M. Croiset, Litt. grecque, III, p. 33o
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donne, sans le vouloir, trop d'importance à certains Épisodes, qui se suivent dans la même œuvre sans être coordonnés, ni véritablement unis.
Une des conséquences de cet esprit, c'est que l'attention du public se tournait de plus en plus vers la scène et que les choreutes n'intéressaient plus. L'acteur était le maître du théâtre. Le personnage qu'il jouait commandait au drame entier. La description des passions individuelles, qui, par souci de la réalité, descendait jusqu'à une sorte de réalisme, tempéré par l'esprit attique, poussa Euripide à donner à ses protagonistes les droits que le coryphée et les choreutes tenaient de la tradition. L'acteur, pour produire plus d'effet sur le public, chanta comme le chœur, et l'on verra quels furent les défauts et les qualités de ces nouvelles parties lyriques.
Ces chants plaisaient fort à la foule, à cause de l'intensité de la vie dont ils débordaient. Plaçons deux acteurs anciens en face l'un de l'autre : ils ne se répondront pas strophe par strophe comme dans le Stasimon. Si la forme traditionnelle est conservée, chaque unité binaire sera coupée en plusieurs parcelles attribuées successivement à chacun de ces deux artistes. Ces sortes de dialogues, caractérisés par une passion violente, abondent dans l'œuvre d'Euripide, parce qu'ils conviennent à l'agitation tumultueuse d'un grand nombre de ses tragédies.
Ils eurent même une certaine influence sur les chants orchestiques, qu'ils transformèrent à leur tour. La vie du drame, après s'être localisée sur le XoYcîcv, reflua par instants dans l'orchestre qu'elle anima d'une force nouvelle. La tranquillité des Slasîma étant déplacée au milieu d'un tel mouvement, le chant des choreutes fut morcelé comme celui des acteurs, et ils traduisirent le trouble qui s'était emparé d'eux, la douleur qui leur arrachait des cris, l'angoisse qui les oppressait, par les reprises et les coupes multipliées des dialogues lyriques. Ainsi naquirent les Chants amébées de l'orchestre. Ils ne sont pas particuliers à Euripide, mais ils se trouvent si souvent dans ses pièces que l'on peut sans inconvénient les regarder comme sa création.
Ces morceaux lyriques tenaient-ils lieu de Stasima ? Le poète a-t-il osé faire entendre les voix isolées de ses choreutes, quand on attendait le chant à l'unisson de ses chœurs ? Les manuscrits ne nous donnent ici aucune indication, et les modernes sont fort éloignés de s'accorder sur ce point. On ne niera pourtant pas qu'il n'y ait eu quelques Stasima de
LES STASIMA.
ce genre chez Euripide, et je vois en particulier que dans VIon et les Bacchantes, tous les critiques admettent un exemple de cette irrégularité.
Par une accommodation nécessaire, le rythme prenait plus de vivacité et d'entrain. Les éternelles périodes logaédiques n'eurent plus assez de vie pour traduire l'intensité de ces émotions rapides, et elles furent souvent remplacées par le mètre dochmiaque. L'inégalité des deux éléments qui le composent, pouvait seule accuser l'incohérence des agitations qui se pressaient à contresens dans l'âme des choreutes.
Quelle fut la forme extérieure de tous ces Dialogues? Tout d'abord ils furent antistrophiques, ce qui était une faute contre la loi d'imitation : l'efTroi, l'anxiété, la colère, ne se manifestent pas par des mouvements redoublés qui s'opposent et se font équilibre. Euripide le comprit et il composa quelques-uns de ces chants sans les asservir à aucune règle, bien que l'inhabileté de ses exécutants le forçât ici plus qu'ailleurs à répéter ses rythmes et ses airs.
Voici la liste de tous ces Dialogues chantés des choreutes; j'y ai joint quelques Péans ou Hyporchèmes, qui n'ont pas été mentionnés plus hauti, et plusieurs couples de strophes dont les deux éléments se répondent, bien qu'ils soient séparés par un nombre quelquefois considérable de trimètres».
