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CHAPITRE II

ANALYSE DES ENGAGEMENTS INTERNATIONAUX CONSIDERES COMME LA BASE DES CHANGES ÉTRANGERS

Les premiers éléments du prix des changes étrangers que nous ayons à discuter, se trouvent, ainsi que nous l’avons déjà dit, dans les dettes internationales. Les changes étant la représentation d’un échange de droits ou de dettes, une étude sur l’origine et sur la nature de ces dettes jettera un jour considérable sur le sujet.

On commet souvent cette erreur d’imaginer que les dettes internationales proviennent simplement d’une importation de produits, et de considérer la balance du commerce comme une pure question d’importation et d’exportation, comme un simple indice de l’excès de l’une sur 1 autre. Il est nécessaire d’examiner déplus près les transactions effectuées entre deux pays, avant de se former une idée de la situation de leurs dettes réciproques.

On découvrira, en l’étudiant, cpie cette situation

ne résulte pas tant des échanges respectifs des produits que de la relation entre la totalité des dépenses faites par chaque nation chez l’autre, que ce soit pour le payement de matières ou de produits, pour l’achat d’actions et de fonds publics, pour le règlement de profits, de commissions, de redevances quelconques, ou pour l’acquit de dépenses faites par les résidents au dehors ou les voyageurs, en un mot, de tous les payements ou de toutes les promesses de payer qui se font dans chaque pays. L’idée de la dette en elle-même doit être ici perdue de vue : c’est l’engagement pris que nous avons à considérer, et cet engagement a des effets identiques, quelle que soit son origine.

Les payements qui doivent être faits par un pays à un autre, pour quelque objet que ce soit, ont le même effet que des payements faits pour des importations directes, de sorte que les dettes générales réciproques de deux pays peuvent être, à peu de chose près, balancées, quoique l’un des tîeux pays ait importé beaucoup plus de marchandises qu’il n'en a fourni en échange. L’excès peut monter, par exemple, à .‘1 millions sterling, mais la nation qui est ainsi devenue créancière pour cette différence de 3 millions, peut employer

un million à faire des remises à ceux de ses nationaux qui ont établi leur résidence dans 1 autre pays, ou qui ont voyagé et qui ont dépensé leur argent au dehors ; elle peut envoyer un autre million dans le pays qui a importé l’excédent, afin d’acheter des fonds publics ; et si l’on suppose qu’il s’agisse d’un pays maritime, un autre million peut rester entre les mains de ses armateurs pour le fret de leurs navires. De cette façon, l’équilibre peut être rétabli ; il n’y a de balance contraire ni d’un côté ni de l’autre ; les dettes sont égales.

Il ne peut pas être superflu d’examiner plus en détail quelques-unes de ces transactions internationales. Nous pouvons étudier, par exemple,

1 influence des emprunts étrangers. Traitant ce sujet, comme c’est le cas pour nous, au point de vue des changes, un emprunt étranger a sur la balance une influence défavorable, non pas pour le pays qui emprunte et qui reçoit le montant de l’emprunt, mais pour le pays prêteur qui fournit les fonds.

L’emprunt devra, sans doute, être remboursé en fin de compte ; mais, au moment où il est contracté, il agit avec la même puissance qu’une exportation sur le pays qui emprunte, et qu’une

importation sur le pays qui prête. En fait, le pays emprunteur exporte des titres qui sont importés par les capitalistes prêteurs dans leur propre pays. Au point de vue de la balance du commerce, un emprunt contracté à l’étranger est l’équivalent d’un accroissement d exportation. Quelquefois, quand les dettes d’un pays vis-à-vis d’un autre deviennent si grandes qu’on ne peut liquider les engagements du pays débiteur par l’envoi de numéraire ou par l’accroissement de l’exportation, on a recours à un emprunt pour régulariser la balance. Le pays exporte des titres de fonds publics créés dans ce but, quand il n’a pas en mains d’autres ressources disponibles pour satisfaire ses créanciers étrangers ; la Russie a plus d’une fois employé ce procédé.

Il peut y avoir également une nation riche en capitaux et vivant beaucoup sur elle-même, important peu parce quelle renferme dans scs propres limites la plu. >art des choses dont elle a besoin, mais exportant sur une grande échelle; la tendance de ce pays sera de devenir créancier de tous ses voisins. Comment la balance, pourrat-elle être rétablie? C’est le cas inverse de celui que nous venons d’exposer tout à l'heure. La dette, dans l’hypothèse actuelle, n’est pas excessive,

mais au-dessous du niveau nécessaire ; un pays qui se trouve dans cette situation rétablit souvent l’équilibre en devenant, par spéculation, acheteur de fonds étrangers, de titres de toute nature, et en les important. Les manufacturiers sont payés au moyen d’obligations de chemins de 1er et les sommes que les autres nations dépensent en objets de consommation tirés du pays exporteur, ce pays exporteur les dépense à son CSur sur les bourses des capitales étrangères. Il n’y a aucun doute que la balance du commerce ne puisse être très sérieusement affectée, quand un pays est en proie à quelque grande manie de spéculation sur les fonds étrangers. De même que la situation monétaire d’un pays peut être fort menacée quand il importe des produits étrangers pour un montant plus élevé que celui tic ses exportations, de même cette situation peut être aussi menacée par une acquisition excessive de fonds étrangers, avec cette seule différence que les fonds publics sont souvent plus propres à la réexportation que les marchandises fabriquées ou que les produits pour lesquels les frais d’embarquement et de réembarquement sont infiniment plus lou rds.

