TII KO I» I IC DES CHANCES ÉT1ÎAXC.EES
masse a pour cause des exportations de produits ou de marchandises. Ce sera principalement le cas entre pays situés à de grandes distances l’un de l’autre, et dont les transactions sont relativement simples. Quand il s’agit de pays plus rapprochés, ayant par conséquent un plus grand nombre de ces relations qu’on peut appeler de voisinage, les affaires représentées par les lettres de change sont à la fois plus diverses et plus compliquées.
Entre le continent et l’Angleterre, il existe une grande quantité d’effets représentant les dépenses de résidents étrangers; ce sont des traites sur les banquiers de son pays tirées par un étranger, des encaissements de dividendes, ou des rentrées provenant d’autres sources de revenu. On trouve des effets en quantité innombrables ayant pour base l’achat ou la vente de fonds publics, ou servant pour un chiffre considérable à transporter des capitaux d'un pays dans un autre, comme dans le cas où le public s’intéresse dans un emprunt d’Etat ou dans une entreprise par action. Il se négocie peu d’emprunts étrangers qui ne soient accompagnés d’une certaine émission de lettres de , change^ Toutes les fois qu’un pays, au moment où il contracte un emprunt à l’étranger, reste
devoir un solde sur ses transactions commerciales en général et manque de remises pour couvrir ce solde, alors on peut très avantageusement tirer sur le pays prêteur des lettres de change pour le montant de l’emprunt. Ces lettres de change seront achetées avec ardeur pour être remises aux créanciers étrangers. Dans le cas contraire, quand \y il n existera pas de balance à régler, l’emprunt sera ordinairement soldé en numéraire.
Dans toute liasse d’effets, il y en a presque toujours quelques-uns tirés pour le remboursement de frets devenus exigibles ; c’est quelque chose de très important pour les pays dont l’industrie maritime est très développée, mais qui ont peu de produits naturels. En Suède et en Norvège, par exemple, quand les négociants ont des remises à faire à l’étranger, ils ont beaucoup de peine à trouver d’autres effets que ceux qu’on a tirés soit pour cause de vente de bois (leur principal article d exportation), soit pour cause de frets dus à leurs navires. Leurs importations sont entravées par la • difficulté de faire des remises en ce qu’on appelle des <x signatures de premier ordre » .
On peut dire qu il y a quelque chose de spécial dans la manière dont sont faites les remises de chaque pays en particulier.
Dans l’Inde et en Chine, les principaux articles d’exportatien ont une grande valeur, et le capital nécessaire pour envoyer des marchandises d’un aussi grand prix sur les marchés de consommation est considérable. Il en résulte que les affaires se concentrent dans des maisons très puissantes et très riches; les effets sont, pour la plupart, tirés en grosses sommes et sur des maisons d’Europe de première classe. 11 est très ordinaire de voir des effets de 10,000 1. sterling, et, en général, ce sont des effets extrêmement bons.
La distance qui nous sépare de ces pays et la longueur du crédit que l'acheteur de l’effet doit en conséquence accorder, rendent nécessaire d’agir avec une grande prudence. Il est du plus haut intérêt que les personnes sur lesquelles on tire soient d’une solvabilité reconnue.
Les remises du continent, au contraire, sont d'une nature tout à fait différente. Par suite de la fréquence des transactions et de la facilité des communications, les effets sont tirés dans les formes les plus diverses et par beaucoup plus petites sommes. Ces effets représentent des opérations de détail et de chaque jour, aussi bien que les grandes affaires des marchands et des banquiers. Toute personne qui reçoit des rem ises du
continent pour une valeur de 10 à 20,000 livres à la fois, trouvera que cette valeur est laite au moyen d'un très grand nombre de petits effets. 11 y aura des effets tirés par suite de ventes de bétail, d’œufs, de beurre ; des traites de voyageurs anglais sur les banquiers de Londres; des effets en îemboursement de jouets allemands, d’objets de fantaisie de France, de vins, de fruits, de légumes. Et comme les affaires se font maintenant beaucoup par le détail, on trouvera, à côté d effets sui les marchands et les importeurs en commerce réglé, petits et gros, beaucoup d’autres effets sur des personnes difficiles à classer et qui appartiennent aux couches les plus infimes du monde commeicial : par exemple, sur des agents qui ont su persuader à des fabricants allemands de leur confier la vente de leurs produits, et sur des succursales de petits établissements étrangers qui veulent essayer de s’introduire sur le marché anglais; on trouvera aussi des effets tirés sur des boutiquiers, des marchandes de mode et sur d autics pci sonnes en dehors du cercle des affaires; en un mot, sui tout individu que son commerce met, à un degré en rapport avec les fabriques éti an-
américains ressemblent, a quelques
quelconque,
gères.
