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Attachons-nous d'abord au néologisme de mots, à cette facilité d'innover qui jette le barbarisme par torrents dans la circulation quotidienne. Quelquefois il veut bien rester populaire et français d'allures, tirant par exemple de termes déjà reçus des dérivés téméraires, mais assez conformes encore à nos grandes lois de formation : impartarjeablc, iUittéraire, incontrôlable, inipenncahiUsation, et autres semblables. On en a patiemment dressé la liste et il y a pour faire frémir un amateur de la belle et pure langue française. C'est bien quelque chose, mais nous verrons pis. Ici l'idiome a droit de se plaindre, mais encore lui gardet-on certains égards en jetant sur ces intrus quelque chose qui ressemble à sa livrée. Ce qui reste déplorable, c'est le sans-gêne passé en coutume et presque en loi, c'est le droit reconnu à chacun de torturer la langue. Par paresse nous négligeons de l'apprendre, et notre vanité s'accommode mieux de la juger trop pauvre pour suffire à nos conceptions et à nos saillies. Nous sourions peut-être des scrupules de nos pères en matière d'usage; mais que penser de notre désinvolture et de notre tranquille mépris des traditions? Excès pour excès, mieux vaut encore celui du respect.
Voici dans les mots un néologisme d'un autre genre, plus étendu peut-être, mais à coup sûr deux fois pire. Le plus souvent en effet, par la barbarie de ses formes, il rompt beaucoup plus ouvertement avec l'unité du langage. Ajoutez que la plupart du temps il touche aux idées de bien plus près, signe et cause de leur obscurcissement, accusant et propageant tout ensemble la confusion universelle, ou tout au moins étroitement lié aux plus contestables de nos progrès.
pratiques à Fusacre des écrivains. Aujourd'hui le point de vue eft autre : on coUi'-'e des faits, on les rancre en catégories qu'on appelle lois philoloj-'iques et on en demeure là. Est-ce un progrès ? Soyons philologues, à la bonne heure, mais avec l'aide de la philosophie et à son bénéfice.
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Triste richesse, par exemple, que ces innombrables appellations de partis, d'opinions, voire même d'institutions politiques, véritable langue nouvelle et matière à un vocabulaire de belle taille. Avons-nous gagné beaucoup à voir et à nommer des terroristes, des modér autistes, des jédéralistes et plus tard des anarchistes ou des collectivistes, là où l'on n'eût trouvé jadis que des Français? L'administration nous apporte à son tour sa part de conquêtes, fonction' narisme, centralisation, réglementation, et cette hureaU' eratie, véritable monstre philologique où le français et le grec s'unissent contre nature dans un mariage plus forcé que celui de Molière. Ne parlons pas des finances; encore une langue neuve qu'il fallait créer sans doute, mais pourquoi si barbare ?
Même regret à l'endroit du néologisme doctrinal. Les sciences physiques avaient à faire ou à compléter leur nomenclature ; soit. Mais fallait-il de nécessité que la médecine parlât grec? La botanique avait-elle besoin, pour se faire savante, de tant de barbarismes polyglottes aussi peu rationnels parfois que bureaucratie même?
En histoire, la mode était, chez nos aïeux, de franciser les noms exotiques anciens ou modernes. On sourit d'entendre Auguste dire à Ginna :
Mais oses-tu penser que les Serviliens,
Les Cosses, les Métels, les Pauls, les Fabiens, etc.
On rirait volontiers aux éclats de rencontrer chez Froissart la comtesse de Salisbury devenue dame de Salehrin, ou chez Madame de Motteville le brillant Buckingham travesti en M. de Bouchinchan. Nous en sommes aujourd'hui à l'extrême contraire. Quantité de noms propres bien français, et consacrés depuis des siècles, n'ont plus semblé assez empreints de couleur locale. Joseph de Maistre ne pourrait plus dire de Gharlemagne que la grandeur a pénétré son nom. Gharlemagne fait place au grand Karl, ce qui est bien autrement tudesque. Ainsi Glovis devient