‹ Théorie des effets optiques que présentent les étoffes de soieChapitre 79 sur 96 · ÉTOFFES GLACÉES MOIRÉES · texte numérisé non relu

ÉTOFFES GLACÉES MOIRÉES

INTRODUCTION

148. Avant de considérer la moire relativement aux étoffes glacées, il convient de définir précisément en quoi elle consiste dans les étoffes monochromes auxquelles on a donné cet apprêt.

i 4 g. Incontestablement, d’après le goût de la plupart des hommes pour le dessin en général, la moire ajoute au prix d’une étoffe monochrome, en en variant les aspects, sans pourtant détruire l’homogénéité de l’aspect général. Incontestablement encore l’image d’une moire qui serait reproduite d’une manière fixe par une couleur tranchante sur celle de l’étoffe qui servirait de fond , n’aurait pas le même agrément, du moins auprès des personnes de goût. La moire consiste donc essentiellement en un dessin qui ne se détache du fond sur lequel il apparaît que par l’effet d’un simple contraste de ton. Évidemment la moire est le dessin le plus simple qu’on puisse imaginer, puisque l’effet en correspond à celui du

carnajeu, qui consistait, dans l’origine, en une image produite par les tons d’uue couleur unique. Enfin, ce qui contribue beaucoup à l’agrément de la moire, c’est le déplacement du dessin qu’elle présente avec le changement de position du spectateur à l’égard de l’étoffe. Nul doute que le plaisir résultant de la vue du déplacement du dessin , ou , ce qui rend mieux ma pensée, le plaisir résultant de sa mobilité apparente , ne soit conforme à la simplicité même de l’image de la moire.

150. Cela posé, analysons les effets d’une étoffe glacée unie avant de parler de ceux qu’elle présentera après avoir été moirée. Il est évident, par ce qui précédé, qu’une étoffe glacée employée conformément à l’usage, non pas tendue à la manière d’une tapisserie, mais plissée comme le sont les étoffes confectionnées en vêtements, offre à la vue des effets variés de couleurs avec les positions où on les observe, et, sous ce rapport , doués de la mobilité apparente de la moire, mais sans présenter les dessins ondulés qui sont le caractère essentiel de cette étoffe. Si le plissement d’un tissu moiré n’est pas absolument contraire au bel effet qu’il est dans son essence de produire, cependant on doit reconnaître ici qu’une moire n’apparaît dans toute sa beauté que lorsqu’on en voit une certaine étendue développée, ainsi que cela a lieu pour la moire employée en tenture de luxe et pour celle qui l’est comme garde de livre dans les reliures les plus recherchées.

1 5 1 . En résumé, la moire montre des dessins on-

dulés essentiellement simples , peu tranchants sur le fond où ils apparaissent, et doués en outre d’une apparente mobilité. Le glacé montre des effets de couleur variables avec la position du spectateur, et, sous ce rapport, doués pareillement d’une apparente mobilité; mais ces derniers effets naissant surtout d’un plissement de l’étoffe, et n’atteignant l’intensité dont ils sont susceptibles que quand les surfaces plissées ont chacune une certaine étendue offrant à l’œil des couleurs plus ou moins distinctes de celle du reste du tissu, il s’ensuit que le glacé ne montre point , comme la moire, un dessin proprement dit, mais des surfaces qui doivent à leur position différente et à leur constitution d étoffe glacée de, pouvoir apparaître avec les couleurs les plus contrastantes.

C’est dans cette différence essentielle existant entre les effets de la moire et les effets du glacé que réside la possibilité de les réunir dans une même étoffe, sans qu’on soit fondé à affirmer à priori que la confusion naîtra nécessairement de cette réunion. Mais la moire ajoutera-t-elle constamment autant d’agrément à une étoffe glacée qu’à une étoffe monochrome, toutes choses étant égales d’ailleurs? C’est une question que je vais traiter, comme toutes les précédentes, en recourant à la méthode expérimentale comparative , et c’est après l’observation des faits que je donnerai mes conclusions.

Il* PARTIE, applicatioh.

Page 1