‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 102 sur 230 · C’est ce qui a lieu en particulier dans B · texte numérisé non relu

C’est ce qui a lieu en particulier dans B

7. Le chœur ne chantait pas à l’unisson les strophes de ce Commos, cela va de soi. Les vers 257-8 semblent indiquer, comme l’a vu M. Maury, op. cit., p. 13, que chaque couple de strophes était attribuée successivement aux trois oroïyot. nel

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il prolonge et multiplie la sonorité. N’était-ce pas ainsi que les Stasima orchestiques accusaient chaque progrès de l’action et précisaient dans leurs rythmes les leçons de morale dissimulées dans les Épisodes? Le chœur est donc aussi étroitement attaché à l'acteur dans ce Commos que dans le Stasimon, mais cet acteur lui-même est un peu gêné dans sa liberté par la présence continuelle de ces douze témoins qui le surveillent et le suivent pas à pas; l'orchestre, de son côté, souffre aussi de cette dépendance: il ne reçoit point directement la vie qui l'anime; la lumière qui l’éclaire ne lui vient que par reflet.

En résumé, cette forme d'art est d’une simplicité un peu nue, sur laquelle on aurait mauvaise grâce à insister. Chaque détail est bien mis à sa place, mais le dessin général est grêle et manque d’ampleur. Sans doute, le public percevait plus nettement les paroles de l'acteur que les chants des choreutes : une voix isolée qui récite est plus claire que celle de plusieurs chanteurs réunis. Encore cette alternance si régulière du chant et de la récitation pouvait-elle sembler un peu rudimentaire aux spectateurs difficiles. Deux personnages conversaient pour ainsi dire, l’un en trimètres, l’autre en vers lyriques; chacun parlait à son tour et le nombre des syllabes qu'il prononçait était presque toujours le même. Cette économie ne convenait qu'aux situations bien définies, aux faits historiques, tels que les anciens aimaiïent à les concevoir dans une généralité un peu abstraite. Elle répugnait à l'expression détaillée des sentiments individuels. Cinquante ans environ après les Perses, Euripide leur donnera l'importance que les modernes se sont plu à leur attribuer.

Qu'on ne croie pas néanmoins qu’un thrène ainsi construit ne pouvait pas produire sur le public l'émotion qui est essentielle à la tragédie. L'instrument est encore très pauvre, mais il rend déjà des sons d’une extrême netteté. Il rappelle l'antique tétracorde de Terpandre, dont les âges suivants, malgré leurs raffinements, ne purent surpasser la justesse. Les mélodies les plus simples sont souvent les plus charmantes. Une chanson populaire se contente de quatre ou cinq notes. La pureté idéale des sons se suffit presque à elle-même.

Cet art manque donc de souplesse, mais il connaît déjà certains artifices que l’on ne s’attendrait guère à trouver dans cette première période de son développement. La mère de Xerxès, Atossa, qui est sur la scène,

reste silencieuse pendant tout le Commos. A la nouvelle de l'anéantissement de l’armée, elle ne questionne pas une seule fois le messager, de peur d'apprendre la mort de son fils. Ce silence était fort tragique". Ce n'est qu'après la troisième antistrophe, quand on attend un distique de l’&yyehcs, qu'elle se décide subitement à parler. Ses vers, prononcés pour ainsi dire à contretemps, devaient surprendre par leur brusquerie. Ainsi ce thrène, bien que primitif, atteint sans effort à une grande puissance: il n’a rien à envier à l'adresse subtile d'Euripide; sans aucune complication, il arrive aux mêmes fins.

Il me reste à mentionner le Commos que l’on trouve dans l'Épisode des Perses où apparaît Darius. Il n’est composé que d’une couple de strophes et d’un épirrhème. C’est encore le chœur qui chante.

PERsEs : 694 — 7022.

À: Chœur. a: Darius. A’: Chœur.

Sophocle a employé une fois cette forme eschyléenne dans une tragédie jouée en 4or, après sa mort. Encore y a-t-il apporté une modification qui n'est pas sans importance.

OEpiPe À COLONE: 1447 — 14998.

A: Chœur. a: OEdipe (2 trim.). Antigone (1 trim.).OEdipe (2 trim.).

Aus, ot ati)... — 0ù (à trim) tn) B — $ — (atrim). — (rtrim.). * — (2trim,), B'.ure

On voit comment le dessin où s’est complu le vieux poète, a été amélioré par son successeur. Les épirrhèmes sont encore égaux les uns

1. Plus tard cependant Aristophane se moqua de ce qui pouvait facilement devenir un commode expédient : le spectateur attendait sans bouger que l’acteur ouvrit la bouche, et pendant ce temps la pièce allait son train. Grenouilles, 915 sqq.

2. A A": 694-6 — 700-702 : anapestes lyriques. — a : trois tétramètres trochaïques : même mètre que la partie de l’Épisode qui suit. — Ce passage des Perses était fort célèbre; cf. Grenouilles, 1026-90.

3. A A": 1447-56 — 1462-71: str. iambo-dochmiaques, finale logaédique; les iambes dominent, — BB: 1477-86 = 1491-99 : str. iambo -dochmiaques : les dochmiaques dominent, — & «'B: partout cinq trim. iambiques; cf. Schmidt, Die antike Compositionslehre, p. XCVI sq., et surtout Gleditsch, Cantica, p. 215 sqq.

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aux autres, mais pour apporter un peu de variété à leur monotonie, Sophocle les a répartis entre plusieurs personnages qui se suivent chaque fois dans le même ordre. Le dernier antépirrhème est supprimé. Le chœur chante. Les cinq trimètres scéniques qui suivent

chaque strophe de l'orchestre, étaient probablement récités sur le même air de flûte.

Je ne connais pas d’autres chants épirrhématiques de ce genre dans la tragédie grecque. Euripide ne les a jamais employés, parce qu'ils étaient trop réguliersr. Eschyle lui-même n'en a fait usage que dans ses plus anciennes pièces. L'Orestie et le Prométhée n'en offrent déjà plus de traces. Les faits prouvent donc que cette forme lyrique précéda les autres. La théorie elle-même vient à l'appui des faits, puisqu'il est évident que la construction suivante fut un perfectionnement de celle que je viens d'étudier.

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