I. Ad Pisones, 189 sq
a. Cette régularité est surtout remarquable chez Eschyle. Toutes ses tragédies, sauf les Euménides, contiennent trois Stasima. Voir les Prolegomena de Westphal, p. 8 sqq., et comparer le tableau qui précède, p. 76 sqq.
3. H. Weil, La règle des trois acUurs (Revue archéologique, i865, p. 33).
LES STASIMA.
composée presque sans exception de cinq actes à peu près égaux, dont la réunion forme un total de quinze à dix-huit cents vers».
A l'époque de son plein épanouissement le drame grec n'était pas un poème régulier, fait d'après un modèle immuable, et la liberté créatrice de l'écrivain ne devait pas obéir aux prescriptions d'un système préconçu. Ce souci des proportions harmonieuses, qui a créé les lois de l'équilibre lyrique, et qui s'est même fait sentir dans les Épisodes des pièces 3, a été abandonné avec raison dans leur construction générale. Le Stasimon suivait un progrès de l'action, mais l'action ne progressait pas à des intervalles égaux : les accidents de la vie humaine, les douleurs qui l'abattent, les joies qui la relèvent, n'arrivent ni en nombre régulier, ni à époque fixe ; aussi les Épisodes qui se terminent avec chacun de ces événements imprévus ont-ils une étendue et un nombre variables. C'est pour cette raison que certains actes n'ont que quelques vers, et que certaines tragédies contiennent un, deux, trois, quatre et même cinq Stasima.
Cette variété n'était pas plus limitée au nombre qu'au caractère de cette partie lyrique. Sans doute le ton en était généralement grave et réfléchi, mais outre qu'il est impossible de résumer en une formule ce que ce chant choral exprime, la tragédie employait aussi des Stasima joyeux. L'Hyporchème était parfois intercalé entre les différents Épisodes, de même que le Péan.
C'est pour cette raison qu'il n'est pas toujours facile de préciser le nombre des Stasima du poème tragique, parce qu'on hésite souvent à regarder comme tels plusieurs morceaux d'un caractère particulier. Il se peut donc que j'aie rangé parmi les Stasima véritables quelques chants que d'autres en distinguent. Pour mettre tout le monde d'accord, certains Allemands prétendent que ce sont des Stasima hyporchématiques. Ces incertitudes se renouvellent dans l'étude des Péans tragiques. Tiennent-ils lieu de Stasima et séparent-ils un acte d'un autre? Avouons que nous n'en savons rien. Pourtant je crois qu'il est permis
1. Cinna, 1780 vers: i" acte, 354; a*. 354; 3% 368; 4*. 348; 5% 356. — P/ièrfre, 1654 vers : 1" acte, 366 ; 2% 370; 3% 264 ; 4% 326; 5', 328.
2. Je pense surtout ici au travail si précis et si lumineux de H. Hirzel, De Euripidis in componendis diverbiis arte, Lipsiae, 1862. — Quant à ce que les Allemands ont appelé de nos jours la grosse Responsion, inutile de dire que je n'y crois guère. Se rappeler la plaisante critique qu'en a fait Zielinskl, op. cit., p. 387 sqq.
d'estimer que tout chant orcheslique jouait le rôle de Slasimon, s'il avait une certaine étendue.
Si des raisons d'esthétique, en eiîct, poussaient les écrivains à couper leurs trimètres par les chants des chœurs, ces mêmes chants étaient encore indispensables aux représentations matérielles des pièces sur les théâtres anciens. Les tragiques n'ont jamais disposé que de trois acteurs; chaque acteur avait à jouer plusieurs rôles dans le môme drame». Il fallait à chaque instant que le protagoniste et ses camarades changeassent de masque et de manteau. Un chant orcheslique leur en donnait souvent le temps, de quelque caractère qu'il pût être. Il n'était pas nécessaire qu'il fût très long.
Quelquefois aussi l'absence de rideau nécessitait un repos momentané de l'action pendant lequel un ordre était censé s'exécuter, ou un événement important s'accomplir. C'est pendant un Stasimon que le gardien, sur l'ordre de Créon, s'empare d'Antigone, puisqu'il revient avec elle aussitôt que le chœur se tait a, tandis qu'un Péan dans V Œdipe-Roi permet d'aller chercher le berger qui va révéler au roi tout le secret de sa naissance 3.
Dans ces deux intermèdes musicaux, Sophocle concilie, dans un style élevé, ses exigences d'artiste et de poète lyrique avec les nécessités scéniques du théâtre athénien. C'est à ce dernier rôle que se réduisent de plus en plus les Stasima de son rival. On pourrait souvent les supprimer sans qu'un lecteur moderne s'aperçût de leur disparition. Sur les scènes des modernes, Euripide ne s'en serait pas servi.
Ce qui constitue son originalité, si on le compare avec Eschyle et avec Sophocle, c'est surtout l'esprit d'analyse. « Euripide était observateur. Il l'était peut-être trop pour un poète tragique 4. » Il se plaisait à étudier l'individu ; il réussissait dans la description des détails ; il s'y perdait même quelquefois. Ses drames manquent souvent d'unité parce qu'il
I . Remarquer que le nombre des personnages s'accroît avec le temps, en suivant une proportion régulière. Il y en a 3 dans les Suppliantes d'Eschyle, 4 dans les Perses, et 5 dans les Sept; 6 dans VAgamemnon, 8 dans VAjax, V Œdipe-Roi et V Œdipe à Colone; 10 dans VOreste, et enfin 11 dans les Phéniciennes et leRhésos. — Ne pas oublier que le Rhésos est deux fois plus court que les Phéniciennes.
a. Antigone, Stas. I, 332-375. .
3. Œdipe-Roi, Stas. III, 1086-1109. Ce Péan est formé d'une couple de strophes, tandis que les autres Stasima de la môme tragédie sont tétrastrophiques.