I 0MP0S1 HON
mn* les 1 ing< - de la prej I mee i En - : i> e : voilà bien la s
elle atteint à ses Gns avec une puissance incil. dispose tout avec suavité : pas de résistance^ s d'effort. L'autre procédé expressif esl encore plus frappant. Entre la volonté divine et son effel extlj rieur, il supprime brusquement tout intermédiaire, o Dieu dit : Que la lumière soil El la lumière fut (a). » — « Dieu a dit et les choses onl été faites, il a commandé el la
omencé d'èirr (3). » L'imagination n'a rien mi^
là. ell ibstenue, éclipsée; mais cela même parle
vivement à l'imagination. Entre le vouloir el le terme, pas
; jà existante, rien. Et voilà bien la création.
Veut-on voir les deux procédés à la îo\>: Racine les unit
strophe d'un m beau mouvement lyrique :
O Sagesse, ta parole Fit éclore l'univers, Posa sur un double pôle La tenre au milieu des mers.
Tu dis, et les cieux parurent Et tous les astres coururent Dans leur ordre se placer Avant les siècles tu règnes.
Et qui suis-je, que tu daignes Jusqu'à moi te rabaisser (4)?
La difficulté grandit à mesure que nous pénétrons dans l'intime de Dieu pour étudier ce que nous concevons comme qualités plus étroitement inhérentes à son être. Mais là encore la parole a des ressources et l'imagination se fait d'obstacle moven.
i ' bi cras quando jtoncbam fundamenta terme? Quis conclusit ostiis mare, quando erumpebat quasi de vulvâ procedens, cum ponerem nubem vestimentum ejus et caligine illud quasi pannis infantiae obvolverem? Et dixi : Usque hue venies, et non procèdes amplius, et hic confringes tumentes fluctUi luos. ('Job, xxxvm, 4, 8, 9, 11.) • se, 1, 3.
urne, cxLvin, 5.
1 Etat ine, Qantique sur les vaines occupations des gens du siècle.
Soit d'abord l'immensité divine. Pindare a montré Dieu atteignant le vol de l'aigle et devançant le dauphin des mers (i) Pressentiment incomplet. Est-ce l'ubiquité qu'il a voulu peindre? ou n'a-t-il su donner à la divinité qu'une sorti' de prestesse merveilleuse? D'après le Rig Veda, 0 Indra s'étend plus loin que le vent, que la terre, que les fleuves, que le monde »; simple idée et déjà plus belle. Mais combien mieux inspirée l'imagination du Psalmiste! <( Où irai-je, ô Dieu, pour fuir ton souffle? Où irai-je pour éviter ton regard? Si je monte au ciel, je t'y trouve; si je descends aux abîmes, tu es là; si je m'envole dès l'aurore pour ne me poser qu'aux extrémités de l'Océan, c'est ta main qui m'y aura conduit, ta main qui m'y saisira (2). » On voit, et les agitations stériles de la créature, et le Dieu partout présent dans son immobilité sereine. L'ubiquité se manifeste ici par ses relations avec nous. Le Père Faber joint à cet élément de conception l'analogie et le contraste ensemble. Nous sommes, en présence de la vie divine, comme à genoux devant un Océan sans bornes. Tout à coup les eaux nous enveloppent, et nous dominent comme un nouveau ciel; le rivage se dérobe et nous laisse abîmés dans cet Océan béni (3).
Saint Basile paraphrase membre à membre ce verset du psaume XXXII : « Le Seigneur a regardé du haut du ciel; de la demeure qui lui est préparée Dieu a vu tous les fils des hommes. » Il veut établir sous une forme populaire que Dieu voit tout. En cela, l'imagination le sert doublement, et en affranchissant l'oeil de Dieu des obstacles qui arrêtent le nôtre, et en décrivant la toute-puissance de cet œil attaché sur nous. « Regarde ce témoin sublime, regarde-le dominant de haut le spectacle des choses humaines. Où que tu ailles, quoi que tu fasses, la nuit, le jour, tu as sur toi l'œil de Dieu. — De la demeure qui lui est préparée. — Point de portes à ouvrir, point de rideaux à tirer; la demeure de Dieu se prête d'elle-même à cette souveraine clairvoyance. — // voit tous les fils des
(1) Pindare, 2e Pythique.
