‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 140 sur 250 · Ibid., io35 sqq · texte numérisé non relu

Ibid., io35 sqq

rejoindre Agamemnon, et le coryphée presse doucement la captive d'obéir. Elle ne répond rien. La fureur prophétique se glisse en son âme. Elle voit la mort qui se dresse devant elle, l'eiTroi commence à l'agiter, et quand Glytemnestre s'en va^, sans avoir obtenu une parole, la malheureuse se répand en reproches contre Apollon qui Ta perdue.

Son langage obscur est longtemps incompréhensible pour le chœur; il prévoit pourtant que dans cette sorte d'hallucination elle va dévoiler l'avenir. Il écoute avec une appréhension grandissante les paroles qui s'échappent de sa bouche. La scène est une des plus tragiques qu'ait jamais conçues le sombre génie d'un poète, et je n'en connais aucune qui fasse naître dans l'esprit avec plus de force la mystérieuse sensation de la peur. Cassandre, sous l'empire du dieu, n'émet que des mots étranges, que des phrases entrecoupées; le chœur immobile cherche à saisir le sens qu'Apollon a enveloppé dans ces énigmes.

Elle parle d'abord, comme dans un rêve, de sang versé, d'enfants égorgés et dévorés par leurs parents 3. Le chœur comprend que son langage se rapporte à la famille de son roi 3. — Le délire recommence : elle décrit maintenant le crime affreux qui se prépare, les plaies sanglantes, le bain fatal, les coups multipHés'i. Le chœur dérouté ne sait plus ce qu'elle veut dire, mais il sent l'angoisse l'envahir 5. — U s'agit d'un époux égorgé, d'un fdet infernal, d'une femme complice de ce meurtre, et surtout des cris de joie que va pousser, en face du forfait, l'insatiable Querelle, génie de la famille royale. Le chœur se trouble. Sans doute, il ne voit pas encore le lien qui rattache entre elles toutes ces images confuses, mais il comprend qu'un malheur est imminent. — La vision se précise davantage. Les yeux éperdus de l'infortunée voient surgir devant elle l'image de l'épouse qui se précipite sur sa victime, avec le filet qui va l'envelopper. Ses deux bras tendus en avant lui apparaissent comme deux cornes noires ; elle crie de soustraire la génisse aux coups mortels du taureau. — Certes, dit le chœur épouvanté par la confusion et l'incohérence de ces visions,

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