‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecque [microform]Chapitre 67 sur 250 · II. AA'. BB'. IT'. AA · texte numérisé non relu

II. AA'. BB'. IT'. AA

Ainsi les Stasima d'Eschyle, dans les tragédies anciennes, comme les Suppliantes et les Sept, ont jusqu'à cinq couples de strophes. Cette majestueuse amplitude fut bien vite réduite à des proportions plus modestes. Dans YOrestie, on ne va jamais au delà de quatre unités binaires. Le Prométhée n'atteint même pas à ce chiffre. Les Stasima de ce drame ne sont guère plus longs que ceux de Sophocle ou même d'Euripide.

Les deux forces opposées qui animaient la tragédie, celles de Torchestre et celles de la scène, étaient dans un équiUbre instable. Cette lutte perpétuelle, dans laquelle le chœur devait succomber, causa toutes les modifications extérieures qui furent apportées par les poètes dans la construction de leurs pièces.

Or, dans les Suppliantes en particuHer, les personnages scéniques ne sont pas assez nombreux pour lutter avec avantage contre les choreutes. Ceux-ci, maîtres incontestés, donnent à leurs chants une longueur presque abusive. Dans le Prométhée, les rôles sont intervertis : les forces de la scène sont presque doublées, et le Titan, cloué au fond du théâtre, est devenu l'acteur principal, dont les regards du pubHc ne peuvent plus s'arracher. L'attention s'est détournée de l'orchestre. Aussi a-t-il soin d'être court pour ne pas lasser. Il sent qu'on ne l'écoute plus dans un silence aussi religieux : il prend ses précautions. Eschyle lui-même, fidèle aux traditions anciennes, aimait les chants cho-

1. AA' : 821-82 = 883-45 : rythme péonique, mélangé de trochées; cf. Zambaldi, p. 541 sq.; Gleditsch, p. 729. Schmidt n'y a rien compris: Eurhythmie, p. 254 sqq. — BB': 346-59 = 860-7: str. dactyliques, mélangées de qq. trochées; l'éphymnion est en grande partie péonique. — VF' : 868-76 = 877-80 : str. dactyliques, l'épodicon est toujours trochaïque, et l'éphymnion péonique; cf. R. et W., p* 109. — AA': 38i-8 = 889-96 : str. iambiques; cf. R. et W., p. 274 sq. Les dactyles se retrouvent dans 887 = 895 (Weil), et les trochées dans l'élément final.

2. AA' : 490-7 = 498-506 ; BB' : 5o7-5i5 =- 5i6-24 ; FF' : 525-87 = 538-49 • s***, trochaïques; cf. R. et W., p. 2i4 sq.; Zambaldi, p. 52i. Quelques dactyles dans rr'. — AA'î 550-7 == 558-65 : str. iambiques, la fin est logaédique ; cf. R. et W., p. 276 sq»

LES STASIMA.

raux, mais il fut obligé de faire quelques concessions au goût nouveau.

Elles furent minimes. Aucun poète n'a composé des Stasima aussi importants ; ils s'épanouissent en floraisons puissantes sur ce terrain presque vierge; c'est ici que leur vie s'est développée avec la plus grande intensité i.

Elle se manifeste surtout dans la multiplicité des rythmes, qui s'entre-croisent dans leur contexlure. La richesse du vocabulaire d'un peuple est en raison directe de la richesse de ses idées; celle de ses rythmes témoigne de la diversité et de la déUcatesse de ses sensations. Le rythme mobile, fluide, est l'instrument le plus subtil dont peut se servir un écrivain, pour accuser la signification des mots par la cadence même de leurs syllabes. Cet art, d'une précision presque indéfinissable, n'a jamais été cultivé avec tant de soin ni avec tant de succès que par Eschyle. Il donne à lui seul une idée complète de la perfection. Le plus ancien des tragiques grecs l'emporte de beaucoup sur ses successeurs. Il était le premier en date : l'adolescence est curieuse d'impressions fines, auxquelles la maturité ne s'arrête plus.

