‹ Théorie de la valeur [microform], réfutation des théories de Rodbertus, Karl Marx, Stanley Jevons & Boehm-BawerkChapitre 37 sur 39 · TIIÉOIUK DE LA VALEUR · texte numérisé non relu

TIIÉOIUK DE LA VALEUR

Voici donc, caractérisées par quckiues exemples, les (lilli cultes (luc rencontre celui (jui examine, dans le comaint te la praticpie, l’innueiicc exercée sur les prix du marché par les combinaisons industrielles et commerciales.

Pour les Etats-Unis nous possédons déjà des stalislicpies assez volumineuses dérivant d’eminêtes ofiiciclles. Elles sont pour une grande partie, recueillies dans le Prclinnmry hepoH de la huhislrial Commission concernant les trusts et les combi naisons industrielles, et composant le picmiei xo unie c e toute une série remarquable de rapports publiés par a même commission (i). Ce « Uapport préliminaire » traite de onze combinaisons industrielles des plns^importantus aux Etats-Unis et donne pour quelques-unes d’entre elles (1 industrie du sucre, du wbiskey, du pétrole, du fer blanc, du fer brut et travaillé), des caries représentant clairement le mouvement des prix. Ces cartes et les tableaux des prix s’appliquent d’ordinaire à toute une suite d’annees et sont accompagnés d’un texte explicatif dû au professeur Jer. .

peut consulter aussi le Bulletin n»2P du Dépnrlement da Travail à asbington que nous avons également cite a plu

sieurs reprises.

Il faut signaler encore les rcchercbes faites par des particuliers : M. Jenks, dans son livre The Trust Problem, a consacré un cliapilrc fort remarquable aux prix de marche dans quelques brandies principales de l’industrie américaine 11 > a ajouté des caries analogues à celles du Prelminary Report de la Imliistrial Commission; on y trou« à côte des hausses et baisses du prix moxeii pour chaque mois, les variations clans les prix dos malièrès premières : par exemple les prix moyens du blé h coté de ceux des spiritueux. Ensuite les cartes nous montrent encore la dillérence entre les deux prix, - le

(i\ Nous renvoyons encore le lecteur un volume MH, Wast.inglou looi,

de même sTric" ■ c’est le deuxième ^olume sur ce suje com,uenant le

port final » de la Industrial Commission.

THÉORIE DE I.A VALEUR

mavfjin. Quami cela a etc possible, les variations dans les prix européens sont cgalcincnt indiqués de sorte que Ton peut l'acilement suivre le mouvement général des prix pour un article spécial.

De pareilles données statistiques nc|)cavenl être employées qu’avec prudence. Par rapport à la fabrication de plusieurs articles, par exemple, le lecteur reconnaît celte vérité, exprimée par le bulletin du Département du Travail que trop souvent la science d’un expert serait nécessaire |)our tirer des chiUVes donnés quelque conclusion absolue dans un sens quelconque (i). En ellel, la plus grande prudence doit toujours nous guider ici dans nos rcchorcbes si nous voulons être certains de compter tous les lacleurs capables d’inlluer sur les prix.

Pour l’Europe, nous n’avons rien, sur cette question des prix, de vraiment digne de conliance. Le mystère particulier que font nos grands industriels (l’Europe au sujet de leurs alliances et de leurs conventions joue ici un rôle important. Néanmoins, tout ce que nous possédons actuellement, nous permet déjà de formuler quelques principes généraux sur les tendances que nous montrent les trusts et les monopoles dans la fixation des prix.

Nos expériences h ce sujet concernent particulièrement certaines marchandises appartenant à des branches spéciales d’industrie dans lesquelles, aussi bien en Europe qu’aux

sons. Ces articles de consommation sont d’usage général et de qualités plus ou moins uniformes ; aussi se montrent-ils, par leur nature, les plus pro|)res à nous servir de guide, non seulement parce que leurs frais de production et leurs prix de marché se prêtent le mieux à la comparaison, mais > aussi parce que, dans leur sphère, Tinlluencc exercée par les

monopoles sur les prix de marché sc fait sentir tout particulièrement.

L(*s combinaisons dans les industries où certaines marques de lubrique recherchées par le public jouent un rôle important, combinaisons qui se basent particulièrement sur les économies

(i) Lof. Cl/., p. I

THÉORIE DE LA VAL1-:UR

h faire dans l’adminislration, sont en général d’une date rclali veinent récente.

Une étude attentive des données statistiques disponibles nous fait voir, en premier lieu, que la formation d’une grande combinaison dominant plus ou moins absolument le marche, a généralement eu pour conséquence de hausser immédiatement les prix de marché en même temps que le manjin des entrepreneurs.

I.orstptc la concurrence violente entre les lahricanls de sueie aux Ûlats-Unis cessa, dans l’automne de 1887, apres la Iondation du premier trust du sucre, le inanjin monta tout de suite depuis environ i/j cent (un peu plus) par 'vica 1 cent et parfois meme à 1 i/'i cent environ la livre ; d doublait ainsi et même faisait plus <pie doubler. Avec de petites oscillations journalières, le prix maintenait son niveau élevé pendant

deux ans. ^ ' i sjü i.

CqxMulant, h peine eut commencé, vers la lin de lobq, ta

coacurrencc des raffincurs indépendants, à riiiladclphic, surtout celle des nouveaux établissements de la maison Clans Sprcckels, — que le margin ioinhuil Immédiatement au imeau qu’il avait atteint avant la formation du trust. Il resta à ce degré jusqu’à ce (lue. eu février i8i)3, les établissements concurrents fussent achetés par la combinaisou, pour monter immédiatement après à la hauteur de la période précédente alors que le trust n’eut pas de concurrence à craindre.

La combinaison du sucre maintint ensuite scs prix pendant plus de six ans avec une très légère diminution du imr- — pendant ([uelqncs mois seulement il yeutune diininnlion imporlanlo, — jnsipi a 1 automne de ibqb. .Vlois, leliust réorganisé (la American Siujar ReJuiiivj Cüinpany) dul accepter de nouveau la lutte avec plusieurs rallineurs iiidépeiidauts et parliculièrcmciil avec les maisons Arbucklc Brolbers et Clans Dosclicr. Le man/m tombait alors de o.ij 1/3 cents en moycmic par livre en juillet et 0.8 1 A cents en septembre i8<)8, a 0.5 cents et moins par livre pendant les trois derniers mois de l’année (moins de o.à 1/3 cents en dérembre) et même a 0.3 1/3 cents en avril 1891). Quoiqu'il montât encore quelque peu après celte date, nous voyons dans les tableaux des prix

388 TllÉOlUE DE LA VAI.EUU

(juc nous avons sons les yeux, — tableaux qui vont jusqu à janvier 1900, — qu’il n’atteignit plus son ancien niveau (1).

En comparant ce mouvement général des prix du sucre sur le marché américain avec les prix anglais et le muipia américain avec le manjin anglais, M. .lenks lire la concluslori (pie, pris en général, le prix du sucre dans son pays a ete plulijt au-dessus qu’au-dessous de ce qu II aurait été, si la plupart des ralTmeurs s’étaient contentés de prendre seulement un petit profit sur les frais de raffinage et (( assurément bien au-dessus de ce qu’il aurait été dans les conditions de la concurrence, telles qu’elles ont existé pendant les deux dernières années » (2).