(2) Psaume cxxxvm, 7-10.
(3) Faber, Le précieux Sang.
- noN
Pas un • -"ii regard; U :
■ m. . i in 110 l'arrête. Loin qu'il ir en même temps chacun de nous, c'est au > u. i . » \otre pain re \ . Hugo, qui • . • u.- lisail guère sainl Basile, a recontré des
.! i les gâter un peu par l'empb ; . ... i : / :. ; . Dans le déserl où fuit Caïn, il -i tente .derrière 1. unir de bronze dressé par Jubla, les blocs nil que Tubalcaïn i ntasse, le fra-
tri i litre toujours un » ■ - ï 1 fixe qui le poursuit. De
il si fait murer vivanl dans une sorte de sépuK i perdue.
L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn (a).
rnité de Dieu est plus embarrassante à qui veut la peindre. Faits pour durer toujours, nous concevons l'existence immortelle; mais quelle analogie nous fera concevoir l'éternité antérieure à la création, l'existence qui ne
(i) Saint Basile, Homélie sur le Psaume XXXII, .n° 8.
(a) Première Légende des Siècles, la Conscience. — Nous pourrions rappeler, par occasion, la pièce finale de la Troisièim Légende, où l'homme, la terre, puis les astres tour à tour. se glorifient en dépréciant les créatures inférieures, , et où Dieu conclut par un seul mot voisin du sublime :
afs qu'à souiller et tout serait de J'ombre
t -nons pour certain que V. Hugo ne vaut pas Homère;
mais les cla intransigeants nous pardonneront-ils de
pré: gradation, vraiment grandiose par l'ensemble,
à la chaîne d'or avec laquelle Jupiter se targue d'enlever à
fore de bias tous les Olympiens? On pressent ce que le
Déism.' obstiné de notre pauvre poète aurait pu devoir à son
imagination, si puissante lorsque, par instants ''t comme
pu "lie oublie de se surmener jusqu'au grotesque.
uvent il nous arnuse, ou, tout au contraire, nous
et nous révolte, pour que nous n'ayons pas plaisir
tte louange en passant. Grand talent dévoyé
Il Devanl cette ruine, on éprouve un se.itiment
. £Me, maie où, n'en déplaise aux idolâtres,
:■ i i, le pitié
LES OBJ] l 5, DIEU 281
commence pas? Point de ressource que le contraste. Disons que la première créature, en sïveillant à l'être, a vu Dieu déjà existant. C'est ce que notre imagination peut saisir, st indiquer l'éternité d'une manière frappante bien qu'indirecte. « Axant qu'Abraham fût fait, je suis », disait Notre-Sèignear, accusant par une sublime irrégularité de langage l'éternité de sa nature divine .Bossuet ne procède pas autrement dans cette page, lyrique autant que théologique, où il commente les premiers mots de saint Jean : « Pourquoi parler du commencement, puisqu'il s'agit de Celui qui n'a point de commencement? C'est pour dire qu'au commencement, dès l'origine des choses, il était; il ne commençait pas, il était; on ne le créait pas, on ne le faisait pas. il était... Où suis-je? Que vois-je? Qu'entendsje? Tais-toi, ma raison, et sans raison, sans discours, sans images tirées des sens, sans paroles formées par la langue, sans le secours d'un air battu, disons par la foi, avec un entendement, mais captivé et assujéti : au commencement, sans commencement, avant tout commencement, au-dessus de tout commencement, était Celui qui est et qui subsiste toujours, le Verbe, la parole, la pensée éternelle et substantielle de Dieu (i). »
Ubiquité, éternité : l'imagination ne recule pas non plus devant cet attribut, racine métaphysique ou logique de tous les autres, l'aséité, caractère incommunicable de l'être qui ne doit rien qu'à soi-même, qui est tout ce qu'il est par la nécessité même de son essence. De concert avec l'esprit, l'imagination compare, et elle conclut que tout le reste est, au prix, comme n'étant pas (2). Elle n'abdiquera même point devant les profondeurs intimes de Dieu, devant les relations mystérieuses qui font la Trinité des Personnes dans l'unité absolue de la nature. Avec saint Au u<»tin ou Bossuet (3), elle éclairera le dogme par les vestiges que Dieu en a mis dans la création, surtout dans l'âme. Avec Dante, le grand, nous dirions presque le seul
(1) Elévations sur les Mystères. Semaine xn, élévation vi.
