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CHAPITRE PREMIER

DEFINITION ET EX AM EN PRELIMINAIRE DES TRANSACTIONS AUXQUELLES SE RAPPORTENT LES CHANGES ÉTRANGERS

Pour déblayer le terrain et pour arriver à l’examen des théories les plus intéressantes par rapport au change étranger, il faut, avant tout, définir aussi clairement que possible la signification de ce terme.

L’expression « le change étranger » est vague et ambiguë, parce qu’on 1 emploie le plus fréquemment pour désigner le taux auquel le change est effectué, plutôt que 1 opération meme du change, le prix, plutôt cpie la transaction. Quand on dit, en style technique, que les changes montent ou baissent, ou que les changes sont au pair des especes, on fait allusion aux différences qui

se produisent dans les conditions auxquelles sont traitées les affaires, entre acheteurs et vendeurs d’effets étrangers.

Toutefois, avant d'aborder notre sujet avec le sens ordinaire qu’on donne à l'expression «change étranger », c’est-à-dire au point de vue du taux auquel le change s’effectue, il est nécessaire d’examiner l’objet, la matière même du change, et de déterminer avec précision quelle est la chose qu’on vend ou qu’on achète, qu’on transfère ou qu’on donne en échange.

Ouand la transaction se traduit en faits matériels, ce sont des effets étrangers, c’est-à-dire des effets sur les pays étrangers qui constituent la matière du change. On peut toutefois donner du fait même une explication moins technique : ce qui forme l’objet du change, c’est une dette contractée par un étranger et payable dans le pays <le cet étranger, puis transférée par le créancier ou l'avant-droit, moyennant une certaine somme, à quelqu'un qui désire recevoir de l’argent dans le pays en question. La personne qui achète cette dette a probablement le dessein d'employer le montant de ce qu elle doit recevoir, à payer une quatrième personne habitant le pays étranger, et vis-à-vis de laquelle elle était de son côté endettée.

TIIKOHIE DES CHANGES ET Iî ANGERS

Les opérations qui se succèdent sont très clairement exposées par M. Mill dans le passage suivant : « Un négociant d’Angleterre A a exporté « des marchandises anglaises et les a consignées « à B, son correspondant en France. Un autre •« négociant de France C a exporté des marchan- <c dises françaises, d’une valeur que nous sup- « posons équivalente, et les a expédiées à D en <c Angleterre. Il est évident qu’il est inutile que « B, qui est en France, envoie de l argent à A •« qui est en Angleterre, et que D, qui est en « Angleterre, envoie une somme égale à C qui cc est en France. On peut appliquer une dette au « payement de l’autre, évitant ainsi la double. « dépense et le double risque du transport de « l'argent. A fait sur B une traite du montant de « ce que B lui doit ; D, qui doit faire un payement « de même valeur en France, achète la traite de

« A et l envoie à C qui, à l’expiration du nombre

« de jours restant à courir sur l’effet, la présente « à B pour s’en faire payer. De cette façon, la « dette due par la France à f Angleterre et celle « due par l’Angleterre à la France sont toutes les « deux acquittées, sans qu’on ait envoyé une « once d’or ou d’argent d’un pays dans l’autre. »

Cette explication suppose toutefois que la tran-

saction s’est accomplie par le moyen d’une lettre de change préexistante, et il vaudrait mieux, au commencement de nos recherches, ignorer cette préexistence. Il serait, à ce qu’il nous semble, plus convenable de considérer d’abord la transaction comme un simple échange de dettes et de droits, sans avoir égard aux moyens par lesquels l’échange s’accomplit.

Dans sa forme la plus générale, le cas dont nous nous occupons peut être rapporté comme il suit : Par suite d’affaires internationales, un certain nombre d’habitants d’un même pays se trouvent avoir pris des engagements en faveur de négociants appartenant à des pays étrangers et, afin de s’épargner la peine, le risque et la dépense d'un envoi de numéraire, ces habitants, qui forment comme un groupe de débiteurs, se mettent à la recherche d’un autre groupe de gens auquel il est dû des sommes équivalentes par les pays étrangers avec lesquels les premiers ont fait des affaires. Lorsque le groupe de débiteurs a trouvé un groupe de créanciers correspondant, il lui achète ses créances et les applique au payement de ses propres dettes étrangères. Si l’ensemble des sommes dues par chacun des deux pays à l’autre est absolument égal, c’est-à-dire si

le montant des dettes réciproques est le même, si les échéances auxquelles doivent se faire les règlements coïncident, si les payements doivent avoir lieu dans une monnaie équivalente ou identique, si, en un mot, toutes ces conditions d’idenj tité sont réunies, il n’y aura pas de difficulté dans le règlement du prix que les acquéreurs des créances devront payer à leurs cédants. Ce prix consistera simplement dans une somme égale ou même identique à celle qui doit être payée à l’étranger en vertu des droits cédés. Si le montant des créances que les uns ont besoin d’acheter était toujours égal à celui des créances que les autres ont en leur possession et qu ils ont besoin de vendre au même moment, il n’y aurait aucune raison qui put faire varier les prix, et il n’y aurait aucun mouvement dans le taux des changes étrangers. Pour parler le langage technique, le yhange serait toujours au pair.