Eet exemple caractérlstiipie du inou\emcnt des prix que nous présente la politicpie de la combinaison du sucie, pouirait être complété par d’autres exemples que l'ournissent les autres combinaisons industrielles ou commerciales. Souvent la formation d’un cartel ou pool, disposant d nn capital impoitant sur le marché national ou international peut déjà exercer pareille iniluence sur les prix. ,

Lorsqu’on novembre 1887 le syndical du cuivre (ut fondé ] à Paris, les prix du cuivre au marclié de Londres avaient oscillé, pendant les premiers mois de celle même année, entre 0812 et Ao 1 '2 livres sterling la tonne. Après la fondation du syndicat, les prix montaient^ subitement de 39 et Ad livres sterling (en octobre) jus9'^' sterling,

au commencement de i8(S8. Le syndicat gomernait le inaiclié international pendant toute l’année 1888 et pouvait même élever les prix du cuivre de 80 a 92 livres sterling dans le mois d’août et à i i5 livres sterling en septembre. ^

Lorsque, dans la période de i895-i8()(i, le yioo/ des tvirenails (clous fabriqués avec des 1ers étirés) possédait tempo-

(0 Voir les cartes et les tal)leaux (le iirix daiis le rap|»ort (le h\ Indasirt'il Commission, vol. 1 (PreUminury Iteport), part I, p. 3p et s-',

Hultetin n“ -20, pp. 711-71I), et J. ^V. Jesk., toc. cit., pp. i33-i4b. Les chiffres (les sources iiientioniu-es ici. montrent de petites différences (te jiiiv (lui, pourtant, pour notre sujet, n’ont pis (riiiiiKutance. ^ • i„

^ (2) Lot-. (■/■(., p. Les recherclies de l’auteur vont jusqu au mois de

juin 1900.

THKOIUE DK K V VALEL U

raircment un inono[)olc dans sa branche d’industrie, il lit hausser le prix de ses clous de 0.97 dollars les cent livres en mai uS(|5 jusqu’à r.hS dollars en juillet et a.aü dollars en septembre, prix maintenu pendant six inoisjusqu’à ce que le pool le fit monter encore à 2.40 dollars en mars iHqüet à 2.55 dollars en mal de cette même année. Le prix resta pendant six mois encore à ce niveau particulièrement élevé, avant que s’écroulât le Wire-I\(iil~Pool et <pie le prix des clous, par conséquent, fut retombé au niveau de la concurrence (i).

En pareils cas, lorsqu’une hausse des prix résulte de la pression d’une combinaison dominant lemporairement le marclié, les grands capitalistes coalisés, menacés d’une concurrence qui va se dresser devant eux, tacheront souvent de faire usage le plus possible de leur supériorité temporaire et de tirer tout l’avantage qu’ils peuvent de leur monopole passager.

Les grands trusts, au contraire, organisés d’une fa(,'on plus solide, n’avant pas à craindre une concurrence sérieuse ou espérant lui tenir tête victorieusement, suivent souvent une tactiqueinverse. Pour eux, il s’agit plutôt du maintien ou d’une hausse légère des prix du marché qui permettra une augmentation de leur prolit ; mais les grands trusts aiment d’ordinaire à atteindre ce but sans les secousses soudaines du marché, si particulièrement propres à éveiller l’hostilité du public contre la conibinaisonet à nuire ainsi aux intérêts de celle-ci plutôt qu’à les servir.

Une certaine diminution des prix de marché, — le prolit augmentant ou restant invariable, — n’est pas- exclue dans cette politique particulière des grands trusts.

Après la fondation, en 1882, delà Standard OU Company Icnianjin de ce trust ne subit pendant plusieurs années, sauf peut-être dans les années 1 884- 1 885, qu’une petite augmentation. Ensuite ce même marj/ôï se maintint pendant six ans et jusqu’au commencement de l’année 1892, à un niveau quelque peu plus bas; puis se produisit. jusqu’au commencement

(i) Voir le tahteau des prix et la carte du PreUmumry Heporl, part I, p. 5G. Ënsuilo J. AV, Jenils, loc. cit. y pp. Gi-6a.

TÜDIHUE DE L\ \ALELIl

de i8()8, une période do baisse atleiiinant son point le pins bas dans le courant de rannéc A partir du coinmc'n-

cement de 1898, cependant, les prix du marché du pétrole et le margin montent très sensiblement aux Etats-Unis (ï).

En général la Standard OU Company nous donne la preuve manifeste qu’un trust peut et doit même, dans son intérêt bien compris, combiner souvent des dividendes excessivement élevés avec des prix démarché queh|uc peu inllécbis. 11 a pu en être ainsi, parce que le trust pouvait combiner des améliorations Iccbnitpies et des épargties réelles dans la production et le transport de ses marchandises avec une position parlicnlièrement privilégiée.

Dans de pareils cas, cependant, on peut se demander toujours si la diminution des prix de marché a été proportionnée aux avantages que le trust a pu réaliser. Les témoignages de plusieurs raHincurs de pétrole, dit le rapport de la Industrial Commission, nous apprennent que le trust a pu beaucoup économiser, dans les dernières années, sur les produits accessoires, qui étaient considérés antérieurement comme des non-valeurs, de sorte tpie les prolits faits sur ces produits accessoires égalaient souvent ceux que Ton tirait du pétrole. Dans ces conditions, |)cnsent les auteurs du rapport, on aurait pu s’attendre peut-être a ce <pie le prix dvi pétrole rafliné, comparé a celui de riiuile brute, eut diminué plus qu’il ne Ta fait en réalité (a).

En rapport avec celte politique générale de nos trusts concernant les prix des produits prêts à la consommation, nous avons, d’autre part, h en juger une autre complétant la première ; c’est la politique que les dirigeants de plusieurs grandes combinaisons ont pratiquée relativement aux matières premières dont ils ont lacbc de baisser les prix le plus possible ; s’ils n’v parvenaient |>as, ils eberebaient peu a peu

(1) Voir le liihlojiu des priv et la i*arte du Preliin. RepoH, part I, p. , Ensuite J. W . Jknks, loe. at., p.iôoot siiiv. et le liutlelin a" '29, p. 738 et sui> .

{2) Voir Prelitn part I, p. 53. Cf. aussi.!. \V. Jexks, hc. cît.,

p. lo't. et te fiaftetin «« 2*J, p. 72'!.

THEORIE DE h\ VALEUR

a attirer dans la combinaison des branches entières de la production des matières premières et secondaires.

Presque tous les concurrentsdola S landard OU Company cinv paraissaient devant la Industrial Commission sc sont plaints de ce que cette corporation, «contrôlant » les principales canalisations en fer (pipe Unes) pour le transport du pétrole brut, et étant en meme temps le principal raffincur de pétrole, fixait dans la pratique les prix du pétrole brut. Ils prétoudirmt ([iie la combiiiaisou avait fait cola depuis plusieurs années au ])i*éjudice ünaucior dos aulros producteurs d’huile (|u’ollo avait ruinés souvent complètement.