(2) Isaïe, xl, 17, 22, 23. — Sagesse, xi, 28.
(3) Saint Augustin, De Trinitate, Sermo LU. — Bossuet. Elévations, semaine 11.
. OMFOSI noN
tiolique, elle osera en essayer un symbole direct, is pour satisfaire à la rigueur théologique, -ut pour parler aux yeux, el tout ensemble assez immatériel pour D'avilir poinl son objet i
\ tout prendre, Dieu, qui a voulu être conçu par notre esprit et annoncé par notre bouche, les .1 faits l'un et l'autre capables de ce rôle. Conception médiate, su< cessh •, . - nsible, tout cela marque l'inGnie distance entre Dieu et nous; mais rien de tout cela no nous force à le dénaturer 'lui- notre pensée ni à le calomnier il. m- notre parole, 't c'est en luttant pour s'en défendre que la pensé* et l,i parole rencontrent les plu- saisissantes beautés. Vprj cette lutte à la loi- victorieuse et impuissante, nous pourrions dire comme Bossuet : « Quel silence! Quelle admiration! Quel étonnementl Quelle nouvelle lumière! Mais quelle ignorance! Je ne vois rien et je vois tout (2). »
L'Incarnation, ses résultats littéraires. — Jésus-Christ objet excellent de l'art. — Que nous avons le droil de le concevoir d'après nous-mêmes. — Jésus-Christ et les grands res littéraires : éloquence, poésie, poésie lyrique, tragédie, épopée héroïque et didactique.
Tout est lié, tout esl subordonné dans l'œuvre divine; qin- tout I -oit de même dans notre pensée.
L'Incarnation est, devant Dieu. le centre, le sommet, le
Dante, Paradis, chant xxxiu. — Voilà le maître dé
l'imagination réglée appliquée à Dieu et aux choses surnatu-
relles. Milton est infiniment loin de cette élévation et de cette
pureté sereine. Klopstoci en approcherait par endroits, n 'était
te germanique «t le préjugé protestant.
(2) Elévation*, semaine xn, élévation vu.
nœud vivant do toutes choses, le fait premier et suprême, universel en ses conséquences, et dont l'art se ressentira comme tout le reste. Faux respect, mauvaise honte, habitudes païennes : nous sommes libres aujourd'hui des préjugés ou des faiblesses qui tenaient cette vérité captive. Nous n'imaginons plus que la parole littéraire se doive isoler des réalités les plus capables d'agir sur elle. Sans disparaître mal à propos devant l'ascète, le théoricien d'art peut donc et doit examiner d'office les conditions nouvelles que l'Incarnation fait à l'âme en travail de concevoir et d'exprimer Dieu; autrement, crayonner, d'une main nécessairement trop hâtive, le rôle de \otre-Seigneur Jésus-Christ comme objet de la parole littéraire.