M ais si l’on fait la supposition inverse, on touche .au point précis qui fait le sujet de notre discussion.

Les mouvements qui se produisent à un moment donné dans les changes étrangers sont, tout à la fois, le résultat nécessaire et l’indication certaine des inégalités qui existent à ce moment dans les

dettes réciproques des différents pays, inégalitésqui se manifestent soit dans le montant des engagements, soit dans le terme assigné aux payements, soit dans les rapports entre la monnaied’un pays et celle d’un autre pays.

On pourrait croire qu'il eût été plus aisé d’expliquer ce que c’est que le change, en disant que c’est la conversion des diverses monnaies les unesdans les autres, des souverains, par exemple, eiu francs, des florins en dollars, et c’est, en effet, sous cette forme que les transactions ont, dans la pratique des affaires, généralement lieu; mais, en restreignant notre définition à cette conversion de monnaie, nous aurions laissé de coté une des faces les plus importantes, et même un côtéessentiel de la question.

En effet, en supposant même un système identique de monnaie chez toutes les nations, les créances sur les pays étrangers seraient, suivant les circonstances, négociées à des prix différents. On les céderait, tantôt à prime et tantôt à perte,, selon les demandes et selon les offres, selon qu’à un moment donné il y aurait plus ou moins de demandes de la part de ceux qui ont à envoyer des fonds au dehors, ou selon qu’à ce même moment, il v aurait plus ou moins d’offres de la part cle

ceux qui, ayant des créances sur l’étranger, seraient en droit de les faire rentrer. Car ce sont là les causes premières de ce qu’on appelle la hausse et la baisse des changes étrangers.

A un certain jour, ou pendant une saison donnée, il faut envoyer au dehors des sommes considérables pour payer des dettesj L’Angleterre a, par exemple, de gros engagements envers la France, et le terme du payement est venu. Or, les circonstances veulent qu’à ce moment il y ait peu d’affaires engagées dans la branche correspondante de commerce qui se résout en dettes de la France vis-à-vis de l'Angleterre ; il y a, par conséquent, peu de soldes disponibles au crédit des négociants anglais à Paris et, par conséquent, peu de personnes en mesure de transférer des crédits à ceux qui ont des fonds à remettre : en d’autres termes, et pour employer le langage des affaires, il y a peu de personnes qui aient des effets sur la France. La conséquence de cet état de choses est une concurrence active au sujet de de ces rares effets. Ceux qui n’y mettent pas un prix assez élevé se trouvent dans l’alternative ou bien de subir tous les inconvénients de l’emballage, de l’assurance et de 1 expédition du numéraire, ou bien de manquer à leurs engagements.

Ceux qui ont des effets à vendre peuvent obtenir, par contre, un prix plus élevé que la valeur au pair. Comme ils ont la somme dont on a besoin, au lieu même où elle est demandée, et qu’ils peuvent, s’ils refusent de la céder, forcer les demandeurs à faire les frais d’une expédition de numéraire, ils sont en position de s’emparer de la totalité du bénéfice qui, dans le cas du change au pair, aurait été partagé entre l’acheteur et le vendeur. (Le cas du change au pair est celui où (es dettes relatives des deux pays seraient équivalentes.) Au lieu d’un arrangement à convenance mutuelle, le vendeur, par suite de la concurrence des acheteurs, est en situation de faire l’arransrement à sa seule convenance personnelle. Dans cette circonstance, c’est l’offre et la demande qui, selon le mode habituel , déterminent l’affaire. Dans l’exemple que nous avons choisi, les effets sur la France seraient à prime. Si les conditions étaient inverses, s’il y avait, au contraire, plus de personnes ayant des créances à faire rentrer de France que de personnes ayant besoin d’y envoyer des fonds, les effets sur la France seraient à perte.

