‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 103 sur 230 · B) DISPOSITION ENTRELACÉE · texte numérisé non relu

B) DISPOSITION ENTRELACÉE

On sent bien que la pensée de l'écrivain, quelque maître qu'il fût de sa langue, devait être peu à l’aise dans un chant dont les différentes parties se répondaient dans un si court espace avec une telle rigueur. Une amélioration était nécessaire. Comment pouvait-on assouplir une forme aussi peu flexible? Euripide n'aurait pas hésité à la briser. Sophocle n’osa presque jamais en venir à cette extrémité. Il usa d’un tempérament. On sait qu'au xvurr° siècle, nos auteurs dramatiques, cherchant dans la versification à éviter la monotonie, remplacèrent quelquefois les rimes plates par des rimes croisées 2. Sophocle agit d’une manière analogue. Il entrelaça les strophes qu'Eschyle alignait les unes à la suite des autresë. Comme conséquence de ce changement, il restreignit l'équilibre des vers iambiques; ils étaient en nombre égal chez son prédécesseur, quelle que fût la longueur du Commos; il fit en

1. On retrouve pourtant deux fois ce schème dans ses Duos scéniques; cf. Alceste, 244-270; Andromaque, 501-544. Voir infra, chap. V.

2. Je pense surtout au Tancrède de Voltaire; il est rimé en grande partie d’après ce principe. -

3. J'attribue ce perfectionnement à Sophocle; en réalité, il existe déjà chez Eschyle (Agamemnon, 1448-1576), mais ce thrène contient encore des refrains qui sentent l’archaïsme, et le groupement de ses éléments multiples manque de grâce et de souplesse.

sorte que l’antépirrhème seul répondit à son épirrhème. Le dessin suivant fera comprendre, mieux que toutes les explications, cette modification adroite.

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La forme épirrhématique simple, qui se trouve dans la première et dans la quatrième Syzygies: A. «. A. a’. A. à. A’.5', est placée à côté de la forme entrelacée, qui compose la seconde et la troisième : B. £. l.y. B°.6".T’.y". Malgré cette complication, ce Commos est d’une régu-

1. À A": deux dimètres dochmiaques, précédés d’une exclamation de mesure douteuse. Suivent une octapodie iambique (cf. Œdipe-Roi, 1331, 1351) et un élément logaédique. — BB’: trois dimètres dochmiaques, suivis d'un trimètre iambique. — TL’: str. logaédiques; la clausule est iambique. — A A": un monomètre et un dimètre dochmiaques, précédés d’une exclamation dissyllabique. Ce qui suit est iambique, trochaïque et logaédique. — a x’: distiques iambiques. — 8 8’: trois trimètres, avec deux exclamations dissyllabiques. — y y’ à 0’: comme & &’.

2. Le Laurentianus que suit le scholiaste attribue ce vers 371 au chœur. O. Müller a bien vu l'erreur. Ce trimètre contient une supplication passionnée, qui convient à Tecmesse seule. Le chœur, composé de matelots, est beaucoup plus froid dans ses prières. Il se contente même de raisons un peu brutales, qui sentent le bon gros sens du peuple; cf. 362,3; 377,8; 383. On n'a qu’à comparer y avec y’ pour sentir la différence de ton. - - é

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