‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 161 sur 250 · COMMOI ÉPIRRIIÉMATIQUES · texte numérisé non relu

COMMOI ÉPIRRIIÉMATIQUES

Un seul et même personnage chante les vers lyriques. Il ne récite pas une syllabe. Les épirrhèmes sont attribués le plus souvent au coryphée, auquel se joint quelquefois un autre acteur. Les strophes sont inégales, les épirrhèmes aussi. La chronologie montre que d'abord ces derniers étaient composés d'au moins un trimétre complet ; plus tard, l'imitation croissant, le coryphée ou l'acteur n'eut plus assez de temps ni de sang-froid pour l'achever. Il récitait donc quelques mots, qui forment les premiers pieds du vers, et, si l'émotion ne l'empêchait pas de continuer, le chanteur lui coupait souvent la parole.

HÉcuBE : 684 — 720'.

Hécube. a : Servante : B : Hécube. — Y • — ^ • —

: Chœur.

p : Chœur.

S : Servante.

Ç : Chœur.

Ce Commos est joué au moment où l'esclave découvre à la malheureuse Hécube le corps de son fils Polydore, que le roi de Thrace a fait tuer et jeter à la mer. Il se compose de sept strophes, qui sont toutes attribuées à la veuve de Priam. C'est le personnage le plus ému. Les épirrhèmes sont partout des monostiques. Euripide suit donc la technique usitée dans l'ancien thrène d'Eschyle; mais pour apporter un peu de variété dans la monotonie qui le déparait, il attribue les trimètrès à deux personnages. Jamais le vieux poète ne s'était permis cette liberté pourtant fort restreinte.

Eunptcfe, Suppliantes : 107a — 1079 a.

A : Chœur, a : Iphis. B : Chœur. P : Iphis.

I. A : 684-7 ; B : 689-92 ; r : 694-7 ; A : 699-700; E : 702-7 ; Z : 710-71 1 ; H : 714-ao : strophes iambo-dochmiaques.

a. A: 1072; B: 1074-6; V: 1077-9: sir. dochmiaques, mélangées d'iambes, isolés ou groupés en dipodies. — a, p : monostiques iambiques.

Evadné, épouse de Capanéc, vient de se jeter, quelque temps après sa Monodie, dans le bûcher où l'on brûlait le cadavre de son mari. Son père, Iphis, défaille à ce spectacle. Le chœur déplore avec lui son infortune.

Jusqu'ici les épirrhèmes sont partout formés de monostiques. A cause de la rapidité de l'exécution, il pouvait arriver, comme je l'ai dit, qu'un personnage n'eût pas le temps de prononcer les six pieds du vers. Il faut bien se garder de confondre les quelques iambes qui lui sont attribués avec les vers lyriques des autres acteurs. Les uns étaient chantés, les autres récités. C'est une faute qui a été commise par de nombreux éditeurs.

HÉRACLÈS : 887 — 921'

Chœur.

a : Amphitryon.

Chœur.

: Amphitryon

Messager.

y; : Messager.

Ce long Commos nous montrera encore une fois que dans les

1. Pour le texte, je suis Wilamowilz, Ilerakles, II, p. 3i et p. 212 sqq. — J'attribue, avec A. Kirchhoff et Nauck, le dochmiaque Iw (loi [xéXeo; à l'orchestre. A : 887-90 : cinq dochmiaques (il semble qu'il faut écrire le second : yévo; ayovov a'jTtxa), que suit un élément logaédique, si le texte est en bon état. — B : 899-3 : un trimètre ianibique et une télrapodie dactylique. — V : 894-5 : mélange d'iambcs et de dactyles. — A : 896-9 : il faut encore se garder d'ajouter le ôâiov t6o£ du chœur au fragment de trimètre de l'acteur. Aâiov toos ôâiov forme un glyconique que suit le dochmiaque {ilXo; ETta'jASÎTai. — E : 901-8 : cinq dochmiaques; au vers 901 : yEpaov, Dindorf. — Z : 907-9: trois bacchiaques, précédés d'une exclamation dissyllabique; un dimctre iambique. Ce qui suit est rythmiquement égal à 899; cf. VVilamowitz, loc. cit. — Il : 910 : àvaxaÀsîc Ttva pis riva podtv (Nauck), un dochmiaque, précédé d'un pied de cinq unités de durée : crélique. — 0 : 911 : {làvriv oO-/ exspov a^ojiai, môme valeur rythmique. — I : 91 3,5 : encore ici, il faut séparer ôaioi çovoi de ce que récite l'acteur, et lire Ôâioi ç'ivoi Ôâioi 8à toxIwv xh^^' ^^^^ dochmiaques précédés d'un crétique; cf. II et e. — K : 916-31 : sept dochmiaques; cf. Wilamowitz. — Voici les épirrhèmes d'Amphitryon : a : iw «TTlyai. — p : iw Ôofioi. — y : çuYrj, xéxv', eÇopfiôtTe. — 8 : aîat xaxîbv. — e : lôou, lôou, 6yeX>.a (Tsiei ôtb|ia, (TjpiTtiTrTei dTsyri = un trimètre, précédé de deux iambes. — Du messager : ^ : w Xeuxà yr,pa awjjLat. — t\ : àXadta ràv ôojioidi. — 6 : <TTevâ;£0' w; atevaxTa. — t : oux àv ti; etuoi (xâXXov r^ ite7t6v6a|isv. — Les derniers épirrhèmes des deux acteurs forment chaque fois un trimètre; les autres ne sont composés que des premiers pieds de ce vers.

