‹ Théorie des belles-lettres (volume 2)Chapitre 47 sur 103 · MOT ET Li:s KMGEN(:i:s m: la' langue. i:î · texte numérisé non relu

MOT ET Li:s KMGEN(:i:s m: la' langue. i:î

l-il de la langue et de bien d'autres choses, hélas ! si l'éducation révolutionnaire et la mauvaise presse font descendre jusque dans les masses l'illusion et l'orgueil du demi-savoir? Alors surtout l'écrivain jaloux d'être utile devra lutter de toute son influence contre un néologisme également redoutable à ce qui nous reste de bon sens et de bon français. N'est-ce pas la situation présente? Essayons de la bien concevoir.

La laugue française. — Néologisme de mots. — Formation quasi française.— Formation plus barbare. — Politique, administration, finances, sciences physiques. — Histoire. — Philosophie. — Arts et industrie. — Barbarisme de fantaisie pure.

Il n'entre point dans notre sujet de refaire Thistoire de la langue française avant Louis XIV. Cette histoire est aujourd'hui partout. Nous rappelions tout à l'heure le pédantisme du quinzième siècle, latinisant à nouveau les termes de pure veine française et nous amenant presque à despumer la verbocination latialc dans le ton de l'écolier de Rabelais. On sait les audaces de Ronsard, mais aussi les frayeurs que lui donnait, à ses heures de sagesse, l'application outrée de son principe (1). Malherbe dégasconne la

(1) « Je te veux avertir de n'écorcher point le latin comme nos devanciers qui ont trop sottement tiré des Romains une infinité de vocables étrangers, vu qu'il y en avait d'aussi bons en notre propre langage. » (Art poétique, d d'Elbeine.) — « Mes enfants, défendez votre mère de ceux qui veulent faire servante une demoiselle de bonne maison. Il y a des vocables qui sont franc-ais naturels, qui sentent le vieux, mais le libre et le français... Je vous recommande par testament que vous ne laissiez point perdre ces vieux mots, que vous les employiez et défendiez hardiment contre des marauds qui ne tiennent pas élégant ce qui n'est point écorché du Latin el de Tltalien, et qui aiment mieux dire coUauder, contemner, hlasonner, que louer, mépriser, blâmer. Tout cela est pour l'écolier de Limosin. » (Paroles attribuées à Ronsard par d'Aubigné dans la préface des Tragiques .)

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cour, et, de sa main rude, mutile quelque peu la langue en la réparant. A l'hôtel de Rambouillet, on la dévulgarise; tandis que, dans un coin, Vaugelas, le secrétaire du bel usage et le témoin de la censure générale, prend des notes pour ses rémarques à venir. C'est l'époque où tout le monde se mêle un peu à tort et à travers de raffiner sur notre langage et de lui infliger une sorte de révision universelle. Prétention périlleuse, mais qu'inspire et dirige en somme ce pressentiment que l'heure est venue de la perfection et des chefs-d'œuvre (1). Les chefs-d'œuvre éclosent en effet et, pour fixer la langue, ils font plus que le travail de tous les cercles littéraires.

Passons vite sur le dix-huitième siècle, funeste assurément au parler français comme aux idées, mais où les tours et le ton général s'altèrent plus que les mots. La Révolution commence la grande invasion du néologisme, et depuis lors le caprice tend à régner en maître, ici forgeant des termes, ailleurs altérant les acceptions, chose plus grave, et confondant les idées par un échange téméraire de leurs signes. De part et d'autre, il obéit, tout caprice qu'il est, à certaines grandes lois morales et leur lend ainsi témoignage sans le vouloir. Yoilà par où il nous intéresse beaucoup plus que par ses formes et procédés matériels (2).

(1) « La langue française, qui jusqu'à présent n'a que trop ressenti lu nésligence de ceux qui eussent pu ia rendre la plus parfaite des luodernes, est plus capable que jamais de le devenir, vu le nombre des personnes qui ont une connaissance particulière des avantages qu'elle possède et de ceux qui s'y peuvent encore ajouter. » (Édit de fondation de l'Académie française.)

(2) 11 y a trente ans, un ecclésiastique de mérite préparait sur le néologisme une thèse de doctorat ès-leltres que la mort l'empêcha de soutenir, mais dont les matériaux du moins furent publiés et vont nous être d'un bon usage. (L'abbé Poullet: Discours sur l'éducation. Pringuel, 1851, in-18.) En 1877, un membre de l'Université, M. A. Darmesleter, étudiait à son tour la question. (De la création actuelle des mots nouveaiix dans la lamjue française et des lois qui la réqissent. Yieweg, in-8.).Sans déprécier ce dernier ouvrage, notons une différence bien significative. 1-e prêtre examinait le néologisme en philosophe ; il y cherchait des idées, des lois intellectuelles et morales, finalement des conclusions

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