On voit d'abord ce qu'est l'Incarnation pour l'art en général. Où tendrait l'art, s'il lui était possible? À l'expression du Beau suprême, de Dieu. Où s'arrête-t-il forcément? Au plus haut reflet visible de l'invisible beauté, à l'homme. Dieu est l'objet souverain, mais il se dérobe; l'homme est le plus haut objet proportionné, mais il dégénère infiniment du premier idéal. Cela étant, quelle fortune pour l'art, si les deux objets venaient sinon à se confondre, du moins à s'unir! Et voilà précisément l'Incarnation. L'artiste y voit apparaître, comme dit saint Paul, l'humanité de Dieu (i), et ces deux mots, vraiment insondables, lui valent mieux, à lui, que toutes les inspirations du génie. Dès lors, la Beauté, qui lui échappait comme invisible, a pris une forme visible, de toutes la plus familière et la plus aimée, la forme du serviteur humain (2). Non que l'essence divine s'y découvre. Voir, imaginer, exprimer l'Homme-Dieu, ce n'est point la voir, l'imaginer, l'exprimer elle-même. Du moins est-ce en voir, en imaginer, en exprimer le plus haut et le plus doux reflet possible, le plus voisin surtout, puisque le voisinage va jusqu'à l'identité personnelle. C'est Dieu qui parle dans un accent humain, qui regarde par un. œil d'homme, qui traduit en notre langue une âme bien humaine et cependant bien à
(1) Benignitas et humanitas apparuit Salvatoris nosiri Dei. (Tit. m, 4.)
(2) Forman servi accipiens (Philip. 11, 7).
lui La ilivii ■ ncore; mais, pour nous
instruire d'elle-même el nous illuminer de son éclat, elle
reluit ineffablemenl sut la [ace du Chrisl Jésus i). \in>i
l'objet naturel de l'art s'élève à une hauteur sans pareille;
l'objel suprême descend à un voisinage tout i il et
familier, Désormais, pour l'artiste qui ne donne pas tout
s, voilà l'idéal incarné, à la lettre, dans une réalité
l'oreille entend, que l'œil voit, que la main touche (2);
voilà l'objet par excellence, visée suprême et tourment
délicieux du génie : c'est cet homme, en qui l'on voit la
tnsparaître dans la grâce el la vérité de
notre nature humaine 3 . Nous savons ce qu'en ont tiré
intre et le sculpteur.
; 1 fera l'artiste de parole? Pat quel effort d'idéalisation concevoir la beauté de cette âme? Pouvons-nous, sans scrupule cette fois, \ marquer l'empreinte de la nô- . oncevoir et exprimer Jésus-Chrisl d'après nous? Il est beau entre les enfants des hommes (4). Aussi sque, lisant entre les lignes de son Evangile, nous cherchon- à restituer les sous-entendus, à recomposer de toui tances vraies l'âme qui parle, c'est de plein
droit que nous y mettons toutes les délicatesses et les élévation- dont nous imaginons l'homme capable. Mais cela fait, ne faudrait-il pas, comme tout à l'heure, nous cornous démentir? Ici, grâce à Dieu, la vérité nous met à l'aise. Cet homme est vrai homme; cette tête, ce cœur, sont faits comme les nôtres; Jésus-Christ a dû s'assimiler eu tout ;i ses frères d'ici-bas 5), el éprouver des aditions di leur nature tout ce qui n'est ni la défaillant formelle et coupable de la volonté, ni la convoitise,
Deux... ipse illuxit in eordïbus nostris, ad illaminationem scientiae clartatis Dei, in facie Christi Jesu. (II Cor. iv, 6.)
/ aadivimus, quod vidimus oculis nostris, quod
per el manus nottrae contrectaverunt de Verbo vitae.
mu gloriam eju8j gloriam quasi unigeniti a Pâtre, plénum gratiae el veritatis. (Joan., r, r£.)
iua forma prae ftliis hominum. (Psaume xliv, 3.) Debuil i»r omnia fratribus similari. Hebr., 11, 17-)
suite honteuse de la déchéance originelle (i). A part cela, tout ce qui est à nous est bien à Lui. Dans la pratique, on nous avertit de mettre en nous les sentiments que l'on nous montre en Jésus-Christ (2). Dans la conception d'où sortira la parole, nous avons droit de retourner le conseil et de mettre en Jésus-Christ, sauf le mal et l'attrait au mal, les sentiments que nous trouvons en nous. Pour lire à coup sûr Jésus-Christ, nous avons deux livres qui se complètent en échangeant leurs lumières : l'Evangile et notre propre cœur.
