‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 178 sur 230 · PEN · texte numérisé non relu

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très ému; le deutéragoniste, à peu près calme; mais à mesure que le chant se développe, le calme de l’un réagit sur l'émotion, l'émotion sur le calme de l’autre, et les deux acteurs passent du chant à la récitation, de la récitation au chant, suivant l'impression momentanée qui les domine. C’est donc la plus parfaite des constructions qu’ait jamais inventées Euripide, et avec les ressources dont disposait le lyrisme des anciens, il ne pouvait aller plus loin.

Il est fort remarquable que ces trois Duos soient des Chants de reconnaissance". Ils forment donc le point central de la tragédie. Peut-être est-il utile de le constater. Euripide les aura composés avec un soin particulier.

Iox : 1439 — 15092.

A : Créuse. «:Ilon. B:Créuse. 6 : Ion.

T: — Y:— A: — d: — E: — ei — Z: — Ci: — H: — n:— O0: — 0: — I: — t: — K: — Li —

» A: — À:— M: — M: — N:__— :— E: — E: — O0: — 0: — [: — Poe Z: —

1. L'Électre de Sophocle et celle d’Euripide, qui sont aussi des pièces à reconnaissance, ne contiennent pas de Duos de ce genre, parce que dans ces tragédies le but poursuivi par les principaux personnagesest la punition des meurtriers d’'Agamemnon,

2. A:1439-42 : deux trimètres iambiques, et deux éléments logaédiques. — B : 1445-9: un dimètre dochmiaque, un tétramètre bacchiaque, un élément logaédique et un monomètre dochmiaque, — T': 1452: un monomètre dochmiaque. — A: Nauck «à raison d'écrire : Ion : pv oÿx £yerv ' Éyovou; Créuse: rùs yàp ÉAmidas AméBaov rpéaw. Le rôle de Créuse peut être écrit en trimètres, fragments de trimètres et en vers lyriques, (Cf. la strophe À de ce Duo, et l’exemple précédent des Phéniciennes.) A : 1453-5 est donc composé d’une fin de trimètre iambique, d’un monomètre dochmiaque, d'une tripodie iambique que suivent deux monomètres et un dimètre dochmiaques. — E: 1458-61: un élément logaédique, un trimètre iambique catalectique, deux dimè tres dochmiaques. — Z : 1463-7 : deux trimètres iambiques catalectiques (cf. 1459), un dimètre bacchiaque, une hexapodie logaédique et un dimètre dochmiaque. —-. H : 1470: le texte de Nauck donne un dimètre dochmiaque, précédé d’un crétique. Dindorf répète rézvoy et trouve ainsi un trimètre dochmiaque, mais le dochmiaque précédé d’un crétique revient souvent dans ce morceau, — Ô: 1471: on ne doit pas confondre, comme le fait Nauck, la réponse de Créuse : #Aho0ev yéyovas, &Ahobey, avec la question d’Ion, formée du commencement d’un trimètre iambique. La question est récitée, la réponse est chantée. Kirchhoff l’a bien vu. La réponse de Créuse est formée d’un monomètre dochmiaque, précédé d’un crétique. Les yé ou les où qu’on

On connaît la multitude d'événements dont est rempli le drame: Créuse cherchait son fils, Ion cherchait sa mère, mais l’habileté du poète n’a pas tardé à les rendre ennemis; ils ont même essayé de se tuer l’un l’autre: du premier coup les situations s’embrouillent, l'intérêt se corse. Après cette antique tragédie, les dramaturges et les romanciers futurs auront fort à faire pour trouver des péripéties nouvelles. Il est vrai que l'Odyssée elle-même est le récit du plus merveilleux voyage qu'’ait jamais imaginé cerveau d'enfant.

La manière dont Euripide a dénoué les nœuds de son intrigue devait aussi avoir un grand succès, comme l'ont prouvé les nombreuses imitations qui en ont été faites. Il suppose que Créuse, pour éviter la mort, s’est réfugiée aux pieds de l'autel du temple, et que son fils avant son départ consacre au dieu la corbeille dans laquelle sa mère l'exposa. Naturellement cette corbeille amène la reconnaissance. Ion et Créuse tombent enfin dans les bras l’un de l’autre. Les Athéniens, pour lesquels de pareilles inventions avaient encore le mérite de la nouveauté, devaient prendre un vif plaisir à ce spectacle.

C’est alors que commence le Duo dont le dessin précède. Créuse, dont le cœur maternel n’a cessé de souffrir en silence depuis l'attentat du dieu, retrouve enfin le fils qu’elle désespérait de jamais revoir. Elle est beaucoup plus émue que lui; elle aimait son enfant, conçu dans la douleur; elle l'avait abandonné le cœur déchiré. Aussi n’at-elle cessé de penser à lui, et de le chercher. Ion n’a pas connu sa