Partoutoù la Standard OU Company ü\n\l\e contrôloexrlusif dos pipe lineM dans une certaine contrée, elle a [ualiquo la tactique de tenir le prix du pétrole brut a un niveau si bas que, à la longue, elle pouvait acheter les sources d’buileaux producteurs et propriétaires ruinés à des conditions très avantageuses pour elle ; ceci fait, le prix de riiuilc brute montait sur le champ à im niveau de [)roduction plus normal. En outre, la combinaison appli(juait souvent un système particulier do primes pour le pétrole provenant des contrées où s’étaiont établis les concurrents ; clic payait plus que le prix régulier pour ce pétrole. Dans ces cas, les propriétaires de petites pipe Unes, SC voyant privés d’bulle, furent lonlcmcnt ruinés et, à la fin, leurs canalisations fur ont achetées ])ar le trust (i).

A ccl exemple caraclérisliquc nous ou ajoutons encore un autre concernaut une branche particulière de production et de commerce. Comme les producteurs do pétrole brut et les propriétaires des petites canalisations devaient se sentir impuissants et désarmés devant la Standard OU Company, de même les éleveurs de bestiaux et les petits marchands de bétail et bouchers se sont trouvés ol se trouveni encore sans défense devant le puissaiTl trust do la viande, (|ui domine absolument les prix de cet article dans pres([uc tout le do-

(i) Voir |K)iir l.i suivie pur le trust du pétrole, outre le rapport

mentionné {Prclim. Pepnrl, part I. pp. 16 et ^7), llE?iUV-l)EM. Lî.oyd, apuinsl Commonwentth, p. 84 el sulv. et io4 et suiv, ; cnstiile siirlout, la polili(|ue pralii|uée j>ar le trust contre lu Tiiiewaler-Pipe-Line, une vraie guerre inmisirielle, dndem^ p. lof) et suiv.

3()2 XllÉOlUK DE I*A VAuam

maino des Etats-Unis. C’est ce même trust qui a été la cause des troubles a l\e^^-\ork dans le mois de mai iqoa, troubles qui nous ont montré une fois encore combien est vrai, par rapport auv trusts, le mol que Ton a prononcé : « Les personnes sont sans force contre eux et un peuple seulement peut gagner et garder la liberté » (i).

A côté des pratiques mentionnées qu’appliquent plusieurs grands trusts comme acheteurs de matières premières et secondaires envers les |)roducteurs de ces matières, la politique générale de ces combinaisons présente encore une tactique particulière qu’elles suivent localement \is-a-vis de?s producteurs rivaux de produits finaux. C’est la diminution temporainî des prix, (lestinée soit a supplanter un adversaire soit à PellVaYer pour qu'il n’entre pas sur un lerraiii où le trust a déjà établi sa domination.

Le rapport de la Industrial Commission nous montre que les plus grandes combinaisons, comme la Standard OU Com/>. et la Sinjar liefinimi Comp,, méritent pleinement les plaintes portées contre elles à ce propos (a).

Si difficile qu’il soit de prononcer un jugement général sur la politique suivie par les grandes combinaisons industrielles et commerciales par rapport aux prix des marchandises, il est sûr pourtant, que plusieurs d’entre elles ont su obtenir d’une manière temporaire ou meme durable une puissance monopolisalrice dans leur branche particulière d’industrie, decommereç ou de lransport.il est non moins manifeste que, dans ce cas, elles ont généralement profité de leur position privilégiée pour augmenter la dilfcrence entre les frais d’acquisition de

(i)Pour juger de rinlliience iiiono[)olis;Uri(‘e (jue les quatre grandes maisons de l)Oucherie de (diicago (Thebi^f Four) exerçaient déjà en 1S90 sur le prix du bétail dans dillérents Etats île t’Union, voir IIe.nry-1)em Lt.OTo, /or. cit., p. et suiv.

(3 I A plusieurs endroits dans ses rapports, la Iiidasirial Commission parle de ces diminutions locales des prix {culs in local markets'^. Voir par exemple Prelim, liepori^ pirt I. p, ao, où la commission renvoie le lecteur à diverses déclarations de témoins, déclarations aussi l»ien des représentants de nos grands trusts que de leurs ri>aux. Eu ce qui regarde lu Standard OU Company» on trouve quelques exemples très remarquables de ce que signitient réellement ces ru/5 dans les prix chez Hemit-Dem. Llotu, loc, et/., pp. '422 à 427, 439, etc.

THÉORIE DE LA VALEIU

leurs matières premières et secondaires et les prix de leurs produits finaux et à faire hausser ainsi le mnrgiti et aussi leurs profils d’entrepreneurs.

Elles ont obtenu ce résultat soit en déprimant les prix de leurs matières, soit en haussant ceux des produits finaux, soit encore en combinant les deux méthodes, ^oilà roj)inion définitive à laquelle mènent les faits de la vie pralicpie. C’est l’opinion à laquelle est arrivée aussi le rédacteur du rapport conlcnu dans le Ihdlclin .V* du Département du Travail à AVasbingtou (i).

Ce jugement est justifié partout par 1 expérience ; nous n’avons [>as à le borner exclusivement aux combinaisons de rAniéric[ue du Nord ; il peut être ap])licpu*, avec la meme raison, aux syndicats et cartels d’Europe. Les rapports annuels des cbambresde commerce allemandes, par exemple, SC ])laignent également de la politique suivie dans les industries coalisées par rapport aux |)rix du marché (3),

Le jugement final auquel nous sommes arrivés par 1 élude de la politique que suivent nos grandes combinaisons industrielles cl commerciales, correspond entièrement à leur nature et cela d’autant plus qu’elles nous présentent davantage un caractère de monopolisation.

Prenons tout d’abord comme exemple nn monopole dont l’existence est niconlcslablo, un soi- disant « monopole lé"al » comme celui que possède une compagnie de chemins de 1èr.

Celle compagnie n’exploite pas son entreprise pour son plaisir, ni par sentiment d humanité. « Les allaires ne sont pas de la philanthropie »), disait M. llavemeyer, le président du

(1) Loc. cii., p. 7G1.

(2) \o\vJahrbuch JÛr <ieset:nebung... etc., publia par Gi:stav bcHMOwF.R, i()oi. Iloft IV, p. i). L auteur tle railide auquel nous renvovons le lecteur (Si il Waintig) dit encore : << Les phénomènes les plus récents que nous iiionlrc le marché alleiuamldu cliarbon.<lu foret du sucre, ne sont que peu propres à reeoneiHer le public axec la i>*.lllique suimc p;u- les carte s en matière de prix de marelié. 0 Cf. aussi Puma: IHc kartclle der gewcrbltchcn { nternehmer, Leipzig, 1898. p. 9O suiv

TIIEOIUK DE LA. VALEüU

TMKOIUE DE LA VAM'.tU

trust du sucre, devant la Industrial Commission. N’élant j)as arrôtee dans son exploitation par la concurrence avec des rivaux, une compagnie de cliemins de fer prend d’abord scs propres Irais d'exploitation, — coque nous avons appelé en général pour rimîustrie les frais de production, — comme hase de la fixation des tarifs, mais ce niveau peut être dépassé plus lacilerncnt qu’on ne pouvait le faire sous l’ancien système de la concurrence. En somme, la fixation des prix de monopole est régie ici par !a règle générale de l’obtention des plus grands revenus nets pour autant, du moins, q*ie les monopoleurs ne rencontrent pas d’obstacles dans rinlervenlion du Gouvernement.