Quelque nombreuses pourtant que puissent paraître les variétés rythmiques du poème tragique, on peut assurer qu'il n'en a inventé presque aucune a. Tout existait, peu s'en faut, avant lui. Puisant au riche trésor du lyrisme et de la poésie rehgieuse, il leur a emprunté ce qui lui était nécessaire. Ce choix a été guidé par un goût très sûr: les chants de la tragédie sont toujours écrits dans le mètre propre aux idées qu'ils expriment, et aux passions qu'ils dépeignent. Pindare paraît pauvre à côté d'elle, parce que l'Ode triomphale ne sortait jamais d'un certain cercle qu'Eschyle ne connaissait pas. Aussi le bien des autres devint-il le sien propre, et tous, sans le savoir, travaillèrent pour accroître son patrimoine, puisqu'il hérita de chacun d'eux.

Dans le Genre égal Eschyle fait usage des vers dactyliques et des systèmes anapestiques ; dans le Genre double, des vers iambiques, trochaïques et ioniques mineurs ; dans le Genre sesquialtère, des péoniques, dans lesquels se trouvent les crétiques et les bacchiaqucs.

1. Les Stasima d'Eschyle sont, comme on Ta vu, souvent précédés d'une introduction anapestiquc, où le coryphée exhorte les choreules à commencer leurs chants. (Cf. Suppliantes, II; Perses, I, II; Sept, III; Agamemnon, I; Euménides, I.) Ce prélude n'est plus usité du temps de Sophocle ni d'Euripide.

a. Cf. Th. Bergk, Griech. Lit., III, p. ii/i sqq.

Restent les logaédes et les dactylo -épitrites. A Torigine, le vers logaédique n'était peut-être qu'une variété du dactylique, puisqu'il ne contenait que des dactyles, sauf à l'avant-dernier pied, qui était un trochée » ; mais il vit peu à peu les trochées devenir plus nombreux que les dactyles, et ce pied fondamental, n'étant plus le plus fort, dut probablement se contenter des trois unités de durée des trochées devenus les maîtres 3. Le rythme logaédique rentre donc, lui aussi, dans le Genre double. Quant aux dactylo-épitrites, qui sont un mélange de dactyles et d'épitrites seconds, ils forment des vers qui sont encore une variété du rythme dactylique. Ils appartiennent donc, contrairement aux logaédiques ordinaires, au Genre égal, parce que le trochée, selon l'opinion générale, y vaut quatre temps 3.

Il nous a été conservé des strophes dactyliques d'Alcman, de Stésichore et d'Ibycus ^ ; nous savons d'autre part que l'anapeste a été usité dès la plus haute antiquité dans les chants reHgieux ou guerriers ; que l'iambc et le trochée formaient déjà des strophes dans Archiloque 5 et dans Anacréon ^ ; que les ioniques étaient employés dans les chants en l'honneur de Dionysos et de Démèter, et que le lyrisme choral faisait usage des péons avant la tragédie 7. Quant aux strophes logaédiques, on les connaissait déjà du temps d'Alcman 8, et rien n'est plus fréquent que les dactyles et les épitrites dans Pindare.

Le seul point où la tragédie semble avoir innové, c'est dans le mètre dochmiaque. On connaît le livre de Seidler sur ce sujet î). Il est proba-

t. Cf. Havet-Duvau, Métrique, 3* cdit., p. 166.

3. Quelle était alors la valeur de chacune des syllabes de ce dactyle? Question fort obscure. La solution la plus plausible me paraît être celled'A. Croiscl, Pindare, -p. kb, note.

3. Voir les ouvrages de Métrique de Schmidt, de Christ et de Gleditsch.

4. Cf. Rossbach et Westphal, Griechische Metrik, 3* édit., p. 90 sqq.

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