‹ Théorie des belles-lettresChapitre 2 sur 112 · AVANT -PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT -PROPOS

On voudra bien, nous l'espérons, ne pas nous imputer la prétention d'inventer la littérature; mais nous avouerons sans détour celle de la raisonner un peu plus profondément qu'on n'a coutume de le faire.

Nous tenons l'art de la parole écrite ou parlée pour le plus immédiatement naturel de tous les arts, pour un art certain et sérieux. Tout le monde y souscrira-t-il sans résistance? N'osons pas trop y compter. Pourquoi? Est-ce ■ uniquement le fait des abus dont la littérature s'est rendue complice? Ne faut-il pas s'en prendre, dans une certaine mesure, aux habitudes mêmes de l'enseignement?

On trouve aux degrés élémentaires des manuels estimables peut-être, mais quelquefois sans assez de philosophie ni de profondeur : composés d'observations incomplètes, d'aphorismes peu justifiés, d'exemples insuffisants, manque d'un choix assez judicieux ou d'une interprétation assez lumineuse. Aussi bien n'est-ce là qu'un enseignement élémentaire; les études achevées, on n'y revient plus.

AN \N l-l-l.

:it à l'enseignement supérieur, par où les lettres devraient se maintenir en estime auprès îles esprits mûrs, à [lie ses meilleurs côtés, il brille par une criingénieuse, mais trop souvent vide de principes : rien, rapporteur plutôt que juge, parfois même se taisant un système et une gloire de ne pas juger.

sont là sans doute, les grands rhéteurs de l'antiquité. Mais après eux, mais d'après eux, n'y a-t-il pins rien à dire, et suffit-il d'y renvoyer purement et simplement l'intelligence chrétienne? D'ailleurs plût à Dieu que nos cont' mporains voulussent bien se remettre à pareille écolel Hélas! l'instruction publique, telle qu'elle est, ne les \ dispose guère et, après la perte de la foi, la perte du sens et du goût des maîtres classiques est, croyons-nous, la plus fatale à l'esprit français.

In -oinme, tandis que beaucoup écrivent et parlent à peu près au hasard, la foule apprécie au gré de la fantaisie ou de l'humeur; c'est trop dire : elle n'apprécie plus; elle s'amuse un moment et passe. Les grandes querelles littéraires éteintes ont laissé après elles l'indifférence et le scepticisme, \vouons-le sans retard : le scepticisme nous I it et nous effraie ici comme ailleurs. Qu'il s'enveloppe de bonhomie et de spirituelle impertinence, ou que, par un lient bizarre, il se fasse dogmatique et tranchant: qu'il su souriant : « chacun son goût, » ou qu'il

autorité qu'il n'y a rien d'absolu on littérature; te repou! us toutes ses formes, comme une tn-

;ici -, une faiblesse et un péril. On ne répudie point BTtitude artistique sans compromettre logiquement - les autres, et la fermeté modeste des jugements lit-

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