Les Irais d’exploitation restant invariables, il s’agit avant tout pour les directeurs d’une ligne de chemins de fer, de résoudre la question suivante : Est -ce que les revenus nets augmenteront par une diminution des tarifs qui pourrait faire accroître le nombre des voyageurs et la masse des marchandises à trans[)orter ; ou bien, le résultat désiré sera-t-il plutôt obtenu parle relèvement des tarifs!* On ne saurait oublier que ce relèvement pourra rencontrer une résistance réelle du côté du public cl faire diminuer nécessairement le transport des voyageurs et des marchandises. La question de savoir quelle inllucnce exercent les variations dans rolfrc sur l’extension de la deinamlc, voilà le problème (pic nous avons ici sous les yeux. Nous devrons y retourner lorsijue tout à riicurc nous traiterons particulièrement des catégories d’articles de consommation pour lesquels la demande a atteint une limite qui ne peut pas notablement décroître.

La puissance monopolisatrice (jue nous venons de constater est parfois non moins incontestable, — bien qu’elle soit moins complète parfois, — dans dilfércntes industries où certains entrepreneurs jouissent d’avantages naturels ou techniques tels que des relations de commerce et une clientèle acquise par de longues années d’expérience on bien la possession de quelques brevets d'invention. La Américan Steel and Mire ('omprmy, par exemple, obtint en Améri([uc un monopole réel pour la fabrication de clôtures en ronces arlilicielles

(bfirb udre) par la possession de ses Inexels d invention. Parmi ces sortes de monopoles se range aussi celui d un journal (jui est soutenu par un grand parti politique.

Lorsque, dans de tels cas, le monopole est à considérer comme plus ou moins complet et absolu, ce sont les liais d’exploitation qui serviront encore, comme toujours, de base à la lixation tics prix ; mais les limites données sont de nouveau moins restreintes, cl les enlre|>reneurs peuvent souvent les franchir plus lacilcinent vers le haut Comme ligne de conduite dans tous ces cas la règle des plus grands revenus

nets s’impose.

Dans le cas d’un journal poliliipie, par exemple, où le monopole ne se heurte ])as a une mlluencc gouvernementale, cette règle mène à la (|uesliou suivimlc : le journal donneiat-il les profits les plus élevés, dans les circonstances données, avec un prix d'abonncnicnt peu i‘levc cl un cercle de lecteurs très étendu, ou bien au contraire, avec un prix élevé cl un nombre plus restreint d’abonnés.* Ensuite, de meme, estce que les revenus augmenteront par l’établissement d’un prix minime ou, au contraire. un prix élevédes annonces, etc.?

De tout ce que nous venons d exposer, il résulte <pie la possession d’un capital considérable, assez grand pour dominer le marché dans un domaine déterminé de débit, peut attribuer à certains entrepreneurs une |)uissancc monopolisa— trice qui lui est proportionnelle.

Examinons les conditions dans lestpielles se trouve placée une combinaison « contrôlant », comme on dit aux Etats- Unis, 'yO ou 8ü 0/0, ou plus même de la production dans une contrée (pielcompie cl une branche déterminée d industrie. Par exemple, regardons de près la situation dans latjuelle SC trouvent les combinaisons suivantes : La /l//icnca/i Swjar Refiniiuj Company fabriijuant. d’après le témoignage de son président de\anl la liultislrial Commission, (joo^odetoul le sucre produit aux Etats-Unis, et pouvant fabriquer 30 o/o au-dessus de la ilcmande totale du sucre dans ce pays ; la Standard ()il Company, contrôlant de (Sii.da q.) o/o, — les évaluations th*s témoins devant la liultislrial (jommisston dilleient à ce sujet, — de tout le rallinage de pétrole aux Etats-Unis ;

THKOHIE DE LV VAEEUU

les combinaisiuïs du whiskey dominant doja en octobre — d’après les Icnioii^nages dos deux présidents des corporations qui les composent, — 85 à 90 0/0 do la production totale dos spiritueux ; la Amrrican Tin Idaie Company avec 90 0/0 de la production totale du for blanc, on bien, au moment du témoignage do son président devant la Indnslrial Commission et d’après ce témoignage même, un peu plus de 90 0/0 de la production totale. Ei ainsi de suite (1).

Une telle combinaison, évidemment, possède une tout autre induence sur le marché que n’importe lequel de ses concurrents, une tout autre inlluence aussi que celle que pourrait posséder sous le régime de la libixî concurrence un entrepi'encur quclcon<[ue, même s’il l'abriquait 3 ou 5 ou meme 10 0/0 de la production totale d’\m article de consommation pour tout son pays. U’iniluence particulière qu’exerce un tel trust consiste précisément en ceci que la très grande partie des consommateurs se trouvent à la lin, bon gré mal gré,renvovés a lui. Dans le cas meme où une telle combinaison ferait bansscr les prix beaucoup au-dessus du niveau de la concurrence, les consommateurs, ïiéanmoins, ne pourraient s’adresser ([ue pour une partie relali\enient peu importante aux rivaux du trust qui ne sauraient nullement satisfaire par leurs efforts a la demande totale. Il est vrai que, en pareils cas, de nouveaux concurrents peuvent être appelés en scène, mais nous savons déjà, par tout ce qui précède, quels moyens coercitifs possèdent les grands trusts pour elfraycr leurs adversaires éventuels.

La dépendance du public éprouve ([uelque adoucissement, tant que les consommateurs trouvent encore dans une sphère voisine de production la satisfaction de leurs besoins, en remplaçant par exemple les spiritueux par la bière, le thé ou le vin par le café ou le lait, la viande par les œufs, et ainsi de suite. Ce rem|)lacement ne peut avoir lieu, cependant, que jusqu’à une limite déterminée et nne hausse des prix dans une sphère de production et de consommation, occasionne, immé-

(0 Voir aussi |>our tl’uulres combinaisons les rapports de hi Indu:itriol Commission, \ol. I.

TIIÉOUIE DE L.i VATÆEU '^97

diatement d’ordinaire, — par l’accroissement de la demande, une hausse analogue des prix dans les sphères voisines ( i ). 1 ont ce que la science économique nous apprend sur la riguem des besoins sociaux dans certaiiu's sphères de prod\iction ou la demande totale d’une population n’est plus susceptible de resserrement, reçoit ici une sigmllcalion pariiculieic pai le fait que nos trusts modernes ont monopolise surtout les branches de production d’articles de première nécessité pom tonte une poj)ulation ou. du moins, pour la très grande paitie des hommes. Le besoin total qu un peuple peut avoii d’un article quelconque n’est pas une grandeur fixe et invariable, mais ses llucluations se meuvent bien geneialement, nous l’avons vu, entre un certain minimum et un certain maximum. La dépendance d’une population vis-àvis de nos grandes combinaisons modernes ne peut que trop facilement piendre le caractère d’un lardeau insupportable et celte dépendance augmente encore à mesure que les combinaisons dans des sphères voisines d industrie commencent a s’entendre en ce qui concerne les prix de leurs produits.