Les effets
égards, aux effets de l’Inde ; comme ils ont en général pour cause des affaires sur le coton, et comme une petite quantité de coton vaut une grosse somme d’argent, les effets d’Amérique sont, pour la plupart, tirés pour un montant élevé et représentent des transactions considérables. Seulement les opérations entre les Etats-Unis et Liverpool sont beaucoup plus rapides à conclure et beaucoup plus faciles à mener à fin, que celles qui ont lieu entre l’Angleterre et l’Inde. Des facilités particulières sont aisées à obtenir pour entreprendre sans capital les affaires de coton, tant à l’exportation d’Amérique qu’à l’importation en Europe; il en résulte qu’à côté d’un grand nombre d’effets de premier ordre venant d’Amérique, on ’ive aussi un nombre considérable de traites ées sur des maisons inconnues en dehors de leurs relations immédiates, et qui n ont d’autre moyen de payer leurs acceptations que de réaliser les marchandises mêmes qui leur ont été consignées contre ces mêmes acceptations.
Jusqu’ici, nous avons supposé que les effets dont nous avons fait l’étude représentaient et liquidaient, bona ficle, une affaire réelle. Il y a pourtant une catégorie très nombreuse d’effets étran-
gers qui remplissent une fonction très différente
et très importante à déterminer exactement. 11 y a peu de mystère dans les opérations de change quand elles se réduisent aux opérations directes et immédiates que nous avons traitées jusqu’ici ; mais le sujet se complique quand on considère le très grand nombre d’effets étrangers qui représentent des opérations indirectes moins faciles à suivre, ou même qui ne représentent aucune opération préalable quelconque, en ce sens du moins qu’ils ne liquident pas des dettes antérieures. Ces effets ont une action tout à fait différente de celle des effets que nous avons examinés.
Il y a d’abord les effets étrangers, qui ne représentent pas l’engagement ordinaire qu’on suppose entre l’accepteur et le tireur, mais qui représentent une dette au profit du tireur, dett contractée par une tierce personne résidant dai un autre pays; l’accepteur est simplement, dans ce cas, un intermédiaire pour arriver au payement. Par exemple, les tliés embarqués en Chine pour New-York sont généralement payés au moyen d’une traite fournie par l’exporteur sur un négociant de Londres pour compte de l’importeur américain; l’exporteur en Chine est remboursé par le prix cru’on lui donne de sa traite sur Londres, et l’accepteur, pour acquitter la traite, attend en
Angleterre les fonds de l’importeur de New-York.
Il est important de se rappeler que les effets de cette nature ne portent pas en eux-mêmes, comme les autres, la preuve qu’il existe des engagements contractés par les pays sur lesquels ils sont tirés. Le pars où l’acceptation a lieu, le pays qui accepte, en un mot, est créancier du tiers pays pour une somme exactement égale à celle qu'il doit payer au pays d’où la traite est partie. Toute estimation qu’on voudrait faire des engagements d'un pays, en prenant pour base les traites en circulation sur ledit pays, ne manquerait pas d’être erronée, si l’on faisait abstraction de ces traites acceptées pour compte de tiers intéressés. 11 est tout au moins nécessaire de chercher à découvrir quelle est la proportion des traites acceptées par les personnes intéressées et de celles acceptées par des agents ou des intermédiaires. Supposons, par exemple, que l’on désire, à un moment donné, avoir une idée des engagements réciproques de l’Angleterre et des Etats-Unis. On peut établir que la somme totale des exportations de l’Amérique pour l'Angleterre, dans l’acception la plus large du mot, en y comprenant toutes les causes supplémentaires de créances auxquelles nous avons fait allusion, que cette somme dépasse la somme
totale de tout ce que l’ Amérique a reçu de nous ou a dépensé chez nous; on en tirerait cette conséquence que nous avons à remettre à l’Amérique une balance en or ; mais on aurait oublié un des éléments les plus nécessaires à la solution de la question posée, si I on ne s’était pas fait cette autre demande : Quelle est la situation des Etats-Unis en ce qui concerne les importations d’Orient? N’y a-t-il pas des effets pour des sommes très importantes en circulation, payables par l’Angleterre pour le compte de l’Amérique, et que l’Amérique doit nous rembourser? La réponse à cette question peut conduire à un résultat tout différent de celui qu’on avait obtenu par l’examen de la balance.
