‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 186 sur 230 · III. Genre alloiostrophique · texte numérisé non relu

III. Genre alloiostrophique

1° Monodies épirrhématiques.

2° Monodies sans épirrhèmes.

Résumé.

La Monodie, comme son nom l'indique, n’était jamais chantée que par une seule voix. Elle peut être regardée comme une création tardive de la tragédie, où l'influence d’un art voisin, celui des poètes du Dithyrambe et du Nome de la seconde moitié du v° siècle, paraît avoir favorisé son développement. Intercalée dans un poème, dans lequel elle était primitivement fort rare, elle fut d’abord obligée de se conformer à des règles de composition qui ne lui convenaient pas. Plus tard, elle suivit celles qui lui étaient propres.

Elle est encore isolée dans les œuvres subsistantes d'Eschyle et de Sophocle. On sait que le Prométhée en contient unerï, et qu'on en trouve deux autres dans l’Électre et l'OEdipe à Colone?. Euripide seul les employa souvent3, en les modifiant sans cesse.

1. Prométhée : 574-612. ; 2, Électre : 86-120, — Œdipe à Golone : 237-253.

3. De toutes ses tragédies conservées, seules la Médée, les Héraclides, V'Héraclès, l’Hélène, l'Iphigénie en Tauride et les Bacchantes ne contiennent pas de Monodies.

Il est quelquefois assez malaisé de distinguer extérieurement une Monodie d’un Commos ou d’un Chant alterné d'acteurs. Ici, comme ailleurs, les formes lyriques procèdent les unes des autres. Les points extrêmes ont un caractère très accusé, mais ceux de jonction se ressemblent beaucoup entre eux. Si le Duo ne peut se confondre avec le Commos, puisque le coryphée n’y récite jamais une seule syllabe, il existe de nombreuses Monodies, où les couplets des ürexgtrai sont suivis d’un épirrhème du chef du chœur:. Ces Solos ont donc une certaine analogie avec le thrène 2. D’un autre côté, quelques Monodies antistrophiques contiennent des trimètres récités par un second acteur. On pourrait donc à la rigueur les prendre pour des Chants alternés de construction épirrhématique.

Rien de tout cela ne peut surprendre. Les Chants de la scène n’ont pas le même caractère que ceux de l'orchestre, et il est naturel qu'ils aient tous une vague ressemblance et comme un air de famille.

Je n'étudierai cependant ici que ce qu'on est convenu d'appeler les Monodies, c’est-à-dire les Solos scéniques d’une certaine étendue, qu'un autre acteur ou que le coryphée soulignait ou non de trimètres. Elles n’ont pas une place déterminée dans la tragédie. Souvent elles précèdent la Parodos 4, quelquefois au contraire elles la suivent. Dans les Épisodes, elles peuvent être isolées au milieu des iambes, et il est rare qu'on les trouve dans le voisinage immédiat d’un Stasimon5. Enfin l'acteur les chante fréquemment dès son entrée en scène, mais on en rencontre aussi quelques-unes, que le poète a placées avec adresse dans la bouche d'un personnage qui récitait depuis longtemps de calmes trimètres, jusqu’au moment précis où une émotion violente le force à passer à un débit plus animé.

Quand une Monodie suit la Parodos, il est quelquefois assez difficile

1. Andromaque, Monodie de Pélée : 1173-1196. — Hécube, Monodie de Polymestor : 1056-1108. — Suppliantes, Monodie d’Évadné : 990-1030. — Rhésos, Monodie de la Muse : 895-914.

2. Kouyds GE pnvos xouvds yopod xal and axnvhs. Supra, p. 17.

3. Prométhée, Monodie d’lo. Il est vrai que le Titan, attaché au fond de la scène, devait forcément répondre à celle qui venait s’entretenir avec lui. — Alceste, Monodie d’Eumèlos : 393-415. à

4. C’est ce qui a lieu dans les deux Électre, dans l’Hécube, l'on et les Troyennes d’Euripide,

5. Dans les Suppliantes d’Euripide, la Monodie d’Évadné suit le Stasimon III.

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