COMMOI MÉSODIQUES
J'arrive à la plus intéressante de toutes les formes lyriques que l'antiquité ait connues. Héphestion l'a mentionnée». Quand un chant se composait de trois parties, on les disposait quelquefois de façon à ce que la dernière répondit à la première, tandis que la seconde restait isolée. On obtenait donc le dessin suivant:
Ainsi la mésode B, qu'entouraient les deux autres strophes A A', était le centre de la construction. Elle était presque toujours écrite en un rythme différent du reste, et comme elle attirait et faisait converger vers elle l'attention des spectateurs, le poète lui donnait fréquemment une importance particulière dans le développement général.
Héphestion ne dit pas que les poèmes mésodiques n'étaient composés que de trois strophes. 11 est certain, en effet, que d'autres formes ont existé. Dans toutes les tragédies grecques qui nous sont parvenues, ce groupement n'a même été qu'une seule fois employé a.
L'ingéniosité des poètes se donna libre carrière. Les complications qu'ils inventèrent sont doubles : ou bien les éléments constitutifs du thrène sont au nombre de cinq, de sept, de neuf, au milieu desquels la mésode occupe la troisièmes, la quatrième^, la cinquième places, ou bien plusieurs péricopes simples (A. B. A'.) se rattachent les unes aux autres par leurs mésodes qui se font équilibre: cette seconde variété ne sera étudiée que plus loin.
1. Dans son Tcepi 7Coiyj(xaToç, p. 68, 1. 23, 4, des Scriptores metrici de Weslphal : Me<Tb)Stxoi Ô£, êv o?; Ttepiéysi (xàv xà ofioia, fxlffov ôà xo àvofioiov xéxaxTai. Cf. R. Weslphal, Die stichische und systematische Composition der Metra, dans sa Metrik, a* édition, II, p. 253 sqq. Ce paragraphe se retrouve abrégé par l'auteur lui-même dans son AUgemeine Metrik der Indogermanischen und Semitischen Vôlker, p. 399 sqq. Berlin, Calvary, 1893.
2. Cf. dans le chapitre VI, VÉlectre d'Euripide: 1 12-166. Schème de la Monodie: ABA'. TAr'.
LES COMMOI. 167
L'Exodos du Prométhée est certainement mésodique ; elle est formée de cinq parties, disposées comme il suit :
Prométhée: io4o — logS*.
a : Prométhée io4o-53
. P : Hermès io54-62
( Y : Coryphée. Mésode 1063-70
A g': Hermès 1071-79
a' : Prométhée loSo-gS
Les mêmes personnages récitent, dans la seconde moitié de ce Commos anapestique, ce qui répond aux dimètres que le poète leur avait déjà attribués dans la première». La mésode seule appartient au coryphée: c'est l'unique endroit où il intervient, parce qu'il n'y a jamais qu'une mésode dans de semblables groupements.
La cinquième des tragédies d'Euripide qui nous a été conservée contient deux thrènes de ce genre. Je commencerai par le second, dont le dessin est le plus simple.
HiPPOLYTE : 81 1 — 855 3.
A : Chœur.
B : Thésée.
a : Chœur. Mésode.
B': Thésée.
'A': Chœur.
1. aa' : i4 éléments anapestiques. Je dois dire que le dimètre io4i ne repond pas au monomètre 1081. Post aecràXEUTai (1081) duos anapaestos exci disse probabihter conjiciunt Hartung et Meineke, écrit Weil dans son édition du Prometliee de 1864. -
SB' : neuf éléments. — y : huit. ,. rn u
2. aa : Prométhée. pp' : Hermès. Cf. Wecklein. édifio/i du Promci/iee, chez Teubner;
note aux vers 1040-1093. « .^ . 1^ • u- *
3. Texte et chiffres de H. Weil. AA': 811 -16 = 802 -55 : strophes lambiques et dochmiaques, composées autrement que BB' : 8i7-33 = 836-5 1, où chaque distique dochmiaque est suivi d'un distique iambique, excepté dans la partie finale qui est entièrement dochmiaque. Les vers 848-5 1 attribués par Nauck et d'autres au chœur, ont été rendus à Thésée par Kirchhoff : ils forment la fin de B'. - a : 834-5 : Mésode : un distique iambique.
Je crois qu'A. Kirchhoff découvrit le premier l'économie de ce morceau. Il a été suivi par H. Weil, que Barthold copie'. La dernière antistrophe A' du chœur est fort mutilée, mais l'équilibre certain de ce que chante Thésée dans BB' consolide l'édifice. De plus, comme le remarque H. Weil, le développement des pensées est parallèle dans la première et dans la dernière partie, qui sont attribuées au chœur. Le sort de Phèdre et celui de Thésée sont opposés à dessein dans la strophe A et dans Tantistrophe A' . La mésode était récitée avec accompagnement de flûte, comme les distiques iambiques, qui alternent trois fois avec les distiques dochmiaques de B et B'.
L'autre thrène commence le second Épisode de la pièce. On est loin de s'entendre sur le plan d'après lequel il est écrit. Nauck n'y marque aucun équilibre. Kirchhoff ne se prononce pas. H. Weil a bien vu qu'il était symétrique a. Je ne sais cependant s'il ne subsiste pas une légère irrégularité dans le schème que l'on peut tirer de son texte.
HiPPOLYTE : 569 — 596.
A : Phèdre 569-70
[B : Chœur 671-3
p : Phèdre 676-6
r : Chœur 677-80
Y : Phèdre 681-2
[T'i Chœur 686-7
(y': Phèdre 688-90
[B': Chœur 691-8
A ': Phèdre 694-6
Dans toutes ces constructions, les trimètres se répondent comme les vers chantés; c'est une règle absolue. Or, si ce Commos était antithétique, on serait obligé d'admettre qu'il manque un épirrhème de deux trimètres après la seconde antistrophe B'. Mais à qui devrait-il être attribué? A Phèdre? Il serait assez difficile de le supposer, parce qu'elle