PSGHYLE.
Suppliantes 3 : 4i8 — 487.
AA'. BB'. Chant dialogué du chœur.
Sept contre Thèbes ^ : 874 — 960. AA'. BB'. rr'. Al. Chant dialogué du chœur.
1. Je laisse de côté dans ce livre ce que l'on appelle ordinairement les Chœurs secondaires, c'est-à-dire les strophes isolées de l'orchestre, qui n'ont qu'une étendue fort minime. Elles ne sont pas intéressantes.
2. Sur ces strophes si particulières, cf.G.Hermann,Etemcn£a doctrinae metricoe, p. 783.
3. AA' : 4i8-a2 = 423-37 : str. crétiques. Cf. R. et W., p. 73g. — BB' : 429-33 = 434-7 : péons et dochmii; le troisième élément est une tripodie iambique.Cf. R.et W., p. 784 sq. — C'est aussi en péons qu'est composé cet Hymne à Apollon que l'on a trouvé récemment à Delphes, avec la notation musicale. Lire les articles qu'ont publiés à ce sujet Weil et Théodore Reinach, dans le Bulletin de Correspondance hellénique, 1893, p. 569 sqq.
4. A... A': 874-960: strophes iambiques. Pour le détail, voir R. et W., p. 280 sqq.
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Trachi?îien>'es I : 2o5 — aai.
A. B. Ilaiàv àTTsXcXufJiévoç.
PiiiLOCTÈTEa : Sgi-ijoa = 5o7-5i8 A. . A'. Strophes se répondant à distance.
EURIPIDE AlcesteS : 2x3 — 387.
AA'. Chant dialogué du chœur.
Médée^ : i25i — 1292.
AA'. BB'. Chant dialogué du chœur.
IIippolyteS : 362-72 = 669-79.
A : Chœur. A : Phèdre. Strophes se répondant à distance.
Hécube6 : 1023— -io34.
A. Chant dialogué du chœur.
HÉRACLÈS
AA' 7. Chant dialogué du chœur 735 — ^61.
I. Péan iambiquede deux strophes inégales, 2o5~3i5 et 216-394. Cf. H. Gleditsch, Cantiea, p. i3a sqq.
a. Strophes iambo-dochiiiiaques. Cf. Gleditsch, op. cit., p. 161 sqq. Cet strophes égrales sont séparées par un grand nombre de vers : c'était un moyen de dissimuler la répétition de l'air sur lequel on les chantait. — Remarquer qu'on ne les rencontre pour la première fois que dans VHippolyte, en 428.
3. Dialogue lyrique d'une strophe et d'une antistrophe, réparties entre plusieurs choreutes. Le rythme est iambique. Cf. R. et W., p. 286 sq.
4. Strophes dochmiaques des choreutes, entrecoupées par les cris des enfants de Médée. Pour le texte, prendre l'édition de H. Weil.
5. Strophe dochmiaque ; l'antistrophe qui lui répond se trouve dans l'Épisode suivant.
6. Système dochmiaque. Repos momentané de l'action. Polymestor, qui n'a pas compris les paroles sinistres d'Hécube, est entré dans la tente des Troyennes. On va bientôt entendre ses cris de douleur.
7. Même situation que dans la tragédie qui précède. Lycos entre dans le palais pour se saisir de Mégara et de ses enfants, et il tombe dans les mains d'Héraclès. On entend encore une fois les cris de la victime. — Mètre général, le dochmiaque.
LES STASIMA.
A > . Chant dialogué du chœur 875 — 886.
Aa. — — 1016 — io4i
Ion.
AA'. B3. Chant dialogué du chœur. . . 676 — 724.
Suppliantes.
AA' . BB' ^. Chant dialogué du chœur . 698 — 633.
Electre 5: 869 — 879.
A : Chœur. (Electre, 7 trimètrcs.) A' : Chœur.
Phéniciennes.
