Electre i Ï
l'unique exemple que contiennent encore les tragédies de Sophocle. Ces deux poètes, en effet, n'ont jamais manqué d'égaliser les mésodes secondaires et de séparer chaque moitié de l'ensemble par une mésodc principale :
Pour être juste envers Euripide, il faut avouer qu'une telle disposition aurait été incompréhensible dans un Chant monodique. Cette complication suppose plusieurs personnages : ceux qui chantent les mésodes ne chantent pas les strophes. Nous n'avons donc ici qu'une simplification de la construction ordinaire, nécessitée par l'essence même des Solos scéniques.
Aucun doute ne peut subsister sur le plan que j'indique : des retours intentionnels d'idées à la fin de chaque strophe en garantissent l'exactitude. Ni la naissance illustre d'Electre, qui contraste si amèrement avec son infortune présente» ; ni la vie errante d'Oreste loin du foyer de ses pères a, ni l'énergique description de la douleur de la fille d'AgamemnonS, ni enfin l'antithèse entre les bandelettes glorieuses qui auraient dû être réservées au vainqueur d'ilion, et les coups de hache qui l'attendaient dans le bain fatale, n'ont empêché Euripide de finir chacune de ses strophes sur la pensée fondamentale : il faut que le meurtre du roi soit vengé. Cela es' nécessaire, car il a été tué par sa femme et par ÉgisthcS; c'est un crime atroce, qui crie vengeance au ciel6; c'est une cause de désolation infinie pour Electre^, car Clytemnestre repose près de son amant dans sa couche adultère 8. Le Irait le plus fort est réservé pour la fin. Il ne faut pas oublier que c'est sa fille, une vierge, qui parle î>. Clytcmnestre et Égisthe vont être punis, mais les spectateurs doivent être convaincus de la justice de leur châtiment.