11 est évident ([uc le polit nombre des entrepreneurs indé- ])ondanls qui peuvent se maintenir encore a coté des glandes combinaisons n’ont point, pour hausser arbitrairement les prix, la meme puissance que ces trusts. Dans le cas ou ils la-

Il faut l'oinptor :» ce sujet avec les pratiques <les trusts, qui ne restent pas (tans l’inactivité lorsqu’il s’agit cIc vaincre leurs oonciUTenls et le imblic, mais qui, au contraire, se munirent sans pilie en matière il « ailaIre^ ».

' Un collaborateur du journal Le Temp., chargé celte année meme, par les ministères des liiianccs, de la marine et du commerce en t rance, dune mission d'études aux Etats-Unis, raconte I bistoire suivante concernant le trust de la viande : « Le premier résultat du Heef trust a etc une hausse ex cessivc de la viande provoquée par les Stocky^mh de Clneago. IjCs bouchers de New-York prirent mal la ciiose et résolurent un jom- de fermer l>ouiique. Un matin, les ménagères trouvèrent les boucheries closes et sur les devantures, celte pancarte : « N achclcx plus que des œuls. Cela >ous cou-

tera moins cher fine nos bœufs. » . i ■

<( Le lenfieniain, la miison .•\rinonr. tle Cliicaf;o, tclcgraphiail a ses rcoresentants .le rallcr tous les .eafs (|ails p.onaient Irouver hile en acl.clait cinquante millions. Les œufs devenaiei.l plus chers que la viaiiclc cl es Ixmchers de ISew-YorU se résignèrent à rouvrir le.irs Iwutiques ». (7c «pv du 3 iuillct iqoi). On [«.urrail ajouter à <œt exeuiple noinhro d aulies ,,ris de tous col es dans le mon.le .les trusts lutlaul pour la .lom.nat.on du marché.

3()8 TnéoiUK DÈ LA VALLtK

chcraioni de l’aire des lenlatives dans celte voie, ils verraicnl iinnu'dialement leur clientèle passer à leurs rivaux, les entrepreneurs unis dans la combinaison clant à nu^me de pourvoir le marché, — soit à peu près, soit meme complètement dans le cas de resserremeni des besoins.

De même, en ce (jui concerne la laclicpicd abaissement dos prix dans certains cas spéciaux, les trusts que nous venons de nommer n’ont pas à subir les mêmes {lilliculles ([ui se présentent aux entrepreneurs indépendants. « Lors(pie [les trusts] abaissent les prix (leAc/i lli(*y tnake a eut in tlie price). (lit renquêle de la Intliislrial Conwiis^itni, « les autres doivent suivre et Taction [d('s trusts] est réellement arbitraire. Luxmêmes, au contraire, avant un contrôle si laigc sur le mar-

ebé, n’ont pas à suivre l'abaissement du prix lorsque cet abaissement est opéré par un concurrent sur un marché relativement petit ; bien que, naturelliMucnt, ils ne ptiissent pas permettre îi ce concurrent d’élargir notablement son marché, si, du moins, ils désirent conserver le contrôle » (i\

Dans les branches j^rincipales de l’industrie, du commerce et du transport qui ont été monopolisées déjà par les grandes combinaisons, la situation aux Etals-l iiis est donc généralement celle-ci : la combinaison fixe les prix de marché, tandis (|ue les entrepreneurs indépendants, se maintenant encore a coté d’eux, acceptent les prix (jui leur sont imposés (2).

Mais c’est là le monopole daiis le sens le [)lus absolu du mot! Non pas, il est vrai, le monopole, établi et sanctionné

{i) Preliminary lieport, parti, p. 19. Cf. aussi 1 esquisse excellente (tonnée de celte puisî-ancc nionopolisatrico par Jkr. AA. /oc. WC,

pp. Oo et 63. . .

(2) « Depuis quelques années la Si/indard Oil Company a pris I hahïtiulo

(rannoncer journellement le prix quelle voudrait j)aver pour le pétrole brut et le prix auquel elle voudrait vendre le pétrole ralÜné. Ce j>rix tïst généralement accepté roiiime le prix du marché et les eoncurrcnls le suivent.

<1 De la même manière la .ImcnVun Sutjar Nejinimf Company alliclie les prix du jour et est suivie ensuite par ses t oncurrcnls (|ui allichenl les

leurs

« Les fonctionnaires de la Ameriæn Tin Plate Company reconnaissent que leur prix est à considérer comme le prix amériiain.. .. La compagnie üxe le

prix, que ses concurrenls, en générai, suivent » {Prelim. lieport, pari 1,

pp. 18-19'.

TIIÉOIUE DE LA VALEl U

TIIÉUUIE DE LA VALEl U SqQ

Iéji;alcincnl, d'uno com[iagnic de clicmins de 1er ou d une industrie de ITdal, mais, ce qui revient au môme ou ce qui est pire encore (faute d un fort contrôle de la part de 1 Ktat), c’est un monopole réel dérivant des laits, un monopole particulier sans frein.

Lorsque les grandes combinaisons portent leurs marcliandises au marelié à un prix plus bas <|u il ne serait possible de le faire aux entrepreneurs parliculiers agissant cbacuii pour soi sous l’aueien régime de la libre coiicuiicncc, ces prix moins élevés n’exislcnt cependant que grâce a la bonne volonté des directeurs de ces combinaisons dont, en délinilive, les consommateurs dépendent pour la salislaclioii de leurs besoins.

En regardant de jirès la production capitaliste sous le régime de la libre concurrence, nous avons vu, au plus haut degré de développement de cette forme de production, les prix de marché de la très grande partie des articles de consommation journalière prendre la forme '. frais <le pvniinclioii sociau.r -t- profil moyen. La valeur de production reste, pour les grandes masses des marchandises, l’élément essentiel de leur valeur de marelié. La même concurrence entre les entrepreneurs indépeiidanls, qui tenait continuellement le prix de marelié des marcbandiscs conforme à leur valeur de production sociale, montre, en même temps, une tendance plus ou moins prononcée au nivellement du profit des entrepreneurs, comme elle nivelle, en premier lieu, les prix de marché.

De même que l’artisan indépendant ou le maître de métier du 'Nlovcii Age devaient juger la valeur de marché de leurs produits d’après le travail dépensé à leur production et devaient tâcher de réaliser ce travail dans le prix du marché, ainsi l’entrepreneur capitaliste moderne doit évaluer ses produits, sous le régime de la libre concurrence, d’après les frais de production et de circulation (frais de production dans le sens large du mot) augmentés du prolit d’entrepreneur ayant cours dans sa sphère particulière d<> production.