Telles sont les conditions premières et les plus élémentaires de la variation dans le prix des

changes étrangers. Afin d’en apprécier clairement la nature réelle et la cause première, il est important d’écarter, dans cette première étude, toutes les circonstances secondaires et de dégager rapidement le principe général. Ce qui fait l’objet du change dans la transaction simple et naturelle dont toutes les autres découlent, c’est l’échange d’une somme d’argent dans un lieu, contre une somme d’argent équivalente dans un autre lieu. Si nous anticipons sur ce que nous aurons à dire, nous pouvons en regard de cette transaction, qui est la plus simple, opposer la transaction qui est la plus compliquée, à savoir celle dans laquelle la somme donnée d’un côté serait payable immédiatement, celle offerte en échange n’étant payable que trois mois plus tard, dans laquelle la somme donnée d’un côté serait stipulée en or, celle offerte en échange étant stipulée en argent; dans laquelle enfin la somme donnée d’un côté aurait un caractère de solidité indiscutable étant payée comptant, et celle offerte en échange présenterait un certain doute, à cause du long crédit qu’elle suppose. Pour établir alors la balance entre les deux sommes, il faudrait nécessairement tenir compte de la valeur relative, au moment donné, de l’or et de l’argent , du montant des intérêts à

THEORIE I)KS CHANGES CT lîAN GERS

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perdre pour attendre trois mois, et du risque couru par celui qui prend un papier, c’est-à-dire une promesse de payer dans trois mois, à la place d une somme qui] a donnée comptant. Toutes ces considérations affectent le change, et compliquent la question à tel point qu’on peut facilement, dans le cours de l’examen qu’on en fait, perdre de vue le terrain solide d’où l’on est parti.

On discute quelquefois sur l état des changes étrangers, et l’on porte avant tout la discussion sur la valeur de l’argent dans les différents pays, sur le montant du numéraire dans chacun d eux, ou sur la situation relative de leur circulation fiduciaire. Ce sont là des points qui ont , sans doute, une grande importance, et qui agissent sur le prix des changes, mais qui sont néanmoins subordonnés à la question de l’équilibre des engagements réciproques. Les engagements réciproques sont l’élément fondamental du prix du change.

Si l’on veut étudier le sujet dans son ensemble, il est nécessaire de se former, tout d’abord, une vue nette de ce qu’on entend par les dettes internationales ; de connaître les éléments qui constituent ces dettes et île savoir discerner les divers phénomènes qu'elles engendrent; c’est là ce cjui

domine toute Igl théorie des changes étrangers. Lorsque nous aurons pu faire comprendre clairement la question et que nous aurons pu donner une idée complète des divers modes suivant lesquels une nation devient endettée vis-à-vis d’une autre, nous pourrons faire un pas en ayant et considérer la forme sous laquelle se produisent les créances quand Fépoque du règlement est arrivée et quand la dette flottante se trouve, pour ainsi dire, consolidée en lettres de change. Le cours de la discussion nous amènera naturellement à examiner la nature et la forme de ces lettres de change, leur achat et leur vente, les causes diverses qui déterminent leur prix, leurs fréquentes fluctuations, la signification et la portée de cette expression usuelle, que les changes étrangers sont favorables ou contraires, et la valeur de l’indication qu’on peut tirer des changes pour connaître la situation des affaires internationales. Nous considérerons d’abord les dettes en elles-mêmes, et nous trouverons qu’elles sont, en fin de compte, représentées par une masse constante de lettres de change dans lesquelles elles prennent corps. 11 sera ensuite nécessaire de s’enquérir si ces effets sont payables comptant ou à des termes fixes à venir, s’ils représentent une

transaction finale ou une portion seulement d’une opération commerciale, et de voir comment létaux de l’intérêt, le crédit des débiteurs, la confiance des créanciers et la dépréciation du signe monétaire dans lecpicl les ciï'cts sont payables, affectent leur écliangeabilité. Nous examinerons quelles circonstances font naître une demande d’effets sur l’étranger et quels sont les moyens de ralentir ou d’exciter cette demande* Arrivés à la fin de ces investigations, nous chercherons à élucider quelques-unes des questions les plus importantes soulevées dans le monde financier relativement au taux de l’intérêt comme moyen d’arrêter l’exportation de l’or, à l’action sur notre marché des capitalistes étrangers et des détenteurs de lettres de change sur l’Angleterre, aux faits qui pourraient se produire si tous ces effets étaient jetés à la fois sur la place pour être escomptés enbloc, au lieu d’être successivement encaissés au fur et à mesure qu’ils arrivent à maturité, et tant d’autres matières analogues. Toutes ces questions sont loin d’être purement théoriques et imaginaires; elles sont d’une importance vitale et pratique pour quiconque est engagé dans les entreprises commerciales.

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