A ce compte, il semble que Jésus-Christ, directement envisagé comme objet de la parole, ait dû marquer dans la littérature des peuples modernes une trace à part, un sillon tout particulièrement lumineux. De fait, ii en est ainsi. Non qu'il ait sa place, toute sa place, dans cette littérature officielle et toujours un peu factice, où la vogue s'attache et que couronnent les Académies. Elle esl plutôt païenne, quelquefois d'étiquette, bien souvent d'esprit et d'inspiration. Mais en dehors d'elle, en dehors même des lettres proprement dites sacrées, dans les effusions sans apprêt de l'âme chrétienne, l'expression littéraire de l 'Homme-Dieu s'élève parfois à une incomparable beauté. C'est là, c'est dans la chaire catholique, c'est dans la Liturgie de l'Eglise, qu'il faut aller prendre une idée de ce que la parole humaine doit à Jésus-Christ, quand elle veut bien ne pas oublier ou dédaigner l'objet qui l'honore et l'embellit par delà tout ce qu'elle aurait osé prétendre.
Que ne pouvons-nous l'établir avec quelque détail! Notons du moins en courant ce que la notion chrétienne du Dieu-Homme donne à tous les grands genres littéraires, à l'éloquence d'abord. Qu'on le remarque : Jésus-Christ n'est pas seulement comme les hautes figures de l'histoire, un
(1) Teniatum per omnia pro similitudine absque peccato. (Hebr., iv, i5.)
(2) Hoc enim sentite in vobis, quod et in Christo Jesu. (Philipp. 11, 5.)
I OMPOSI riON
- un prétexte à déclamation 1 i à - une beauté théorique, ni même une beauté histo> lisparue que l'on rajeunit d'un effort de souvenir, une réalité actuelle, actuellement agissante et militante, signe et objet d'une contradiction passionnel sonnalité aiméi el haïe comme aucune ne le fut jamais sut la t par là même, aliment inépuisable de l'élo-
quence, de cette éloquence vraie qu'inspire et nourrit ur. Quel éclat merveilleux Jésus-Christ n'a-t-il pas mi> dans la parole humaine, depuis saint Paul tourmentant [fiquement les mots et les phrases pour leur faire dire son enthousiasme, jusqu'à Lacordaire entendant jaillir de son âme un accent qui l'étonné lui-même et qu'il in tissait p isl Est-il besoin de montrer en notre Jésus-Christ l'objet poétique par excellence? Art et poésie, c'est tout un, c'est le beau immatériel rendu sensible; et dans cet Homm<- Dieu nous avons \u le beau suprême s'unir à notre matière vivante pour rayonner de plus près à nos yeux.
Or, la même raison qui fait de lui le premier thème de l'éloquence, attache à son nom une poésie lyrique
le. Quels chants si enflammés et si populaires, oserat-on comparer à ce cantique incessant qu'évoque, depuis dix-huit siècles, l'amour du Verbe incarné? Cantique avec lequel on ne va pas seulement au combat, comme avec les vers de Tyrt-ée mais au martyre sanglant ou au martyre, héroïque aussi, de la vertu quotidienne. Cantique immobilisé, mais toujours jeune, dans la Liturgie, épars et continuellement \.irié de formes sur les lèvres ou sou^ la plume des ascètes illustres ou des plus humbles chrétiens '■?.). ■
i Qui ne se rappelle l'admirable apostrophe de Juvénal au futui vainqueur de Cannes?
/. tenu urre pei llpes,
ri /nuit.* piaceat ei declamatto fias!