voudrait ajouter après yéyovas sont des chevilles. — T: 1474-6 : un dimètre dochmiaque, une dipodie anapestique et une tétrapodie trochaïque catalectique. — K : 1478 : une tripodie dactylique catalectique, qu’il faut séparer du commencement de trimètre récité par lon. — A : 1479-80 : une tripodie dactylique catalectique et une tétrapodie logaédique. — M: 1482 : même mesure que 1480.— N: 1484: une tétrapodie dactylique catalectique. — & : 1486-7 : un élément logaédique ; suit un dimètre dochmiaque. La loi de H. Weil est observée, le second dochmius commence par un dactyle, — O : 1489-96 : trois monomètres dochmiaques, précédés chaque fois d’un crétique; ce groupement rythmique est décidément celui qui revient le plus souvent dans ce Duo; suivent deux trimètres iambiques catalectiques, une tétrapodie logaédique et un trimètre dochmiaque. — II : 1498-1500: deux monomètres dochmiaques, le premier est précédé d’un crétique, le second, d’un spondée. Une tripodie iambique catalectique. — P : Jon : 15o1 : un monomètre dochmiaque, précédé d’un crétique, — Z: 1502-9: un monomètre dochmiaque, précédé d’un crétique, une hexapodie logaédique, deux tripodies dactyliques catalectiques, une tétrapodie iambique, une tétrapodie anapestique; on finit par une hexapodie iambique, dont le premier pied serait un procéleusmatique. — « et $ : distiques; y : fragment de trimètre comme », x, u, et o; à: distique, comme £; e: monostique, comme 6, , À, v et £. — Pour la scansion de tout ce Duo, comparer Schmidt, Monodien und Wechselgesünge, CGGLXXII, sqq.

mère; il la voit pour la première fois. Il faut que naisse et se développe en son âme un sentiment, celui de l'amour filial, qu'il ne connaît guère que par instinct.

Créuse chante donc les strophes lyriques. Ion récite les épirrhèmes, qui sont d'abord des distiques. Leur symétrie ne tarde pas à s’altérer : l'émotion croissant, le fils chante un instant comme la mère. Le vers qu'Euripide lui a mis dans la bouche se trouve à la fin du Duor. Créuse vient de dire à son fils qu’elle a failli le faire mourir sans le connaître; Jon répond la même chose à sa mère. Le détail est d’une importance Capitale. Le jeune homme ne peut le rappeler de sangfroid. 11 se sert donc d’un dochmiaque, précédé d’un crétique, bien que partout ailleurs il se soit contenté de la rapauxrahoyh.

: Iphigénie. B : Oreste.

— y : Oreste. A : Iphigénie. 3 : Oreste.

Et — Z : — Ê: —

— 0 : Oreste.

1. Ton, 1501 : ££ èuoù v'où-y üo1° Ébvnoxes. Tout essai de correction serait unemaladresse,

2. Texte de H. Weil: A: 827-30 : un trimètre iambique, une tripodie iambique catalectique. Suivent un dimètre et un monomètre dochmiaques, si l’on adopte la correction de Schône-Kôchly, Iphigenia in Taurien, Berlin, Weidmann, 1863. — B : 83r-3 : deux trimètres iambiques, séparés par un dimètre dochmiaque, si l’on suit le texte de Nauck. Weil, supposant qu’Oreste ne doit réciter que des trimètres, écrit : sara ÔÈ Oaxpu' Gôdxpua, xatàx yOoc duo yapà, il obtient ainsi un trimètre iambique, dont les cinq premiers temps marqués sont dissous. Cette forme de vers paraît inadmissible, Tous les trimètres épirrhématiques sont faits comme ceux des Épisodes. — T : 834-40° strophe dochmiaque, avec un trimètre iambique. — A : 842-9 : tout est iambique ou dochmiaque, sauf 848.— E: 852-3: deux dimètres dochmiaques, de quelque manière que l’on corrige le texte, soit en ajoutant à avec Hermann à péeor, soit en répétant éyw avec Kirchhoff, ce qui paraît préférable. — Z : 856-861 : aucune difficulté ; tout est en dimètres dochmiaques, sauf 86r, qui est composé d’un monomètre suivi d’un crétique, si l’on adopte la correction de Seidler, De versibus dochmiacis, p. 216. — H : 863-5 : une tétrapodie iambique de douze brèves; quelques-uns corrigent le texte, de façon à y trouver un dimètre dochmiaque. Suit une tétrapodie trochaïque catalectique. — O : 866-7: un trimètre iambique, suivi de: Gaipgovos rÜyx rive, qui doit être laissé à Oreste, et qui forme une tétrapodie trochaïque catalectique. — I : 868-899: Monodie finale de rythme assez bariolé. 873 et 74 sont trochaïques, 875 et 880 sont anapestiques. L'élément logaédique 883 est rythmiquement égal à 886 (Schmidt). Le vers 887 est un hexamètre dactylique. 895 (tétrapodie anapestique) et 896 sont gâtés. Tout le reste est écrit en dochmiaques. — Les épirrhèmes sont iambiques et inégaux. Le second : 3: 850-r, est un distique; les trois autres sont des monostiques.

Iphigénie vient de reconnaître son frère, après avoir été sur le point de l'offrir en sacrifice à la déesse des Tauriens. Sa joie éclate dans ce Duo. Oreste, moins ému que sa sœur, se contente le plus souvent de réciter des iambes ordinaires. Euripide, cependant, lui attribue dans deux endroits des vers lyriques, et il faut bien se garder de rien changer au texte. |

Oreste délaisse les trimètres au commencement, parce que l'émotion le domine au point qu'il verse des larmes, comme il le constater, à la fin, parce qu'il exprime une pensée qu'Ion lui-même, dans le Chant précédent, n’avait pu exprimer dans le mètre habituel. Le fils de Créuse rappelait que, sans le savoir, il aurait pu tuer sa mère; ici, le frère d’Iphigénie constate, en frémissant, que sa sœur aurait pu l'immoler sans le reconnaître. Dans les deux cas, l'acteur se sert des rythmes chantés, en mentionnant le fait, qui rend la reconnaissance particu-

lièrement romanesque ?.

Enfin dans le Duo qui suit, le plus parfait du genre, l’un des deux personnages récite et passe au chant lyrique avec une aisance qui ne se trouve nulle part ailleurs.

HéLÈNE : 625 — 6973,

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