‹ Théorie des changes étrangersChapitre 50 sur 51 · VALEUR · texte numérisé non relu

VALEUR

DE L’iXDBMNITÉ DE GUERRE

Mais nous avons pu nous procurer deux états dans lesquels on peut suivre un mouvement certain d’exportation de titres étrangers, mouvement qui, d’ailleurs, était évident, et que les personnes qui sont dans les affaires ont toutes constaté : le premier est l’état des coupons payés à Paris sur la rente italienne avant et après la guerre, le second est un état semblable pour les coupons des rentes tu rq ues.

En 1868, il a été payé à Paris des coupons de rente italienne pour 85 millions de francs; en 1872, il n’en a été payé que pour 60 millions de francs.

Semestre du I e1 ' janvier 1868 43,011,000

— 1-- juillet 1868 42.025,000

— I e1 ' janvier 1869 42,230,000

1 er juillet 1869 impôt non déduit 46,300,000

— I e1 ' janvier 1870 38,240,000

I e '- juillet 1870 36,004,000

1 er janvier 1871 16,720,000

1 er juillet 1871 40,150,000

— l« r janvier 1872 29,870,000

— le* juillet 1872 30,393,000

— 1 er janvier 1873 31,458,000

— l pr juillet 1873 29,856,000

— l Pr janvier 1874 25,604,000

Pour les coupons titres, on remarque une diminution bien plus considérable, mais avec une reprise marquée à partir de 1874.

RAPPORT SUR UE PAYEMENT

13 janvier 1870 juillet 1872 janvier 1873 juillet 1873 janvier 1871

environ

Les deux valeurs qui sont jTortées sur ces tableaux sont loin d’être les seules qui existent sur notre marché ; les dollars américains, les valeurs autrichiennes, et bien d’autres, ont une importance considérable dans les placements français; mais nous prenons sur le fait, pour ainsi dire, à la lecture de ces relevés, l’exportation d’un nombre considérable de titres étrangers, et c’est ce que nous cherchions.

Nous ne pouvons pas pénétrer plus avant. Il y a eu des titres étrangers exportés en grande quantité, et il en reste en France des quantités plus considérables encore, dont les coupons ont fourni du change; ce sont là deux faits acquis; mais quant à faire le compte exact des exportations et du stock des valeurs étrangères en France, il n’y

Il faut ajouter à cette exportation ce qui est resté pendant quelque temps des emprunts français à l’étranger; mais les pays où il se fait des épargnes, et la France est de ce nombre, rappellent

a aucun moyen d’y arriver.

bien vite leurs emprunts à l’ intérieur. Ce qu’on a

DK L’INDEMNITÉ DK DU K RK K

placé ou vendu à l’étranger de rentes françaises 5 ou 3 pour 100 n’a pas tardé à reprendre la route de la France, et l’année 1874 ne se passera pas avant qu’on puisse dire que les 5 milliards d’emprunts sont classés dans le pays même et sans le secours de l’étranger,

Quant à l’opération même du change entreprise par le Trésor français et à la composition du portefeuille de 4 milliards et plus que le Trésor a réunis, on peut dire que les coupons de valeurs étrangères restées en France, et que les valeurs •étrangères exportées en ont donné la majeure partie, presque la totalité, à l’exclusion du mouvement des marchandises, qui s’est balancé pour les trois années, et du mouvement des métaux précieux, qui n’a pas été aussi considérable qu’on pouvait le supposer, et qui n’a fourni que peu de chose en dehors des envois directs faits par le Trésor français à l’Allemagne.

Les choses se sont passées comme si les 5 milliards avaient été remis à Berlin en titres de rente, et comme si les Français avaient envoyé leurs épargnes à Berlin pour racheter ces titres de rente, de même qu’ils les envoyaient auparavant en ltalie, aux Etats-Unis, en Autriche et en Turquie, pour acheter de la rente italienne, américaine,

RAPPORT SUR LE PAYEMENT

turque, ou des actions ou obligations des chemins de fer autrichiens.

Après avoir terminé l’exposition des laits, il est facile d’en tirer une conclusion générale.

La France est un pays où il se fait des épargnes annuelles dans des proportions considérables; elle n’a cessé d’en faire au milieu de ses malheurs que pendant un temps très court, et encore pendant cet espace de temps l’arrêt des épargnes n’a-t-il pas été général.

Dès la fin de 1871, pendant toute l’année 1872, le cours antérieur des choses s’est reformé; le Ilot des épargnes a recommencé à monter. Un emploi tout naturel de ces ressources nationales s’est offert dans les grands emprunts français, cpii ont joué le rôle que les émissions de valeurs étrangères avaient joué les années précédentes.

C’est une grande consolation que d’assister à un pareil spectacle, car on y trouve le secret de notre force vive. 11 n’est pas douteux que, par la continuation de ce mouvement, les épargnes françaises ne rétablissent, s’il ne l’est déjà, notre stock métallique, et qu’après l’avoir reconstitué elle ne sollicitent un emploi dans des entreprises industrielles nouvelles à l’ intérieur ou à l’étranger.

L’opération des 5 milliards n’a réussi cpie parce qu’elle a pu être, pour ainsi dire, moulée sur les facultés du pays, au fur et à mesure que ces facultés se sont révélées.

Le succès de cette opération sans précédent tient à la prudence, mélée à une sorte de témérité, avec laquelle elle a été conduite. Il fallait agir vite pour arriver promptement à la libération du territoire, assez vite pour employer toutes les épargnes réelles et tout le change possible, assez prudemment pour ne pas dépasser une limite au delà de laquelle on aurait eu à se débattre contre une crise financière des plus graves, et une crise monétaire qui aurait pu renouveler les désastres du papier-monnaie, heureusement inconnus en France depuis 75 ans.

Tout a été combiné avec une errande sagesse et un rare bonheur. C’est un titre d’honneur de plus pour le grand citoyen qui avait reçu cette tâche de l’Assemblée nationale, tâche qu’il a accomplie le 15 mars 1873, lorsque son gouvernement a cru pouvoir proposer à l’Assemblée de fixer au 5 septembre suivant le terme du dernier payement de l’indemnité de guerre, et le 20 mai 1873, lorsque les dernières mesures ont été arrêtées par lui avec la Banque de France.

346 RAPPORT SUR LE PAYEMENT DE L’iNDEMNITÉ DE GUERRE

]1 appartenait au gouvernement nouveau, institué par l’Assemblée nationale le 24 mai 1873, d’achever la libération du territoire et de rendre définitivement la France à elle-même.

Mais on ne saurait finir l’histoire de l’opération financière dont nous achevons le compte rendu, sans rendre aux agents du Trésor et à l’administrateur éminent qui a dirigé le mouvement des fonds la justice qui leur est due. Dans une situation unique, où tout était à créer, où il fallait improviser tous les jours, où les agents du Trésor devaient se transformer en banquiers, en cambistes, en acheteurs et vendeurs de métaux précieux, et souvent ne pas reculer devant les plus grosses responsabilités, personne n’a été audessous de sa tâche. L’administration française en a reçu un nouvel éclat.

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