‹ Théorie des changes étrangersChapitre 49 sur 51 · IMPORTATION ET EXPORTATION UE TITRES · texte numérisé non relu

IMPORTATION ET EXPORTATION UE TITRES

Nous avons déjà fait remarquer que le mouvement international des titres a pris depuis vingtcinq ans une importance tout à fait prépondérante.

La France a pendant cette période de temps, absorbé de grandes quantités de titres, comme elle a absorbé de grandes quantités d’or. L’or est aussi une valeur étrangère, une valeur étrangère d’une grande sécurité, mais ne portant point intérêt. La France a donc absorbé des valeurs étrangères sous forme d’or improductif d’intérêt ou sous forme de valeur productives d’intérêt, et cela sur une échelle au moins de 7 à 800 millions de francs par année.

L’or qu’on importe consomme du change sans en rendre, mais les valeurs à intérêt qu’on fait venir

RAPPORT SUR LE PAYEMENT

de l’étranger en rendent après en avoir absorbé. Pour faire passera l'étranger le capital avec lequel on achète des valeurs, il faut acheter du change; mais pour faire rentrer les intérêts du capital qu’on a placé à l’étranger, il faut en vendre. L’importation des titres étrangers crée du change dans l’avenir, dans une proportion égale au montant du revenu annuel de ces titres. 11 en est résulté que les placements faits par la France à l’étranger, y compris ce que l’on peut appeler les placements en or, n’ont plus, au bout de quelques années, été payés qu’avec les intérêts de ceux des placements antérieurs qui étaient productifs.

Si cela est vrai, et les faits sont là pour le prouver, on conçoit facilement que la cessation des placements à l’étranger et des importations d’or, pendant trois ans, ait mis à découvert comme une source de change qui n’avait pas d’emploi.

C’est bien le phénomène qui s’est produit. 11 y avait en France, avant la guerre, de grandes quantités de change provenant de l’encaissement, par les Français, des coupons de valeurs étrangères dont ils étaient propriétaires, et on peut, sans exagération, évaluer l’importance de ce change à G ou 700 millions de francs par année. On peut y ajouter aussi les revenus réalisés à l’étranger, mais dépen-

ses en France par les étrangers cpii voyagent chez nous ou cpii s’y établissent pendant un temps ; c’est encore une source spéciale de change que l’on a évaluée à des chiffres divers, mais qui n’est pas inférieure, à ce que l’on croit, à 2 ou 300 millions de francs l .

Il y avait donc en France, avant la guerre, du change étranger pour 800 à 900 millions, peut-être I milliard de francs, qui trouvait son emploi dans des placements nouveaux en valeurs étrangères, ou qui permettait une importation constante d’or, quelle que fût la balance du commerce.

La France pouvait ainsi, avant 1870, faire aisément en trois années un placement à l’étranger de 3 milliards de francs, peut-être plus, sans amener de crise monétaire. Les trois années qui ont suivi la guerre ont eu la même ressource, sinon dans une proportion aussi forte, du moins dans une proportion encore considérable. 11 est probable, en effet, qu’une partie des titres étrangers a été exportée et que les dépenses des étrangers en France n’ont pas atteint, de 1871 à 1873, le même chiffre que de 1860 à 1870; mais, à supposer une expor-

* Les chiffres que nous donnons peuvent paraître bas; nous nous sommes attachés à présenter des minima ; ainsi, beaucoup de publicistes évaluent à i milliard et à x milliard et demi les placements annuels de la France à l'étranger de 1860 à iS~o, et à beaucoup plus de 3 oo millions les dépenses en France de revenus étrangers.

RAPPORT SUR LE PAYEMENT

tation de titres étrangers pour une valeur de 2 milliards de francs, ce qui serait déjà considérable, il en résulterait pour les intérêts annuels une différence de quelque chose comme 100 millions de francs, ou de 300 millions pour trois ans. On peut donc croire que la source de change que nous signalons a pu encore fournir à 1 opération des 5 milliards de 2à2milliards et demi de francs, si ce n’est plus.

Quant à l’exportation même des titres étrangers, il est certain qu’elle a eu lieu, mais on ne peut pas dire sur quelle échelle.

Notre honorable collègue M. Moreau a bien voulu faire faire un relevé des valeurs étrangères qui ont donné lieu à des livraisons de titres à la Bourse de Paris; ce relevé, nous le donnons plus bas, mais il n’a pas fourni les indications que nous en attendions. Ce tableau avait été dressé dans la supposition que tout ce qui avait été livré de titres étrangers contre argent avait été exporté; en cherchant la quantité des livraisons, on espérait trouver la quantité des exportations. 11 est bien probable, en effet, que les titres livrés à des preneurs nouveaux pendant la période qui nous occupe ont été exportés ; les preneurs nouveaux ne devaient pas être des capitalistes français, parce qu’on ne faisait pas, à cette époque, de placements à l’étranger, les

épargnes du pays se portant tout entières sur les nouveaux emprunts français ; mais dans le tableau que nous donnons, il y a un mélange de livraisons poui îeport avec des livraisons pour placements, et les livraisons pour reports, c’est-à-dire contre argent prêté et seulement pour un temps, se multiplient par le nombre des liquidations pendant lesquelles les reports ont été continués.

Il faut dire, déplus, que le tableau en questionne compiend pas les valeurs étrangères qui sont négociées sans l’intermédiaire des agents de charme par ce qu on aj^pelle la coulisse; et rien qu’à lire les noms des valeurs qu’il contient, on s’aperçoit qu il laisse en dehors les fonds américains et bien d’autres, qui jouent un grand rôle sur le marché de Paris. Quoi qu’il en soit, nous donnons ce tableau dans 1 espoir que d autres que nous y trouveront des indications qui nous auraient échappé.

1 Solde des rentes étrangères livrées en liquidation du /' 1 juillet 1871 au 31 décembre 1873

représentant

Italien. „

Tabacs italiens. . .

Péruvien , . . .

Turc

Turc

Espagnol

Tunis

un capital d’envir

40 , 976,475 î 669 millions de

francs.

:mo

RAPPORT SUR UE PAYEMENT

2° Solde des valeurs étrangères livrées en liquidation du l ev juillet 181 1 au 31 décembre 1813

représentant un capital d’environ 722 millions de francs.

Nous avons pensé qu’un autre relevé pouvait fournir des indications sur le mouvement d’exportation des valeurs étrangères : c’est le relevé du montant des abonnements au Timbre pour les valeurs étrangères cotées; mais ce tableau cpie nous reproduisons également, ne peut pas donner d’indications précises, par cette raison que l’abonnement dont il s’agit n’est pas autre chose que le prix de la cote. On le paye ou on ne le paye pas, suivant qu’on a intérêt à maintenir ou non les titres sur la cote officielle. Une grande quantité de valeurs y sont soustraites absolument.

Actions banque ottomane.

Foncier d’Autriche . . .

Chemins autrichiens . . .

Chemins lombards. . . .

Chemins N. -O. d’Autriche Chemins hongrois ....

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