AA' 6. Chant dialogué du chœur 1 284 — 1307.
Oreste.
A... A' 7. Strophes se répondant à distance i353-65 = 1537-49.
1. Revirement de l'action. Lyssa, conduite par Iris, ôte la raison à Héraclès, quand il est arrivé au terme des épreuves que lui avait imposées Eurysthée. Désolation des choreutes. — Mètre général, le dochmiaque.
2. Même mètre. Dialogue alloiostrophique des choreutes. Les crimes d*Héraclcs sont consommés, et la porte du palais va s'ouvrir, pour laisser paraître sur l'eccyclème les cadavres des enfants du héros. Voir Wilamowitz, Herakles, t. Il, p. 284 sqq. — Pour le débit de ces vers, comparer Wecklein, Ueber den Vortrag der tragischen Chère, dans la Zeitsehrift fur dos Gymnasialwesen, 1878, p. 478 sqq.
3. Dialogue dochmiaque du chœur. Xuthos a reconnu Ion pour son fils. Les choreutes se demandent si malgré la défense du roi, ils ne doivent pas révéler sa conduite à Creuse. — Sur les divisions possibles de ce chœur, voir Otto Hense, De lonisfabulae Euripideae partibas choricis. Lipsiae, Teubner, 1876.
4. Dialogue lyrique du chœur en rythme iambique. Les coupes sont indiquées par les manuscrits. Pour la scansion, cf. R. et W., p. 290 sq.
5. Egisthe vient de succomber sous les coups d'Oreste. Le chœur bondit de joie. Voir les vers 859-61. — Hyporchème en dactylo-épitrites ; cf. R. et W., p. 486 sq.
6. Antigone et Jocaste viennent de quitter la scène pour supplier Étéocle et Polynice de se réconcilier. Le chœur, qui prévoit que leur tentative sera vaine, déplore le crime qui va se commettre. Deux strophes égales, dont le rythme est le dochmiaque. Il est d'ailleurs mélangé d'autres mètres. Cf. Schmidt, Monodien und Wechselgesànge,
DXXII sq.
7. Strophes dochmiaques. Les coupes sont indiquées dans l'antiistrophe par les
manuicritf.
Bacchantes.
AA'. B«. Chant dialogué du chœur. . . 977 — 102 3. A«. — — ... ii53 — 1167.
Rhésos.
A... A' 3. Strophes se répondant à distance i3i-36 = 195-200.
A... A' 4. Strophes se répondant à distance 454-66 =: 830-832.
AA' 5. Chant dialogué du chœur 527 — 564.
AA' 6. — — (5g2 — .^27.
A quelles divisions du chœur étaient attribués les y.6{j.|i.aTa de tous ces Chants? C'est une question que Ton peut étudier longtemps sans arriver toujours à une conclusion certaine. G. Hermann, Bocckh, O. Muller, Bamberger, MulT, R. Arnoldt, Wecklein, et bien d'autres, ont écrit de longues dissertations sur ce sujet sans jamais parvenir à se mettre d'accord. Tous ceux qui les ont lues ne trouvent guère que le profit qu'ils en tirent, soit en rapport avec la peine qu'ils se sont donnée. Aucun problème n'a cependant été plus souvent discuté, surtout en Allemagne ; mais si l'on songe que les couplets de ces dialogues pouvaient appartenir aux demi-chœurs, aux parastales, aux CToï^ct, aux Z,uyi, à des choreutes isolés et enfin au coryphée seul ou aidé par les chefs subalternes de l'orchestre, on ne peut être surpris que la multipHcité des solutions possibles, loin de satisfaire l'esprit, le laisse souvent dans le doute.
1. Pour ce Stasimon, consulter l'édition des Bacc/ianf es de Wecklein. Le mètre est toujours le dochmiaque. Voir aussi Christ, Metrik, S5i4.
2. Chant en l'honneur du dieu Dionysos. Le chœur danse en l'exécutant. Cola bacchiaques, logaédiques et dochmiaques.