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HOMMAGE DE RESPECT ET DE RECONNAISSANCE

Le problème des Concepts semble être une des énigmes les plus troublantes, la plus troublante peut-être, qui puisse s'agiter au fond d'une pensée humaine. C'est le problème de l'intelligence et des sens, de l'absolu et du relatif. Ceux qui prétendent le simplifier, en ramener les éléments intellectuels à des éléments sensibles, doivent s'avouer à euxmêmes, en présence des dilïicultés qui s'amoncellent, que leur simplification ne les met pas à l'abri du doute. M. Ribot écrivait récemment : « Les conditions psychophysiologiques de l'existence des concepts sont à peu près inconnues; c'est une terra incognita ^ où la psychologie nouvelle ne s'est guère aventurée. » N'est-ce pas là reconnaître l'insufïisance des diverses solutions seiisatioiinistes ? Ceux qui plutôt considèrent les concepts comme des formes primitives et irréductibles de la connaissance ne laissent pas d'être déconcertés par ces réalités spirituelles, inétendues, incorporelles, détachées de toute matière, qu'on ne peut concevoir qu'en les dépouillant de toutes les qualités sensibles et qui représentent notre seul moyen de connaître le fond des choses. Si c'était du moins une de ces questions abstruses et hérissées de la métaphysique, dont il est permis de se désintéresser! Elle constitue au contraire l'objet de nos plus pressantes préoccupalions, dè« que nous avons conscience du pouvoir de

notre raison. Xous voudrions la traiter pour notre propre compte, en reprendre les principales solutions et en pro|)Oser une théorie capable peut-élre de jeter un peu de lumière.

Commençons par poser le problème et en définir les termes avec précision.

Les concepts consistent en des formes supérieures de la connaissance, au moyen desquelles nous pouvons penser les caractères abstraits et généraux des choses. Ils correspondent aux noms communs usités dans le langage, et représentent intérieurement sous le regard de l'esprit ce que ces noms traduisent en dehors de nous. Nous concevons une série indéfinie d'individus et de cas particuliers, en ce qu'ils ont de commun; une tendance native nous porte à généraliser nos connaissances et à enfermer dans un concept le plus de choses individuelles possible. C'est là notre marque de supériorité sur d'autres êtres doués de connaissance ; c'est aussi notre écueil. La probité intellectuelle nous fait un devoir de surveiller à chaque instant notre pensée, dans les méditations solitaires de l'esprit aussi bien que dans l'exercice de la parole, afin d'arrêter une généralisation hâtive et imprudente en train d'éclore et de s'énoncer.

Il faut donc admettre une certaine existence des concepts. Le désaccord est seulement possible lorsqu'on essaye de préciser leur mode d'existeni^e et d'entrer dans leur nature intime. Sont-ils absolument irréductibles aux sensations et aux images, ou bien au contraire s'expliquent-ils par ces formes sensibles et, comme on dit volontiers, par certaines schématisations et sublimations des données imaginatives? Ce mode de mon esprit qui est à moi, qui est mien, jouit-il d'une existence apriorique , antérieurement à l'expérience des sens, ou bien a-t-il été

formé avec le concours de celte expérience? Cet objet de ma conception, dont je me distingue à tort ou à raison, ne consiste-t il pas en une formule logique vide de toute réalité, en une production mentale que je n'ai le droit ni d'objectiver, ni d'aliéner ? Est-ce que l'esprit, selon la gracieuse image de Bacon, « pareil à l'araignée, ourdit des toiles dont la matière est extraite de sa propre substance, admirables par la délicatesse du travail, mais sans solidité ni usage » ? N'est-il pas plutôt semblable à l'abeille qui « lire la matière première des fleurs et des jardins, puis, par un art qui lui est propre, la travaille et la digère » ? Ne prend-il pas dans les objets extérieurs ceitains matériaux qu'il transforme par une activité propre en une connaissance réelle ? Et, dans ce dernier cas, les réalités objectives étant conformes à ma représentation, quel mode d'existence convient-il d'attribuer dans la nature individuelle aux caractères universels ?

Le concept n'est pas seulement en relation avec l'esprit qui le produit et avec l'objet qu'il représente. Il entre en rapport avec le dehors. Sortant de l'intérieur de nous-mêmes avec la spontanéité d'un réflexe effectué par les centres nerveux, il s'incorpore dans les signes sensibles et se traduit en phénomènes moteurs qui se coordonnent en vue d'une expression extérieure mimique, verbale ou graphique. Aussi tous les logiciens, depuis Aristote jusqu'à Stuart Mill, ont-ils pris intérêt à étudier le mécanisme des concepts dans le mécanisme du langage. Enfin, les concepts ne vivent pas isolés les uns des autres, sans aucun lien. La réflexion mentale leur ajoute un être de raison^ crée entre eux des fonctions, les distribue et les organise sous forme de jugement et de raisonnement.

-t INTRODUCTION

Le problème des concepts peut donc se décomposer comme il suit :

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