‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 162 sur 230 · CHANTS ÉPIRRHÉMATIQUES · texte numérisé non relu

CHANTS ÉPIRRHÉMATIQUES

Ce sont les plus simples de tous: l’antépirrhème qui suit l’antitrophe s'oppose à l’épirrhème que la strophe précède. Cette forme, qu'on ne trouve déjà plus dans le Commos d’Euripide, nous a été conservée par hasard dans deux de ses duafaïa. Ils sont de date ancienne. L'épirrhème, comme on le sait, peut être écrit en trimètres iambiques ou en dimètres anapestiques 2.

1. Électre, 1232-1287. C'est à partir du vers 1273 que l'équilibre régulier est rompu. Infra, p. 233 sqq.

2. Voir au chapitre précédent, p, 161 sqq., le paragraphe où sont énumérés les Commoi à systèmes.

À : Alceste. x: Admète. A': Alceste. «': Admète. BERREE BB: — De CEE T : Alceste. y : Admète.

Tous ceux qui ont lu cette tragédie se souviennent de «la scène merveilleuse où Alceste, qui se meurt, et qui ne peut plus se soutenir, dit à son mari les derniers adieux» 2. Bien qu’elle soit d’un pathétique au delà duquel Euripide lui-même s’est rarement élevé, il semble au premier abord que le cadre régulier dans lequel il l’a fait entrer, ne convienne pas aux libres effusions de l'amour maternel d’Alceste, et à ses angoisses au seuil de l’Hadès. Si les lignes trop arrêtées de la forme paraissent quelquefois se plier avec effort chez Eschyle au contour sinueux des sentiments personnels, une telle imperfection n’est jamais sensible chez Euripide. Ici en particulier la symétrie n’a pas empêché la passion de parler comme elle le devait. Les distiques iambiques d'Admète accusent par le changement de débit et de rythme, non moins que par leur ton plus froid bien qu'aussi désespéré, la douleur des strophes d’Alceste.

Le poète a eu soin d’ailleurs d'apporter un changement à la disposition traditionnelle. Les deux couples de strophes sont suivies d’une épode et d’un épirrhème anapestique. La modification n’est pas sans importance. L'épode est écrite en un mètre plus rapide et plus alerte que celui des strophes. Le pathétique de ce chant va toujours en augmentant. C’est dans la dernière partie qu’il est exprimé avec le plus de vivacité. L'infortunée agonise: elle ne parle plus que par phrases entrecoupées : « Laissez-moi, laissez-moï, dit-elle, couchez-moi, je défaille, la mort est là; une nuit épaisse s'étend sur mes yeux. Mes enfants, mes enfants, votre mère n’est plus. Adieu. Continuez de vivre 3.» à

1. AA!: 244-5 —248-9; BB': 261-6 — 259-63 : str. logaédiques; cf. Schmidt, Die Monodien und Wechselgesänge der attischen Tragôdie, VI et VIL. — T': 266-72: dactylotrochées; cf. R. et W., p. 494 sq. — a a!, 8B', partout un distique iambique, mais y est un système anapestique de huit éléments.

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