Pour l’artisan indépendant ou le maîlrc de métier du

TUEOUIE DE LA WEEUH

Moyen Age, el pour le capitaliste moderne, c est la le pvi\ que vaut à leurs yeux leur inarcliamlise, ])uisqu’il.s ne peuvent continuer a fabriquer leurs produits que sous condition que

ce dédommagement leur sera accordé. « Lesallaires ne sont

pas de la pbilantliropie ».

11 résulte de tout ce cjui précède que, sous le régime de la combinaison, la valeur de production reste encore, jusqu à une certaine hauteur, la base sur laquelle les entrepreneurs fixent les prix du marché. Aussi avons-nous vu (|ue ce sont précisément les représentants de nos trusts modernes (jui mettent incessaminent en lumière la nécessité que cette base soit maintenue. Ce sont eux (jui iléfendent sp(‘cialeinent rexistence des combinaisons en nous rappelant les prix excessivement bas (jue leurs coiporalions sont a meme de lairc, en se basant sur des Irais de [)roduction et tle transport excessivement modérés.

Mais nous avons vu, d'autre part, (|uc la puissance monopolisatricc ([ue nos combinaisons obtiennent de plus en plus dans l’industrie, le commerce et le transport, les met a même delcver les prix de leurs articles au-dessus, et beaucouj) audessus parfois de leurs propres frais de production et de circulation, Ce fait nous cxpli(|ue, — mieux que toutes les ameliorations el tous les perlectionnenK'nts teclmi([ues et mieux que toutes les économies (]ue peuvent faire les trusts, — pour- (|uoi plusieurs de ces combinaisons ont pu réaliser des profits tels que fon en avait vu de semblables seulement dans la première périodi* de la production capitalislc ; el encore pendant cette période, de tels prolits if existaient-ils que pour des cajiitaux exceptionnels.

Tant ([ue les prix des marchandises dépendent (‘ncore, sous le régime des trusts modernes, (jes Irais réels de la production, le système de la combinaison se présente a nous comme un perfectionnement lccbni<|ue du processus de la production el de la circulation, — p*‘i lectiomiement (pii résulté d<‘ toutes les améliorations cl de toutes les épargnes introduites. Tt-nsuile,il se présente à nos >enx ('omim* une réaction naturelle ci^ntiH' le nivelliMiuMit [uiinitil et grosslc'rdu [irofit par la concurrence.

TIlÉOaiE DE E.v VAEKtU

Aoi

Los Inists inadcrncs ont rcinplacô dans la piodnclion la Inite (le Inns contre tons— Intle irré-nln'Te cl uou organ.si'C abontissanl partout à la mine d'nn grand nombre, de pe ils entrepreneurs indépendants sous la pression de leurs plus grands concurrents. —par la guerre d’exlcrmmation sjstcmaîique et grandiose dans sa cruauté, cpie les plus grands capitalistes coalisés entreprennent contre tous ks rivaux, grands et petits, contre tons ceux cpii sont restes mdependan s. En transformant ainsi complètement l’aspi^ct de la lutte l«^s combinaisons ont réussi d’abord à niveler absolument le profit d’entrepreneur dans le indien de leur corporation. Le grand entreprenenr capitaliste, entré dans un trust, est devenu en elVet actionnaire d’une société (jm bu paye ses dividendes — tant pour cent du capital déboursé par lui dans

l’entreprise commune. , . •

En dehors de leur cercle, cependant, les combinaisons ont rompu complètement la tendance primitive au nivellement des prollts d’entroprenenrs dans les dilVérenles spberes de la production, - tendance, du reste, ([uc nous ne voyons que li(>s imparfaitement agir, même au pins liant degre du de \eloppement de la concurrence capitaliste. Cette tendance primitive est rompue par les combinaisons comme est rompue par elles tonte la loi de la concurrence capitaliste et tle la fixation des prix de marché sons le régime de cette même

concurrence. ^

Au fur et à mesure senlemeiil tpie nos 1 icrpont Morgan,

Ilill, Carnegie, Schwab. Rockefeller, llavemcyer et Van der

Bilt se mettent à répartir leurs capitaux formidables sur les

branches principales de rindnslrie. du commerce et du

transport et ([u’ils parviennent aux résultats, quant a

l’ensemble de ces industries nationales (VU mternationales.aux

nncls le sYstème de la simple combinaison a déjà abouti dans

plusieurs branches en particulier,- cette nouvelle tendance an

nivellement des profils pourra s’étendre de plus en pins dans

l’avenir; alors, cependant, il s’agira d’niie tendance agissant

sur un tout autre niveau, et un niveau beanconp plus deve-

loiipé de la production, que celui on se mamlcsle la tcnidancc

primitive au nivellement des profits présentée par la cou-

Tlir.OniE DE LV VALECU

cmroïK'c liliie ri dTrrnrc entre plnsienrs milliers clVnlreprenenrs iiulépenciants.

En outre, nous devons faire remarquer aussi que, pendant toute eette période d'élargissement et de développement du système des trusts et monopoles, on ne pourra pas parler d'une tendance immédiate au niv(’llement des profits entre les industries monopolisées, d'une part, et de Taulre toutes les brandies d'industrie, de commerce, de transport et d’agriculture (pii ne sont pas encore basées sur le système de la combinaison et du monopole,

l.e ('ontacl immédiat entre ces sphères de jiroduction est détruit. Lors([ue, dans ra\enir, les capitaux pourront aflluer ])lus facilement d'une sphère h raulre, — les branches non monopolisées de la production, telles que les branclu^s agricol(»s, commenvant da\anluge à manifester une tendance à la combinaison, — ce contact pourra se rétablir lentement. Pour le présent, pourtant, les deux sphères de production que nous \enons de distinguer, — celle des industries monopolisées et C('lle des non-monopolisées, — s(» séparent nettement l’une de l’autre et a|)parliennent déjà en réalité a des périodes histori- (\\ws dillérentes du développement de la production. De meme la fabrication de numblcs, chaussures, <*lc., dans la irrande l'ahrinne cxploiloo d’iuie inaiii(''ic capilalisto et la réparation de CCS articles dans l’atelier de l’artisan indépendant on du petit patron a|)parliennent à des périodes tout à fait dillérentes du développement des l'orecs productrices et tombent, comme nous l’avons mi sons îles conditions tout autres par rapport à la lixation de la valeur des produits.

En examinant ensuite jusipi’à cpiel point les prix de marché des marchandises s’attachent encore, sons le système de la combinaison moderne, à la valeur de production de ces marchamliscs, nous voyons dans la lutte des trusts pour obtenir la domination du marché, que le m.mvernent des prix prend en général le cours suivant.

D’abord il existe une période pendant laquelle les prix du marché tombent au-dessous, parfois, dans certaines localités, beaucoup au-dessous de nmx auxquels pouvaient antérieurement descendre les entrepreneurs isolés. Prenons comme

THÉOlllE DE LA VALEl I\

exemple la tactique suivie par la Slmulnnl OlI Company aux Etats-Unis dans sa lutte pour accaparer le marché mondial du pétrole, l’our arriver a son but elle vendait parfois on Europe le pétrole raffiné à des prix auxquels on ne pouvait guère apporter de l’Amérique du pétrole brut i i).

