer un entassement décapitai dans une autre, ou bien momentanément, pour une conln^e quelcon([ue, dans plusieurs sphères de production a la fois, — cpic 1 on se rappelle encore la crise subie par rindustrie allemande en 1901.

En outre, il existe des branches entières de production ([ui, localement ou bien généralement, ne sont pas assez accessibles pour que les capitaux (lépos(''s dans d autres branches puissent facilement les atteindre: nous avons ici en vu<‘ les branches de production plus ou moins monopolisées. Kniin, la tendance au nivellement des pi'olils n agit [las isolément (‘t séparément. Comme nous l’exposerons dans le deuxième tome de c(‘t ouvrage, il y a des tendances secondaires (pii iniluent sur la formation des profits, et (pii croisent incessamment la tendance (pie nous venons d examiner.

Vowv le nivellement final et complet des probis dans les dillérentes sphères de la production, la libre concurience des entrepreneurs particuliers, ([ui a été pendant prcsipie tout le XI v“ siècle un trait essentiel et caractéristique de la production capitaliste, s’est montrée insiillisante. Pour conqilelei ce nivclh'inent, doux chemins s’ouvrent: en jircmicr lien la ivgleinentation gunvernemonlalc et autoritaire dans dillé-

(i) UicAHuo, Pritu'iples 0/ Politival Kconomy and Taj'ation, ch. iv, Irait. IVanç , P r>7.

THÉORIE DE LA. VALIi:UR

rentes branches principales de l’iiulnstrie et des connnnnicalions ; c’est là un système de capilalisine étalistc communal, départemental ou national, dans lequel le gouvernemcnl domine immédiatemenl la produclion el les conditions du travail. Uemplaçant ainsi dans une brandie (pielcoiu[uc de la production les entrepreneurs, les uns apres les autres, 1 Liât pourra contraindre ceux qui restent a accepter les circonstances de produclion telles qu’elles existent dans les établissements gouvernemenlanx.

Kn deuxième Iumi, il peut y avoir une organisation de la produclion et de la distribution dans lacpiellc les grands entrepreneurs exécutent, par leur propre initiatlNe etpai l entente amiable, ce (jin est lait adleurs par 1 Liât, ^ous a^o^s déjà vu naître une semblable organisation au .Moyen Age et axi commencement de 1 ère capitaliste, [lour certaines grandes compagnies de naxigaiion maritime. De nos jours, en la p<u'sixnne des trusts modernes, nous voyons aussi se n^alisiu* lentement celle deuxième rorme d’organisation et de centralisation, si bien que la vie sociale, au commencemcnl du xx*' siècle, nous montre Tune àcoléde rautre, les deux l'ormes de centralisation : d’une part, le capitalisme d Liât, cl de l’antre la monopolisation des industries par les grands capitalistes particuliers.

\ous pourrions encore mcnlionnei* a |>art, comme une forme spéciale d'orgamsalion cl de ccnlralisalion, les cooperal'n CS des ouvriers cl des pclils ])aysans ; mais ces dernières eiilreprises premienl dans leur de\(*loppcmeid le taïacltic d’associations capitalistes el même de cartels capitalistes. Nous reviendrons là-dessus dans le deuxième tome de cet ouvrage.

11 l'anltpie, dans les hranclies principales de l’industrie, du commerce et ensuite de ragricullnrc s’achève plus encore ce nivellement des conditions de la produclion sous les deux formes; il faut même tpi’il atteigne son plein développement, avant (juc puisse croître une organisation plus libre de la produclion cl de la distrilnilion des riclies.scs reposant sur l’entente libre des producU'urs et s’accomplissant comme une l'éaclion e;énéralc contre la tyrannie elalisle et monopolisaliicc des temps modernes.

