‹ Théorie des formes lyriques de la tragédie grecqueChapitre 201 sur 230 · ILept opyñoeuwc · texte numérisé non relu

ILept opyñoeuwc

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GENRE MIXTE

On a vu que dans un certain type de Commos d’ailleurs assez rare, les poètes avaient juxtaposé, non sans dessein, les deux genres antistrophique et astrophique '. Pareil mélange se retrouve deux fois dans les Solos d'acteurs. La construction antistrophique est placée avant l'autre.

Ion : 82 — 183.

A.— BB'.—T.A.E.Z.H.0 : Ion°.

Ce Chant est fort long. IL comprend trois parties principales. La première est écrite en anapestes ordinaires. La seconde est antistrophique. La troisième est asymétrique. Cette succession de formes différentes, déconcertante au premier abord, nous offre un exemple remarquable de l'art adroit avec lequel Euripide sut parfois accommoder à des besoins nouveaux les formes traditionnelles du lyrisme choral. Ajoutons aussi que «la grâce ingénue du jeune prêtre» 3 qui chante la Monodie, et les charmants détails dont elle est parsemée, en font un des morceaux les plus réussis et les plus attachants du drame. | ù

L'entrée en scène de l'adolescent qui portera plus tard le nom d'Ion a été préparée avec soin dans le Prologue d'Hermès. Les spectateurs sont déjà instruits du secret de sa naissance. Ils savent comment il a été élevé. Ils sont disposés à l'écouter avec attention.

Il apparaît sur le seuil du temple à l'ombre duquel il a grandi. Il tient en ses mains des branches de laurier. Il marche lentement sur

1. Supra, p. 195 sqq. 2. À : 82-111 : quatre systèmes anapestiques réguliers, — B B': 112-127 — 128-143 :

éléments logaédiques, tèérminés parun épuvtov formé de trois dimètres molossiques. — . À. E. Z. H. 0: 144-183 : anapestes lyriques. Cf. R. et W., p. 166 sq. 3, M. Croiset, Litt. grecque, III, p. 302.

le théâtre, en récitant des anapestes. Il décrit à grands traits ce que nous appellerions la mise en scène de la tragédie: déjà les rayons du soleil font fuir les étoiles au sein de la nuit sacrée; la myrrhe s’élève aux lambris du temple de Phocbos: on est à l’aurorer.

Cette partie n’était pas chantée: l'absence de formes doriennes le prouve. Comme le coryphée de l'antique Parodos, le jeune homme n’entrait pas seul sur le théâtre. Il était accompagné d’une troupe de serviteurs du dieu, à la tête desquels il marchait. Il leur ordonne d'aller se purifier à la fontaine de Castalie. Ceux-ci lui obéissent et quittent la scène. Le jeune prêtre reste seul. Après avoir annoncé la seconde et la troisième partie de sa Monodie, il termine ses anapestes. Les derniers éléments résument très heureusement pour ceux des spectateurs distraits qui ne la sauraient pas encore, quelle est la condition du personnage qui va se mettre à chanter :

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DPoléou vacds Beparebuw 2.

Suit une couple de strophes. Ion balaie le seuil du temple d’Apollon avec ses branches de laurier. On sait que l’antistrophe accompagnait dans l'orchestre les mouvements des choreutes, symétriques bien qu'opposés à ceux qu'ils avaient accomplis dans la strophe 3. De même sur la scène, la répétition antistrophique accuse par sa double harmonie l'équilibre rythmique des mouvements du jeune lévite. — Mais, dira-t-on, Euripide a, contrairement à son habitude, employé ici un éphymnion #. — L’explication est facile. Ion, en chantant par deux fois, après la strophe et l’antistrophe, le refrain :

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elns, © Aaroïs mat 5.

1. L'Électre, du même poète, commence aussi au petit jour. Cf. 54: 7Q v0E uEaiva, xpuaÉwV Éotpuwy tpogé, Ev n TD” Gyyoc THO’ Épedpedov xÉpa….

2. Ion, 10g-111. Û 3. C’est l’opinion courante. Cf. A. Müller, op. cit., p. 221 sq. 4. On n’en trouve d’autre exemple chez ce poète que dans les Bacchantes, 862 sqq. 5, Ibid., 125-7— 141-3.

devait rester immobile. IL se reposait un instant pour reprendre ensuite l'humble fonction qu'il remplissait chaque matin dans le temple du dieu son père.

La fin du Solo était encore chantée, mais l'équilibre antistrophique a disparu. Ton se dispose à aller chercher de l’eau à la fontaine, quand soudain, bien qu’ils aient été annoncés !, s’abattent sur le temple une foule d'oiseaux, aigle, cygne et colombes”. Le texte rend bien la surprise d'Ion à leur subite arrivée :

nravct [asvacsü xolrac 3.

Le jeune homme saisit rapidement un arc et court à droite et à gauche pour chasser tous ces volatiles. La scène est d’un charme exquis. Jamais la tragédie n’a été si familière et si gracieuse. Les oiseaux sont d'abord effrayés et se sauvent. Mais il y en a un, plus effronté que les autres, qui ne veut pas partir. Il voltige sous la voûte du temple; il cherche quelque trou pour y faire son nid. Le discours que lui adresse Ion, pour l’engager à faire éclore ses petits ailleurs, soit sur les bords de l’Alphée, soit dans les bois de l’Isthme, est d’une bonhomie souriante. L'oiseau finit par s’en aller, sans aucun mal. Lui parti, le jeune homme dépose son arme, qui n’est pas bien dangereuse en ses mains.

Si cette jolie scène est composée de parties inégales (T. A. E. Z.H. 0.) c’est que la forme lyrique doit envelopper les faits décrits, aussi étroitement que le mot enferme l’idée. Euripide ne pouvait employer qu’une construction irrégulière. Le contraire eût été irrationnel. Une bande d'oiseaux pourchassés ne manœuvrent pas comme une troupe de choreutes.

Cet art si précis et si délicat de la composition ne tarda pas à s’altérer. On en a la preuve dans la Monodie suivante.

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