Dans ces conditions les petits entrepreneurs indépendants, après avoir été obligés pendant quelque temps de produire et de livrer leurs inarcliandiscs au-dessous de leurs propres frais de fabrication, disparaissent bient(M, ruinés, de la scène ou

bien enlrenl dans la combinaison .

Alors s'ouvre généralement une période dans laquelle le trust (‘onsorvo la domination du marché et peut hausser les prix, souvent l»caucoiip au-dessus du niveau (|u ils atl(‘ignaîenl sous h‘ régime do la libro concurrenco.

(^)uaml à cotlc période d’autres ooucurrenls surgissent sur le marché, le jeu sc répète : L ne baisse dos prix soudaine et l'ormidahlo sc fait sLMitlr, du moinsaux lieux où les nouveaux adversaires peuvent arriver au marché ; les marchandises ohlii*nncnl un « prix d’occasion » pouvant tomber encore une fois au-dessous d('s frais de production de plusieurs sinon de Ions les rivaux du trust, jusqu’à ce ([uc la victoire reste de nouveau au plus fort ou qu’un accord mette fm à la lutte (a).

Hieiujuc, pendant toute cette j)ériod(' de guerre iuduslrielle. la valeur de production ne puisse pas toujours servir de hase aux prix des inarchaiidisi's, on pourrait prétendre, cepen-

fl. La PtiU Mail (ia:eUe ihi i8 juin par oxeiiipk*, annonçait (|uo le

trust vendait à relie époque de riiuile raflinée en Europe à des prix plus lias que ceux, auxtpiels l’huile hrute pouvait être apportée d'Aniéri que.

(a) Pour un mouvement jKvroil des j>rix, M JenWs tlonne comme exemple rtiistoiredii trust du sucrcà laquelle nous avons nDUS-miuics renvoyé plus haut (\üir Jku. NV. -iK.xhs, /or. cil., |»p. l'n et l'ia'. t'n autre exemple caraclérislitiue sc présente dans les dilVérenls liools des f^rands distillateurs îles Elals-Lnis de 1881-1887. Wxr une consultation attentive, pour cette période. tics cartes et tableaux de prix que nous eimuaissons, il saule aux yeux que, durant rcxisleiice de chacune de ce» comhvnaisons teuqioraircs, les prix des spiritueux étaient élevés et tpic les prolits sans doute y corresjKmdaient. 'rtMilos les fois, n'pendanl, (pi’un de ces pools s ecnmla. les prix tonihérent justpi’a un minimum et le tnartjii diminua excessivement, de sorte que soment le prix nVjçalail pas meme les sim|iles Irais tie lahricalion,

TlIKOUIE DE h\ VAfKLU

(lanï, ([UC les frais de production restent toujours, en dernière analyse, rélément predoininant dans la fixation dos prix. N’oublions pas à ce sujet que, premièrement, la somme de ces frais de production est d’vine grandeur variable et qu’elle varie, sous le régime des trusts, avec le développement teclinique et l’organisation de l’industrie et que, deuxièmement, nous pouvons chercher toujours le prix de marché moyen pour une période de plusieurs années, pour laquelle les oscillations au-dessus et au-dessous du niveau indi([ué par la valeur de production sociale peuvent se contrebalancer partiellement.

Cependant, fixons notre attention, pour terminer nos considérations générales, sur la situation (jui naît après une période de lutte telle qvie nous venons de l’exposer, quand une combinaison a réussi à accaparer plus ou moins complètement le marché, comme il en est déjà ainsi dans plusieurs branches d’industrie, nationalement ou meme internationalement.

Dans ces conditions, — nous l’avons déjà appris par la pratiqueet retrouvons maintenant l’explication des phénomènes observés dans la nature du monopole, — les prix de marché peuvent surpasser les frais de production et de circulation de beaucoup plus que sous le régituc de la libre concurrence avec sa tendance à la formation d’un profit moyen.

La valeur de proiluclion des marchandises est mise à l’arrière-plan, bien qtie, naturellement, elle ne perde jamais entièrement son inllucncc. Ce qui domine, c’est de nouveau la valeur d’usage. Nous avons pu observer ce lait, quand nous avons cherché si la valeur d un complcxus de biens productifs doit cire estimée d’après la aclunl cash mlae, ou bien d’après le carm/uypoieer des établissements. Maintenant le même phénomène se produit sous nos yeux par rapport au prix de marché des produits finaux prêts à la consommation.

Au fur et à mesure que les prix de marché de ces produits s’écartent de leur valeur de production, commence à s’exercer, pour les . monopoleurs capitalistes, la loi des plus grands revenus nets que nous avons formulée plus haut, — loi

mimrw

TllÉOhlE DE LA VALEÜU

qui irexprimc pas autre chose, en dernier lieu, que la prédominance delà valeur d’usage du coté du producteur. Dans des cas spéciaux, nous avons déjà constate 1 existence de celle loi en traitant la question de savoir, s’il serait préférable à un producteur de lairc des prix élevés pour une clientèle rcslicinlc ou, an contraire, des prix moins élevés pour une clientèle plus

large.

Précisément parce que les monopoleurs de certaines industries se trouvent au marche dans une situation de superiorili* réelle comme producteurs vis-a-vis du public des consoniinaleiirs dépendant d’eux, ils peuvent élever les prix arbitrairement, jusqu à une certaine hauteur. Aussi est-ce jusqu a cette même hauteur que les prix de marche peu\cnl sccailci du niveau indi(jné par les Irais de production.

. Les monopoleurs capitalistes d’une industrie n ont pas besoin de présenter au marché toute la provision des produits dont ils disposent et qu’ils seraient à même d’apporter. Dès (pi’ils ont réussi, en tant que producteurs, à bannir la concurrence, ils gouvernent an marche l ollre des marchandises. En limitant l’onVe ils peuvent, ensuite, faire accroître l’intensité de la demande et laire augmenter ainsi la valeur d usage que leurs produits possèdent pour les consommateurs.

Dans rhisloire de la Standard Oil Company, comme dans celle de plusieurs autres trusts, la fermeture et le démantèlement des élablissenienls rivaux, vaincus par la combinaison, sont d’une pratique fréquemment employée pour diminuer rollVe au marché. Et nous savons ce que. dans la production des inélaux précieux, sigmlic la domination de 1 ollre du coti* des propriétaires de mines cl des grands financiers, L oi et l’argent, comme nous 1 avons remarque au coniincncement de cet ouvrage, possèdent déjà une valeur d échange Maimcnt fictive dont la lixation dans un rapport détermine, J*d oi y d’argent, est au pouvoir des capitalistes monopoleurs de ces

métaux.

Dans le courant de notre élude sur les combinaisons, nous avons appris que, ])onr la très grande masse des pioduits d’usage général et journalier, le problème n’est pas si facile à résoudre par nos grands capitalistes inodcines il

THÉOniK DE EA VALEUR

Icsl pour certains articles tels que les metau\ précieux. Pour la très grande partie des articlesdcconsommation journalière, l’arbitraire des producteurs est beaucoup plus limité, meme lorsqu’ils possèdent un monopole elTeclif dans leur industrie.