11 est nécessaire de ne pas perdre de vue ces engagements indirects, surtout quand on s’occupe des effets sur l’Angleterre, car cette nature d’engagements forme une partie très considérable de la masse de nos acceptations.
Les personnes pour lesquelles ces questions sont nouvelles, peuvent ne pas découvrir au premier abord quelle est la cause qui lorce les autres nations à faire de Londres le centre de leurs opérations de banque. Pourquoi les gens qui expédient par mer les produits des Indes en Amérique font-ils des traites sur Londres au lieu de les faire
sur New-York? pourquoi celui qui exporte du coton de la Nouvelle-Orléans pour la Russie, fait-iJ. des traites sur Londres au lieu de les faire sur Saint-Pétersbourg ? Cela peut provenir, en partie, de ce que les banquiers de Londres font plus de crédit, ou de ce que la notoriété plus grande des maisons de Londres, notoriété qui s’étend dans tous les coins du globe, donne aux effets tirés sur ces maisons une valeur toute différente de celle qu’auraient des effets tirés sur des banquiers d’Amérique ou de Russie, tout aussi riches peut-être, mais moins universellement connus. Mais ce sont là des raisons secondaires, et, en y réfléchissant de plus près, on trouve que ces raisons secondaires découlent de la raison première qui fait de Angleterre le grand centre des affaires de banque du monde entier. Cette cause première, il faut la chercher dans cette exportation étonnante et toujours active de l’Angleterre, qui fait que toutes les contrées du monde, recevant incessamment des produits anglais, sont dans la nécessité de faire à l’Angleterre, pour s’acquitter, des remises soit en numéraire, soit en produits, soit en effets. Les autres pays peuvent donner un autre cours à leurs exportations, mais les effets tirés en remboursement finiront toujours par arriver en Angleterre.
En d’autres termes, il y aura toujours de la
* demande pour les effets sur les banquiers de Londres, et les effets anglais seront plus facilement négociés que tous les autres. 11 ne peut pas y avoir de change avec une place sur laquelle il ne se fait pas des remises régulières et constantes,
* et vice versa, quand les remises se font régulièrement, un change estbienvite établi; l’ intervention d’un intermédiaire n’est plus nécessaire.
L’Angleterre, par exemple, exporte des quantités fabuleuses de marchandises de Manchester en Orient, et par-dessus le marché, de l’argent, et elle reçoit en échange du thé et de la soie. Mais supposez que la soie et le thé demandés par l’ Angleterre aient une valeur moindre que les marchandises exportées, comment la balance se règlera-t-elle? Le voici : les Américains exportent peu de produits en Chine. Ils demandent aux Chinois de la soie et du thé pour une valeur plus grande que celle des marchandises qu’ils leur envoient en échange. Les Chinois ont donc une balance à réclamer à New-York. Cette balance, ils la transportent à leurs créanciers anglais visà-vis desquels ils sont endettés pour l’excès des marchandises importées d’Angleterre. En d’autres termes, les créanciers anglais reçoivent
les effets tirés pour compte américain, et les Américains sont obligés d’en envoyer le montant en or aux Anglais. Ceci n’est qu’un exemple. Si le cas que nous avons cité en particulier ne se produit pas exactement de cette façon, les choses ne s’en passeront pas moins de la même manière dans beaucoup d’autres circonstances. Le fait que les importations d’Angleterre excèdent ses exportations, n’invalide pas la proposition que nous mettons en avant. L’Angleterre achète et vend à presque tous les pays du monde. Parmi les pays étrangers. A peut importer de B, mais exporter à C. Si B et C ne sont pas en rapports constants d'affaires, A ne pourra pas payer B en lui donnant une délégation sur C. Mais il arrive que A, B et C sont en relations d’affaires avec l’Angleterre. A peut alors payer B en lui déléguant sur l’Angleterre des droits que lui-même a reçus en payement de C; ou plus simplement, C tire sur l’Angleterre et remet à A sa traite en payement; A la passe à B, et comme B est en rapports constants avec l’Angleterre, il peut facilement en tirer parti.
