AYANT-PROPOS IX
téraires entre, pour une part, dans ce bon sens réfléchi qui nous honore et nous défend.
«Quoi donc? avons-nous rêvé de tout démontrer en littérature? IVon certes. La littérature n'est pas une géométrie; la parole littéraire n'est point faite de raison pure; l 'imagination et la sensibilité ont leur large rôle dans cette expression vivante de tout l'homme, et la raison ne peut régler mathématiquement toutes leurs saillies.
Mais si les problèmes de goût se refusent à une solution «mathématique; si, en matière d'éloquence et de poésie, la démonstration rigoureuse ne peut s'étendre à tout; nous osons croire que la certitude morale peut aller loin, beaucoup plus loin que ne se le figurent la légèreté du grand nombre et, pour tout dire, la mollesse d'esprit, qui est une des grandes tentations humaines. C'est chose commode que d'écrire à l'aventure et de juger par impression. Mais, en bonne foi, que vaut un style incapable de se raisonner lui-même? Que valent des impressions, quand on n'a pas la force de les éclaircir et de les fixer? Que dans le champ de la composition et de la critique il reste toujours une part d'inconnu, soit; mais c'est œuvre utile que de travailler à la réduire. Pour le moment, il nous suffit de cette réponse; nous aurons lieu d'y insister d'ailleurs.
Et maintenant sur quelle base assez large et assez solide établir la certitude de nos jugements et de nos procédés littéraires?
— Sur la philosophie.
Il se peut que le mot fasse p ur. La philosophie est chose sévère, et ce n'est pas là ce ui'on est accoutumé de trouver dans un livre de littéral « • A. vrai .are, malgré
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notre désir d'obliger, s'il 66 pouvait, tout le monde, nous ouvons, en bonne conscience, dédier ces études à qui tarait frayeur d'une lecture quelque peu sérieuse. Nous tTrirons pas davantage à qui confondrait l'érudition avec la science, aux curieux d'anecdotes, aux amoureux du petit fait jusqu'au dédain pour les principes et les Certes, nous avons conscience de ne point iimer dans l'abstrait, de nous appuyer largement sur l'histoire des littératures. Mais, à nos yeux, le grand fait auquel tous les autres rendent témoignage, c'est l'âme, l'àmc et ses exigences légitimes, l'âme et ses appétits dépravés. Nous rappelons ou nous supposons tout ce qu'il y a de plus incontesté, de plus élémentaire, de plus expérimental, dans la philosophie spiritualiste, la seule qui compte. Nous ne voulons aux lois littéraires d'autre point d'appui que le rôle manifeste de la parole, que la nature des choses et, avant tout, la nature de l'homme même. Selon nous, la parole littéraire se mesure aux exigences • i es de l'âme du lecteur; et ces exigences, à leur tour, peuvent se résumer dans cette formule : écrivain, orateur,, mettez votre âme dans votre parole, toute votre âme, votre âme telle que Dieu l'a faite et qu'il la veut, avec sa physionomie propre, sa puissance originale, mais encore avec les traits communs et obligés qui la font droite, haute, ordonnée, raisonnable. Là, est à nos yeux, le premier et le rnier mol de toute doctrine littéraire, et ce livre n'est * I u f • pour L'établir.
On voit qu'il ne s'adresse point aux écoliers, bien qu'on puisse, croyons-nous, en mettre facilement la doctrine à Idir portée. Dans sa forme et dans ses développements, il