- tin \
Voyez certains chapitrée de {'Imitation, par exemple le
vingt et unième du troisième livre; voyez les cantiques <le
Françoii ; parcourez les écrits des grandes
Le temps est passé des Mystères et, dans la langueur universelle de la foi, il y aurait inconvenance et péril à produire le personnage divin sur une scène publique. Aussi bien, qui oserait lui prêter des paroles? Deux choses restent vraies cependant. Jésus-Christ souffrant est, sinon quant à la mise en œuvre pratique, du moins au point de vue de l'impression et de l'intérêt, le personnage tragique par excellence. Dans une pièce que nous avons déjà citée, Saint-Amant le proposait comme tel à Corneille :
En l'adorable tragédie, Au supplice amoureux que le Christ a souffert,
Ce fils unique au Père offert Veut que d'un soin dévot ta muse s'étudie, Et lui-même, à ta vue, en acteur immortel, Se représente encor tous les jours sur l'autel.
Aristote veut que la tragédie se termine au malheur d'un personnage pris à mi-chemin, pour ainsi dire, entre le vice et la vertu parfaite. Or, par un tour assez ingénieux, Saint-Amand trouvait la condition réalisée dans le type qu'il offrait à la muse du poète chrétien.
De ce cothurne elle est capable:
C'est aussi le sujet à la scène accordé.
C'est Te vrai héros demandé :
Il est tout à la fois innocent et coupable; Il est, dis-je, en soi-même; il est ,dis-je, en autrui, Coupable, mais pour nous; innocent, mais pour Lui (1).
Le temps nous manque pour exposer combien la théorie de l'illustre païen est, selon nous, contestable. Quant à la grandeur tragique du Crucifié, Bonald nous semble bien mieux inspiré de la mettre précisément dans la rencontre
amantes de Jésus, ceux même d'âmes plus obscures que la publicité moderne nous révèle tous les jours. Sans faire tort ^ personne, nous osons dire que le premier de tous les lyrismes est là.
(1) Saint Amand, Stances à Corneilles sur la traduction de l'Imitation de Jésus-Christ. (Œuvres complètes, rééditées par Ch. Livet. Jannet, i855, deux in-18, t. II, p. io3.)
. OMPOSI Ut'N
du n: : de la vertu idéale (i). Par la leçon
ou 1 is-Christ lui-même n'a pas peu servi a
. nos pensées. On entend depuis le Cal-
qu'il \ a de plus noblement émouvant, Je
plus tragique par là mêin ne sais quoi
[ue m ..i m ajoute aux grandes vertus Pai ! hrisl a fixé l'idéal du genre, et, si le res
I :■ ad de I< représenter lui-même, du moins la tragédie peut-elle s'attaquer à ce qui le touche de plus près, aux martyrs. Corneille n'a pu mettre Jésus- Christ sur la scène, mais il y a mis Polyeucte et i! le doit i I - is-( hri>t.
Enfin ce qu'un nomme, épopée se présente à nous sous dm\ formes possibles : tableau héroïque et merveilleux d'une entrepris vaste pour intéresser à la fois le
ciel et la terre : c'est l'Iliade; — synthèse grandiose d'une
irticulière ou de toutes les sciences groupées autour de leur centre : c"est la Divine Comédie. De part et d'autre, quel thème que le Dieu-Homme! Héros de la seule entreprise qui doive compter quand « les histoires seront abolies avec le> empires »; d'ailleurs héros vraiment hu main, trois fois proche de nous, et par les intérêts en jeu, et par la similitude des épreuves, et par le commerce actuel 'I cœurs; ce n'est pas lui qui manque au génie. au génie d'un Rlopstock par exemple; c'est le génie qui manque à l'objet; mais, à dons égaux, que n'eût pas fait un Rlopstock orthodoxe? D'autre part, Jésus-Christ est le nœud \i\ant de toutes les sciences; il porte incarnés, expliqués en sa Personne unique et en sa double nature, tous les problèmes qui touchent à Dieu, à l'homme, au mond , à leurs relations véritables. Vienne un second Dant< i hanter dan- la langue des poètes la théologie exacte di l 'Incarnation I Mais en attendant le Dante nouveau ou l'Homère catholique, la double épopée de l'Homme-Dieu ■ omposanl et se recomposant sans relâche devant