On peut éclaircir également la proposition inverse, qui est celle-ci : Quand entre deux pays un échange constant existe de marchandises exportées et importées, un change est bien vite
établi, et les transactions peuvent se régler sans l’intervention de l’Angleterre. C’est ce qui est arrivé pour Java et la Hollande, pour New-York et Brême, pour Rio de Janeiro et Hambourg. h y a quelques années, l’Allemagne était, pour ses exportations, beaucoup plus en arrière de l’Angleterre qu’à présent. Les marchands de New- York qui expédiaient du tabac ou d’autres produits à Brême, se payaient en tirant pour 1 e ç o m p t c d e Brême des effets sur l’Angleterre. Brême, à son tour, liquidait l’opération en achetant, pour les remettre en Angleterre, les effets tirés par les vendeurs de bétail du Holstein ou par les exporteurs de beurre des Pays-Bas. Aujourd’hui, les choses ont changé de face. Comme il y a beaucoup de produits manufacturés expédiés d’Allemagne aux Etats- Unis, on trouve toujours à New-York des acheteurs de traites sur Brême directement; ce qui veut dire simplement que le coton et le tabac embarqués en Amérique servent à payer les produits allemands, et que l’on n’a plus besoin d’intermédiaire pour se liquider. On peut se demander alors ce que deviennent les traites des marchands de bétail et de beurre qui sont par suite devenues sans emploi. Ces traites sont toujours remises à Brême et renvoyées en Angleterre, mais en règle-
ment d’autres affaires. Des rapports mutuels et constants d’affaires n’existent pas encore entre l’Allemagne et Bombay. Bombay ne prend encore que peu de chose en Allemagne ; la grande masse de ses achats se fait en Angleterre. 11 en résulte que les négociants de Bombay, trouvant peu d’acheteurs pour les traites sur Brème, tirent encore sur Londres pour compte allemand, afin de se rembourser du prix du coton qu’ils envoient directement au continent. Leur opération se résoud à ceci : ils invitent leurs créanciers anglais à se faire payer par leurs débiteurs allemands. Les Allemands sont donc toujours dans la nécessité d’acheter des effets sur F Angleterre, comme étant la meilleure manière d’effectuer entre les mains des négociants anglais les payements que leurs créanciers de Bombay les ont chargés de faire. Une très grande quantité de lettres de change en circulation, on le voit quand on en fait une étude attentive, effectuent des règlements de cette nature, c’est-à-dire des règlements indirects et par intermédiaires, et non pas directs, règlements dans lesquels Londres apparaît comme le Clearin ghouse du monde entier chargé de liquider les opérations internationales.
Il nous reste à examiner ceux des effets étran-
gers qui ne représentent ni une liquidation ni une dette, effets qu'en langue technique on appelle effets tirés en blanc. Ce n’est pas un moyen pour l’accepteur de payer une dette, c’est, au contraire, un moyen pour le tireur d’en contracter une. Le rôle que ces sortes d’effets jouent dans la question des changes est très considérable et demande une étude attentive. Un grand nombre de ces effets ressemblent beaucoup à ce que dans les affaires intérieures on appelle des billets de complaisance. Ils peuvent être tirés par des négociants d’un pays sur des négociants ou des banquiers d’un autre pays, afin de procurer aux tireurs l’usage des fonds provenant delà négociation, pendant le temps que les effets ont à courir. L’acheteur des effets est alors dans la même situation que l’escompteur d’un billet de complaisance. Les opérations de ce genre peuvent être indéfiniment renouvelées de la même manière, mais avec plus de facilité que s’il s’agissait simplement d’un billet de complaisance.
11 y a, toutefois, une autre fonction remplie par ces sortes de lettres de change en blanc qui ne représentent aucune affaire faite : cette fonction n’est guère comprise par le public, et pourtant elle a, dans bien des cas, une importance particulière et une utilité très grande.
Il est très possible et il est même probable que les importations et les exportations d’un pays ne s’effectuent pas aux mêmes époques de l’année. En conséquence, les saisons où nos importations doivent être réglées ne coïncident pas exactement avec les saisons où les pays étrangers ont à régler le payement de nos exportations. Si, par exemple, il s’agit d’un pays exclusivement producteur de blé, les sommes à recevoir des pays étrangers rentreront à partir de la fin de la récolte, quand les cargaisons de blé commenceront à être expédiées. Il y aura à ce moment des effets tirés en remboursement de ces cargaisons sur les pays auxquels elles auront été adressées. D’un autre côté, le pays exporteur de blé a importé de l’autre pays des produits manufacturés, pendant tout le cours de l’année, et les importeurs ont eu besoin d’effets sur l’étranger pour faire des remises longtemps avant que les effets pour le blé aient pu être tirés et soient devenus négociables. Si aucun expédient n’avait pu être imaginé, les importeurs auraient dû, avant l’époque de la moisson, envoyer de l’or au dehors pour payer leurs achats, et, plus tard, les exporteurs de blé, ne pouvant jdus trouver à vendre leurs lettres de change, auraient été obligés de recevoir en or, de l’étranger, l’équiva-
dOi
lent de leur exportation. De cette façon, le risque, la dépense, la gêne dans la circulation, qui sont la conséquence des transports répétés de numéraire, auraient été supportés deux fois, parce que les exportations et les importations du pays n’auraient pas été effectuées aux mêmes époques.