Faisons abstraction encore du lait que tout monopole ne conserve sa force que jusqu’à une hauteur limitée et que la « concurrence potentielle », bien qu elle ne soit que peu a craindre pour plusieurs de nos trusts moderne»^ dans les conditions ordinaires de l’industrie, se dresse quand meme à 1 arrière-plan plus ou moins menaçante. L’Elal, par exemple, ayant, lui-méme, une force monopolisalrice, pourrait se présenter en concurrent dans une industrie nouvelle, pour le cas où un trust abuserait trop de son monopole. Mais, en outre, et c’est là ce que nous voidious encore mettre en lumière, ce n’est qu’cxceplionnellement que l’on peut parler d’une impuissance complète du côté des consonimateurs et d’une dépendance absolue de ceux-ci par rapport aux grands monopoleurs.

Les consommateurs, eux aussi, ([uoi([uc dans un sens tout autre que les producteurs, se voient placés de\antdes alternatives particulières dérivant de la prédominance de la valeur d’usage qui se fait sentir aussi pour eux. Les consommateurs demandent toujours, les conditions du marché étant données, le plus grand plaisir ou avantage dans la consommation, comme les producteurs cherchent le plus grand avantage a ti* rer de la production.

Certains articles de consommation peuvent être remplacés par des succédanés, ou bien parfois, comme nous l’avons démontré, par des articles sortant des sphères voisines de la consommation. Vis-à-vis des producteurs de pareils articles, les enlrej)reneurs d’une industrie monopolisée peuvent donc se trouver dans les memes conditions, comme concurrents, que les entrepreneurs isolés et indépemlanls se trouvent entre eux sous le régime de la libre concurrence capitaliste et dans une branche particulière d’industrie.

La restriction du débouché des produits monopolisés peut être olVectuée par leur remplacement sur une vaste échelle par

d’autres produits, et la crainte d’un tel reinplaceinent doit donc être considérée comme une inlluencc propre à tenir souvent en bride l’arbitraire des directeurs d’un trust.

Par exemple, la possibilité du remplaccmenl de la lumière de pétrole par la lumière du gaz, do l’électricité, de l’acétylène, etc. , Use louiours une limite à l’arbitraire de la grande combinaison du pétrole lorsrpi’clle lixe ses prix, si iort (lue soit le monopole <pie possède cette corporation dans son industrie

particulière.

Cependant, il faut tenir compte de ce cpic nous avons iait remaruner pins haut sur la possibilité d’une entente entre les monopoleurs capitalistes dans des sphères dillerentes mais voisines de la production, et aussi de ce cpic nous avons dit sur les sphères de jn-oduction dont les produits satisfont les

besoins de première nécessite d un peuple (i).

Voici, exprimée en termes généraux, la loi qui régit le mouvcment’dcs ])iix sous le système des combinaisons et mono-

pôles : ,

\ coté de la valeur do production, nous voyons s accroître,

chez les consommateurs comme chez les producteurs, riiiflucnce

«ne la valeur d’usage exerce sur les évaluations et, pm- suite,

rinlUicncc de celle-ci sur la valeur d’échange objective et le

prix de marché des marchandises. Lorsque, à un certain prix

( .) Le .uonvement génér.-.l des prix sous le reg.me des y» |

qu'exercent CCS combinaisons par leur puissance uionopolisatnce dans diffc lUtes splièrcs de la consommation, sont exprimes par le professeur Andrews dans les termes suivants :

‘"^.orsml’une marcïiàndisc est faliriipiée dans des conditions semlilables, s (Vais ne rcglcnl plus le

les frais ne ri"dcnl plus le prix. i.a iiianui. ..... ■eincnt pendant

lue que "cm Lries caprices du vendeur élai.t peut-être tempérés un peu par rmé mire des prix sous l'ancienne concurrence. Lentement le caprice donne !iacr“ une ccrl line loi; mais c’est une aiilrc loi. - celle du besoin de ommes Les ,,rix augmentent do plus eu plus jus , u’a ce que a demande, et inr elleie in-olil, commence à diiiiiiiiier ; ensuite ils oscillent .autour du niveau ue le iil-cbé peut supporter, comme ils l’ont fait autrefois autour de ceb 1 r nîs 1 e niolucleur lient être plus ou moins exigeant, selon la nature du

‘ s t ua luxe', la nouvelle loi, pcut-e^tre, ii’élcvcra pas les

C'b^utmr a^d^sst d^ nive.au. Si ç’elt un article de preim re

nê-cssilê, le iirodiicleur |ieut saigner le |icuple a moit. » ..

K liLNjxMis. Axuamvs, The Qu.irleWv Journal oj feeonomics, jan. i8S,j. Arti-

de ; Trusts according io (tfjicud Investiguiuns, p. ï \A)

THÉORIE DE L.V VArECU

(le marché, la demande lolale et elVeclivc égale lolTre lolale, sans pourtant trop la surpasser, et (\uv le marclié peut donc absorber toute la ])rovision apportée d’une marchandise, — alors, il n’y a pas de raison pour les fabricants monopoleurs de diminuer le prixdea'lte marchandise. Lnc raison pourrait seulement les y conduire ; c’est (pie la diminution du prix serait plus que compensée peut-iHrc ])ar une extension de la demande et par suite du débouché de la marchandise. Il n’y aurait pas non plus de raison pour élever le prix de marché dans le cas supposé, à moins cpie la demande ne [uiisse davantage se restreindre, ou qu’elle se resireigne si peu par l’élévation du prix, que le prolit des capilalistt's monopoleurs augmente par la tactique employée.

Nommons (/ la quantité d’une marebandise monopolisée qui est apportée au marebéà un moment donné;/) le prix de marché d’une unité de cette marebandise (inetre, litre, ou kilogramme, etc.) au même moment ; les capitalistes monopoleurs tacheront (rélever /) justpi’au point où pq leur donne un excédent, sur les frais de produclionde la quantité a de leur marchandise, plus grand que celui qu’ils obtiendraient en portant au marché n unjtorte quelle aiüre quantité de leur marchandise, (V/') à un prix variant en nuMue temps (//).

Lorsque donc les fabricants monopoleurs d’une industrie ollrent au marché une (pianlité q de leur marchandise a un prix de monopole />, la situation du marché tend à s’exprimer dans la formule suivante :

Dans celte formule, r exprime les frais de production d’une unité de la quantité q de la marchandise, et r’ de q'. Si la dilTérence entre <[ et q' n’est pas importante, on a r' = r. Mais il est possible, — et c’est précisément ce phénotnéne-là cjuc les représentants de nos grands trusts s’appliquent à mettre en lumière, — c[ue les frais de production d’une unité (mètre, litre ou kilogramme, etc.) d’une marchandise diminuent a mesure que la (juanîilé produite augmente.

THÉOIUE ni: EX VXEEUH

Il csl .'■vMeul. .oi.c.d.ml, <|u il e«Ul.. loujou,,

Ii„,i|„ .-dessus de L-U|uclle '■•--''''■''■'‘X:||o;L“r le n ccntialUalion de la pioduclion sur nue ecl.e k |. us rasU ne

“S |dus ra.iouncllonren, à la diuunul.on des lr„s de

production d’une marchandise.

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