‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 123 sur 250 · Electre, i4o · texte numérisé non relu

Electre, i4o

Ce vers est récité en dehors du rythme général. Le contraire aurait été absurde. Il retentit à Timproviste, parce que l'épouse adultère d'Agamcmnon vient dé tomber dans un piège inattendu. Aussi ce trimètrc entier, qui forme un tout métrique, n'a rien dans l'antistrophe qui lui réponde.

Au contraire, les fragments iambiques que prononce la malheureuse dans ce qui suit, font partie intégrante du Commos : Oreste y répond dans la seconde moitié, syllabe pour syllabe. Les iambes de la mère s'ajoutent à ceux de la fille pour former des trimètres complets. Il s'établit un dialogue entre l'acteur qui est sur la scène et celui qui est dans la coulisse. La victime suppUc son meurtrier d'avoir pitié d'elle. Electre, de peur qu'Oreste ne faibUsse à la vue du sein maternel, fait valoir un argument sans réplique. Toute pitié est hors de saison :

KA. ^Û TÉy.vcv, îév.vsv, oiV.T£ip£ ty;v T£5tsîijav. HA. àXV o>. â/. ci6£v

Chaque coup du fils arrache un gémissement à la mère, auxquels répondent les souhaits féroces de la fille :

KA. *'ù\).z\ TziTzXr^'Oi.xK. HA. Tratwv, £i cOsvei;, SlrXi;v^ KA. wjxci jJiaV ai>6'.;. HA. £• y*? Aiyt^ew Y'o{/.oii3.

Ce dialogue, comme on le voit, atteint à un degré d'horreur que les modernes, dans leurs brutahtés les plus risquées, ne semblent pas avoir dépassé.

La seule irrégularité de tout le thrène consiste dans la chute de sept syllabes au vers i432. Ce n'est pas une raison suffisante pour que l'on rejette la construction que j'indique. Ici, comme ailleurs, la lacune se trouve dans les iambes 3. Les copistes ne croyaient peut-être pas qu'ils

1. Ce vers est un peu cruel pour une fille; mais c*esl une fille depuis longtemps enragée contre sa mère. {Note marginale de Racine, édit. P. Mesnard, t. VI.)

2. Le Laurcna'anus porte: et yàp AlyiVOw 6'o|xoO. 11 semble que ce te provient d'une faute de copiste : il en faudrait un second. D'où Hermann : PiX^ia^tù y'ojxoO. D'autres : AiytVOw ô'ojxoO.Cf. K\\\\ncT,Ausfahrliche Grammatik der Griechischen Sprache^, S Sao. Anmerk.4.

3. Cf. plus haut les thrèncs de VAntigone: 12G1-1346, et de VAiax: 879-973. Au vers 882 de VŒdipe à Colone, il manque cinq syllabes.

se répondaient comme les vers lyriques qui les précèdent. Leur erreur est d'autant plus explicable que cet équilibre des trimètres est troublé par un artifice insolite. Le manuscrit néanmoins doit être suivi.

Vient un thrène de VAndromaque d'Euripide. Voici comment je le disposerais :

Andromaque : 1 197 — laaS '.

Chœur. Pelée 1 197-1202

Chœur i2o3

Pelée • . 1 2o5-7

Chœur iao8

Pelée 1 209-1 a

Chœur. Pelée 1213-17

Chœur 12 18

Pelée 121 9-20

Chœur 1221

Pelée 1222-25

La forme que donne Nauck est inadmissible 3. Un Commos de ce type doit toujours être groupé harmonieusement. On ne comprend donc pas le rejet de la seconde antistrophe B' , après la troisième couple rr', surtout si la première paire A A' est simplement ordonnée. Rossbach et Westphal me paraissent avoir raison contre le savant éditeur d'Euripide. Ce thrène doit être composé de trois Syzygies entrelacées, dont la dernière n'a plus d'épirrhème^.

Ainsi tout peut être remis en ordre avec de légères modifications du texte. Il n'en est pas de même pour la Parodos des Iléraclidcs. Ici

I. A A', B B'> r r' : str. iambiques. — a a', p p' : un trimètre iambique; cf. R. et \V., pour le texte (Griech. Metrik, p. 28O, 7), et rapprocher ce que dit Wilamowilz {Hetakles, II, p. 210 sq.) de la forme extérieure des constructions lyriques des Grecs.

a. Schcme : A, A'. B, T, T\ B', ou si l'on décompose les différents éléments cons» titutifs : A, A', a, B, p, \\ X A', a, B', p', V.

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