‹ Théorie des belles-lettresChapitre 19 sur 112 · sans rester inertes, elles» ont cédé à la · texte numérisé non relu

sans rester inertes, elles» ont cédé à la

raison précise el vigoureuse une prépondérance plus mar-

On a loué Bossuel de ce que rien n'est ni trop haut ni iur son génie. On eût mieux dit peut-être que v. .11 âme se prête aux choses avec une* souplesse parfaite, toujours maîtresse d'elle-même el de sa puissance, mais se diversifiant à l'infini selon les objets où elle s'applique, toujours .'1 leur mesure, à leur oiveau. Qu'on relise un rmons de la bonne époque ou même, si l'on

veut, la plus brillante de ses oraisons funèbres; on verra sa flexibilité merveilleuse, on jugera ce que vaut cette prévention île sublimité continue inséparable chez plusi* du souvenii de Bossuet, du titre même d'Aigle de Mfeaux. ( 11 fruit meilleur encore sera de comprendre la largeur des 'de— règles littéraires, d'éprouver avec quelle aisance idmirable nos faculté, agissant tonte- ensemble et garât leur hiérarchie nécessaire, peuvent s< déployer <>u se reindre. élever ou déprimer leur vol, se jouer enfin de mille manièn - 3 ms le champ libre el immi nse du vrai, du

! l'hiiiii. lin.

mérite, éminent chez les maîtres, il n'est orateur ivain qui n'\ doive prétendre el qui n'y pu atteindn En toute rencontre, l'Ame

ibord el la parole ensuite ont le devoir rigoureux di proportionnel à l'objel qu'elles entreprennent de nous faire vou l 1 manifeste, elle s'impo» dès là qu'elle

ni i!, de la prouve* .

NATl lil 1. '.-

Mais les suites sont si vastes et, si nous ne nous trompons, si belles,, qu'il y aura plaisir et profit à nous v arrêter quelque temps.

Tout d'abord, voilà qui assure à l'œuvre littéraire cette variété dont quelques esprits semblent parfois trop en peine. Xon certes que nous y donnions peu d'importance; mais à quoi bon en taire un précepte spécial? Qu'on nous avertisse de varier notre ton parce que la monotonie endort; à la bonne beure! Mais. le plus simple et le meilleur ne serait-il point de nous dire : suivez la nature de> cl sentez et rendez fidèlement chacune à mesure qu'elle se présente, et vous éviterez la monotonie sans avoir besoin d'y prendre garde; ïa variété des objets fera d'elle-même celle du discours.

Toutefois cette proportion de la parole aux objet t- fait plus encore. Elle achève le naturel déjà commencé par l'équilibre des facultés de l'auteur; le naturel, agrément victorieux de la parole; le naturel qui est excellemment puissance et ordre, puissant parce qu'il atteint à la mesure vraie des choses, ordre parce qu'il ne la dépasse point.

Le naturel, vrai des choses et de l'âme. — Ses nuances diverses. — Le naturel chez l'auteur, double équation : de l'expression avec l'impression, — de l'impression avec l'objet, par l'intelligence, l'imagination et la sensibilité.

Quest-ce en effet que le naturel? Le vrai, le vrai des choses et. en même temps, le vrai de l'âme qui me les montre. Lecteur ou auditeur, je vois les choses telles qu'elles sont, je les vois au vrai; mais il n'en est ainsi que parce que l'âme qu'elles ont traversée pour venir à moi est bien aussi telle qu'elle doit être, c'est-à-dire dans le vrai delà nature humaine. Supposons-la impuissante ou en désordre : le miroir infidèle ne rendra que des images menteuses, ou ternes et vagues, ou grossies et coloré s l'excès. Ainsi le vrai des choses rayonnant dans une peinture exacte accuse infailliblement le vrai de l'âme. Je jouis

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do l'ui . it de lous les deux réunis se compose

dan- l'œuvre littéraire cette qualité exquise, suprême, que j'appelh d'un mot le naturel.

I , Mit . , m- mu' (leur unique à plusieurs

plusieurs noms, mais tous gracieux gai ,i. - nuances qu'ils distinguent. Nous l'appelons simplicité, > il non- plaît surtout d'exclure l'apprêt, la N u- disons naïveté, quand la simplicil • jaillit tir source comme chez l'enfant. La candeur est simplicité encon mais c'esl la simplicité propre ,'i l'an mte du n'icc. Joignez-) un parfum de distinc-

tion native, la candeui détient l'ingénuité. Bonhomie ilit simplicité joyeusi . espril lin mai- bon cœur. Toutes aimables et délicates choses sont la simplicité, et la simpliciti m qu'on voudra l'entendre. Bile ou mère «lu

naturel. Revenons donc à cette qualité exquise et pénétrons-la de notre mieux: c'est commencer ili nous la rendr< propre.

I naturel, chez l'homme qui écrit ou parle, naît d'une double équation : équation de l'impression intime avec les tation de l'expression extérieure avec l'impression intime. Qu'on ne s'étonne pas de ce mot d'équation : ne rempruntons pas aux mathématiciens; c'est plutôt saint Thomas qui nous le suggère. Quoi qu'il en soit, voir telles qu'elle- sont, les montrer telles qu'on les a vues, c'est être naturel.