Pour parer à cette difficulté, les banquiers d’un pays font des traites sur les banquiers de l’autre pays, à un moment où l’on ne peut pas trouver à acheter d’effets représentant une opération commerciale réelle, et ils liquident plus tard les engagements qu’ils ont pris vis-à-vis des accepteurs à découvert de leurs effets, en achetant, pour les leur remettre, les effets tirés contre les marchandises exportées, aussitôt que ces marchandises sont embarquées et qu elles peuvent donner lieu à une traite. Par là les importeurs sont mis à même de se procurer des effets sur des maisons de banque dans un moment où autrement ils n’auraient pas pu trouver d’effets du tout; et, plus tard, les exporteurs vendent aux mêmes banquiers des effets à un moment où ceux-ci n’auraient pas pu trouver d’effets, puisque les importations auraient déjà été réglées. H y a des maisons d’exportation qui cherchent quelquefois et obtiennent le même résultat, en demandant à ceux auxquels
elles ont vendu ou consigné des cargaisons, l’autorisation de tirer par anticipation pour la valeur des marchandises avant que l’expédition en soit, faite. C’est ainsi qu’on peut vendre des effets aui moment où il se produit des demandes et quand le commerce d’importation peut les acheter à. prime, au lieu d attendre le jour où la masse des exportations s’opère, et où, par suite de la quantité des effets à tirer, on ne peut plus en obtenir qu’un prix inférieur. On s’est plaint vivement en Cour de Banqueroute et ailleurs, là où l’utilité de ces sortes de transactions n’a pas été clairement entrevue, du système des traites en blanc, ou, en d’autres termes, du système consistant à créer des lettres de change qui ne représentent ni une dette existante ni un règlement de compte. La raison de ces plaintes est sans doute qu’il est facile de confondre ces sortes d’effets avec les billets de complaisance.
Il est vrai de dire que toutes les fois que l’existence de ces crédits à découvert a été révélée au public, c’était après quelque catastrophe et à la suite d’affaires dans lesquelles le commerce de ces effets avait été entrepris uniquement pour se procurer un capital fictif. On a pu voir, pourtant, que les crédits à découvert peuvent être
d’un usage utile, qu’ils sont même nécessaires, et qu’il faut seulement les surveiller d’un œil attentif et soupçonneux. Les personnes qui ne sont pas versées dans la connaissance des nombreux détails de la banque internationale, comprendront difficilement comment on peut distinguer des lettres de change représentant une confiance mutuelle et créées dans le but de procurer un capital fictif pour le temps que les effets auront à courir, de celles qui ont été créées par anticipation d’une affaire réelle, et pour franchir l’intervalle qui sépare la saison des importations de celle des exportations. Et, cependant, il est possible de faire jusqu’à un certain point la distinction, de même que les établissements qui font l’escompte peuvent distinguer, dans les effets intérieurs, les légitimes et les fictifs. Le système ne peut pas être condamné parce qu'on en a souvent abusé, car il n’est pas évident que les inconvénients découlant de l’abus, soient plus grands que les avantages qu’on peut retirer de l’usage.
Quant à présent, toutefois, il n’est pas nécessaire de s’enquérir des avantages ou des inconvénients des effets tirés à découvert. Nous avions seulement à en faire mention dans le nombre de ceux qui forment le total des effets étrangers en
circulation, parce qu’ils jouent un rôle important au point de vue des changes.
Les variations de prix des effets étrangers, dont l’étude constitue la matière réelle de tout traité sur les changes, ne peuvent être bien comprises que si l’on a acquis une connaissance suffisamment exacte de la nature et du caractère des effets en eux-mêmes et des différentes catégories dans lesquelles on peut les classer. Les chapitres précédents ont, en conséquence, été consacrés d’abord à une étude élémentaire sur la nature des affaires auxquelles les effets étrangers doivent leur origine, puis à une analyse plus détaillée des engagements internationaux représentés, comme nous l’avons fait voir, par lesdits effets, et, enfin, à une classification de ces effets une fois qu’ils s#nt tirés. Nous avons, pour ainsi dire, examiné le matériel et l'outillage ; nous sommes maintenant en mesure d’étudier les opérations ellesmêmes.