THKORIE DE L.X VALEUU

Rappelons-nous encore l’organisation et la réglementa lion de la production au Moyen .Vge- C’est seulement après que celle organisation fut devenue un obstacle réel au développement des forces producli>es de la société et an ])rogrès de la civilisation, que la libre concurrence capitaliste put rompre avec l’ancien régime. 11 en est de même de l’étal social el politique actuel : 11 faut en même temps, c[ue les dillercnds entre nationalités et toutes les autres inllucnces politiques et sociales qui empècbent encore le nivellement de la vie économique, aient le temps de disparaître sous rinllucnce de la

civilisation générale.

Dans le courant do notre analyse nous avons fait remarquer que la valeur-dc-travail précapilalisie s’clfacc complètement dès que la production a revêtu une forme décidément capitaliste. Celle constatation doit nous arrêter encore un moment pour terminer notre étude sur la valeur de produclion.

Sous le régime capitaliste nous avons vu la valeur de produclion des riebesses s’exprimer sous la lornie ; frais de produdion (an sens ijénéral, y compris les frais de circnialion) profit, les preiniers se développant en frais de production sociaux, le dernier en profit moyen lendantiel, La cause n en est pas que les marebandises se vendraient au marebé cajutalisle, suivant la composition organicpie des capitaux, audessus ou bien au-dessous d’une certaine valeur théorique, valeiir-de-lravail. C’est là, nous le savons, l’bypolbèse de Karl Marx qui croit que celle valeur continue encore son action sous le régime capitaliste, à 1 arrière-plan de la produclion, et de la distribution des richesses. Niais nous avons mi qu’en réalité la cause du phénomène constaté s’explupie par le fait que la valeur de produclion des richesses a parcouru ellemême, dans le courant des siècles, une évolution historique. La valeur de production qui, pour la très grande partie des riebesses, constitue chez nos peuples modernes un élément essentiel et souvent prédominant pour la création de la valeur d’écbanae, a complètement changé de nature pendant les siècles écoulés. Cela peut d’autant moins nous étonner que nous avons vu la notion de la « valeur » des richesses

clianj^er avec la structure economique de la société et avec le développement de scs forces productives.

Dans la société moderne il n’est plus question d’une « déviation » qu’auraient subie les prix de marché en s’écartant seulenienl cà et la du niveau de la val(*ur-de-travail.

Contrairement à la thèse de Marx et de son école, nous avons vu que cesi la valeur de production mêniefjui a changé de carac- ]

ière (i).

On a pu parler encore rationnellement d’une déviation des prix démarché hors du niveau de la valcur-de-travail, aussi longtemps que ce niveau a été sensible en réalité ; c’est-à-dire dans la première période d’épanouissement de la production capitaliste. Par rapport à cette période on pourrait prétendre que la vieille loi de la valeur de production est seulement c( ébréchée a. Mais ce qui, dans la première phase du capitalisme, était encore une exception à la règle générale de la vie économique des peuples est devenu peu h peu, par le développement de la vie sociale sous le régime capitaliste, la règle générale en matière d’économie.

(i) La vente des marcbaad'ises telle qu’elle se fait en réalité sur le luarché capitaliste, vente dominée parles frais de produedon -|- le profil moyen, est tout autre chose que la vente suivant le temps de travail socialement nécessaire.

Les disciples de Marx n’ont pu nier ce fait en présence des critiques sévères (|uc devait naturellement accueillir la publication du troisième tome du Capital. Us ont choisi cependant la seule issue qui se présenbiit pour sauver la théorie du maître. Ils ont inler[)rété tous les phénomènes qui se passent au marché capitaliste moderne et qui la contredisent comme des « déviations » de « la loi de la valeur » (da^ Werthfjesetz).

Ouel’on voie, par evemple, ce (pie dit Conrad Schmidt, l’un des plus intelligents parmi les disciples de Marx, dans un article publié par le J orwdrts (supplément au numéro du 10 avril 1897). La marche régulière des transactions au marché capitaliste est considérée par lui comme « une déviation des prix des marvlumdises hors de leur valeur, c'est-â dire hors du temps de travail quelles contiennent». U |»arle, lui aussi, d’une a brèche à la loi de la valeur » I

{eine Durchbrechanq des Werth/jeselzes).

Page 1