Or, de ces deux équations indispensables, la seconde

.- pour nous arrêter longuement. Ecrivains, sachons

orateurs, sachons en outre la langue de la

voix el celle du geste. L'instrument une fois conquis, rien

qui nous empêche de traduire et notre âme el !■

l'expression va cadrer sans peine avec l'impression.

I grand poînl est que l'impression elle-même soil à la mesuri réelle des objet-: c'esl que nous nous fassions

■ l une philosophie complète el pratique, voyant les

[u 'elles sont, les estimant ce qu'elles valent,

m seulement par la raison et, comme on dit, à

la fine pointe de l'esprit, mais par toutes les facultés appli-

t en '>rdre. C'est que nos puisai» ut acquis -ouplesse el gardé cel équilibre i. qui h- fonl vibre] toutes harmonieusement et dans

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une proportion exacte avec le coup qui les frappe. Ici, comme toujours, à l'intelligence, à la raison, le premier

rôle.

La vérité', dit saint Thomas après Boèce, consiste essentiellement dan? l'équation d'un objet et d'une intelligence (i). Mais entre l'intelligence divine el la mienne il y a cette différence, que l'une fait, la vérité des objets, tandis que l'autre, la mienne, reçoit sa vérité des objets mêmes. L'intelligence divine précède les objets, au moins dans l'ordre de l'existence. Ils existeront s'il plaît au vouloir divin de les réaliser. En attendant, ils sont possibles et, si la conception que Dieu en a n'est point arbitraire, ils ont d 'ailleurs le degré de perfection, d'être et par conséquent de vérité qu'elle leur attribue. C'est dire que leur vérité consiste à égaler cette conception; c'est dire que cette conception les mesure à la lettre. Au contraire, la mienne se mesure nécessairement sur eux. Venue après eux, ma puissance de concevoir n'a aucune part à la constitution de leur essence. Je suis spectateur et non créateur des choses. Quand mon esprit s'est éveillé à son tour, il a rencontré le monde physique, le monde des âmes, Dieu même et les relations indéfinies qui les unissent. N'ayant rien fait de tout cela et, n'y pouvant rien défaire, il n'avait que deux routes à suivre : ou se tromper sur tout cela, ou élever ses conceptions au niveau de tout cela, c'est-à-dire les mettre en équation avec tout cela. Le bon sens rompt ici en visière à l'idéalisme de Kant. Homme, ce n'est pas mon esprit qui donne leur forme aux êtres : ils l'ont d'ailleurs. Sa gloire, à lui, c'est de les comprendre, c'est-à-dire de s'y conformer ou, selon la vigueur toute scolastique du mot, de s'en informe?' (2). Gloire réelle, et parce qu'elle me laisse — nous le verrons — une activité magnifique, et parce qu'en mettant ma pensée en équation avec les objets, je la mers, par leur intermédiaire, en équation avec celle de Dieu

1 Saint Thomas. Ouœst, disp. — Q. I, de Veritate, art. 3.

a Le mot est d'une vérité frappante. Apprendre une chose, c'est s'en informer; la savoir, c'est en être informé. La philosophie populaire du langage nous rappelle ainsi qu'apprendre ou savoir, c'est donner ou avoir donné à notre esprit \t forme propre des ohjets.

ij 11 "il en pon> j assant à travers ncontre avec lui dans le vrai.

je cherche le nature!, et les objets conçus au vrai m. al encore que la moitié. Par là. je pense et je puis parler conformément à leur nature; je ne puis faire conformément à toute la mienne. Je ne mus .11 «-prit pur. L'impression totale, vraiment humaine, qu'il me fau Ira traduire par la parole n'est pas achevée dan- ma seule intelligence; elle suppose un mouvement simultané de mon imagination et de ma volonté sensible. Pour que l'impression égale les objets, il ne suffit pas que ;>rit y voie clair et en raisonne juste : encore faut-il que l'imagination les saisisse et les. fixe sous l'enveloppe sensible la plus transparente et la plus opportune; encore faut-il surtout que la sensibilité s'en affecte autant qu'ils le méritent, ni plus ni moins. A ce compte, l'équation achevée : par tout moi-même, par toute ma nature d'homme, j'ai saisi tout ce que je puis saisir de la nature de l'objet. L'impression intime est exacte; elle est deux fois naturelle, parce qu'elle est conforme à la nature l'objet <t à la mienne. Si je sais ma langue, l'expression n'a plus qu'à jaillir, elle sera naturelle comme l'impression.

11 y i peu de mérite à concevoir cet idéal, beaucoup plus à s'y élever dans la pratique, et la ebose va de soi, puisque c'est là tout simplement le comble de l'art et la suprême perfection de l'artiste. Cependant il fait bon nous en avertir souvint nous-mêmes : après tout, le comble de l'art n'est que le retour réfléchi et voulu à la nature, à celte nature humaine que nous portons en nous, à cette nature des eboses qu'il ne tient qu'à nous d'approfondir; la perfection de l'artiste est, ni plus ni moins, celle de l'homme entré, pour ainsi dire, en possession de son âme, devenu maître d'en déployer et d'en gouverner à la fois toutes li - énergies. Voulons-nous être moralement sûrs que notre impression sera d'ordinaire au niveau précis des objets? Nous voilà mis en demeure de les bien connaître; à qui veul écrire naturellement il faut tout d'abord une i:« dea choses de la vie. Or en peut-on dispenser l'homme qui ambitionne, sans plus, de faire quelque chose fi d'être quelqu'un? Mais toul n'est pas dit

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