11 résultera des observations qui vont suivre que,

TII KO niK DES CHANGES ÉTRANGE HS

lorsqu on parle de la dette réciproque ou de la balance du commerce entre deux pays, les dettes permanentes d’un pays vis-à-vis d’un autre ne doivent pas entrer en considération, tout au moins * jusqu à ce que le jour du payement soit arrivé) La balance du commerce dépend des transactions à liquider, et non pas de celles qui, par consentement mutuel, sont laissées en suspens pour une longue période de temps.

Il n’est pas douteux, par exemple, que les Étatsl nis ne doivent une somme considérable à l’Angleterre, sous forme de titres américains entre les

mains de porteurs anglais. Mais, à l’exception des intérêts de ces titres, comme cette dette consolidée n’exige pas de règlement, elle exerce à peine d influence sur la ba l ance des dettes flottante s qui détermine !<“> variations de change entre les deux pays . Les titres sont des objets de commerce importés d’Amérique en Angleterre; au moment de d ur importation, ils ont agi sans aucun doute sur l' s changes, exactement comme le coton venant du meme pays, et le jour où on les réexportera vers l’Amérique (mais pas avant), ils affecteront les changes dans un sens contraire, c’est-à-dire

uvec la même puissance que lorsque ic coton est i (.‘exporté vers 1 Amérique sous forme de produits

de Manchester. Mais, à un autre point de vue, comme ces titres ne sont l’occasion d’aucune demande immédiate, et comme ils ne peuvent pas être regardés comme étant un des éléments de la dette contractée pour avoir du coton ou du blé. dette dont le règlement doit avoir lieu tout de suite, la balance du commerce peut être tout à fait défavorable à l’Angleterre, bien que le montant des fonds américains dans des mains anglaises puisse monter à une somme beaucoup plus considérable que la différence.

Le cas des coupons attachés à ces titres est trèsdifférent; les intérêts qu’ils représentent sont un des objets constants, une fraction importante de la dette dont nous nous occupons; ils constituent un engagement exigi ble, souscrit par le pays qui a emprunté. C’est une dépense à faire au profit d’un créancier étranger. Un pays qui doit payer fous les ans au dehors de grosses sommes pour intérêts, doit importer d’autant moins, ou exporter d’autant plus. Réciproquement, un paysriche qui se fait un revenu annuel d’intérêts payé?* par les nations étrangères peut, jusqu’à concurrence de ce revenu, faire les frais d’un excédent équivalent de ses importations sur ses exportations; il met en balance cette nature de recette»

avec l’excès de ses dépenses; ce sont des capitaux entrants, par contre de capitaux sortants. Les grosses sommes que l’Angleterre reçoit chaque année en payement, pour intérêts, des nations étrangères, réduisent considérablement la balance qui, malgré notre exportation colossale, nous est presque toujours défavorable. Les emprunts étrangers, négociés en Angleterre, accroissent nos engagements au moment où ils sont contractés, mais les revenus annuels qui en dérivent par la suite contribuent à les réduire.

L’effet des profits et des commissions prélevés sur les affaires internationales est tout à fait le même que celui que nous avons étudié en ce qui concerne les intérêts. Parmi ces profits, on peut classer les frets perçus pour les transports maritimes des divers pays. Celui qui devient le transporteur des autres, acquiert par là des droits qui lui permettent de payer les importations à faire de l’étranger. La dépense du fret agit avec la même force que la valeur d’une marchandise produite et exportée. Une nation exclusivement maritime peut acquitter ses obligations vis-à-vis des pays qui lui fournissent les nécessités de la vie, en devenant simplement leur entrepreneur de transport et sans avoir, par

contre, à exporter de produits ou de marchandises.

11 peut encore se faire qu’une situation particulièrement favorable mette une nation en état de rendre les autres nations débitrices vis-à-vis d elle-même de redevances diverses ou de commissions quelconques, et crée ainsi, au profit de cette nation, un revenu équivalent à celui qui proviendrait d’intérêts, de frets ou de remboursements de marchandises exportées.