formes libres de son lyrisme, Euripide n'a jamais fait chanter qu'un seul personnage de la scène ou de l'orchestre.

Le malheureux Héraclès, après s'être vengé de Lycos, est frappé de folie. Il massacre ses enfants sans le savoir. Le palais s'écroule. L'agitation du chœur est très violente. Amphitryon ne prononce que des exclamations de douleur, qui sont toutes iambiques. Le messager luimême est trop ému pour commencer la description de la folie et des meurtres du héros. Il se borne à réciter quelques Ïambes qui doivent chaque fois être regardés comme des trimètres incomplets ou entiers. Ses premières paroles:

forment l'épirrhème du sixième xojjLjjLaiiov de l'orchestre. Quand ce personnage commence à recouvrer son sang-froid, il parvient enfin à achever un vers :

C'est le seul monostique complet qui lui soit attribué. On sent bien dès lors qu'il est assez maître de lui pour commencer bientôt sa narration.

Troyennes : iai6 — ia383.

A : Chœur, a : Hécube. B : Chœur, g : Hécube. r : 7 : A : — l:

Tous les épirrhèmes, à part les exclamations qui en tiennent lieu, sont encore iambiques. Hécube récite, le chœur chante: l'opposition est très nette.

I. Héracûs, 910. La dernière voyelle de «TtôpiaTa s'élide sur le crétique qui suit.

a. Ihid.y 916.

3. A: 1216-7: trois dochmîaques, précédés d'une double intcijection de mesure douteuse, que suit un iambe. — H: 1226-9: une double interjection dissyllabique, une télrapodie trochaïque cataleclique et deux monomètres dochmiaques. — r : laJo: un monomètre dochmiaque : îax^ov vexptuv. — A: ia3i: un dimètre doehmiaque. — E: 1235-6: deux tétrapodies iambiques catalectiques, que suivent quatre syllabes, formant probablement un monomètre dochmiaque. — Z : 1239 : un dimètre dochmiaque ; il manque cinq unités de durée en tôte du vers. — a : huit trimètres iambiques* — p, Y : interjections. — ô : trois trimètres iambiques. — t : tétraiK)die iambique»

On vient d'apporter ce qui est nécessaire pour ensevelir le cadavre d'Astyanax ; le chœur et Hécube pleurent et se lamentent. Contrairement à l'usage, c'est au coryphée et non au personnage le plus ému que sont attribués les vers lyriques.

La substitution a peut-être été motivée par une raison matérielle. Apres le discours qu'il venait de prononcer sur le corps du fds de Priam', l'acteur devait être fatigué. Cette longue tirade n'exigeait pas, il est vrai, de grands éclats de voix, mais cette plainte gémissante et voilée qui, sans aucun réalisme, arrive par degrés à un pathétique si poignant, demandait au protagoniste un effort contenu beaucoup plus pénible que les grands cris de nos drames. Aussi dans le Commos qui suit ces vers, Euripide n'a-t-il donné à son acteur qu'un rôle subalterne. Dans le thrène qui termine la tragédie % au contraire, le même artiste, après quelques instants de repos, chante aussi bien que le coryphée.

Le texte de Nauck, dans l'exemple suivant, a besoin d'un léger amendement.

Ion : 764 — 798 3.

A : Creuse, a : Pédagogue. B : Creuse, g : Pédagogue.

P • -^ Y • — A : — 3 : Pédagogue. Chœur

E : — e : Pédagogue. Chœur. Z : — Ç : — —

H: — Tj: — 0: __

Creuse chante. Le second acteur ne peut donc pas, lui aussi, chanter le seul mot Ouyaiep, qui, avec ce qu'ajoute son camarade, formerait

1. Troyennes, ii56-i2o6. Suit un distique du coryphée. Puis vient la phrase de l'adieu suprême : 1209-1215.

Page 1