‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 150 sur 230 · Première partie : astrophique · texte numérisé non relu

Première partie : astrophique

À : Hécube. B:Chœur. T:Hécube. A : Chœur.

Deuxième partie : antistrophique : 1302 — 1332. EH: Ch 4H Che EL Che ECR FOR

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Sur l’ordre de Talthybios, on met le feu aux ruines de Troie. Hécube, qui va partir captive avec les autres captives, devient presque folle 2 à la vue de l'incendie de la ville où elle était reine. Elle veut se précipiter dans les flammes; on l’en empêche. La description de l'embrasement général serre trop le cœur de celles qui la font, pour que les strophes où elle est contenue, puissent être régulières. Toute cette première partie est donc alloiostrophique.

. Quand le chœur et l’acteur que l’on emmène détournent un instant les yeux de ce spectacle déchirant, leur émotion diminue, leur douleur n'est plus aussi poignante, et l'équilibre ordinaire est rétabli sous sa forme la plus passionnée: bien que moins aigu, le chagrin des Troyennes, que l'esclavage attend dans de lointains pays, reste immense et inconsolable.

Tels sont les thrènes du genre mixte. Le premier en date, celui des Troyennes, est de 415; le dernier fut joué après la mort de Sophocle, qui eut lieu en 4o5. Entre les deux se place celui du Philoctète, Log, et celui de l’Oreste, 408. Tous les quatre appartiennent aux dix dernières années de la vie de Sophocle et d'Euripide. Ils ont été peu employés, et chaque fois avec une intention particulière, mais cette intention est encore nettement visible pour qui suit le développement des pensées qu'ils contiennent.

1. Tout est iambique, ayec un grand nombre de dissolutions dans les temps marqués; cf. R. et W., p. 296 sq.

2. C’est Talthybios lui-même qui le constate. Cf. Troyennes, 1284 : évhovotäc, dVoTNVE, TOÏS GUUTAG AMXOÏS.

LES COMMOI. 203

GENRE ALLOIOSTROPHIQUE.

Ici commence à se manifester la véritable originalité d’Euripide. Qu'il nous montre la jalousie furieuse de Médée, la passion maladive de Phèdre, l’inconsciente folie d'Héraclès, l’effroyable déchéance d'Hécube, l'impiété obstinée de Penthée, à toutes les époques de sa vie ce poète n’a cessé d'étudier avec précision l’individualité humaine.

Cette recherche de la vérité particulière devait avoir une grande influence sur la forme extérieure de son lyrisme. Les différentes impressions de l’âme, au moment où elle est remuée avec violence, se suivent sans aucun ordre. La répétition dans l’antistrophe du rythme et de l'air de la strophe devait donc lui sembler peu naturelle. Aussi créa-t-il un .genre de composition dont les différents éléments sont indépendants les uns des autres. Cette nouveauté se trouve dans ses thrènes, et à plus forte raison dans ses Chants d'acteurs.

Ses Stasima furent, au contraire, aussi réguliers que ceux d'Eschyle. Des Perses aux Bacchantes et même au Rhésos, la règle ne varia guère; le lyrisme choral ne fut presque jamais imitatif.

Celui du Commos le devint par degrés. La scène et l'orchestre y prenaient part. L'acteur finit par avoir un rôle prédominant dans le thrène euripidéen, et il le transforma sans que le chœur püt s’y opposer.

Ce dernier changement ne s’opéra pas sans transition. Si l'on réfléchit au développement que suivit le Commos tragique jusque vers 425, on voit qu'il tend de plus en plus, sinon à rejeter toute symétrie, du moins à la dissimuler. La raideur des formes eschyléennes s’amollit et

se rompt avec Sophocle. Les antistrophes ne suivent plus immédiate-

ment les strophes. Un pareil entrelacement atténue la régularité monotone de la construction primitive. De là au rejet de tout équilibre, il n’y avait qu'un pas: Euripide le franchit sans hésitation.

Est-ce à dire qu'il ne suivit plus aucune règle et qu’il agit au hasard? En aucune façon. Dans ses plus grandes audaces, il obéit encore à certaines lois très précises qu'il importe beaucoup de connaître.

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