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LES PARODOI.
neur, croire qu'une femme seule avait ce timbre de voix»; mais il faut toute la perspicacité dOreste, inspire par Sophocle lui-même, pour deviner, malgré une si longue absence, que ces plaintes sont celles d'Electre. Il est donc nécessaire que le public apprenne quel est le nouveau personnage qui lui est présenté : c'est ce qui a allongé
la Parodos.
La différence est encore plus sensible si l'on considère les pensées que les deux écrivains ont développées dans leurs thrènes. Celui de Sophocle, qui rappelle le grand Commos des Choéphores^, est destiné à peindre le farouche désespoir de la fille d'Agamemnon, que les femmes de Mycènes ne peuvent consoler. « Ce ne sont que véhéments appels aux dieux, dont la lente justice... ébranle sa foi; à son père, qui lui fait si longtemps attendre un retour vainement promis... 3. »> Ces lamentations, qui conviennent si bien à la tragédie grecque, achèvent de préciser le caractère du protagoniste, et mettent le spectateur dans la disposition d'esprit convenable pour qu'il puisse comprendre et goûter le sombre drame auquel elles servent de prélude.
Il semble au contraire qu'Euripide ait épuisé, avant d'écrire sa Parodos, tous les développements qu'il aurait dû y mettre. Il est étrange qu'il se serve des choreutes pour inviter Electre à une fêle champêtre. Cette raison motive assez mal leur entrée dans l'orchestre. Il est encore plus étrange que ce chœur veuille prêter à la malheureuse jeune fille une robe et une parure, pour qu'elle puisse prendre part à un sacrifice, qui n'aura lieu que dans deux jours 4. Ces détails bourgeois choquent moins, il est vrai, dans ce drame rustique, que dans tout autre, mais ils paraissent encore déplacés sur le théâtre athénien. En tout cas, ils sont hors du sujet. Il est vrai que la poésie capricieuse d'Euripide aime à s'arrêter avec une curiosité complai-
1. Les acteurs grecs, qui jouaient un rôle de femme, devaient donc imiter jusqu'à un certain point la voix féminine. Ainsi s'explique l'épilhète Yvvatx<^çci>voc énumérée par Pollux, Onom., IV, 1 1/», quand il parle des différents timbres de voix des unoxpiTai. — Dans les Femmes aux Thesmophories, v. 267 sq., Euripide recommande à Mnésiloque de parler avec une intonation féminine, quand celui-ci le défendra près de celles qu'il a calomniées. Il faut bien que Mnésiloque ait suivi ce conseil, pendant les longs discours qu'il prononce contre les femmes. Ce n'est que sur la dénonciation de Clisthène qu'il est découvert.