Un pays qui sert d’intermédiaire, comme l’Angleterre, au commerce de beaucoup d'autres et qui, par sa position comme grand centre de banque et d’affaires, est en état de gagner une légère commission, un petit profit sur toutes les opérations dont il surveille la conduite, se fait de cette façon un revenu qui ne manque pas d’importance. Autrefois, quand Londres était le grand entrepôt des marchandises destinées aux marchés étrangers, et quand les négociants anglais fournissaient la majeure partie du continent (qui n’était pas lui-même en rapport direct avec l’Inde ou l’Amérique) de coton, de café, de sucre, de thé, en un mot, de tous les produits des Indes orientales et occidentales, les commissions et les profits de cette intervention devaient être très consi-

dérables; c’était pour le pays une part considérable des bénéfices dérivant de source étrangère. La tendance de notre époque est de mettre constamment en relation plus intime et plus directe le producteur et le consommateur par l’élimination des intermédiaires et la suppression de cette sorte de profits. Cette tendance se manifeste de plus en plus; le producteur transatlantique et indien se trouve, par le fait, plus complètement et plus immédiatement en rapport avec le consommateur continental. Aujourd’hui, l’armateur •continental et les négociants font leurs importations directement du pays producteur, s’affranchissant ainsi du marché de Londres au point de vue des marchandises, sans toutefois se passer * des facilités que leur procurent les banques anglaises. Les intérêts et les commissions qui sont encore payés par presque tous les pays aux capitalistes anglais, sont un élément qu’il importe de noter dans la composition du revenu au moyen duquel l’Angleterre peut s’acquitter de la masse énorme des engagements qu elle prend vis-à-vis de l’étranger.

Une allusion rapide a été faite aux dépenses de voyages et de résidences à l’étranger. La Russie fournit le meilleur exemple de l’importance de

cette nature de dépenses. Plusieurs millions sterling sont annuellement dépensés par la noblesse riche de Russie en voyages ou en résidence à l’étranger, et le capital qui est ainsi soustrait à la Russie affecte défavorablement la balance de son commerce, tout à fait de la même façon que si la même somme avait été dépensée en Russie pour l’importation de marchandises étrangères. Les effets tirés par les princes russes en voyage sur leur banquier de Saint-Pétersbourg, influencent le change exactement avec la même force que des effets tirés sur Saint-Pétersbourg pour le champagne qu’on y fait venir de France. Les engagements souscrits par les voyageurs à l’étranger sont particulièrement sentis en Russie, d’abord parce qu’en eux-mêmes ils sont excessifs, et ensuite parce qu’ indépendamment de cette dépense, la Russie tend à consommer plus qu’elle ne produit.

11 y a beaucoup d’autres transactions internationales qui, dans un relevé complet des articles formant ce qu’on appelle la balance du commerce, pourraient bien entrer en ligne de compte, par exemple : les droits de doua ne à l’importation, ou les droits de transit et toute la série des impôts gouvernementaux. Mais les considérations

sur l’influence de ces différentes charges appartiennent à un champ d’investigation différent de celui dans lequel nous voulons nous renfermer aujourd'hui .

Les dépenses d’armement maritime dans des pays éloignés, spécialement les dépenses régulières des vaisseaux de guerre dans les stations étrangères, forment aussi un élément d’engagements internationaux qui ne doit pas être perdu de vue.

L'analyse qui précède des faits les plus importants, a pour but de donner une notion générale et claire des différents objets sur lesquels l’attention doit se fixer, quand on veut porter un jugement sur les transactions réciproques entre deux nations et sur la balance qui résulte de ce s transactions.

Le premier élément, le principal, doit être r sans doute, la comparaison des importations et des exportations dans le sens littéral du mot; mais l’effet de ces sortes de transactions est si clair, si généralement compris, qu’il n’est pas nécessaire de s’étendre beaucoup sur cette portion du sujet.

fin outre des importations et des exportations, on a montré qu’il était nécessaire de tenir compte

Si

des autres dépenses faites par les nations les unes chez les autres, y compris toutes les extravagances nationales, telles que subsides donnés à l’étranger, prêts, dépenses constantes d’armements lointains, aussi bien que toutes les extravagances individuelles, telles que dépenses excessives laites dans les voyages et dans les résidences à l’étranger ou spéculations sur les bourses étrangères.

Il ne faut pas non plus oublier de tenir compte de 1 étendue des bénéfices nationaux provenant des redevances volontaires ou involontaires payées par les autres j:>ays. Il faut faire entrer en considération les entreprises individuelles qui, par la supériorité de leur position, de leurs capitaux, de leur activité, prélèvent une part plus ou moins large des avantages du commerce international.

C’est une tache très difficile, à cause de la complexité des faits, que de se former une idée juste des engagements réciproques de deux pays donnés ; mais on 2 ^>eut espérer que les principes sur lesquels s’établit la balance du commerce et la nature des faits qu’il faut examiner, ont été suffisamment élucidés par les observations qui précèdent.

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